LES COMMUNAUTES CHRETIENNES DU LIBAN
Chaque pays a sa vocation. Le Liban a la sienne: celle d’être une association de minorités judéo-islamo-chrétiennes. Les communautés chrétiennes, cinq musulmanes et une juive.
Le Liban accueille la religion chrétienne dès la première prédication. Le Christ lui-même s’est rendu à plusieurs reprises à Tyr et à Sidon, guérissant et prêchant. La femme cananéenne, dont la fille est guérie, crut en Lui. L’Apôtre Pierre, se rendant à Antioche, passa une semaine à Sidon; et l’Apôtre Jude prêcha à Beyrouth. Saint Paul, quant à lui, fit une escale à Tyr qui, au second siècle, avait un évêque dont dépendaient 14 évêques. Nombreux sont les premiers chrétiens du Liban qui vinrent augmenter la liste des martyrs.
Au temps de Constantin-le-Grand et du Concile de Nicée (325), la division de l’Empire Romain en diocèses, remaniée par Dioclétien, était toujours en vigueur. La partie orientale comprenait à l’époque quatre diocèses, dont celui d’Orient, qui fut le plus vaste et le plus important. La Phénicie Première et Seconde en dépendait.
Sous l’effet des Conciles d’Ephèse (431), de Chalcédoine (451) et de Constantinople (680 – 681), doublés surtout de la Conquête de l’Islam, la chrétienté orientale, quoique appartenant à la même origine araméenne, s’est trouvée divisée en plusieurs églises: nestorienne, monophysite, melkite, arménienne et maronite, ayant chacune sa langue liturgique, ses rites et son hiérarchie. Mais elles partagent actuellement avec l’Islam arabe, tout en gardant sa foi chrétienne, non seulement la même langue, la même culture, les mêmes modes de vie, mais aussi les mêmes difficultés et les mêmes aspirations.
Les chrétiens d’Orient ont donc réussi à maintenir leur identité et leur expérience chrétiennes face à tous les changements politiques et sociaux depuis deux siècles. On doit à leurs Pères la synthèse théologique du message de Jésus-Christ: à savoir Lucien, Plotin, Porphyre, Maxime, Saint Jean Chrysostome, Saint Ephrem, Saint Jean Damascène, et com-bien d’autres en Médecine, en Géométrie, en Astronomie, en Histoire… Mais petit à petit l’Orient chrétien s’est vu arabisé voire même islamisé, tout en gardant l’identité d’origine et luttant pour garder son droit à la différence.
Le Liban fait partie du patriarcat d’Antioche. En fait, à Antioche même, bastion de l’hellénisme en Orient et résidence du Comes Orientis et de l’empereur lui-même depuis Constance, il n’y a plus qu’un Père latin, gardien du sanctuaire de Saint Pierre à Antioche. Par contre, il y a actuellement trois patriarches catholiques qui portent le titre d’Antioche et de tout l’Orient (Maronite, Grec-Catholique et Syriaque Catholique), deux orthodoxes (Grec-Orthodoxe et Syriaque-Orthodoxe), dont la juridiction s’étend sur tout le territoire de l’Empire Ottoman de Soliman le Magnifique, au XVI° siècle. Il y en a en plus, sur le même territoire, un patriarche Arménien-Catholique et un Catholicos Arménien-Orthodoxe, un patriarche Chaldéen de Bagdad et un patriarche Assyrien, et enfin une juridiction latine: Catholique et Protestante.
a) L’EGLISE
MARONITE
1-
Origine
Les
Maronites forment la communauté chrétienne du Liban la plus
nombreuse. Ils se réclament d’un Saint moine anachorète:
Maron (= 410). Chalcédoniens, ils se rattachant à la catholicité
et sont fidèles à l’unité chrétienne. Ils sont
donc d’avant la conquête islamique et se sont répandus dans
la Syrie Seconde, au bord du fleuve l’Oronte.
Les
disciples de Maron vinrent au Liban, d’abord en missionnaires, convertir
les païens au christianisme. Quant au peuple maronite, pour sauvegarder
sa foi orthodoxe et son identité originelle, aussi bien face aux
Byzantins, aux Monophysites qu’aux Musulmans, il fut contraint de quitter
les lieux et il se réfugia dans la haute montagne du Liban. Leur
patriarche ne s’y installera qu’à partir du IXème siècle.
2- ROME
ET LES MARONITES
C’est
avec l’arrivée des Croisés en 1099 que les Maronites sortent
de leur isolement et renouent les relations avec l’Occident et avec Rome.
Ces relations, empêchées sous la domination des Mamelouks,
vont reprendre des plus belles au milieu du XVème siècle
et s’intensifient sous le régime ottoman avec le soutien des
Rois de France. Elles se maintinrent grâce aux missionnaires Franciscains
d’abord, puis avec les Jésuites, les Capucins, les Carmes, les Lazaristes,
les Frères et les différents ordres religieux féminins
ensuite.
Les
relations avec Rome et l’Occident se consolidèrent également
le Collège Maronite, fondé à Rome en 1584, qui consacra
une ouverture sérieuse de l’Eglise Syriaque Maronite d’Antioche
à l’Eglise Latine de Rome. Cette ouverture ne saurait être
isolée de l’ensemble des rapports religieux, politiques et économiques
entre l’Orient et l’Occident.
Ainsi,
le Projet culturel, inauguré par la Papauté, à la
suite de la sécession protestante, et consolidé par le régime
des Capitulations, auquel le patriarcat maronite a vivement adhéré,
contribua-t-il aux échanges entre les deux Mondes.
3- LE
MARTYRE
L’Eglise
Maronite a été à rendre fréquemment ce témoignage.
On pense aux mémoires adressés aux Papes HORMISDAS (517)
et AGAPET (518) et aux évêques de la Syrie Seconde, exposant
le massacre par les Monophysites de 350 moines. Le même cri d’angoisse
a été répété par les générations
maronites à travers les siècles jusqu’à nos jours.
“Nous prions Dieu que, durant vos jours, nous soyons libérés
de la juridiction des Infidèles qui nous dévorent, nous accablant
et nous infligeant des impôts, des tributs très lourds, des
avanies, des persécutions, des coups et des gifles”, écrivait
le patriarche SIMON BAR DAVID au pape LEON X le 8 mars 1514.
“N’oublie
pas notre peuple, le petit troupeau soumis à la servitude”le Patriarche
Michel RIZZI au Pape GREGOIRE XIII le 20 avril 1578.
“Ceux qui restent de la malheureuse population de Deir-el-Kamar, réunis aux personnes qui ont survécu au massacre de la malheureuse ville de Hasbaya, viennent, par la présente, se jeter aux pieds de Vos Seigneuries, en déclarant qu’ils ne se reconnaissent coupables d’aucun crime, si ce n’est d’être chrétiens, et que ce crime seul a attiré tous ces malheurs!”(Signé: Les habitants survivants de la malheureuse ville de Deir-el-Kamar”, le 1er juillet 1860).
“Les tueries perpétrés qu cours du mois dernier, ont surpassé en horreur et en nombre tout ce que l’on aurait pu imaginer. Bilan provisoire: plusieurs centaines de civils innocents ont été massacrés, parmi lesquels des enfants, des fem,mes, des vieillards, des infirmes, ceux-là n’avaient fait de mal à personne, - nous en portons témoignage – et qui ne croyaient pas qu’on pouvaient leur en faire. Leurs cadavres jonchent encore le sol, les tueurs interdisant à quinconque l’accès aux villages et aux victimes le droit à la sépulture. Tous ces villages, fruit d’un labeur de plusieurs siècles, sont maintenant déserts… Eglises et couvents ont été rasés et les symboles religieux et culturels chrétiens anéantis… Au nom du ministère pastoral qui nous a été confié dans le diocèse maronite de Beyrouth, nous, PRETRES DE CE DIOCESE, lançons cet appel à tous les hommes de bonne volonté où qu’ils se trouvent” (Octobre 1983).
“J’ai le regret de vous adresser cet appel, au nom d’un peuple dont les habitations et les lieux de culte à Darb-el-Sim et ses environs ont été incendiés par des assaillants, non loin d’une caserne de l’Armée Libanaise. Nous remettons notre sort entre vos mains. Sauvez-nous” (Mgr. Ibrahim HELOU, archevêque maronite de Saïda, mai 1985).
Les relations avec Rome et la Chrétienté occidentale attiraient les soupçons des gouverneurs et étaient prétexte à des persécutions. Il n’est pas question de citer les noms des longues listes du martyrologe maronite, où toutes les catégories sociales sont représentées. Que l’immolation du martyr ait lieu dans l’église, sur l’autel ou sur une croix, est presque une tradition dans l’Eglise Maronite et ne devrait pas étonner.
4- LA
LITURGIE
Les
Maronites, population rurale, utilisaient le syriaque comme langue liturgique,
mais aussi et de plus en plus la langue arabe. Leur rite appartient à
la tradition d’Antioche, tradition caractérisée par une fidélité
à ses sources scriptuaires et juives, par une ouverture sur le mystère
de l’Inconnaissable Divin qui se révèle en Jésus Dieu-Sauveur,
par le sens de la mesure, par une tension aiguë vers les réalités
eschatologiques. L’hymnodie y occupe une place de premier plan et toutes
les célébrations revêtent un tissu poétique
qui aide les participants à en savourer les mystères.
La
liturgie maronite s’apparente aussi aux liturgies syro-orientales et la
principale prière eucharistique est celle dite de Saint Jacques.
Il en existe une trentaine d’autres, dont quatorze seulement étaient
imprimés dans le 1er Missel en 1592. Le plus récent en contient
six. Les liturgistes mènent un travail de refonte complète
pour la réforme de l’Office, des célébrations des
sacrements, etc…
5- LA
SPIRITUALITE
Elle
ressemble à celles des autres Eglises araméennes et se nourrit
aux mêmes sources bibliques, liturgiques, théologiques et
patristiques. Les Maronites s’approprient le patrimoine littéraire
légué par les Pères tels que: Aphraate (+345), Ephrem
(+397), balaï (+400), Rabboula (+430), Isaac d’Antioche (+459), Narsaï
(507), Jacques de Saroug (+522), Théophile d’Edesse (785)…
Cette spiritualité est notamment marquée par un fort accent de purification par l’ascèse et d’attente de la libération eschatologique. Le facteur historique y est pour quelque chose.
Grâce aux élèves du Collège Maronite de Rome et à la présence active des missionnaires latins, des emprunts à la spiritualité latine et des dévotions occidentales post-tridentines sont venus s’incorporer à l’héritage oriental des Maroni-tes sans toutefois l’appauvrir. C’est cette même spiritualité qui a vu fleurir saint Charbel, la bienheureuse Rafqa et tant d’autres authentiques hommes de Dieu.
6- LA
VIE RELIGIEUSE
La
grâce érémitique est traditionnelle parmi la communauté
maronite. Les conditions géographiques, climatiques et spirituelles
que présente la montagne où ils habitent ont toujours été
un appel à ceux qui se retiraient du monde. Ainsi, depuis l’installation
des Maronites au Liban, voyait-on s’accentuer le nombre des moines et des
ermites. Mais, à l’image des premiers religieux, il n’existait pas
de congrégations ou de fédérations groupant plusieurs
monastères sous l’obédience d’un supérieur général
ou d’un exarque. Tous les couvents étaient autonomes et dépendaient
directement du patriarche.
A l’image des anciens, les moines maronites interrompaient leurs exercices spirituels pour consacrer un temps au travail manuel afin de subvenir à leurs besoins vitaux. Ces moines ne prononçaient pas de vœux explicites mais observaient la vieille règle de la profession tacite qui consistait dans le port de l’habit, ou l’entrée en religion selon les usages en vigueur.
Avec le patriarche Etienne DOUAYHI (+1704), les couvents connurent le système des Ordres d’Occident en élaborant des Constitutions inspirées surtout de la REGLE DE SAINT ANTOINE LE GRAND. Ce monachisme maronite a connu les deux formules: cénobitique et érémitique, particulièrement dans la Vallée Sainte, au Nord Liban. Mais depuis le début de ce siècle, l’évolution sociale, économique et culturelle des maronites et les nécessités croissantes des temps modernes conduisirent graduellement les moines et les moniales à adopter un style de vie actif et apostolique, orientation approuvée officiellement par Rome le 16 janvier 1955.
Aujourd’hui, l’Eglise Maronite compte dix instituts religieux dont quatre masculins et six féminins:
1- L’Ordre Maronite de la B.V.M. (MARIAMITES), fondé en 1695
2- L’Ordre Libanais Maronite, illustré par le célèbre Saint Charbel. Fondé également en 1695. C’est l’ordre maronite le plus nombreux.
3- L’Ordre ANTONIN Maronite, fondé en 1700.
4- La Congrégation des Missionnaires Libanais Maronites, fondées en 1866.
5- Moniales appartenant à d’anciens monastères autonomes suivant une règle écrite en 1725 par Mgr Abdallah QARAALI (Hrache), (NOTRE-DAME des Champs), (NOTRE-DAME de L’Annonciation)
6- L’Ordre des Religieuses Libanaises Maronites (Nouveaux statuts en 1984)
7- La Congrégation des Sœurs Maronites de la Sainte Famille (1895)
8- La Congrégation des Sœurs Antonines (1700). Ordre transformé en Congrégation en 1953.
9- La Congrégation Maronite des Sœurs de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus (1935)
10- La Congrégation des Sœurs Missionnaires du Saint-Sacrement (1966).
L’Eglise
Maronite fournit aussi beaucoup de vocations à différents
instituts de rite latin jusqu’à former parfois la majorité
des membres orientaux (Les Sœurs des Saints – Cœurs de Jésus et
de Marie fondées en 1856) et (Les Sœurs Fraciscaines de la Croix
du Liban fondées en 1926).
En
sens contraire, un monastère de CLARISSES a été fondé
près de Beyrouth en 1958 et a adopté le rite maronite.
Dans
le domaine plus strictement religieux et monastique, les Maronites ont
apporté leur aide aux Eglises sœurs en aidant également à
la formation de familles monastiques au sein des chrétientés
orientales catholiques. Plusieurs de ces dernières se sont inspirées
du Concile Maronite du Mont-Liban de 1736. Il en fut ainsi pour les Melkites
en 1743, pour les Chaldéens en 1845, pour les Arméniens en
1852…
7- RAYONNEMENT
Les
Maronites furent amenés à jouer un rôle considérable
dans la formation d’un LIBAN INDEPENDANT, animés par un sens de
LIBERTE ET DE FIERTE. Il eurent l’occasion d’en faire bénéficier
les autres communautés chrétiennes, surtout catholiques.
Les Eglises unies à Rome trouvèrent refuge et aide auprès
des fidèles et des patriarches maronites du Liban. On peut affirmer
sans conteste que le Liban Chrétien est avant tout l’œuvre des Maronites.
Il est juste de mentionner aussi l’influence culturelle, religieuse et profane, exercée par les Maronites, notamment leur rôle important dans l’Orientalisme. Et notons aussi, à titre d’exemples le rôle du pionnier joué par les Maronites, que la première imprimerie arabe de tout le Moyen-Orient vit le jour au monastère de Qozhaya, dans la Vallée Sainte, en 1610; la première grammaire syriaque en latin à être imprimée en Europe, en 1596, fut celle du futur patriarche Georges AMIRA; le premier livre arabe sorti de la Propagande, en 1627, fut le catéchisme de BELLARMIN, traduit par Jean AL-HASROUNI.
Les Maronites obtinrent, les premiers en Orient, l’usage des cloches, du sultan mamelouk BARQOUQ (1382 – 1398). Et par le réseau d’écoles fondées, les Maronites furent les artisans de premier plan de la RENAISSANCE ARABE du XIXè siècle. Cette réalité fut reconnue par le représentant du Royaume de Jordanie en 1947 en déclarant que “le Liban fut le gardien de la langue du Coran dans ses couvents, ses ermitages et ses églises”.
8- L’ETAT
ACTUEL
Il
n’existe pas de statistiques complètes et mises à jour des
fidèles de l’Eglise Maronite au Liban et dans le monde. Leur nombre
au Liban est estimé à un million et à dix millions
de par le monde, où ils sont constitués en diocèses.
Après des décennies de dispersion sous tous les cieux due
à une émigration ininterrompue, un mouvement de cohésion
s’est dessiné, exprimé par l’UNION MARONITE MONDIALE. Le
synode des évêques maronites est formé de 34 membres.
Trois évêques maronites, ne faisant pas partie du synode,
sont au service de la diplomatie du Saint-Siège.
Les
Maronites du Liban sont répartis sur 721 paroisses, desservies par
600 prêtres environ.
9- PERSPECTIVES
D'AVENIR
L’Eglise
Maronite est consciente qu’elle ne devrait pas garder, comme une pièce
de musée en une vitrine, un petit groupe de chrétiens repliés
sur eux-mêmes sous la protection “illusoire” de l’étranger.
Son rôle, c’est de maintenir, de développer, d’approfondir
les contacts entre lamasse des gens de langue arabe et des chrétiens
qui ne sont, ni d’anciens sujets, ni d’anciens maîtres. L’idéal
serait de satisfaire et les désirs de la Communauté Maronite
et le milieu environnant. C’est donc, encore une fois, un défi lancé
à tous ceux qui croient à la survie des cultures. Il va sans
dire que l’appel lancé par le Pape Jean-Paul II pour le retour aux
sources de la foi chrétienne afin de mieux témoigner de l’Amour
du Christ, est accueilli favorablement et considéré par l’Eglise
Maronite comme une Grâce du Seigneur sur elle.
1-
Historique
L’Eglise
Melkite Orthodoxe, ou mieux les Grecs Orthodoxes du Liban, sont moins nombreux
que les Maronites. Ils n’ont d’autre histoire que celle de la grande Eglise
d’Orient. Comme les Maronites, les Syriaques et les Grecs-Catholiques,
ils font partie des chrétiens, qui relevant du Siège Apostolique
d’Antioche, sont restés fidèles au Concile des Chalcédoine
(451), face aux Syriaques Monophysites. Ayant dès l’origine collaboré
avec l’Islam, en lui fournissant fonctionnaires et truchements, les Orthodoxes
de Syrie et du Liban n’ont pas eu à déserter les villes pour
chercher refuge ailleurs. Leur liturgie restait la liturgie byzantine,
mais leur langue et leur culture devinrent progressivement arabes. Une
littérature arabe chrétienne vit le jour dès le VIII°
siècle.
Le Patriarcat Melkite Orthodoxe d’Antioche ne fut qu’indirectement atteint par le Grand Schisme entre Rome et Constantinople, en 1054. Ses liens avec le siège de Constantinople le rangea plutôt du côté de celui-ci. Cependant aucun acte formel ne déclara rompue la communion avec l’Eglise Romaine. Certains contacts furent maintenus. Mais le patriarcat Orthodoxe d’Antioche garde un très mauvais souvenir des Croisés qui ont remplacé son patriarche par un latin.
Toutefois, Orient et Occident se retrouvent aujourd’hui “Eglises-Sœurs”. La rencontre du Pape Paul VI et du patriarche Athenagoras, en 1964, a marqué une étape décisive vers le rétablissement de cette communion. A partir de 1980, les efforts se poursuivent entre les deux Eglises.
2- ETAT
ACTUEL AU LIBAN
Le
Patriarcat Melkite Orthodoxe comprend six diocèses, au Liban, totalisant
271 paroisses, desservies par 189 prêtres. Le Siège Patriarcal
est à présent à Damas. Nombreux sont les monastères,
hommes et femmes, les institutions scolaires, sociales et hospitalières.
Une renaissance s’est montrée dans la fondation d’une université,
celle de Balamand (Belmont), ayant un institut théologique supérieur,
portant le nom de Saint Jean Damascène.
Mise à part la région de Koura, dans le Nord du Liban, où ils forment un bloc relativement important, c’est dans les villes et les centres urbains que l’on retrouve les Grecs-Orthodoxes. Dans la capitale, Beyrouth, ils occupent une place de premier plan. Ils sont représentés, d’une part, par le peuple, en général pauvre, industrieux et traditionaliste, et d’autre part, par une sorte d’aristocratie d’argent, faite d’hommes de banque, de gros commerçants et membres de carrières libérales: politique, presse…
Les Grecs-Orthodoxes ont la conscience qu’ils représentent l’Empire et l’Eglise d’Orient et se considèrent comme plus orientaux que les Musulmans eux-mêmes. Ils adoptent, à fond, les thèses de l’Arabisme et de la Laïcité.
En 1942, le Mouvement de Jeunesse Orthodoxe (MJO) a vu le jour qui se veut un mouvement de renaissance et de tradition à la fois.
Au niveau religieux, le Synode des Evêques Orthodoxes de l’Eglise d’Antioche, tenu à Balamand (Belmont) le 8/10/1993, vient de proclamer la sainteté du Père Joseph Mouhanna HADDAD, martyr à Damas en 1860.
La
liturgie Eucharistique est généralement celle de Saint Jean
Chrysostome. Celle de Saint Basile est dite dix fois par an.
L’invocation
de la miséricorde de Dieu tient une grande place dans la prière
intérieure perpétuelle. Et si les fastes impériaux
ont donné à la liturgie byzantine son allure solennelle,
l’influence monastique lui a gardé son caractère mystique.
L’Eglise
Melkite Orthodoxe fait partie du Conseil des Eglises du Moyen-Orient et
participe également au Conseil Mondial des Eglises.
3- L’EGLISE
MELKITE CATHOLIQUE
Leur
constitution en une église autonome, c’est-à-dire la division
de la grande communauté melkite en un groupe attaché à
l’Eglise de Rome, à été stimulé spécialement
par l’action des missionnaires Latins et des Maronites, aux XVIème
et XVIIème siècles. En effet, c’est lorsque le patriarche
Cyrille VITANAS (1743 – 1760) fut exilé de Damas, en raison de son
attachement à la foi catholique, que prit son départ la double
série des patriarches melkites catholiques. Leur reconnaissance
officielle, en tant que communauté indépendante des autorités
grecques orthodoxes par les Ottomans, n’eut lieu qu’en 1845.
DONNEES
LITURGIQUES
L’Eglise
Melkite, appelée aussi grecque-catholique, est donc une église
orientale: à la fois en communion avec l’Eglise de Rome, et fidèle
à la tradition des Eglises Orthodoxes dont elle partage l’histoire
jusqu’au XVIIIème siècle, mais aussi le rite byzantin qui
est pratiqué en grec et en arabe. L’eucharistie est célébrée
avec du pain levé. On mêle au vin de l’eau chaude: rite du
zéon.
Le
baptême est donné par immersion complète. Baptême,
Eucharistie et Chrismation (confirmation) sont donnés ensemble peu
après la naissance.
Le
signe de croix se fait de droite à gauche, avec trois doigts, en
l’honneur de la Sainte Trinité. On lui adjoint souvent une prosternation
appelée métanie.
Il existe quatre ordres religieux principaux: Salvatoriens, Alepins, Choueirites et Paulistes, et cinq Congrégations féminines à savoir: les Sœurs Basiliennes, Salvatoriennes, Choueirites, les Missionnaires de Notre-Dame du Perpétuel Secours et les religieuses de Notre-Dame du BON SERVICE.
Des hommes mariés peuvent être ordonnés prêtres. Les évêques sont choisis parmi les moines.
Les Melkites ont le calendrier grégorien depuis 1857.
D’autres catholiques de rite byzantin sont à signaler: Italo-albanais, Ukrainiens, Hongrois…
SITUATION
AU LIBAN
Les
Grecs-Catholiques sont disséminés dans les parties méridionales
et orientales de la Montagne Libanaise. Ils comptent un élément
rural notable. Mais ils se trouvent aussi en force dans des villes comme
Saïda, Tyr et Zahlé formant une classe sociale enrichie par
les affaires et la pratique des carrières libérales. Cependant,
la communauté dans son ensemble offre peu d’inégalités
sociales. Leur nombre est évalué à 250000.
Comme
les Maronites, ils ont noué d’étroites relations culturelles
avec la France.
Le
Patriarcat Melkite est représenté au Liban par sept diocèses.
Le siège patriarcal est à Damas, en Syrie, mais aussi à
Raboué, au Liban.
4- L’EGLISE
SYRIAQUE ORTHODOXE
Elle
fait partie de l’Eglise Apostolique d’Antioche dont dépendait de
sa juridiction un vaste territoire. Au IIIème siècle, le
christianisme se répand dans le Royaume d’Edesse, la Bible est dès
lors traduite en syriaque. Et au Ivème siècle, Saint Ephrem,
théologien et poète, fonde l’école de théologie
d’Edesse. Une partie de ses provinces passa à l’Eglise de Constantinople
dès le IVème siècle; d’autres se déclarèrent
autonomes au Vème siècle, telle l’Eglise de la Perse en 410,
celle de Chypre en 431… Et le Concile de Chalcédoine en 451 provoqua
une scission encore plus radicale. Le dogme christologique des “deux natures”
était, de fait, très contesté en Orient. Le patriarche
Sévère d’Antioche se déclara résolument “monophysite”
(= une seule nature dans le Christ). C ‘est la rupture avec Constantinople
et Rome.
Une hiérarchie NON-CHALCEDONIENNE fut constituée, notamment grâce aux efforts de l’évêque Jacques BARADAI (d’où le surnom de JACOBITES) au VIème siècle, face au clergé chalcédonien soutenu par l’Empereur (Roi) d’où le sur-nom de MELKITES.
Les deux parties s’affrontèrent durement. Les non-chalcédoniens, hostiles à la domination des Byzantins, favorisèrent au VIIème siècle l’entrée victorieuse des MUSULMANS en Syrie. Toutefois, l’Eglise Syriaque est persécutée tour à tour par les Byzantins (au IXème siècle), par les Arabes (au Xème siècle), par les Mongols (au XIIème siècle), et par Tamerlan (au XVème siècle).
Le nombre total des fidèles de cette église est évalué à deux millions de par le monde, répartis en 27 diocèses.
DONNEES
LITURGIQUES
Le
rite syriaque est pratiqué en langue syriaque mais les lectures
sont faites en arabe. En Inde, on utilise le malayalam.
La principale prière eucharistique est l’anaphore dite de SAINT JACQUES.
La
liturgie eucharistique comprend trois parties appelées sacrifice
de Melchisédech, sacrifice d’Aaron, et sacrifice de Jésus-Christ.
La
BEMA, au centre de l’église, est l’autel de la Parole. On y lit
les Ecritures Saintes.
L’Eglise Syriaque a été la patrie des STYLITES.
SITUATION
AU LIBAN
Les
Syriaques Orthodoxes sont répartis sur deux diocèses: celui
de Beyrouth et de Zahlé, et celui du Mont-Liban et de Tripoli. Ils
ont plusieurs lieux de culte, des établissements scolaires et des
institutions sociales et religieuses.
Leur patriarche réside à Damas.
5- L’EGLISE
SYRIAQUE CATHOLIQUE
Elle
partage la même histoire, le même rite et la même langue
que celle de l’Eglise Syriaque Orthodoxe, jusqu’au XVIème siècle.
A cette époque, le mouvement d’union, sous l’action des missionnaires
occidentaux notamment capucins, et grâce aux Maronites, pénétra
largement l’Eglise Syriaque. Avec Ignatius André AKHIDJAN, élu
patriarche en 1662, l’Eglise prend le nom d’EGLISE SYRIAQUE CATHOLIQUE.
L’union ne sera définitive qu’en 1783.
SITUATION
AU LIBAN
Un
seul diocèse englobe les Syriaques Catholiques du Liban: leur nombre
est évalué à une trentaine de mille. Il est souhaitable
de citer le nom de deux couvents ayant joué un rôle prépondérant
dans l’histoire de la communauté: celui de Saint Ephrem à
Chebanié et celui de Charfé, connu pour être le Séminaire
patriarcal et le siège du Patriarche en été.
Liées à l’histoire complexe du patriarcat d’Antioche, deux autres communautés de rite syriaque méritent d’être signalées. Une fraction importante, en effet, de l’Eglise MALABARE des Indes se tourna au XVIIème siècle vers le patriarcat syriaque-Orthodoxe d’Antioche, et se plaça sous sa juridiction. Elle constitue aujourd’hui une église semi-autonome, dite Syriaque-Orthodoxe des Indes. En 1930, une partie de cette église passa au catholicisme, tout en gardant le rite syriaque. Elle fut appelée l’Eglise MALANKARE.
Le
nombre des fidèles Syriaques-Orthodoxes des Indes est évalué
à près de deux millions; les catholiques malankares à
un demi million.
6- L’EGLISE
ARMENIENNE ORTHODOXE
La
tradition fait remonter l’évangélisation de l’Arménie
aux Apôtres Barthélémy et Thaddée. Mais le père
de l’Eglise Arménienne reste Saint GREGOIRE L’ILLUMINATEUR (260
– 326), qui convertit le roi Tiridate et substitua le chris-tianisme aux
cultes païens sur tout le territoire. L’Eglise Arménienne ne
se sépare de l’Eglise Universelle qu’au Vème siècle
en rejoignant l’opposition au Concile de Chalcédoine. Les points
de divergences sont non seulement d’ordre théologique mais surtout
d’ordre culturel; les difficultés de traduction d’une langue à
une autre sont comprises. C’est pourquoi, l’Eglise Arménienne s’engagea
peu à peu dans la voie du monophysisme. L’existence d’une Eglise
Arménienne Catholique n’est venue que tardivement.
Le peuple arménien, dispersé dans le monde (4 millions de fidèles) possède deux grands sièges ecclésiastiques: ETCHMIADZINE – Arménie Soviétique, et SIS – ANTELIAS (Liban), appelés plus proprement catholicossants, et il possède également deux sièges patriarcaux: Jérusalem et Constantinople. La situation actuelle de cette église à deux têtes n’est pas du tout encourageante. La rivalité entre soviétisant et anti—soviétiques ne cessait de susciter des querelles virulentes. Des tentatives de réconciliation sont échangées de part et d’autre. Mais pratiquement, cette seule Eglise est représentée par deux catholicossats.
Ayant été difficile de faire aboutir une vocation en Arménie soviétique, le séminaire d’Antélias était pratiquement le seul à préparer des candidats au Sacerdoce, soit célibataires, soit mariés. Mais le patriarcat d’Etchmiadzine et de Constantinople possèdent également leur séminaire. Il y eut un temps où une nouvelle réorganisation pour le séminaire était mise en pratique. Plusieurs aspirants à la prêtrise étudiaient à Beyrouth, à Paris, à Oxford ou à Louvain. Leur nombre est évalué à quatre millions.
Les Arméniens, aussi nombreux au Liban que les Grecs-Catholiques, sont arrivés à plusieurs reprises, à la suite des persécutions ottomanes en 1895, 1909 et 1922. Ils se concentrent dans les faubourgs de la Capitale et à Anjar, dans la Békaa. Ils ont taillé une place de choix dans tous les secteurs de la vie artisanale et commerciale. Regroupés autour de leurs chefs religieux, de leurs partis politiques et leurs institutions culturelles, les Arméniens conservent ainsi leur patrimoine et la civilisation spécifique qui est la leur. Leur neutralité dans la guerre libanaise a profité au camp palestino-syrien et causé un certain malaise psychologique dans la communauté. Depuis le temps des Croisades, les Arméniens s’absentent de la lutte, la diplomatie américaine leur ayant miroité la promesse d’un état du côté d’Alexandrette.
Depuis 1930, sept patriarches ont occupé le catholicossat de Cilicie. Le patriarcat comprend 14 églises paroissiales, et plusieurs institutions religieuses, sociales, culturelles et sportives.
DONNEES
LITURGIQUES
Le
rite arménien est apparenté à la fois aux rites syriaque
et byzantin. Il est célébré en arménien. L’unique
prière eucharistique utilisée est l’anaphore de SAINT GREGOIRE
L’ILLUMINATEUR. Seuls parmi les orientaux, les Arméniens célèbrent
l’Eucharistie avec du pain non-levé. Ils consacrent le vin sans
le mêler d’eau.
La consécration du chrême est une cérémonie très solennelle qui n’a lieu à Etchmiadzine que tous les sept ans.
Le
6 janvier les Arméniens célèbrent à la fois
la Nativité et le Baptême de Jésus.
7- L’EGLISE ARMENIENNE CATHOLIQUE
Le schisme officiel de l’Eglise Arménienne au VIème siècle n’a pas empêché de nombreux évêques, au long des siècles, de rester en communion avec l’Eglise Universelle. Et dès le XIème siècle, les Arméniens unirent leurs efforts à ceux des Croisés pour la reconquête des Lieux Saints, et entrèrent en relation avec l’Eglise de Rome. Mais cette union fut sans lendemain.
Quant à la naissance de l’Eglise Arménienne Catholique, elle n’a eu lieu que tardivement, en 1742. Celle-ci fut reconnue comme telle par le Pape Benoît XIV, et ayant à sa tête le Patriarche Abraham-Pierre 1er ARDZIVIAN. Sa résidence fut d’abord au Kreim, près de Harissa ; puis il acheta un terrain à Bzoummar où son successeur bâtit un couvent et installa la première communauté ecclésiastique patriarcale, qui fut par la suite un centre de rayonnement pour le Liban, la Cilicie, la Mésopotamie et l’Egypte.
Les Arméniens Catholiques ont des diocèses dans les pays du Moyen-Orient, en Europe et dans le continent américain. Trois Congrégations ou Instituts religieux masculins, et une Congrégation des Sœurs Arméniennes Catholiques de l’Immaculée Conception, se partagent la vie monastique.
A partir de 1928, l’Eglise Arménienne Catholique s’est de nouveau réorganisée au niveau administratif, scolaire, culturel et social. Le nombre de ses fidèles est évalué à trente mille, desservis par une trentaine de prêtres et de moines, répartis sur huit paroisses.
L’Eglise Arménienne Catholique est présente sur la scène religieuse, culturelle, politique et sociale libanaise. Malgré sa dispersion, le peuple arménien garde aujourd’hui un sens très vif de son identité nationale, culturelle et religieuse.
8- L’EGLISE ASSYRIENNE ORIENTALE
La tradition attribue aux Apôtres Thomas, Barthélemy et Thaddée et aux évangélistes Addaï et Mari l’implantation du Christianisme en Assyrie (Mésopotamie). Née en dehors de l’Empire Romain, cette Eglise très ancienne a évolué de façon autonome et originale.
Elle fut à ses débuts persécutée par les rois de Perse. Plus tard, le christianisme y fut toléré et respecté. Au IVème siècle, furent fondées les grandes écoles de Nisibe et d’Edesse.
Elle eut aussi sa propre christologie: en l’occurrence elle de Nestorius, condamné au Concile d’Ephèse (431). Cette christologie est considérée plutôt comme archaïque que comme formellement hérétique.
L’Eglise Assyrienne connut une étonnante phase d’expansion qui la vit rayonner sur les Indes, l’Asie Centrale et même la Chine. Elle aurait compté jusqu’à 70 millions de fidèles au Moyen-age. Mais le joug musulman et surtout l’invasion mongole provoquèrent un terrible déclin du christianisme assyrien.
En 1450, le patriarcat de l’Eglise Assyrienne fut déclaré héréditaire d’oncle à neveu. Cette décision provoqua des tensions et donna naissance à deux séries patriarcales autonomes. Des tentatives d’union de l’Eglise Assyrienne avec Rome eurent lieu dès l’époque des Croisades. Mais la fraction catholique ne voit le jour qu’en 1830 à la création d’un patriarcat chaldée.
SITUATION
AU LIBAN
Le nombre des fidèles Assyriens au Liban est évalué
à 4500 ayant un métropolite à leur tête depuis
1968.
DONNEES
LITURGIQUES
Le
rite chaldéen est célébré en chaldéen
(araméen oriental) et en arabe ; en langue malayalam en Inde. La
principale prière eucharistique est l’anaphore dite d’ADDAI ET MARI.
Il en existe deux autres, attribuées à Théodore de
Mopsueste et à Nestorius.
Les
vêtements des évêques assyriens sont apparentés
à ceux du Grand-Prêtre de l’Ancienne Alliance. Le plan des
églises provient de celui des synagogues. Les mélodies sont
d’origine judéo-chrétienne.
Elle est la branche catholique de l’Eglise d’Orient alias nestorienne qui avait refusé le Concile d’Ephèse (431). Le patriarche Jean Simon SOULAKA, élu en 1551, fut reconnu par Rome comme patriarche des Chaldéens. Mais l’union ne sera définitive avec Rome qu’en 1830, lorsque le Pape Pie VIII confirma dans sa fonction le Patriarche Jean Hormizd II avec le titre de patriarche de Babylone des Chaldéens.
Mossoul était le siège du patriarcat; à présent c’est à Bagdad que réside le patriarche. Le nombre des fidèles chaldéens est évalué à 420000 de par le monde.
SITUATION
AU LIBAN
Les
premiers chaldéens arrivent au Liban à la fin du XIXème
siècle, en 1895, pour échapper aux persécutions des
Turcs et des Kurdes. Leur nombre devait augmenter à la suite des
différentes guerres mondiales pour atteindre actuellement les dix
mille. Ils ont deux paroisses à Beyrouth et une à Zahlé.
10
– L’EGLISE LATINE
Le
Liban accueillit les plus anciennes missions du temps des Croisades. Quant
au Vicariat Apostolique des Latins, il ne fut créé par le
Saint-Siège qu’en 1772. Bien que sa juridiction recouvre les territoires
de la Syrie et du Liban, les fidèles n’étaient pas très
nombreux: quelques Italiens et beaucoup de Français. Grâce
au développement des œuvres scolaires et hospitalières pour
contrecarrer les missions protestantes, la constitution d’une communauté
de rite latin s’imposa. Les Congrégations religieuses féminines
ainsi que les religieux latins servaient de cadre. Le nombre des fidèles
s’est considérablement accru sous le Mandat français, mais
a dû diminuer par la suite. Il est estimé actuellement à
14000 environ, soit 0,9% de la population.
Le Vicariat compte 7 prêtres séculiers, mais l’administration des neuf paroisses latines existant au Liban est confiée à des religieux.
Vu
l’efficacité des missionnaires latins, hommes ou femmes, dans les
secteurs scolaire, universitaire, hospitalier et social, l’Eglise Latine
du Liban s’avère être la plus organisée et la plus
influente.
10- L’EGLISE
EVANGELIQUE
Elle
fait partie de l’Eglise Protestante qui s’est séparée de
l’Eglise Apostolique de Rome, au XVIème siècle, en Europe.
Son activité missionnaire au Liban remonte à l’année
1823, lorsque, s’intéressant à la Terre Sainte, et en colla-borant
avec les Eglises Orientales, l’Eglise Evangélique entendait convertir
les Juifs et les Musulmans. Elle fut mal acceptée, voire combattue
et “persécutée”, par les Eglises autochtones. Un “firman”
de la Sublime Porte devait reconnaître sa fondation en 1851.
La
mission religieuse allait de pair avec la fondation des écoles,
notamment pour éduquer la femme libanaise (Collège Evangélique
Syrien, 1866, future Université Américaine). Une activité
typographique intense est déployée qui fera paraître
une traduction arabe de la Bible, et une activité sociale et hospitalière
qui était la bienvenue à la suite des massacres de 1860 et
des Première et Deuxième Guerre mondiale.
Cette Eglise est membre fondateur du Conseil des Eglises du Moyen-Orient et membre de l’Union Mondiale des Eglises Evangéliques Réformées et du Conseil Mondial des Eglises.
Il
existe au Liban un certain nombre d’autres Evangéliques, mais toutes
sont représentées au Conseil Supérieur de la Communauté
Evangélique en Syrie et au Liban.
Ainsi, en Orient, spécialement au Liban, il y a un chevauchement de juridictions personnelles sur le même territoire. L’inconvénient est grand sur le plan pastoral: chaque juridiction cherche davantage le bien et le développement de sa communauté que le Bien Commun de l’Eglise du pays. On ne peut même pas parler d’une Eglise locale, mais d’une multitude d’Eglises en concurrence souvent entre elles…
Cette multiplicité des juridictions sur un même territoire entraîne confusion et éparpillement des efforts pastoraux.
Pourtant,
cette convivence de toutes les Communautés religieuses constitue
un défi historique de premier ordre d’où découlent
les postulats suivants:
1-
La société libanaise est un lieu de rencontre des religions
célestes.
2-
Elle est un ensemble de convictions pour la sauvegarde des droits des individus
et des groupes.
3-
Elle développe les patrimoines et les valeurs religieuses et civiques
des citoyens dans un climat de tolérance, de compréhension
et d’ouverture.
4-
La société libanaise est une société de foi
et de sainteté, richesse spirituelle et humaine inépuisable.
5-
Elle est porteuse d’une mission civilisatrice et culturelle.
Père
Nasser Gemayel