COEXISTENCE: L’EXPERIENCE LIBANAISE

 Le concept de la coexistence revêt plusieurs modes. Le premier est celui d’une coexistence rigide ayant pour support l’existence par la force du fait accompli. C’est une coexistence prescrite où les communautés cohabitent ou se mélangent non pas par un acte de volonté libre ou par désir de se mélanger mais à cause d’une réalité inéluctable. L’inégalité constitue la base de cette coexistence, ainsi elle est sujette à la détérioration et la régression.

 Le second mode est celui de la coexistence basée sur une volonté d’interaction et de relations avec les autres sur un même pied d’égalité. Ce mode de coexistence est mobile et communicatif. Il se base sur la volonté des communautés de développer l’expérience de la coexistence, sur des fondements concordants et nets ayant pour assise l’égalité. Ceci veut dire reconnaître aux autres leur droit de différenciations, en plus de tous les droits établis par les chartres, les conventions internationales et surtout la déclaration universelle des droits de l’homme.

 Le troisième mode est celui qui traite la coexistence du point de vue des polémiques politiques ou non politiques, car la coexistence est devenue une réalité vécue très normalement d’une façon spontanée et régie par la loi dans le cadre d’un régime politique qui se base sur la démocratie de la participation, de l’égalité et des droits de l’homme.

La vie collective au Liban avant la guerre:

 Où se case l’expérience libanaise parmi ces trois modes? Avant la guerre, la réalité de la coexistence au Liban était plutôt proche du second mode, néanmoins, cet état a régressé durant la guerre vers le premier mode.

 En général, l’expérience libanaise dans la coexistence est régie par deux scènes: l’une positive, l’autre négative.

 La scène positive est celle que le Liban a connu pendant la période d’avant guerre, plus précisément, pendant trois décennies et depuis l’indépendance de 1943. Cette expérience est une réalité palpable qui se manifeste sur plusieurs niveaux:

1- Les liens historiques, culturels et religieux communs, spécialement du côté des valeurs spirituelles et humaines qui unissent le Christianisme à l’Islam.
2- Les liens politiques et institutionnels dont l’Etat de 1920 a mis en place les cadres; institutions comme l’administration, les forces armées, les projets et les trois pouvoirs du gouvernement. La constitution proclamée en 1926 établit la base de ces liens.
3- L’indépendance sans le Pacte National n’aurait pas pris la forme et le contenu de 1943. Le Pacte conventionnel a élaboré une formule d’entente pour gouverner l’intérieur du pays (précisément entre les différentes confessions) et une formule de neutralité en ce qui concerne la position du Liban et ses relations avec l’extérieur et l’entourage arabe, notamment avec la Syrie.
4- Les libertés politiques, le régime démocratique au Liban, malgré ses lacunes, et l’ouverture du pays à l’extérieur, du point de vue régional et international ont constitué des facteurs communs dont tous les libanais ont profité, indépen-damment de leur confession et rite (ainsi des arabes, même pour d’autres raisons).
5- L’expérience de la coexistence a atteint son apogée la veille de l’éclatement de la guerre. Au milieu des années soixante-dix, la communauté libanaise est parvenue à un haut degré de rencontre spontanée et de mélange dans la vie quotidienne: dans les milieux d’habitations et de travail, dans les établissements scolaires et universitaires, dans le travail politique qu’il soit partiel ou non. Si nous admettons que le confessionnalisme constitue la principale cause de la division interne du Liban, le pays a enregistré un haut niveau de non confessionnalisme la veille de l’éclatement de la guerre de 1975.


La question qui se pose dans ce domaine est la suivante: Si la description de la coexistence était opportune, comment peut-on expliquer l’éclatement de la guerre? La réponse est que la guerre, dans ses débuts, n’a pas éclaté entre deux partis libanais, ainsi il n’y avait pas une guerre civile qui s’était déclarée auparavant. Les batailles militaires ont débuté en avril 1975 entre un parti libanais (chrétien) et un autre palestinien. La guerre de deux ans (1975 – 1977) a pris fin suite à la décision militaire entre deux partis non libanais, l’un palestinien, l’autre syrien. Cependant les guerres se poursuivèrent: des guerres libanaises internes dans certains de leurs aspects et des guerres libanaises régionales dans d’autres aspects. (Des guerres arabes et israéliennes et par la suite iranienne) jusqu’au moment où elles se sont terminées en 1990, pour des raisons et par des outils extérieurs, et non pas parce que la guerre libanaise interne ou les guerres des autres au Liban ont pris fin.

L’entourage arabe constitue la particularité du Liban et par conséquent son impasse. Ceci s’exprime par la question suivante: Comment le Liban avec son régime démocratique (plus précisément, le plus démocratique des régimes arabes) et sa communauté épanouie peut-il réactionner avec des régimes totalitaires et éviter les crises provenant de son entourage, tout en maintenant son régime démocratique et sa communauté épanouie? Cette problématique se pose au Liban et non pas dans les autres pays arabes.

La démocratie au Liban n’est pas un luxe accordé d’une manière absolue, mais c’est un besoin qui provient de la constitution historique de la communauté libanaise pluraliste. De plus, c’est un cadre politique pour exprimer la coexistence sous l’égide de la particularité de la situation libanaise. La démocratie conventionnelle au Liban qui reflète la réalité du plura-lisme confessionnel, ne peut être appliqué dans les régimes des pays voisins. C’est ce qui s’est passé durant les périodes de la grande crise dans la région, surtout durant les années cinquante, période du pouvoir Nassérien, et, après la guerre de 1967, suite à l’apparition de la résistance palestinienne.

Avec la poussée politique et populaire de Nasser, la Syrie a taché de réaliser l’union avec l’Egypte en 1958, au moment où le Liban a connu une crise interne. De même, après la guerre de 1967, le pouvoir jordanien a tenté, malgré les subdivisions internes, d’attaquer les organisations palestiniennes, tandis que la communauté libanaise a été fractionnée. Par conséquent, le pouvoir s’est paralysé et la décision a fait défaut.

Ce qui attire l’attention, est que l’état libanais a cherché avant la guerre à développer et évoluer la coexistence, surtout des jours du président CHEHAB. Les conflits internes se sont centrés sur la réclamation des musulmans, surtout les leaderships sunnites, d’y participer.

La crise durant la première moitié des années soixante-dix a atteint son apogée, ainsi, il n’était plus possible de trouver des solutions médianes pour satisfaire la réclamation interne d’une part, et préserver la souveraineté d’autre part.

Un autre parti libanais, celui de gauche formé d’un mélange chrétien et musulman, a proclamé, durant la première moitié des années soixante-dix, des changements. Le but de ces derniers ne s’est pas uniquement limité à quelques parts dans la représentation confessionnelle, mais s’est étendu vers la réclamation de changement du régime confessionnel. Les partis de gauche étaient les plus liés aux régimes arabes radicaux. Les actes militaires ont remplacé, au milieu des années soixante-dix les réclamations de changement par moyens pacifiques.

Ainsi, le conflit interne est essentiellement politique et se divise en deux parties: interne, qui traite la question des pondérations confessionnelles dans le pouvoir, et externe, qui considère la relation et le rôle du Liban dans l’entourage arabe. Le conflit n’était pas essentiellement causé par l’arabité mais sur son contenu.

Les Maronites, la veille de la guerre, ont été plus que jamais et depuis l’indépendance, plus compréhensifs de l’arabité, que ce soit au niveau de leur sympathie avec l’affaire palestinienne ou au niveau de leurs positions vis-à-vis des affaires arabes générales.
En effet, c’est la politique qui constitue l’axe central dans la question de la coexistence et non pas la religion, l’économie ou la pensée. Avant la guerre, les questions politiques au Liban n’étaient pas parfaites. Le régime libanais, comme n’importe quel régime politique avait besoin de réforme. Il est vrai qu’il y avait une prédominance chrétienne, mais cette dernière ne pouvait pas influencer les décisions dans les périodes de grandes crises où le Premier ministre avait le pouvoir de suspendre les décisions du président.

Mais il est vrai aussi qu’il y a eu des tentatives pour améliorer la situation et mettre en place un meilleur équilibre dans la politique, l’économie et la sociologie.
 

La coexistence et la réalité politique au Liban après la guerre:

 Avant d’attaquer la situation actuelle, il est nécessaire de signaler que la guerre libanaise n’a pas pris fin grâce à un congrès de la paix comme il est arrivé en Ex-Yougoslavie, ni à une réconciliation interne produisant un accord ou un programme politique approuvé par la majorité des libanais. Une guerre a mis fin à la guerre et a ainsi contribué à écarter le Général AOUN du pouvoir après qu’il avait créé une ambiance populaire sans précédent au Liban.

 La guerre militaire n’a pas mis fin à la guerre politique. Il y a eu une tentative de traiter le déséquilibre qui accompagna la fin de la guerre. Ce déséquilibre se lie à la question politique de la coexistence, en d’autres termes au pouvoir, aux institutions étatiques et aux prises de décisions.

 L’accord de Taëf n’a pas été appliqué; on a uniquement pris connaissance de son existence comme s’il a existé pour être transgressé. La bonne application de l’accord de Taëf devrait servir à attirer le parti chrétien opposant, mais son application sélective a fait rejoindre ceux qui l’approuvaient, principalement le Patriarche Maronite Mar Nasrallah Boutros SFEIR, aux rangs des opposants. Dès la promulgation de l’accord de Taëf, tous les gouvernements formés étaient déséquilibrés, l’armée syrienne n’a pas été redéployée en 1992, plus précisément après deux ans de la promulgation des amendements de la constitution, même les pratiques politiques du pouvoir n’inspirait pas le renforcement de l’entente interne et la fin de la guerre politique constituaient les buts de ce qui se passait. Sans doute, on a recherché à épuiser le contenu de l’accord de Taëf, ceci a commencé par l’assassinat du président René Mouawad, quelques jours après son élection.

 La coexistence est probablement menacée non seulement par l’absence de l’interaction avec l’autre sur les bases d’égalité, mais aussi sur le fait de viser l’autre. Le fait de viser l’autre a deux dimensions: une dimension morale qui pourrait être invisible et une dimension concrète. Ces jours-ci, les chrétiens ressentent qu’ils sont pris pour cible dans une dimension concrète et non pas morale. Les faits sont nombreux et constituent dans leur majeur partie, depuis 1972, la principale matière politique dans les discours du Patriarche Sfeir. Les plus importants de ces faits sont:

1- Le problème de la représentation dans le pouvoir exécutoire:
Les six gouvernements qui se sont succédés depuis 1990 ne constituent pas des gouvernements de pacte national comme l’a stipulé l’accord de Taëf. La représentation chrétienne exclut les partis chrétiens modérés approuvant l’accord de Taëf. La représentation chrétienne dans le pouvoir manque de poids politique et populaire, par contre les confessions musulmanes sont représentées par des leaderships d’un important poids populaire et par des autorités politiques de position solide à l’intérieur des confessions. Les normes de la représentation chez les musulmans diffèrent de celles des chrétiens, surtout les maronites.

2- La loi relative aux élections et les élections:
De 1992 et 1996 ont contribué d’une façon directe à réduire les dimensions de la représentation chrétienne dans le Parlement, et par conséquent, à dépouiller les élections de leur contenu représentatif. C’était le rôle prépondérant des élections. Les élections de 1992 étaient, sans doute, les plus pires sur tous les niveaux: la loi, l’anarchie du jour de vôte, la représentation, le boycottage, le timing, etc.  C’étaient les seules élections qui, depuis l’indépendance ont témoigné un boycottage de la part d’un grand nombre de libanais, et ont été les moins concurrentielles. Il est vrai que le boycottage était plus important chez les chrétiens, cependant, la participation musulmane était minime. De même, quelques leaderships musulmans ont boycotté les élections et d’autres y ont participé sans enthousiasme.

Si nous admettons que les leaderships chrétiens n’ont pas participé aux élections de 1992, comme disaient les uns, et ainsi, ont été responsables des conséquences, que dirait – on des élections de 1996 dans lesquelles les boycotteurs de 1992 voulaient participer? Pour toutes ces raisons, ces derniers avaient des réclamations très possibles, comme la neutralité du pouvoir à partir de la formation d’un gouvernement surveillant les élections, et la promulgation d’une loi relative aux élections, et la promulgation d’une loi relative aux élections cohérente avec la dimension des circonscriptions. C’est ce que le Patriarche Sfeir a exprimé dans maintes occasions. La première réclamation n’a certainement pas été exaucée, la seconde fut ignorée comme si elle était hors sujet.

La crise ne cesse de s’aggraver non seulement car ces demandes furent ignorées mais car les demandes d’autres leaderships étaient exaucées, tout en sachant que ces demandes ont pour but de gérer les élections et renforcer leurs positions de ces derniers dans le pouvoir, par exemple, la fusion de la Mouhafazat du Sud et celle de Nabatieh dans une seule circonscription électorale tout en conservant les cazas du Mont-Liban comme circonscriptions électorales, suite à la persistance du ministre Walid JOUMBLAT. Ce fut ainsi la seule exception dans la subdivision des circonscriptions. Malheureusement, les discours du Patriarche Maronite et d’autres concernés demeuraient vains.

 Quel est le contenu politique de cette réalité:

 Dans la circonscription de Mouhafazat Mont Liban où la plupart des électeurs sont chrétiens, chaque caza fut considéré comme circonscription électorale, tandis que dans les autres circonscriptions, la Mouhafazat fut considérée comme circonscription électorale où la majorité des votants sont musulmans, principalement au Sud, à la Békaa et à Beyrouth. Ceci implique, pratiquement, que les députés chrétiens (60% environ) ont été élus par une majorité non chrétienne ou n’appartenant pas à la confession du député. Par contre, la plupart des députés musulmans ont été élus par des électeurs appartenant à leur rite et confession.

3- Le dossier des déplacés:
Le dossier des déplacés a atteint tous les libanais de toutes les confessions et dans toutes les régions, mais les chrétiens en étaient les plus lésés, que ce soit du point de vue du nombre ou de la dimension des pertes matérielles qui ont résulté du déplacement. Un grand nombre de déplacés appartenant à diverses confessions ou régions, sont revenus au Liban, malgré que le retour affronte toujours des obstacles à cause du nombre des déplacés chrétiens du Mont Liban et d’autres régions.

De plus, de considérables sommes ont été remises (centaines de millions de dollars) sous la supervision du ministère des déplacés. On parle toujours de pertes et d’inscription politique liées au dossier des déplacés. On a de même dé-pensé de grandes sommes pour évacuer les lieux habités dans les propriétés de la société Solidère à Beyrouth. Ces sommes ont été tirées de la caisse nationale des déplacés, ce qui nous a ramenés au point de départ : Pas de sommes suffisantes pour faire retourner les déplacés après sept ans de la fin de la guerre.
 

4- Le dossier de la sécurité nationale:
Il vise sur un premier plan des leaderships chrétiens. L’apparence de ce dossier concerne la sécurité mais son contenu est purement politique. Le but politique de l’expatriation du général Michel Aoun et des tentatives de resser-rement sur ses partisans est dorénavant dévoilé.

 La question la plus signifiante politiquement est celle de Samit GEAGEA et des forces libanaises. En 1914 Samir GEAGEA fut accusé de l’explosion de l’Eglise NOTRE-DAME de la Délivrance à Zouk Mikaël qui a récolté parmi les croyants, dix morts et un grand nombre de blessés. En 1996, le tribunal a acquitté GEAGEA de l’explosion.

 Le problème ne se lie pas à la personne elle-même de Samir GEAGEA, mais au fait de poursuivre un grand nombre de chrétiens et d’arrêter les partisans des forces libanaises, du Général AOUN et du Parti National Libéral. Tout ceci a créé une agitation sinon un état de contestation, qui augmente jour après jour dans les milieux de l’opinion publique chrétienne politisée ou non.

 Plusieurs responsables politiques haut-placés, ont noté dans diverses occasions que la raison du procès contre Samir GEAGEA revient à son refus d’adhérer au gouvernement.

5- Le dossier de la neutralisation:
Il reste à signaler que le dossier le plus important et le plus dangereux pour les chrétiens, en ce qui concerne ses effets politiques et confessionnels, est celui de la naturalisation. Le décret de la naturalisation promulgué en juin 1994 a conféré, à 250.000 personnes, la nationalité, ce qui équivaut à 7% de la totalité de la population libanaise. La naturalisation renferme une violation de la loi puisqu’elle a été appliquée d’un seul coup, donc d’une façon collective et sans exécuter les formalités légales requises. Le point controversé ne se limite pas uniquement à la forme mais empiète sur le contenu. En effet, 70% des naturalisés sont des musulmans et 30% chrétiens. De même, environ 60% des maturalisés possèdent d’autres nationalités.

Il existe une grande différence entre l’accroissement de la population avec un déséquilibre naturel dans les confessions et le fait d’induire un changement démographique artificiel. Il est très dangereux de manipuler la composition dé-mographo-confessionnelle dans un pays gouverné par des pondérations extrêmement subtiles et des susceptibilités rituelles et non pas uniquement confessionnelles, surtout en ces moments où le déséquilibre atteint tous les niveaux.  Les naturalisés ont été répartis arbitrairement dans certaines régions. Durant les élections de 1996, les voix de ces naturalisés ont été virées pour l’intérêt de certaines personnes puissantes du pouvoir. Le déséquilibre démographique artificiel dans une communauté pluraliste qui vient de sortir d’une guerre dévastatrice, ne constitue pas seulement une recherche dans la coexistence mais pourrait abolir les composantes de son existence.

 La réforme du déséquilibre afin de rétablir les composantes d’une coexistence saine:
La guerre militaire a pris fin mais la guerre politique se poursuit sous différents aspects. La coexistence au Liban endure actuellement, et surtout du côté politiques, une crise. Jadis les musulmans ont ressenti de la mésestimation et les chrétiens de la peur. Ces jours-ci, les chrétiens ne souffrent pas seulement du fait qu’ils sont mésestimés mais aussi visés.
Autrefois, des partis étaient satisfaits, d’autres non, mais actuellement les mécontents sont nombreux quoique le mécontentement chrétien est plus fort et plus profond. Avec l’indépendance est apparu le concept de la double négation: non pour l’Orient et non pour l’Occident. La crise de 1958 s’est renouvelée sous un nouvel aspect: ni vainqueur ni vaincu. Dès le début des années soixante-dix, le conflit interne s’est centré sur la réforme et la souveraineté. De nos jours, la réforme a besoin elle-même de réforme et la souveraineté de souveraineté.

Il faut commencer actuellement par “ restaurer” l’état de la coexistence. C’est le “chantier? de reconstruction le plus important: reconstruire la coexistence sur des fondements solides entre le peuple lui-même, d’une part, et la communauté et l’Etat d’autre part. Le point de départ réside dans ce qui suit:

1- Savoir que la coexistence entre communautés et individus est un acte de conviction. On retrouve cette coexistence dans la pratique, donc dans l’acte et non pas la parole.
2- Admettre qu’un déséquilibre existe au niveau de la coexistence et de l’Etat.
3- Traiter ce déséquilibre en commençant par reconsidérer l’accord de Taëf du point de vue de la forme et du contenu. Si nous délaissons cet accord nous n’avons aucun autre projet politique à appliquer. Ce qui est inquiétant est que le fait de parler des violations de l’accord de Taëf ne constitue plus une négociation politique, et ceci a été clairement démontré par les élections de 1996.
Finalement admettre l’existence de l’autre et le droit de l’autre d’être différent, constitue l’assise principale de la démocratie. Les discours politiques actuels ne sont pas rassurants et renferment des menaces pour les libertés et l’union nationale. Ces jours-ci, le Liban affronte un grand danger qui atteint les bases de la communauté civile qui est un point névralgique de la coexistence, ceci sur des bases de liberté et d’égalité. Ainsi, il s’agira d’une coexistence pareille à celle stipulée dans l’introduction de la Constitution.

La coexistence est le seul alternatif des libanais qui, à la fois, sert les intérêts de tout le monde et préserve leurs droits et leurs libertés.

Dr. Farid El-KHAZEN
Professeur en Sciences Politiques
L’Université Américaine de Beyrouth
Traduction: Dr. Georges KALLAS