LE LIBAN: RESPONSABILITE
PARTAGEE DANS LE DISCOURS DE SA SAINTETE LE PAPE JEAN – PAUL II
Par Joseph KHOREICH
Après la Pologne,
c’est peut-être le Liban qui a été l’objet de la plus
grande sollicitude et la plus chaleureuse affection de Sa Sainteté
le Pape Jean Paul II. Cette sollicitude s’est traduite sur plus d’un plan:
Prières, missions diplomatiques, messages adressés aux différentes
instances et personnalités concernées par la question libanaise,
rencontres, exhortations, surtout "Un Synode Spécial", et actuellement
une visite pastorale.
Dans ces diverses initiatives,
le Saint Père a toujours expliqué la signification de son
intérêt si vif pour ce pays qui représente, à
ses yeux, une valeur civilisatrice très précieuse, un exemple
de coexistence, de dialogue culturel et intercommunautaire.
Plus que tout autre chef,
le Pape a compris que la guerre qui avait frappé le pays des Cèdres,
et qui ne cesse d’ensanglanter une partie de son territoire, était
moins une guerre civile qu’une guerre "entre nations", pour des
raisons multiples et complexes.
Nous nous proposons dans
les lignes suivantes de relever les principaux textes qui expriment le
point de vue de Sa Sainteté sur les interférences et les
responsabilités internationales et régionales dans le problème
du Liban: Un Ordre International violé et un peuple privé
de son indépendance:
"Notre pensée
se dirige vers le Liban tant éprouvé (...)
Là aussi, il y a
un ordre international qui a été violé et un peuple
qui a été privé de sa pleine indépendance.
Le monde ne peut ignorer
tant de souffrances ni accepter le risque de perdre une telle expérience
si riche en espoirs de rencontres et de collaborations entre les diverses
cultures et religions (...)
Il s’agit de problèmes
très complexes et difficiles qui exigent un grand engagement de
la part des responsables du sort du monde, eux qui possèdent le
pouvoir réel d’affronter ces problèmes et de les résoudre,
de manière qu’ils méritent le nom d’agents de la paix. (conclusion
d’une rencontre avec les Patriarches et Evêques desPays concernés
par la guerre du Golfe le 6/3/1991).
L’exploitation par des forces étrangères:
"Ce pays est mourant
depuis plusieurs années, sous les yeux du monde, sans qu’on veuille
l’aider à surmonter ses problèmes intérieurs ni qu’il
soit libéré des forces et des éléments étrangers
qui veulent l’exploiter au profit de leurs propres fins. Il est temps que
toutes les forces armées non-libanaises s’engagent à quitter
le territoire national, afin que les Libanais soient en mesure de sceller
leur forme de vivre ensemble dans la fidélité à leur
histoire et la continuité avec le pluralisme de leur patrimoine
culturel et religieux". (Discours adressé au Corps diplomatique
le 12/11/1991).
Appel grave aux pays de la région:
"On doit aussi rappeler
que le long et douloureux conflit qui a déchiré le Liban
n’a pas seulement été pour des problèmes non résolus
sur place, mais qu’il a été entretenu et souvent provoqué
par des difficultés et des intérêts extérieurs.
Il convient donc de souligner que le salut du Liban et son retour à
une existence normale ne pourront être obtenus sans le concours d’autres
pays de la région qui doivent éviter tous nouveaux motifs
de confrontations et, en particulier, permettre aux libanais de dépasser
et de refuser la logique des affrontements pour créer ensemble les
conditions d’une vie nationale fondée sur le droit et sur les aspirations
légitimes de chacun des groupes qui composent la nation".
J’ai voulu par là
alerter les peuples amis du Liban, les pays de bonne volonté et
toute la Communauté Internationale; j’ai déclaré à
maintes reprises que la disparition du Liban ou des caractères
propres de sa vie nationale qui en ont fait "UN MESSAGE VIVANT"
serait, pour le monde une perte irréparable". Une fois encore,
je leur adresse un appel grave, afin qu’ils se montrent attentifs à
la Souverainté du Liban et solidaires de la convivialité
de son sort. Il s’agit de sauvegarder la richesse exemplaire de ses citoyens,
en même temps que de respecter l’ordre international lui-même".
(Discours adressé
au nouvel ambassadeur du Liban M. Antoine JOUMHA le 17/12/1990).
Appel adressé aux Musulmans:
Le Liban a le droit de vivre dans la liberté:
"Mes appels répétés
aux fils de l’Eglise Catholique, aux Responsables des Nations comme
au hommes de bonne volonté vous sont connus. Tous avaient pour but
de contribuer à sauver, après plus du quatorze années
de luttes meurtrières, le Liban, un pays que ses populations
veulent libre, indépendant et fidèle à son riche patrimoine
culturel et spirituel".
"Faites entendre votre
voix et, plus encore, déployez tous vos efforts en union avec ceux
qui réclament pour le Liban le droit de vivre dans la liberté,
la paix et la dignité.
Il s’agit d’un devoir
de solidarité humaine que votre conscience d’homme et votre appartenance
à la grande famille des croyants imposent à chacun de vous".
Après avoir exprimé
son ardent désir de visiter le Liban, le Pape ajoute:
"Il est désormais
impératif que tous les amis du Liban, ses voisins et tous ceux qui
y ont des frères dans la foi s’unissent pour que les armes n’arrivent
plus et qu’elles se taisent. pour qu’à la logique des combats
se substitue le dynamisme du dialogue et de la négociation; pour
qu’il soit donné à tous les libanais, libres de tout occupant,
d’élaborer ensemble un projet de vie nationale, fondé sur
le droit et la reconnaissance des particularités légitimes
des groupes qui composent la société libanaise".
(Appel de S.S. le Pape à
tous les Musulmans en faveur du Liban le 7/9/1989).
"J’ai voulu souligner par
plusieurs de mes appels le devoir que nous avons tous de ne pas oublier
le Liban (...) Je n’ai pas hésité non plus à frapper
à toutes les portes pour que soit mis un terme à ce qu’il
faut appeler le massacre de tout un peuple... pour le sauvetage d’un
pays en perdition.
Le 15 Mai dernier, j’ai
ainsi adressé un message à de nombreux Chefs d’Etats et aux
responsables d’organisations internationales. Il m’a semblé nécessaire,
en effet, de rappeler certaines exigences éthiques auxquelles
la communauté internationale est tenue ù l’égard d’un
partenaire de plein droit, qui est membre fondateur de l’ONU et de la ligue
des Etats Arabes (...) les ignorer peut conduire tout simplement à
ébranler l’ordre des relations internationales (...) On ne peut
mépriser impunément les droits et les mécanismes que
les acteurs de la vie internationale ont élaborés et auxquels
ils ont souscrit, sans que l’homme finisse par devenir l’otage des ambitions
et des intérêts des plus forts (...).
La disparition du Liban
serait sans aucun doute l’un des grands remords du monde. Sa Sauvegarde
est l’une des tâches les plus urgentes et les plus nobles que le
monde d’aujourd’hui se doit d’assumer".
(Lettre de S.S. le Pape
Jean-Paul II à tous les Evêques de l’Eglise Catholique le
7/9/1989).
Le devoir des pays de la région
et de la communauté internationale:
"Je le répète
encore ici, le devoir des pays de la région et de toute la communauté
internationale est d’agir concrètement pour mettre fin à
ce processus de destruction et pour aider loyalement les libanais de bonne
volonté à rétablir le libre fonctionnement
des institutions de l’Etat et de rebâtir une société
fondée sur l’égalité de droits et sur les principes,
d’une convivialité démocratique".
(Discours adressé
aux Evêques Maronites le 23/6/1989).
Le conflit est lié aux ingérences
des forces armées des pays limitrophes:
"Sous les yeux du monde
entier se poursuit la destruction du Liban. C’est une responsabilité
qui incombe à toute la communauté internationale. Il s’agit
d’une agonie qui dure depuis des années et elle est due aux ingérences
des forces armées des pays limitrophes".
(Message adressé
au Secrétaire Général de l’ONU et aux divers Présidents
d’Etats le 15/5/1989).
Les forces non-libanaises doivent prendre
des décisions en faveur de la réconciliation:
"J’invite ardemment les
pays amis du Liban et défenseurs des droits fondamentaux des peuples,
en particulier les pays voisins du Liban, à répondre à
mon appel et à favoriser une trêve solide et stable. Je souhaite,
aussi, que les forces non – libanaises présentes sur le territoire
national s’abstiennent de fomenter les luttes et qu’elles prennent les
décisions susceptibles de rétablir la réconciliation
et l’entente nationale".
(Audience publique du 5/4/1989).
Les forces étrangères retardent
le jour de la paix:
"Ma pensée se
dirige, encore une fois, vers la région du Moyen-Orient et, en particulier
le Liban où la confrontation des groupes armés et l’occupation
de vastes zones par des troupes étrangères ne cessent de
provoquer des inquiétudes, des destructions et des victimes, renvoyant
sans prévision rationnelle, le jour de la paix souhaitée".
(Angelus du 17/7/1989
).
Les appels répétés,
adressés par S.S. le Pape Jean-Paul II à la Communauté
Internationale et aux divers Présidents des Etats concernés
par la situation prévalant au Moyen-Orient et en particulier au
Liban, portaient toujours un message de dialogue et de paix, fondé
sur les droits des peuples à vivre dans la coexistence libre et
digne. Cette constante a marqué l’appel final du "Synode Spécial
pour le Liban" (11/1995) et il est souhaitable qu’elle ne fera pas
défaut dans l’Exhortation Apostolique du 11 Mai 1997.