STRUCTURES
POLITIQUES DU LIBAN
Par Joseph Abou Jaoudé
Les
phénomènes de structure | Le
Pacte national | Les choix politiques
| L’exercice de l’autorité
| Les institutions intermédiaires
Les
phénomènes de structure.
L’évolution politique
et sociale du Liban a toujours obéi à l’interférence
de deux ensembles de facteurs qui sont, d’une part, les rapports d’action
et d’interaction entre les différentes communautés qui vivent
sur son sol et, d’autre part, l’influence des pressions exercées
par la conjoncture régionale et internationale par et pour ces communautés
ou contre elles.
Lorsque les facteurs régionaux
commandent les rapports communautaires, les liens étroits que certaines
communautés entretiennent avec l’extérieur compromettent
l’ordre social établi. Le terrain se trouve ainsi propice à
l’apparition d’une tension qui a toutes les chances d’éclater sous
une forme qu’on appelle ordinairement une "guerre civile". Cette tension
régionalise la question libanaise ou l’internationalise simultanément
ou successivement.
Par contre, lorsque la conjoncture
régionale n’est pas sous-tendue par un courant unioniste ou que
la conjoncture internationale ne nécessite pas un abcès de
fixation, les rapports communautaires sont alors en équilibre. Les
événements viennent se greffer sur la réalité
des choses.
Les phénomènes
de structure s’articulent donc dans trois titres: le Pacte national, les
choix politiques et l’exercice de l’autorité.
a) Le Pacte
national:
-
Le Pacte national s’inscrit
à l’intersection de deux conceptions de l’homme et de la société.
D’une part, la tendance à homogénéiser les hommes
et les cultures pour que se réalise, sur cette terre, la cité
rêvée; d’autre part, la perpétuation du pluralisme
des croyances et des choix, inhérent aux libertés individuelles,
loin de toute tentation totalitaire.
-
Le côté positif
du Pacte réside dans le fait qu’il fut un pari sur la possibilité
de construire une coexistence des groupes communautaires et des hommes
à partir des principes dont les parties en présence semblaient
approuver le bien-fondé.
-
L’expérience démontra
que la dynamique du Pacte se limita à une perpétuelle contestation
de ses fondements, contestation formulée sous le couvert de la dépossession.
Le bilan de ces contestations fut l’illusion d’une construction ou, en
d’autres termes, une construction qui a de la peine à se laisser
construire, mais qui reste, malgré tout, à reconstruire.
b) Les
choix politiques:
-
L’entente des libanais sur un
certain vouloir vivre en commun a eu pour effet de souscrire à un
code des libertés dont la pratique est toujours restée en
deçà du texte constitutionnel et, éventuellement,
en deça de la charte des droits de l’homme.
-
Les raisons de ce décalage
apparaissent mieux lorsqu’on se réfère à l’histoire.
La principale dimension de la conscience historique des chrétiens
est leur rejet de toute contrainte concernant leurs choix politiques. Ils
s’attachent à la liberté comme valeur et à la démocratie
comme pratique. Aussi faut-il constater cela dans leur façon de
traiter avec leurs chefs en s’y identifiant ou en les dénonçant.
Leur résistance ne fut pas un phénomène conjoncturel
mais un phénomène structurel dicté par leur emplacement
géographique, leurs croyances religieuses, leurs options culturelles
et humaines. De leur côté, les musulmans accordaient avec
l’autorité en exercice du fait de son harmonie avec leurs croyances
et leurs convictions.
-
La loi électorale réglemente
la pratique des choix politiques des libanais. Elle est génératrice
d’aliénation qui se situe au niveau du recoupement du politique
et du communautaire, les limites entre ces institutions n’étant
pas encore tracées.
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Sauf quelques rares exceptions,
les assemblées successives n’ont vu siéger un personnel politique
profondément renouvelé, dessinant une carte politique dépassant
les clivages communautaires et féodaux. Une fois de plus le choix
politique se trouve partagé entre la sauvegarde de la tradition
et la tendance vers le progrès.
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Le président de la république
pouvait, par décret motivé, pris sur avis conforme du conseil
des ministres dissoudre la chambre des députés avant l’expiration
de son mandat.
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Les réformes de 1990
créèrent une nouvelle situation dans la pratique de la vie
parlementaire. En vertu de ces réformes, le rôle du président
de la république consiste à demander au gouvernement la dissolution
de l’assemblée nationale. Le gouvernement peut accepter la demande
ou la refuser. Dans les deux cas le sort de l’assemblée se trouvera,
d’une façon exclusive, entre les mains du gouvernement avec, comme
conséquence le déséquilibre au niveau des pouvoirs,
l’embrasement des intérêts et la divagation des options nationales.
c) L’exercice
de l’autorité:
-
Dans une société
politique, l’autorité est ce par quoi elle s’organise, se hiérarchise
et se donne un système de sécurité. Le concept d’autorité
porte en lui une différence entre gouvernants et gouvernés
qui prend forme lorsque l’autorité se concrétise dans le
pouvoir exécutif qui était exercé par le président
de la république et le gouvernement. Le premier nommait le chef
du gouvernement après avoir consulté l’assemblée.
Ces consultations ne revêtaient pas un caractère obligatoire.
La marge de liberté accordée au président pour choisir
son premier ministre constitua une cible d’attaques dirigés contre
son régime. Il fut toujours facile aux opposants de faire le passage
entre la personne du président et sa communauté. S’il réussit
sa politique c’est lui qui en récolte les bienfaits. S’il échoue
c’est sa communauté qui en subit les conséquences. On connaît
le reste.
-
Actuellement, l’exécutif
est tenu par le gouvernement. Son chef est élu par le parlement
au même titre que le président de la république. Ce
dernier a perdu son rôle de chef de l’exécutif. S’il assiste
à une réunion du cabinet, il la préside mais n’a pas
le droit de vote. En plus, il est tenu par
les délais fixés par la constitution pour décider
de certains problèmes, au moment où un ministre peut retarder
un projet approuvé par le gouvernement sans être tenu par
des délais fixés.
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D’autre part, le président
de la république était doté d’un certain nombre d’attributions
en vue de sauvegarder la stabilité sociale, la permanence du système
et la sécurité de la patrie. Parmi ces attributions on peut
citer le pouvoir de signer un traité ne comportant pas de clauses
financières quitte à en saisir le gouvernement et l’assemblée
au moment opportun; la possibilité de nommer et de révoquer
le gouvernement.
-
On assiste actuellement à
l’émergence d’une polyarchie soutenue par la hiérarchie communautaire
dont l’aboutissement serait de perpétuelles discordes au niveau
des gouvernants et une accentuation des scissions à la base de la
pyramide.
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A part son rôle de législateur
et de contrôleur des actes de l’exécutif, le président
de l’assemblée se voit attribué un rôle prépondérant
dans l’élection du chef du gouvernement et la nomination des ministres.
Ce qui élimine, d’un seul coup, le principe fondamental de la séparation
des pouvoirs, condition indispensable pour une vraie démocratie.
-
En d’autres termes, on assiste
à un déplacement du centre de gravité politique. Au
lieu d’être tenu par la première instance de l’Etat, il se
voit attiré par les trois instances simultanément ou séparément.
Il sera donc, la plupart des fois, en dehors d’elles, en proie à
toutes les pressions occultes.
Les institutions
intermédiaires:
-
Dans la Constitution libanaise,
aucune mention n’est faite concernant les partis politiques. Cependant,
l’article 7 garantit les droits civils et politiques des libanais, l’article
13 garantit, dans les limites fixées par la loi, la liberté
d’expression, par la parole ou par l’écrit, la liberté de
la presse, la liberté de réunion et la liberté d’association.
C’est cette dernière qui nous intéresse.
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Ce qui assure la reconnaissance
d’un parti c’est uniquement le fait d’informer le pouvoir de sa formation,
son but, son budget, du statut de ses fondateurs. L’instance qui délivre
le permis est le ministre de l’intérieur.
-
Cette liberté totale
de former un parti s’est avérée être une arme à
double tranchant. Elle appliquait, d’une part, les libertés formulées
dans la Constitution en octroyant la légalité à une
formation politique déterminée; mais elle risque, d’autre
part, de laisser se former des partis, mouvements et organisations pouvant
prêcher une doctrine contraire aux normes fondamentales régissant
les mécanismes de l’Etat. Le cahos politique prend ainsi racine
à partir d’un acte légal.
-
En dépit de toutes les
formes d’autorité collégiale adoptées par les partis,
la personnalité du chef occupe une place de choix. La multiplicité
des rôles qu’il exerce dans la société pluraliste libanaise
détermine sa prédominance.
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Le vide existant entre le pouvoir
politique et les citoyens occasionné par la faiblesse ou l’absence
des institutions intermédiaires est identique à celui qui
existe entre le chef d’un parti et les partisans en l’absence ou lafaiblesse
des organismes intermédiaires. A ces deux niveaux, ce vide est générateur
d’oligarchie, donc de la tendance du chef à se présenter
comme irremplaçable. D’où son désir de se succéder
à lui-même.
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Les rapports personnels, familiaux,
communautaires que le chef d’un parti entretient sont décisifs dans
l’adhésion à un parti. C’est la personne personnifiant un
idéal, beaucoup plus que l’idéal lui-même, qui attire
les gens la plupart des fois. C’est un phénomène fréquent
dans les sociétés pluricommunautaires.
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Sauf de rares exceptions, tous
les partis politiques au Liban participèrent, d’un côté
ou de l’autre, aux événements sanglants des deux dernières
décennies. Certains ont vu leur éclipse. D’autres virent
leur effritement comme s’il fut opéré sous le poids d’une
force irrésistible. Le phénomène à déceler
est celui des partis asphyxiés par leur idéologie et des
partis, asphyxiés par l’absence de cette idéologie.
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Conclusion:
-
Les communautés sont
un phénomène historique constituant la spécificité
du Liban. C’est une réalité qui se perpétue dans le
présent. Il semble aussi que les idées et les pratiques qui
font surface au Moyen-Orient pourront difficilement aider le tracé
des limites entre le communautaire et le politique dans une perspective
laïque.
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Le Liban est un creuset de civilisations,
une terre de rencontre et de dialogue. Il est ouvert à tous les
courants de pensée, à tout ce qui est nouveau dans le monde.
C’est la pratique de la liberté et de la démocratie qui lui
valent son ordre en même temps que son désordre.
Ce qu’il faut assurer pour
perpétuer ce message de paix c’est, d’une part, que les jeunes ne
soient pas les sacrifiés dans un monde de vieux et, d’autre part,
que les dirigeants instituent avec les citoyens un réseau de coopération
en vue d’un changement des mentalités, des moeurs, des relations
sociales pour une promotion des valeurs morales et spirituelles et un renouveau
de l’homme.