LES
MOYENS D’INFORMATION: MOYENS D’ACTION ET SIGNE DE LIBERTE
Par Dr Anis MOUSSALEM
Le Liban est un pays de
minorités communautaires et confessionnelles. Son régime
politique se fonde sur la démocratie parlementaire basée
sur la liberté. C’est une démocratie pluraliste qui considère
la vérité sociologique du milieu politique comme une donnée
naturelle et fondamentale tout en respectant l’indépendance de chaque
élément et le considérant une valeur à part
entière.
Cette pluralité sociale
et spirituelle se raffermit en garantissant la sécurité des
familles spirituelles et en protégeant l’intégrité
individuelle contre tout régime totalitaire visant à les
asservir.
Cette démocratie
est intimement liée au confessionnalisme qui parait au sein des
communautés ethniques et religieuses, en plusieurs occasions, sur
le plan de la vie nationale.
A cette pluralité
sociale et religieuse correspond une pluralité des moyens d’information
à travers lesquels s’expriment librement les forces politiques.
sociales, économiques et spirituelles.
Les journaux sont les moyens
de travail les plus répandus et les plus utilisés par les
individus et les groupes voulant publier leurs idées et intentions.
Par leur biais, tout participant
à l’enjeu politique, social et économique (citoyens, partis,
confessions et gouvernement) expose aux citoyens ses aspirations et ses
idées économiques, confessionnelles et sociales, tant nationales
qu’internationales.
Ces moyens d’information
agissant au nom des forces politiques minimisent le rôle parlementaire
par le fait de leur évolution croissante; ils sont considérés
comme représentants de l’opinion et comme lien entre le gouvernement
et les citoyens.
A l’exemple des Etats-Unis
d’Amérique, le Système politique libanais est une véritable
institution conventionnelle: une rencontre mensuelle du Président
de la République avec les présidents des Ordres de la presse
et celui des rédacteurs. Cette rencontre était hebdomadaire
durant le mandat du président CHEHAB (1958-1964). Lorsqu’elle devint
mensuelle elle intégra l’usage du pays.
La tradition suivie par
les systèmes politiques, généralement, est la suivante:
lorsqu’un gouvernement déterminé voudrait informer les citoyens
de sa politique, il présente une déclaration auprès
du parlement ou il répond aux questions posées par les députés
ainsi qu’à leurs interrogatoires. L’information est diffusée,
par la suite, par les médias. Au Liban, ce qui se passe depuis environ
dix ans est presque le contraire: le Chef du gouvernement communique, chaque
semaine, ses plus importantes informations et répond aux questions
et aux critiques de l’opposition par le biais des médias.
Ainsi, au Liban, un bon
lecteur est aussi bien au courant de l’actualité que n’importe quel
ministre. Une lecture sérieuse des différents journaux rend
le citoyen capable de porter un jugement sur n’importe quelle situation
politique, tout comme tout autre homme politique. Cette liberté
de moeurs est l’un des sujets préférés des chansonniers
et des caricaturistes de la presse écrite et télévisée.
Les moyens de l’information sont, par excellence, l’outil de la diffusion
intellectuelle qui transmet les nouvelles et les opinions adressées
aux différentes communautés ethniques et religieuses. Ces
moyens, naissent, agissent et persistent à publier des contextes
hétérogènes adressées à un public, lui-même,
hétérogène.
Dans les sociétés
industrielles, les moyens d’information exercent une forte influence sur
les masses pour créer une opinion publique sur un problème
qui suscite en lui-même multiples divergences au sein d’un courant
insurmontable. Alors qu’au Liban, vue la diversité des races, langues
et communautés religieuses, les moyens d’information aux tendances
divergeantes, loin de former l’opinion en sont souvent le résultat.
En d’autres termes, ils sont la voix des groupes, des communautés
et des partis qui constituent le fondement de la société
libanaise.
Ceci ne veut pas dire que
la presse ne jouit pas d’un pouvoir, mais celui-ci agit principalement
soit sur l’opposition aux faits et agissements, soit sur leur mise en valeur.
Que ces moyens d’information agissent par conviction ou par intérêt,
ils facilitent, par leur pluralité, la voie vers la vérité
même s’ils exagèrent ou minimisent parfois les faits.
Les moyens d’information
privés, facteur d’alignement politique et idéologique, orientent
les courants de la pensée mais ils les contrecarrent très
rarement. Ils proviennent de la société d’où ils puisent
leur dynamisme et leurs différents éléments. La majorité
de ces moyens d’information ont leurs partisans et clients particuliers
d’hommes politiques et de grands financiers. Certains d’entre eux relèvent
des partis politiques, et ils parviennent parfois à modifier certaines
situations dans leur propre milieu (Voix du Liban, Voix du peuple,
Al – Manar, LBC, ICN, Al – Machrek).
En réalité,
les moyens d’information privés au Liban ne sont pas monolithiques.
Bien que grand nombre d’institutions aient manifesté des tendances
communes (liberté publique, liberté d’expression, justice
et égalité devant la loi) – tendances propres à la
société libanaise, d’ailleurs – des différences notables
apparaissent entre eux à l’égard des sujets suivants: l’éducation,
les programmes scolaires et le confessionnalisme politique.
Enfin, les relations entre
les moyens d’information, au Liban et le peuple diffèrent nettement
suivant les confessions, les classes sociales et les multiples tendances
politiques. Le rôle que jouent ces moyens d’information en tant que
diffuseurs de nouvelles et d’opinions, varie selon leur position à
l’égard des différentes classes sociales. Cependant, d’une
manière générale, ils sont plus proches de la Bourgeoisie
que de la classe ouvrière.
Les libanais ont une certaine
conception de ce que devraient être leurs moyens d’information. Cette
conception dérive d’un même système de valeurs. C’est
pourquoi, cette conception joue le rôle d’un censeur social qui contrôle
les nouvelles publiées ainsi que les programmes radiodiffusés
et télévisés de façon que les responsables
de ces moyens prennent garde aux réactions de leur public et se
méfient de porter atteinte à leurs exigences morales. Il
reste qu’il ne faut pas sous-estimer le pouvoir de l’influence qu’exercent
la presse et la télévision libanaises sur la formation et
l’orientation des courants de la pensée au sujet des événements,
des personnes ou des problèmes confessionnels et politiques.