LA RADIO ET LA TELEVISION AU LIBAN

Par Dr. Anis MOUSSALLEM

La Radio

Les premières diffusions régulières eurent lieu au Liban en 1939. Les français instituèrent, alors une station appelée "Radio-Orient", en 1938 et fut la deuxième radio en Orient après celle du Caire.
Après l’indépendance, "Radio-Orient" devint "La Radio Libanaise" en 1946. Elle demeura, depuis son institution, un organisme officiel de l’Etat. Elle n’avait pas de vocation commerciale et son monopole faisait partie intégrante du monopole des communications de longue distance.
En principe, elle était la seule sur le territoire libanais à pouvoir:
– Former, organiser, entretenir et exploiter le réseau de radio-diffusion. – Diffuser les nouvelles et les programmes.
Son monopole était donc absolu. Cependant, l’idée de radio-diffusion commerciale avait surgi à trois reprises: en juillet 1946, en janvier 1948 et au début des années soixante. Mais ces tentatives furent vaines et la Radio Libanaise qui devint "Radio – Liban", demeura à l’abri de toute concurrence, refusant toute publicité durant ses programmes jusqu’à l'éclatement de la guerre de 1975.
Radio-Liban demeura une institution solide, durant les années soixante et le début des années soixante-dix, équipée de machines de hautes technicité: "De grands chanteurs tels Feyrouz, Oum Koulsoum, Abd-El Halim Hafez, Wadih Safi, Zaki Nassif et Warda avaient tous recours à elle pour enregistrer leurs plus grandes chansons à succès..." Elle était la seule institution nationale qui a su sauvegarder le niveau de la chanson libanaise. Elle émettait des programmes en six langues: l’arabe, l’arménien, le français, l’anglais, l’espagnol et le portugais.
Radio-Liban emploie actuellement quatre cent fonctionnaires. Son directeur Fouad HAMDANE ainsi que le directeur des programmes Nabil GHOSN, essaient d’animer et de recycler leurs employés.
Depuis l’éclatement de la guerre en 1975, plus de 150 stations furent mises en place: trente d’entre elles émettent sur trois fréquences dont quelques-unes peuvent atteindre l’Europe, l’Asie, les deux Amériques du Nord et du Sud, l’Australie et l’Afrique; toutes sont à caractère politique. Les autres stations F.M. émettent des programmes de musique douce et classique, ainsi que des chansons de différentes langues, des programmes de loisir et parfois éducatifs et religieux.
Suite à la promulgations de la loi sur l’émission télévisée et radiophonique, un grand nombre de ces stations furent arrêtées. Le gouvernement a autorisé, par le biais de cette loi, quatre stations à fonctionner, suivies par deux autres. Ainsi, le total des stations privées s’éleva à six à part la radio officielle.
Les radios privées constituent un danger pour la presse écrite et la radio officielle surtout au niveau de la publicité commerciale de façon que la plus grande part des budgets publicitaires est propre aux télévisions et radios privées tandis que la part de la presse écrite de ces publicités va en decrescendo depuis dix ans.
Face à cette situation aggravante, Radio-Liban rétrogresse en subissant les conséquences fâcheuses résultant de cette concurrence persistante et inéquitable.
La Télévision
L’idée de la création d’une station de télévision remonte au début des années cinquante. Lancé par des hommes d’affaires, le projet ne vit le jour qu’en 1957 sous le nom de "Compagnie Libanaise de Télévision". Les premières émissions furent diffusées le 28 mai 1959 sur les canaux 7 et 9. Le premier canal était propre aux programmes de langue arabe et le second à ceux en langue française. Trois années plus tard, la compagnie "Télévision du Liban et de l’Orient" commença à émettre le 6 mai 1962. Elles continuèrent à se concurrencer jusqu’en 1968, date è laquelle elles commencèrent à s’entraider dans le domaine de la publicité. Malgré cela, ces compagnies demeurèrent déficitaires. C’est alors que les négociations débutèrent et s’achevèrent, avec l’aide du gouvernement, par la fusion des deux compagnies en une seule mixte à 50% officielle. La compagnie de Télé-Liban fut le fruit de cette fusion et continua à jouir, en principe, du monopole de l’audio-visuel jusqu’au 17 septembre 1996, date à laquelle le Conseil des Ministres a décidé d’autoriser 4 autres stations à émettre: "N.B.T.", qui n’a pas encore commencé à émettre, "Future Télévision", Télévision MURR, MTV" et "LBCI". Les autres compagnies eurent un délai de deux mois pour la liquidation de leurs travaux, mais la majorité opèrent toujours.
La compagnie de Télé-Liban était seule sur le marché pendant dix ans. Elle possédait trois canaux (TL1, TL2, TL3). Chaque canal s’adressait à un public défini assurant ainsi au public une variété de programmes: éducatifs, culturels et de loisir, selon les différents goûts, âges et sexes. De plus, elle était la seule qui produisait des programmes locaux et l’un des principaux exportateurs de programmes aux pays arabes. Cependant, la guerre ne l’épargna guère.
A partir de 1985, date de la fondation de la LBC, "Lebanese Brodcasting Corporation", par les Forces Libanaises, les stations privées se succédèrent: 1988 création du "Canal 33" et du "Al – Mashrek". En 1990 "N.T.V.", 1991 "Kilikia", "M.T.V." et "C.V.N.", 1992 "As – Salam", "Télé-Lumière", "Antène Plus", "Ashark", Al’Manar", "Al-Barrane", "A.T.N.", 1993, "Al – Moustakbal".
Le nombre des chaînes dont deux religieuses (l’une chrétienne et l’autre musulmane), s’élève à quarante, environ: 20 dans le grand Beyrouth, 20 autres dans Ehden, Tripoli, Batroun, Zahlé, Tennayel, Sidon, Tyr...).
Ainsi, Télé – Liban n’est plus la première et seule compagnie productive de programmes locaux. Malgré cela, selon son directeur M. Jean-Claude Boulos, elle reste la seule capable de renforcer la production locale et de lui restituer son privilège.
Comment expliquer cette soudaine irruption audio-visuelle au Liban? Est-ce l’absence d’un pouvoir politique stable et compétent qui a permi à toutes les parties de réagir en créant leur propre noyau de communication? Ou est-ce plutôt, l’ambiance de la liberté au Liban et cette pluralité presque unique au monde qui poussèrent les libanais à créer autant de chaînes pour transmettre leurs idées politiques et sociales? Ou bien alors, est-ce tout simplement un aspect purement commercial? Cette dernière supposition parait la moins probable. A long terme, rares sont les canaux qui pourraient subsister grâce à la publicité commerciale uniquement. L’expérience de la compagnie de la télévision libanaise et celle de la télévision de l’Orient en est la plus grande preuve.
Actuellement, la loi de l’émission télévisée et radiophonique, promulguée le 4 novembre 1994 après quatre années de longues délibérations, régit les actes de l’émission télévisée et radiophonique, Elle comprend:
La proclamation de la liberté de l’information et la façon qui devrait être suivie pour une application responsable.
L’établissement d’un comité indépendant appelé "Conseil National de l’information Audio-Visuelle" ayant une mission purement conseillère.
La limitation de la participation au capital des compagnies de 10% pour chaque personne.
L’introduction du droit de riposte et de rectification dans le domaine audio-visuel et la considération de l’Information comme un droit propre aux citoyens. Ce droit se base sur deux principes: La pluralité des médias et l’acquisition d’un permis préalable mais suivant des conditions difficiles à appliquer.
Nous citerons trois points de ceux qui ont suscité beaucoup de discussions et d’oppositions:
1 – L’annulation du permis octroyé au projet de l’audio-visuel.
2 – L’imposition d’énormes taxes variant entre trois cent et quatre cent millions de livres libanaises sur les chaînes télévisées et entre cinquante et deux cent millions de livres libanaises sur les stations radiophoniques.
3 – L’augmentation des interdictions surtout que les actes prohibés ne sont pas spécifiés clairement et donnent libre cours aux multiples interprétations.
Les propriétaires des chaînes audio-visuelles ont adopté la loi sur l’émission télévisée et radiophonique à condition qu’elle ne porte pas atteinte à la liberté d’expression. Pour eux, l’enjeu économique sera le facteur déterminant du sort de chaque média: les plus compétents survivront et seront les meilleurs bénéficiaires. La majorité considère la pluralité des chaînes comme un signe de développement reflétant la pluralité libanaise.
Il existe actuellement une coordination entre les différentes chaînes d’un côté, et le Ministre de l’information Bassem Al-Sabeh, de l’autre.
Les Libanais et leurs programmes favoris:
La préférence des libanais envers les programmes se répartit comme suit:
 
Ce classement diffère selon l’âge, le sexe, le milieu, la profession et le niveau intellectuel du spectateur.
La télévision et la presse écrite:
La télévision représente un danger nuisant à la presse écrite sur le plan du public et de la publicité. Les journaux, spécialement de niveau moyen et faible, perdent, ainsi constamment leur part de rentrée provenant des placements publicitaires.
Le syndicat de la presse oeuvre depuis plusieurs années à limiter le temps de la publicité télévisée ou du moins à obtenir une certaine proportion de ces ressources publicitaires.

 

 

Cependant, et en dépit des promesses gouvernementales, les chaînes de télévision et les stations de radio continuent à diffuser à leur guise les publicités même durant les bulletins d’information et les divers programmes, y compris ceux adressés aux enfants.