CHRONIQUE DES GUERRES DU LIBAN

PAR DR. ELIAS KHATAR

1975 | 1976 | 1977 | 1978 | 1979 | 1980 |1981 | 1982| 1983 | 1984 | |1985 | 1986 | 1987 | 1988 | 1989 | 1990
CONSEQUENCES

1975

1976 1977 1978 1979 1980 1981 1982 1983 1984 1985 1986 1987 1988 1989 1990
CONSEQUENCES DE LA GUERRE

La guerre du Liban a touché, l’homme, la pierre et l’esprit. Elle s’est soldée par des pertes dans tous les domaines. Cette guerre à triple volet: international, régional et local, est l’exemple de ce qui peut attendre les petites nations où tachent de coexister des minorités religieuses, ethniques, culturelles, nationales, où plusieurs d’entre elles à la fois.

Les conséquences de la guerre du Liban entre 1975 – 1990 sont catastrophiques sur une population qui est estimée de l’ordre de 3 millions de résidents:

1 – Sur le plan humain:

    Les tués: Les forces militaires régulières: 2734 (130 officiers).Les milices chrétiennes: 4078 tués. Les civils: 66590

    Le nombre des tués parmi les militaires et les civils atteint 71328 soit 2,7/o de la population.
    Les blessés: Les forces régulières: 4234 Les milices chrétiennes: 2448 Les civils: 83900

 Total: 97144 soit 4% de la population.
    Les massacrés: Les chrétiens: 2972 Les Musulmans: 1289
    Les disparus: 19860
2 – Le déplacement de la population:

Les déplacements qui ont duré depuis le déclenchement de la guerre, ont atteint les chiffres suivants:

    Grand Beyrouth: 165,000 chrétiens 115.000 musulmans
    Mont – Liban: 240.000 chrétiens 500 musulmans
    Liban – Nord: 30.000 chrétiens 2.000 musulmans
    Liban – Sud: 125.000 chrétiens 40.000 musulmans
    La Békaa: 170.000 chrétiens
Total: 670.000 157.500

Le bilan est très révélateur, il prouve qu’un véritable complot était perpétré contre les chrétiens, surtout que le premier déplacement a eu lieu au village chrétien Ayn-el-Assad dans Iqlim al-Kharroub, juste une nuit (14 avril) après l’accident de l’autobus de Ayn Roumaneh survenu le 13 avril 1975.

30% de la population est déplacée, avec tout le problème qui suit: emploi, logement, éducation, émigration, destruction du tissu familial et surtout destruction de la coexistence entre libanais.

3 – L’émigration:

Le nombre total de ceux qui ont émigré entre 1975 – 1990 est de l’ordre de 894.717, soit le l/3 de la population résidente. Même si ce phénomène est traditionnel au Liban, il a eu une portée catastrophique avec la guerre pour fuir les combats ou remédier aux déplacements forcés et à l’enracinement de la population comme c’était le cas dans la Montagne mixte. Ces émigrés, ont affaibli l’infrastructure culturelle et technique, et ont vidé le pays de ses esprits créateurs ou productifs.

4 – L’éducation:

Les dommages dans les institutions secondaires sont relatifs selon l’emplacement de chacune d’elles. Quelques unes étaient détruites complètement et rares sont celles qui n’ont pas été endommagées partiellement ou qui n’ont pas été occupées par des déplacés.

Les écoles chrétiennes fermées dans les régions que les chrétiens ont quittés entre 1982 et 1987 sont 65 écoles, pillées ou incendiées ou détruites. Avant cette date le nombre des écoles fermées était de l’ordre de 211 écoles catholiques et 56 écoles musulmanes et 38 écoles orthodoxes et autres.

Le nombre de locaux scolaires occupés par les déplacés ou les belligérants était de l’ordre de 50 à Beyrouth et sa banlieue entre 1986 et 1987.
Les dégâts sont estimés matériellement comme suit dans le secteur public: Ecoles publiques de l’enseignement primaire-secondaire: 139.000.000 $ Ecoles techniques: 44.000.000 $ Université Libanaise: 30.000.000 $ Autres établissements: 150.000.000 $
Dans le secteur privé les dégâts matériels sont: Ecoles Chrétiennes (75-87) 40.000.000 $ Ecoles musulmanes (75-87) 25.000.000 $ Autres établissements (75-87) 130.000.000 $ Université St.Joseph (75-81) 7.000.000 $

Le temps de l’enseignement perdu entre 1975 – 1990, peut atteindre un an. Les élèves qui arrivent à l’université en 1994, sont ceux qui ont été aux jardins d’enfants en 1975, ils ont perdu chaque année quelques mois de l’année scolaire traditionnelle.

Ainsi le niveau de l’enseignement a été très touché, et le potentiel culturel est détérioré et le rôle du Liban est affaibli comme centre de rayonnement culturel dans la région.

5 –Les Bibliothèques publiques:

Les Bibliothèques publiques ont subi beaucoup de dommages, soit dans leurs bâtiments soit dans le fonctionnement de l’acquisition des livres et l’enrichissement des dépôts.

La Bibliothèque Nationale, fut endommagée et pillée en 1975 par les Palestiniens qui l’ont occupé en 1975. Le même sort a frappé la Bibliothèque de Sleiman El-Boustany et du ministère du plan par les mains des Palestiniens.

Les Bibliothèques des Couvents du Mont-Liban Sud, furent détruites et pillées après la guerre de la Montagne (1983-1985).

Dans les Bibliothèques des autres Universités, on est devant le cas de l’arrêt partiel du dépôt de livres, où du vol des manuscrits précieux, surtout ceux qui correspondent aux sectes ésotériques.

6 –Les Lieux de Culte:

Les pertes des lieux de culte sont très impressionnantes chez les Chrétiens par rapport aux Musulmans.

Les Chrétiens ont perdu 375 églises, 45 couvents et 17 sièges épiscopaux. Les Musulmans Sunnites 47 mosquées. Les Musulmans Chiites 25 mosquées

7- l'Economie:

Les destructions, les pertes humaines, les déplacements, les émigrations, ont contribué à l’affaiblissement de l’économie libanaise.

La population active est largement affaiblie de 1975 en 1985; la population active est touchée de 744098 à 452000.

Le capital productif a connu par exemple en 1978 une perte de 2,5 milliards de dollars, et de 1975 à 1983 de 4,78 milliards de dollars.

En 1983 le Liban a perdu 11200 logements et 65 hôtels et 13400 commerces et bureaux et 300 entreprises. Le pays connaît une baisse de la production, la détérioration des échanges extérieurs et des finances publiques et des conditions de vie. La hausse des prix passe de 7% en 1983 à 487% en 1987. Le salaire minimum qui était 243 $ par mois en 1983 est devenu 41 $ en 1987 et 58 $ en Août 1990.

La dégradation du pouvoir d’achat des salaires minimum était de 5,50% en 1975, 18,90% en 1978, 8,60% en 1983, 130,70% en 1988, 33,70% en 1990. Ainsi les circuits économiques sont désorganisés, les échanges difficiles, des régions non productives, des équipements vieux ou détruits, le secteur moderne dans l’agriculture et l’élevage est mis hors d’état de produire, les forêts sont coupées.

Le secteur des transports a vieilli et est devenu désorganisé. Bref, le rôle du Liban est atteint et marginalisé aux dépens d’autres pays de la région.