SITUATION ET PROBLEMES ECONOMIQUES

Par Dr Michel AOUAD

Caractéristiques générales de l'économie libanaise | Situation actuelle de l’économie au Liban

Pour bien comprendre la spécificité complexe de l'économie libanaise, et saisir la nature des difficultés et problèmes économiques et sociaux actuels, il est indispensable de préciser quelques caractéristiques générales de cette économie libanaise. C'est pourquoi nous allons, dans un premier temps, essayer de spécifier certaines de ces caractéristiques les plus fondamentales; puis, dans un second temps, exposer la situation actuelle des secteurs économiques les plus importants.

 

 
 
 

1- Caractéristiques générales de l'économie libanaise:

II est vrai, bien que le cas soit rare, qu'un pays puisse vivre confortablement avec une économie basée essentiellement sur le tertiaire, mais cela suppose, au moins, trois choses qui ne sont pas assurées au Liban:
    Une autorité politique et économique qui choisit consciemment ce genre d'économie, le planifie, l'oriente et le soutient.
    Une collectivité dont la majorité, surtout les élites sociales, est convaincue de la nécessité d'une vraie justice distributive dont les bienfaits retombent sur tous les membres de cette collectivité et pas seulement sur une minorité de profiteurs.
    L'assurance d'une certaine stabilité dans les relations économiques avec le monde et les marchés extérieurs; c'est une condition sine qua non pour la survie de ce secteur très vulnérable et tributaire de n'importe quelle crise ou fluctuation interne ou externe.
La croissance démesurée du secteur tertiaire au Liban, due à la combinaison d'un ensemble de facteurs (Exode des capitaux et des cadres après la guerre de 1948; afflux des capitaux pétroliers depuis les années cinquante, etc.), se traduisit par une élévation générale du niveau de vie, par un développement du marché de l'emploi, et, surtout, par l'apparition de nouveaux besoins de consommation et de confort.


C'est une économie de consommation qui se base surtout, sur l'importation, d'où un grand besoin en devises étrangères, ce qui se répercute sur la valeur, de la monnaie nationale et la rend très sensible aux fluctuations et aux crises, autant internes qu'externes. D'où un déficit chronique de la balance Commerciale; et, aussi, une très forte dépendance vis-à-vis de l'extérieur à la fois pour importer les biens de consommation ou les matières premières, et pour exporter les produits agricoles ou industriels.
Une faiblesse chronique du secteur public et des finances publiques qui s'exprime par la faiblesse et le déséquilibre du budget, par un mauvais système fiscal d'impôts, par une insuffisance des infrastructures et des équipements collectifs, par une pénurie dans les services sociaux, etc.

Un libéralisme économique sauvage: II est entendu qu'au Liban le système économique est libéral, mais il s'agit d'un libéralisme intégral qui se refuse à toute réglementation de fait, et qui ne veut se soumettre qu'à ses lois propres, tellement que le père J.LEBRET, directeur de l'IRFED qui a fait une étude sur le Liban, déclarait en 1960: "votre économie est déséquilibrée, mais puisque, contre toutes les règles, cela tient, surtout ne touchez à rien".

Aussi l'expert J.TINBERGER qui a étudié, à la fin des années soixante, le phénomène libanais se déclarait incapable de le comprendre, et d'en définir les règles de fonctionnement au moyen d'une étude technique, et il concluait: "Puisque cela fonctionne ainsi, il n'y a qu'à continuer".
Y-a-t-il actuellement, encore, un système économique où il soit permis de spéculer impunément, et même légalement, contre la monnaie nationale? où il n'y a pas de contrôle sur les sources des revenus, ni sur les prix, ni sur les profits, etc? où il n'y a pas de loi anti-monopole ou anti-cartel qui empêchent 1'établissement d'une concurrence réelle et le jeu de la loi de l'offre et de la demande? ...
 

2- Situation actuelle de l’économie au Liban.

1- Le budget national:
1. Depuis toujours le budget de l'Etat accuse un déséquilibre structures. Ce budget a été toujours conçu comme un budget administratif plutôt que productif: en effet, plus de 70% des dépenses sont des dépenses d'administration (salaires, loyers, fournitures et meubles, etc.).
Aussi c'est un budget nominatif beaucoup plus que réel, et inflationniste beaucoup plus qu'équilibré. En fait, les recettes effectives, même avant les années de la guerre, ont rarement dépassé les 25% du budget total. Le déficit budgétaire, équilibré avant la guerre par les rentrées d'autres secteurs: tourisme, transit, secteur bancaire, etc., est comblé actuellement par les emprunts auprès de la Banque Centrale et par l'émission des Bons de Trésor, ce qui entraîna nécessairement la dévaluation de la monnaie nationale. En 1992 le déficit, officiellement estimé dans le budget, était d'environ 45% du total du budget; alors que le déficit réel a dépassé 57,5% en 1994 et 52% en 1996.
2. Les recettes budgétaires ne sont, dans les meilleurs cas, qu'a moitié collectées. Cela revient au mauvais système d'impôts qui a besoin d'être totalement modernisé, et dont nous indiquons seulement trois failles fondamentales:
 

La prédominance des impôts indirects sur les impôts directs, qui ne touchent effectivement que les fonctionnaires et les employés.
L'inéquitabilité de la proportionnalité de l'impôt, du fait que les tranches les plus élevées sont insuffisamment imposées.
La déficience de la perception et du système de contrôle.
Un budget ainsi conçu et des finances publiques si faibles conduisent à l'incapacité de l'Etat à jouer un rôle promoteur, et a remplir ses fonctions les plus élémentaires. Les conséquences d'une telle situation se font sentir a tous les niveaux de la vie sociale et économique:
Les infrastructures et les Equipements collectifs, qui sont du ressort de l'Etat, sont dans un état désastreux: réseau routier, électricité, télécommunications, transport en commun, etc.
Les sécurités sociales et autres services sociaux sont insuffisants, sinon totalement absents: sécurité de chômage, sécurité de vieillesse, gratuité de renseignement au moins primaire, aides au logement, etc.
L'impossibilité de fixer, ou au moins d'orienter une politique de développement: un exemple frappant en est l'inadéquation entre les bas salaires et une cherté galopante (le salaire minimum qui était d'à peine 75 dollars US en 1993, atteint actuellement 193$ environ), ce qui conduit à deux situations très graves:
      Un déséquilibre de plus en plus grand dans la distribution des revenus, ce qui va amener à une plus grande injustice sociale, et à une désorganisation de la structure de la société, la classe moyenne risquant de disparaître.
      Une émigration des spécialistes et des cerveaux et même, durant les dernières années de la guerre, de la main-d'oeuvre qualifiée et non qualifiée aussi.
 
2- La dette publique:
Vu l'incapacité de l'Etat à pourvoir à ses dépenses et à ses obligations et à s'acquitter de ses dettes, il à dû emprunter à la Banque Centrale et aux banques commerciales privées, et aussi aux citoyens libanais par les moyens de l'émission des Bons de Trésor. Ainsi la dette publique interne s'est progressivement aggravée et elle s'est accrue d'une manière constante avec ses intérêts cumulés; cela entraîna l'accroissement de la masse monétaire, et la masse des prix et de l’inflation.
Cette dette, qui n'était que de 4,5 milliards de livres libanaises en 1980, a passé à environ 54 milliards en 1985 pour atteindre 2630 milliards en 1991 et 5775 milliards en octobre 1993. En 1996, elle a atteint 19952 millions de L.L., dont 86,2% (17207 millions de L.L.) sont des dettes internes et 13,8% des dettes externes. Le seul service de cette dette publique s'élevait à 2632 millions, c'est-à-dire a 74,5% du total des recettes publiques en 1996.
Ces données chiffrées justifient bien la prise de position claire des Pères du "Synode pour le Liban" au Vatican, le 14 décembre 1995, au No 42 du "Message de l'Assemblée Spéciale", où ils affirment:
"Les finances de l'Etat, quant aux recettes, pénalisent surtout, d'un côté les salariés par l'impôt direct prélevé à la source et par l'inflation, et d'un autre côté la masse des consommateurs, frappant indistinctement par les taxes et les impôts indirects toutes les catégories sociales sans distinguer le niveau de leurs revenus. Les finances de l'Etat, quant aux dépenses, favorisent essentiellement les détenteurs de capitaux créanciers de l'Etat, car le service de la dette publique absorbe actuellement près de la moitié des ces dépenses. La structure des finances publiques est actuellement un puissant instrument d'injustice sociale et de blocage économique".

3- Le secteur tertiaire:
Ce secteur comprend toutes les activités des "services" comme le commerce, les activités bancaires, le bâtiment et le foncier, les services sociaux, le transport et le transit, le tourisme, etc. Beaucoup de ces domaines et activités, qui étaient très florissants avant la guerre de 1975, furent très durement touchés sinon complètement arrêtés, comme le tourisme.
Il est indispensable de faire quelques remarques générales concernant les domaines les plus importants de ce secteur:

1- Le secteur commercial occupait, depuis les années cinquante la place la plus importante au sein de l'économie libanaise. sa contribution à la formation du revenu national dépassait 30%, c'est-à-dire presque autant que la contribution des secteurs industriel et agricole réunis.
Le rapport importation/revenu national dépasse les 50%; et la couverture des importations par les exportations dépasse rarement les 30%.
Ce secteur commercial est resté assez actif, même durant les années de la guerre, et il se remet de ses problèmes actuellement vu les besoins des Libanais en produits de consommation, dont plus de 75% sont des produits importés.
2- Le secteur du bâtiment très durement touché durant toutes les années de la guerre, connaît un rapide mouvement de développement, surtout depuis 1991. Les permis de construire couvraient plus de 6 millions de m2 en 1991, d'après les chiffres de l'ordre des ingénieurs; ils ont atteint les 12 millions de m2 en 1993, pour des investissements évalués à environ 1631 millions de U.S.$; pour atteindre un maximum de 34,9 millions de m2 en 1995, puis se rééquilibrer à 13,6 millions de m2 en 1996.
3- Le secteur du transport et du transit, qui contribuait à environ 8% dans la formation du revenu national, fut pratiquement arrêté durant les années de la guerre ou réduit à 10% de ses activités dans les meilleures hypothèses.
En effet le Port de Beyrouth, qui se trouvait sur la ligne des combats, fut totalement fermé et supplanté par des ports de fortune tout au long du littoral pour assurer les importations. l'aéroport ne fonctionnait que durant de très courtes périodes, la MEA, compagnie aérienne nationale, était la seule qui l'utilisait pour quelques vols très irréguliers. Le transit routier, qui transportait toutes les exportations libanaises vers les pays arabes, surtout ceux du Golf, et toutes les importations de ces pays à travers le port de Beyrouth, fut réduit très considérablement.
Depuis 1992, ce secteur de transport connaît un regain d'activités et retrouve progressivement sa vitalité et son dynamisme. La plupart des compagnies aériennes utilisent de nouveaux l'aéroport de Beyrouth, qui a reçu plus de 1,2 millions de passagers en 1992, et plus de 1,7 millions en 1996; alors que le port de Beyrouth reçoit annuellement, depuis 1992, environ 3000 bateaux qui vident plus de 500.000 tonnes de marchandises.
Le gouvernement a déjà étudié et décidé plusieurs projets pour le réaménagement, 1'équipement et 1'expansion de ce secteur: par exemple, aménagement et équipements nouveaux du port de Beyrouth; rééquipement et agrandissement de l'aéroport; remplacement et modernisation du transport ferroviaire; nouveau réseau routier et d'autoroutes, etc. D'ailleurs, plusieurs gouvernements et sociétés étrangers ont signé déjà des contrats et commencé l’exécution de quelques projets.
4- Le secteur touristique: Le Liban était considéré un pays de tourisme par excellence, et surtout d'estivage spécialement par les ressortissants des pays du Golf. Durant les années précédant juste la guerre, le nombre des touristes (Syriens non compris) dépassait un million de personnes. Les rentrées de ce secteur étaient l'une des sources importantes qui comblaient le déficit de la balance Commerciale.
Actuellement, malgré un mouvement de relance promotteur surtout au niveau du réaménagement et du rééquipement des hôtels de luxe, ce secteur reste à son niveau le plus bas et il se limite à des Libanais, vivant ou travaillant à 1'étranger, qui viennent passer l'été dans le pays, à quelques ressortissants arabes et des rares autres étrangers, et finalement à des hommes d'affaires de passage au Liban.

4- Le secteur industriel:
Ce secteur, épuisé par la guerre et qui a supporté de très grosses pertes, n'a pas encore retrouvé sa santé surtout à cause du manque de crédits et des sources de financement, de la concurrence qu'il subit des produits étrangers importés, et du marasme économique qui prévaut dans le marché interne.
L'industrie au Liban connaît des problèmes structurels, dont les plus importants à noter sont:
 

1- L'inégale répartition géographique des activités et des entreprises industrielles: nous constatons une concentration dans Beyrouth et sa banlieue représentant, en 1970, 60% de l'ensemble des entreprises industrielles occupant plus de 63% de la main d'oeuvre industrielle.
2- L'industrie libanaise s'est essentiellement constituée selon un processus de "substitution aux importations": l'industrie s'est développée, non d'après une planification plus ou moins rationnelle, mais surtout pour supplanter les importations et subvenir à des besoins spécifiques de consommation. Ainsi, la création d'une industrie donnée répondait, souvent, à un besoin du marché local qui est très limités, d'où l'importance des industries, de taille moyenne et même petite, orientées vers les objets de consommation finale: produits alimentaires, textiles et habillement, bois et meubles, et matériaux de construction représentent plus de 75% de l'activité industrielle, et occupent plus de 70% de la main-d'oeuvre industrielle.
3- C'est une industrie tributaire essentiellement des marchés extérieurs, tant pour ses matières premières que pour 1'écoulement de sa production.
4- Certaines branches de cette industrie ne sont pas concurrentielles, même sur le marché local: le textile, par exemple, ne peut continuer à fonctionner que par des exonérations fiscales et la protection de l'Etat.
La guerre a détruit plus de 50% des usines et des entreprises industrielles; plus de 30% ne fonctionnent que partiellement, et dans des conditions très défavorables à toute relance: manque d'é1ectricitè et d'autres sources d'énergie; manque de matières premières importées presque en totalité et payées en devises; difficulté de trouver une main-d'oeuvre qualifiée dont une bonne partie a émigré; difficulté d'exporter et de trouver des marchés d'écoulement... Ajoutez à cela le fait que l'équipement de production est devenu désuet, faute d'avoir été renouvelé.
Aussi l'industrie a-t-elle besoin de beaucoup de capitaux pour se relancer et se moderniser or ces capitaux manquent, soit parce que l'Etat est incapable d'aider et de créditer ce secteur, soit parce que les capitaux privés n'osent pas encore investir en attendant d'être plus assurés que la situation se soit stabilisée au Liban et dans la région. En fait, l'état d'insécurité, qui a prévalu durant la guerre, a entraîné la fuite des capitaux libanais et étrangers qui furent transférés et investis dans d'autres pays.
La part du secteur industriel dans les activités économiques et la formation du revenu national est toujours relativement faible: il fait travailler environ 27% de la population active, et contribue à presque16% du PNB.
 Pourtant, du fait que l'industrie constitue un secteur productif qui n'est pas aussi sensible que le tertiaire aux fluctuations des marchés et aux aléas des crises, et que, malgré ses problèmes et ses difficultés, l'industrie n'a cessé de croître et d'augmenter sa contribution au produit national, il faudrait donner une attention particulière a ce secteur et regarder, aussi et surtout, sa rentabilité sociale. En effet, c'est l'activité industrielle qui est la plus apte à faire travailler un grand nombre de personnes -elle emploie d'après le recensement industriel de 1995, plus de 144.000 ouvriers-, et à créer de nouveaux emplois pour aider à résoudre le problème de chômage, et à freiner l'émigration de la main-d'oeuvre et de la jeunesse.
 

5- Le secteur agricole:
Le secteur productif compte, jusqu'à présent, sur ses propres ressources et ses moyens qui sont habituellement très limité que ce soit au niveau des moyens financiers, des moyens techniques, ou des moyens de production. En outre, le dumping des produits agricoles importés menacent sérieusement les possibilités de développement économique de ce secteur. Or le retard de ce secteur agricole conduit a des résultats économiques et sociaux indésirables, en renforçant le phénomène de l'exode rural, et en augmentant la dépendance vis- à -vis de l'extérieur pour satisfaire les besoins alimentaires.
Le secteur agricole au Liban se caractérise par quelques traits, dont les plus importants sont:
 

1- Le Liban est un pays de petite superficie dépassant a peine 10400 KM2. Les terres cultivées -forêts comprises- représentent environ 38% de la superficie totale, et si nous y ajoutons les 324000 hectares aptes à être valorisés et bonifiés, nous aurons au maximum 50% de terres cultivables au Liban.
2- La population, peu nombreuse dans l'absolu dépassant à peine les 3 millions, pose d'une part le problème d'une très grande densité (plus de 300 habitants au Km'), et, d'autre part, elle présente un rapport très défavorable avec la superficie des terres cultivées; la proportion serait de dix personnes environ par hectare cultivé, proportion extrêmement faible et qui deviendra de plus en plus faible vu l'accroissement ultérieur de la population. Le taux de croissance démographique est très élevé au Liban dépassant 2,6%.
3- A la fin des années cinquante, la population active travaillant dans le secteur agricole était estimé à 50% du total de la population active libanaise; au milieu des années soixante la population est tombée à 34%; au début des années soixante-dix, une enquête officielle sur la population active ne donnait qu'une proportion de 18,9%; et le "Rapport mondial sur le développement humain 1993" publié par le PNUD parle de 14%.
4- Ce dépeuplement conduit a un délaissement de la terre: en 1969 déjà, 45% des terres cultivées étaient laissées en jachère; ce phénomène fut très sensiblement aggravé durant la guerre, à cause de l'expulsion massive des ruraux de leurs terres et de leurs villages. Aussi l'agresseur détruisait-il, souvent intentionnellement, toutes les installations, les équipements technologiques et les entreprises modernes: fermes, vergers, canalisations d'eau, etc.
Devant de telles pertes, les ruraux qui sont dans leur grande majorité de petits propriétaires, et dont plusieurs ont perdu presque tout ce qu'ils possédaient, sont devenus incapables d'assurer le rééquipement de leurs propriétés, et la relance de leurs activités agricoles. Ce secteur a, donc, d'énormes besoins en aides pour le rendre humainement viable et économiquement rentable.
La part de ce secteur agricole a la formation du revenu national ne dépasse pas 10%, mais ce chiffre ne reflète pas l'importance réelle de ce secteur au niveau économique et social; en effet, le secteur agricole est un secteur très complexe où l'économique, le social et l'humain interférent. Aborder ce secteur et l'analyser en privilégiant l'un ou l'autre de ces aspects c'est fausser le problème, et arriver nécessairement a des conclusions divergentes.
En fait, sur le plan économique, le secteur agricole a déclenché, dans son récent mouvement de capitalisation, tout un processus d'opérations "en amont et en aval": grâce à l'agriculture, il y a eu une expansion de nombreuses activités para-agricoles se rattachant, d'une part, à l'industrie (industrie agro-alimentaire; réfrigération et conditionnement, etc.) et, d'autre part, au secteur tertiaire (circuits de commercialisation, de distribution, d'exportation, etc.) et qui ont dynamisé le marché intérieur de travail par la création d'un grand nombre de nouveaux emplois.
Aussi, au niveau socio-humain, si le secteur agricole touche directement 14% de la population active, il toucherait indirectement plus de 75% de la population libanaise, vu les liens étroits socio-économiques que garde tout libanais avec son village, et vu le fait que plus de 80% des Libanais ont une propriété foncière, si petite que soit sa superficie.
C'est pourquoi toute amélioration, dans ce secteur agricole, ne peut qu'avoir des retombées bénéfiques sur l'ensemble de la population libanaise. Aider, donc, ce secteur à se développer revêt une importance capitale à l'heure actuelle; en effet, depuis plus d'une dizaine d'années, nous assistons a un phénomène assez unique qu'on peut qualifier de mouvement de "contre-exode", qui signifie le retour des habitants de la ville pour se fixer et habiter dans des zones considérées comme rurales ou semi-rurales. Aussi une bonne politique de développement pourrait aider a fixer ces gens définitivement dans ces zones, et ainsi aider à résoudre beaucoup de problèmes sociaux.
A la fin de ce survol rapide des secteurs importants de l'économie libanaise, nous devons indiquer qu'un taux d'accroissement économique de l'ordre de 6% est enregistré annuellement, ce qui est un taux assez élevé dans l'absolu, mais dont l'importance reste très relative dans l'économie libanaise, vu le niveau antérieur très bas qu'a atteint cette économie. Ainsi, cette relance amorcée n'est qu'un début de relèvement, mais qui reste très fragile puisque les problèmes structurels ne sont pas résolus.