LE SYNODE POUR LE LIBAN

Importance et rôle dans la Société Libanaise

Ce texte traite trois points :
1- Les motifs qui ont poussé le Pape Jean-Paul II à convoquer le Synode
Le Pape Jean-Paul II s’est formé une certitude morale que "Le Liban est plus qu’un pays, il est un message" grâce à sa structure communautaire où diverses religions et cultures se rencontrent et coexistent dans un esprit de dialogue et de collaboration. La société libanaise est devenue ainsi un modèle de pluralisme religieux et culturel réalisé dans une unité nationale, un modèle de liberté sous tous égards, de démocratie consensuelle effective dans les grandes causes nationales et de dialogue Islamo-Chrétien engagé aux niveaux de la vie, de la culture et de la politique.
Le Pape a déjà exprimé cette certitude morale dans ses interventions diplomatiques et ecclésiales, dans ses discours, ses lettres et ses appels, depuis le jour de son élection pontificale en octobre 1978 jusqu’à la convocation de l’Assemblée Spéciale pour le Liban du Synode des Evêques le 12 juin 1991.
Mais les guerres perpétrées et suivies sur le territoire libanais depuis 1975, dans lesquelles des considérations intérieures, régionales et internationales ont trouvé des ramifications suscitées par des Etats du Moyen-Orient et de l’Occident, auxquelles ont participé des armées régulières et des éléments armés non libanais, et à travers lesquelles se sont impliquées des factions politiques étrangères à la poursuite de leurs propres intérêts; ces guerres ont révélé la fragilité de la structure intercommunautaire, ainsi que ses fondements mentionnés plus haut. Elles avaient pour objectifs de miner cette structure ainsi que le modèle libanais. Tout cela avait pour buts intérieurs et extérieurs la réalisation d’intérêts politiques, économiques, touristiques, religieux et commerciaux.
Quand les armes se sont tues en automne 1990, excepté au Sud Liban où la guerre froide armée s’est perpétrée, et la crise politique, économique et sociale s’est diffusée partout au Liban, sa Sainteté le Pape a convoqué à un Synode pour le Liban le 12 juin 1991, et a fait suivre son discours de convocation par un appel adressé à tous les libanais, et par une lettre aux Patriarches et Evêques Catholiques du Liban (juillet 1991).

A- L’objectif du Synode :
Rassembler toutes les énergies et les bonnes volontés en vue de réédifier une société libanaise, digne de la vocation historique du Liban.

B- Les voies conduisant à cet objectif :
Il s’agit d’un renouveau spirituel opéré dans la conversion et la réconciliation, d’un nouvel élan vers l’avenir, d’une solidarité humaine pour affronter les séquelles humaines et matérielles causées par les guerres et d’un éveil aux valeurs qui étaient valables pour le Liban d’hier et qui demeurent valables pour la construction du Liban de demain.

C- Les Concernés par le Synode :

La tenue du Synode eut lieu au moment où débutaient les négociations pour la Paix au Moyen-Orient. Le Synode révéla vivement la valeur du Liban et son rôle dans la région en tant que facteur d’équilibre, selon l’expression du Pape Jean-Paul II, et mit à l’épreuve la crédibilité des Nations Unies et de l’ordre international.
2- L'interaction du Synode avec la vie libanaise 3- L’importance du Synode et son rôle prospectif
La visite du Pape au Liban les 10 et 11 mai pour clôturer l’Assemblée spéciale du Synode pour le Liban et diffuser officiellement l’exhortation apostolique et tous les discours qu’il prononcera, sera, sans doute, d’une importance capitale sur les deux plans fondamentaux qui montrent que le Liban est un message et un exemple pour l’Orient et l’Occident, comme le Pape lui-même l’a exprimé dans une lettre encyclique adressée aux évêques du monde catholique :
Sur le plan ecclésial : les Chrétiens prendront une plus grande conscience de leur rôle spirituel, social, culturel et politique au Liban, dans le milieu arabe moyen-oriental, ainsi que de leur rôle dans les pays d’Afrique et les capitales de la diaspora. Le Saint Père leur rappellera ce qu’il leur avait dit au premier mai 1984 que le développement du Christianisme au Liban conditionne la présence des communautés chrétiennes dans les pays du Moyen-Orient.
Sur le plan national: les libanais ainsi que l’opinion mondiale comprendront la valeur du système politique libanais fondé sur deux prérogatives :
A- c’est un régime mitoyen entre le régime théocratique répandu dans les pays du Moyen-Orient, y compris les pays arabes et Israël, et le régime laïc en vigueur dans les pays occidentaux : c’est un régime civil qui respecte la dimension religieuse dans sa structure sociale communautaire, en ce sens qu’il honore les religions, reconnaît la liberté religieuse et réserve aux autorités confessionnelles l’autonomie législative et judiciaire dans les affaires matrimoniales et familiales ainsi que tout ce qui concerne les statuts personnels, à condition que cela ne porte point atteinte à l’équilibre de l’ordre public dans le cadre de la constitution libanaise. Il fait participer les citoyens au gouvernement et à l’administration de façon équitable entre les chrétiens et les musulmans, en attendant que des partis non confessionnels conduisent les libanais à une fusion dans laquelle seront éliminées l’allégeance confessionnelle ainsi que la pratique politique partiale, ce qui diminue les interventions confessionnelles étrangères. Tout cela semble difficile à réaliser vu le milieu théocratique qui menace le Liban.
Dans ce régime, les Chrétiens manifestent leur volonté à vivre dans un régime non laïc et les musulmans à vivre dans un régime non théocratique.
En cela les libanais attestent que les peuples sont capables d’ériger un régime politique civil et civilisé sans pour autant réduire les réalités religieuses et les traditions que portent les collectivités qui composent la structure des pays communautaires. En cela le Liban devient un message et un exemple. Le régime théocratique considère la religion comme fondement de l’Etat et son "livre" source de législation ; le pouvoir se trouve réservé aux fidèles de cette religion, ce qui la réduit à être la religion de l’Etat. Cette réalité n’est pas en vigueur au Liban, contrairement à tous les pays du Moyen-Orient. Par contre, le régime laïc ne reconnaît à la religion aucun rôle dans la constitution de l’Etat, dans son organisation, son autorité et ses réglementations, sauf dans certaines affaires infimes qui varient d’un pays à un autre. Cela non plus n’est pas en vigueur au Liban, contrairement à tous les pays occidentaux.
B- Par conséquent le régime libanais est un régime parlementaire démocratique fondé sur le principe des libertés publiques, de la démocratie consensuelle, de l’égalité des droits et des devoirs devant la loi, de la collaboration fidèle entre les citoyens, de l’équilibre entre les différentes factions de la société, et du pluralisme religieux et culturel. Tout cela se trouve justifié par la Constitution libanaise amendée en 1990 suite aux accords de Taëf (1989) et manifestement souligné par le Message de l’Assemblée Spéciale pour le Liban du Synode des Evêques le 14 décembre 1995.