LE PROBLEME DES DEPLACES: ETAT ACTUEL ET OBSTACLES

Par Dr. Elias KATTAR

Problème financier | Les rencontres de réconciliation et de dialogue | Habitat et reconstruction | Evacuations des maisons occupées |Réalisation de l’infrastructure | Reconstruction des lieux de culte

L’accord de Taëf a fait du retour des déplacés une priorité, et presque tous les gouvernements qui se sont succédés au Liban, depuis la fin de l’état de guerre, ont réclamé ce retour, qui a eu à sa disposition un ministère et une caisse.
Six années sont passées et le problème n’est résolu que partiellement; il est toujours une plaie grave qui saigne.
Rien n’empêche ce dossier, qui a brisé l’échine dorsale du pays d’être réglé dans la mesure où une décision est prise pour clore ce problème.
Les chiffres avancées par les organismes qualifiés annoncent que 40% de déplacés ont réintégré leurs régions!
Alors, qu’est-ce qui retarde le retour des enfants de la patrie dans leurs maisons?
 
1 – Problème financier
Les 60% des déplacés qui n’ont pas réintégré leurs régions attendent le financement nécessaire pour mettre en exécution les étapes du retour. Il faut trouver des fonds pour compléter le processus du retour. Même les sommes qui ont été versées aux déplacés sont insuffisantes pour continuer la construction ou la restauration.
Vu que les familles se sont agrandies, les sommes prévues ne peuvent pas combler le besoin.
Le budget de 1997 consacre 60 milliards de L.L. qui sont l’équivalent presque de 40 millions dollars. C’est un chiffre rudimentaire, qui ne répond pas aux besoins.
Selon l’estimation du ministère des déplacés, le nombre des déplacés est 800.000 personnes dont 450.000 attendent une solution.
 
En 1994 le gouvernement a noté un budget de 474 millions de dollars américains pour financer le retour. A ce jour, le ministère a dépensé 188 milliards de L.L. = 125 millions dollars pour la reconstruction de 170 villages. Le rapport présenté à la conférence d’Istanbul en 1996 indique qu’un montant de 320 millions de dollars est nécessaire pour compléter le processus.
2 – Les rencontres de réconciliation et de dialogue
Il y en a eu 36 dans la Montagne, 6 étaient placées sous le patronage du Président Elias HRAOUI aux cazas de Aley et Chouf; les autres étaient sous le patronage du ministère des déplacés M. Walid JOUMBLAT.
Mais d’autres rencontres sont nécessaires pour continuer le processus, par exemple à Kfarmatta et surtout à la banlieue sud de Beyrouth, où les terres agricoles exploitées par d’autres que leurs propriétaires ne sont pas encore restituées.
Ajoutons à cela les problèmes endurés par les propriétaires qui ont repris leurs propriétés surtout dans la plaine de Damour.
Les déplacés qui ont reconstruit leurs maisons ne sont pas encore installés dans leurs villages, ils n’arrivent pas à dépasser un certain traumatisme qui les empêche de s’installer à leur guise.
3- Habitat et reconstruction
Le retour dans les villages et les bourgs détruits était précédé par une action de déblayage des routes et des décombres, qui a coûté presque 11 milliards de L.L. = presque 7 millions et demi dollars.
Après cette opération, a été entamé le payement des indemnités pour la reconstruction de maisons détruites et la restauration de celles endommagées.
La caisse des déplacés a payé jusqu’au mois de mars 1997, 69 milliards de L.L. = presque 46 millions dollars. pour la reconstruction de 4807 unités d’habitations dans 70 villages et secteurs.
Elle a payé 192 milliards L.L. = presque 128 millions dollars pour la restauration de 28147 unités d’habitations dans 242 localités.
En dépit du fait que ces chiffres couvrent 40% des déplacés, les sommes payées ne suffisent pas pour compléter la restauration ou la construction, et restent en-deçà des besoins, des plaintes parlant d’inégalité dans le processus d’indemnisation.
Le rapport du ministère des déplacés à la conférence d’Istanbul du 3 – 14/6/1996 lance les chiffres suivants: les maisons détruites partiellement sont 573 à Beyrouth, 6410 au Mont-Liban, 4424 au Sud, 673 au Nord et 225 dans la Békaa. Le nombre des maisons détruites complètement est: 2576 à Beyrouth, 14778 au Mont – Liban, 4845 au Sud, 1053 au Nord et 409 à la Békaa.
4 – Evacuations des maisons occupées
Des inégalités furent commises dans le processus d'indemnisation des maisons occupées par d’autres qui ne leur appartiennent pas.
Il n’y a qu’à citer le cas du quartier de Wadi Abou Jmil et actuellement du quartier des Maramel à Awzaii. Dans le premier, les familles qui ont investi le quartier ont touché des sommes énormes et ceux du deuxième cas ont bien appris la leçon pour tâcher de tirer profit au maximum.
Parmi les milliers de familles qui s’étaient installées dans les lieux ne leur appartenant pas, certains étaient venues délibérément des régions périphériques, surtout de la Békaa Nord, sans être poussées pour cela par la guerre. Les frais d’indemnisation pour l’évacuation des maisons occupées ont atteint 382 milliard L.L. = presque 254 millions et demi de dollars.
5 – Réalisation de l’infrastructure
L’infrastructure des villages et des bourgs atteints par le déplacement forcé, a nécessité une reconstruction presque totale (eaux, électricité, téléphones, égouts, routes, ronds-points, ponts, jardins publics, etc...). Le coût est évalué à 145 milliards. 34 milliards ont été payés jusqu’à présent, et les gens attendent avec impatience la réhabilitation de l’infrastructure pour pouvoir mener une vie normale, non défavorisée.
6 – Reconstruction des lieux de culte

107 églises, mosquées et Wakf (la majorité des églises) nécessitent une reconstruction ou une restauration. Les frais sont élevés et ce qui a été payé est très rudimentaire. Les initiatives privées ne peuvent résoudre que le problème de quelques lieux de culte, non de la majorité.

7 – Encourager le retour

Les déplacés doivent être encouragés pour retrouver leurs villages ou leurs bourgs. Quelques uns ont la hantise des jours noirs.
Pour les enraciner, il faut leur créer des centres socio-économiques, des petites industries pour attirer la main d'oeuvre, assurer les écoles, répandre les dispensaires et les centres sportifs, culturels, et les loisirs, et enfin favoriser une agriculture rentable.

 

 

Enfin, le problème des déplacés doit être essentiel et prioritaire. Le gouvernement doit lui accorder le financement nécessaire, pour achever le retour de tous les enfants de la patrie dans leurs maisons et propriétés, sinon le pays reste ouvert à la haine qui engendre les guerre et le crime.