SITUATION
ET PROBLEMES ECONOMIQUES
Par Dr Michel AOUAD
Caractéristiques
générales de l'économie libanaise | Situation
actuelle de l’économie au Liban
Pour bien comprendre la spécificité
complexe de l'économie libanaise, et saisir la nature des difficultés
et problèmes économiques et sociaux actuels, il est indispensable
de préciser quelques caractéristiques générales
de cette économie libanaise. C'est pourquoi nous allons, dans un
premier temps, essayer de spécifier certaines de ces caractéristiques
les plus fondamentales; puis, dans un second temps, exposer la situation
actuelle des secteurs économiques les plus importants.
1- Caractéristiques générales
de l'économie libanaise:
C'est une économie
de services: En
effet, environ 70% du revenu national était assuré par les
secteurs de services, et dont les rentrées rendaient excédentaire
la balance de paiements et comblaient l'énorme déficit chronique
de la balance Commerciale.
II est vrai, bien que le
cas soit rare, qu'un pays puisse vivre confortablement avec une économie
basée essentiellement sur le tertiaire, mais cela suppose, au moins,
trois choses qui ne sont pas assurées au Liban:
Une autorité
politique et économique qui choisit consciemment ce genre d'économie,
le planifie, l'oriente et le soutient.
Une collectivité
dont la majorité, surtout les élites sociales, est convaincue
de la nécessité d'une vraie justice distributive dont les
bienfaits retombent sur tous les membres de cette collectivité et
pas seulement sur une minorité de profiteurs.
L'assurance d'une certaine
stabilité dans les relations économiques avec le monde et
les marchés extérieurs; c'est une condition sine qua non
pour la survie de ce secteur très vulnérable et tributaire
de n'importe quelle crise ou fluctuation interne ou externe.
La croissance démesurée
du secteur tertiaire au Liban, due à la combinaison d'un ensemble
de facteurs (Exode des capitaux et des cadres après la guerre de
1948; afflux des capitaux pétroliers depuis les années cinquante,
etc.), se traduisit par une élévation générale
du niveau de vie, par un développement du marché de l'emploi,
et, surtout, par l'apparition de nouveaux besoins de consommation et de
confort.
C'est une économie
de consommation qui se base surtout, sur l'importation, d'où
un grand besoin en devises étrangères, ce qui se répercute
sur la valeur, de la monnaie nationale et la rend très sensible
aux fluctuations et aux crises, autant internes qu'externes. D'où
un déficit chronique de la balance Commerciale; et, aussi, une très
forte dépendance vis-à-vis de l'extérieur à
la fois pour importer les biens de consommation ou les matières
premières, et pour exporter les produits agricoles ou industriels.
Une faiblesse chronique
du secteur public et des finances publiques qui
s'exprime par la faiblesse et le déséquilibre du budget,
par un mauvais système fiscal d'impôts, par une insuffisance
des infrastructures et des équipements collectifs, par une pénurie
dans les services sociaux, etc.
Un libéralisme
économique sauvage: II
est entendu qu'au Liban le système économique est libéral,
mais il s'agit d'un libéralisme intégral qui se refuse à
toute réglementation de fait, et qui ne veut se soumettre qu'à
ses lois propres, tellement que le père J.LEBRET, directeur de l'IRFED
qui a fait une étude sur le Liban, déclarait en 1960: "votre
économie est déséquilibrée, mais puisque, contre
toutes les règles, cela tient, surtout ne touchez à rien".
Aussi l'expert J.TINBERGER
qui a étudié, à la fin des années soixante,
le phénomène libanais se déclarait incapable de le
comprendre, et d'en définir les règles de fonctionnement
au moyen d'une étude technique, et il concluait: "Puisque cela fonctionne
ainsi, il n'y a qu'à continuer".
Y-a-t-il actuellement, encore,
un système économique où il soit permis de spéculer
impunément, et même légalement, contre la monnaie nationale?
où il n'y a pas de contrôle sur les sources des revenus, ni
sur les prix, ni sur les profits, etc? où il n'y a pas de loi anti-monopole
ou anti-cartel qui empêchent 1'établissement d'une concurrence
réelle et le jeu de la loi de l'offre et de la demande? ...
2- Situation actuelle
de l’économie au Liban.
1- Le budget national:
1. Depuis toujours le budget
de l'Etat accuse un déséquilibre structures. Ce budget a
été toujours conçu comme un budget administratif plutôt
que productif: en effet, plus de 70% des dépenses sont des dépenses
d'administration (salaires, loyers, fournitures et meubles, etc.).
Aussi c'est un budget nominatif
beaucoup plus que réel, et inflationniste beaucoup plus qu'équilibré.
En fait, les recettes effectives, même avant les années de
la guerre, ont rarement dépassé les 25% du budget total.
Le déficit budgétaire, équilibré avant la guerre
par les rentrées d'autres secteurs: tourisme, transit, secteur bancaire,
etc., est comblé actuellement par les emprunts auprès de
la Banque Centrale et par l'émission des Bons de Trésor,
ce qui entraîna nécessairement la dévaluation de la
monnaie nationale. En 1992 le déficit, officiellement estimé
dans le budget, était d'environ 45% du total du budget; alors que
le déficit réel a dépassé 57,5% en 1994 et
52% en 1996.
2. Les recettes budgétaires
ne sont, dans les meilleurs cas, qu'a moitié collectées.
Cela revient au mauvais système d'impôts qui a besoin d'être
totalement modernisé, et dont nous indiquons seulement trois failles
fondamentales:
La prédominance des
impôts indirects sur les impôts directs, qui ne touchent effectivement
que les fonctionnaires et les employés.
L'inéquitabilité
de la proportionnalité de l'impôt, du fait que les tranches
les plus élevées sont insuffisamment imposées.
La déficience de la perception
et du système de contrôle.
Un budget ainsi conçu
et des finances publiques si faibles conduisent à l'incapacité
de l'Etat à jouer un rôle promoteur, et a remplir ses fonctions
les plus élémentaires. Les conséquences d'une telle
situation se font sentir a tous les niveaux de la vie sociale et économique:
Les infrastructures et les
Equipements collectifs, qui sont du ressort de l'Etat, sont dans un état
désastreux: réseau routier, électricité, télécommunications,
transport en commun, etc.
Les sécurités
sociales et autres services sociaux sont insuffisants, sinon totalement
absents: sécurité de chômage, sécurité
de vieillesse, gratuité de renseignement au moins primaire, aides
au logement, etc.
L'impossibilité de
fixer, ou au moins d'orienter une politique de développement: un
exemple frappant en est l'inadéquation entre les bas salaires et
une cherté galopante (le salaire minimum qui était d'à
peine 75 dollars US en 1993, atteint actuellement 193$ environ), ce qui
conduit à deux situations très graves:
Un déséquilibre
de plus en plus grand dans la distribution des revenus, ce qui va amener
à une plus grande injustice sociale, et à une désorganisation
de la structure de la société, la classe moyenne risquant
de disparaître.
Une émigration des
spécialistes et des cerveaux et même, durant les dernières
années de la guerre, de la main-d'oeuvre qualifiée et non
qualifiée aussi.
2- La dette publique:
Vu l'incapacité de
l'Etat à pourvoir à ses dépenses et à ses obligations
et à s'acquitter de ses dettes, il à dû emprunter à
la Banque Centrale et aux banques commerciales privées, et aussi
aux citoyens libanais par les moyens de l'émission des Bons de Trésor.
Ainsi la dette publique interne s'est progressivement aggravée et
elle s'est accrue d'une manière constante avec ses intérêts
cumulés; cela entraîna l'accroissement de la masse monétaire,
et la masse des prix et de l’inflation.
Cette dette, qui n'était
que de 4,5 milliards de livres libanaises en 1980, a passé à
environ 54 milliards en 1985 pour atteindre 2630 milliards en 1991 et 5775
milliards en octobre 1993. En 1996, elle a atteint 19952 millions de L.L.,
dont 86,2% (17207 millions de L.L.) sont des dettes internes et 13,8% des
dettes externes. Le seul service de cette dette publique s'élevait
à 2632 millions, c'est-à-dire a 74,5% du total des recettes
publiques en 1996.
Ces données chiffrées
justifient bien la prise de position claire des Pères du "Synode
pour le Liban" au Vatican, le 14 décembre 1995, au No 42 du "Message
de l'Assemblée Spéciale", où ils affirment:
"Les finances de l'Etat,
quant aux recettes, pénalisent surtout, d'un côté les
salariés par l'impôt direct prélevé à
la source et par l'inflation, et d'un autre côté la masse
des consommateurs, frappant indistinctement par les taxes et les impôts
indirects toutes les catégories sociales sans distinguer le niveau
de leurs revenus. Les finances de l'Etat, quant aux dépenses, favorisent
essentiellement les détenteurs de capitaux créanciers de
l'Etat, car le service de la dette publique absorbe actuellement près
de la moitié des ces dépenses. La structure des finances
publiques est actuellement un puissant instrument d'injustice sociale et
de blocage économique".
3- Le secteur tertiaire:
Ce secteur comprend toutes
les activités des "services" comme le commerce, les activités
bancaires, le bâtiment et le foncier, les services sociaux, le transport
et le transit, le tourisme, etc. Beaucoup de ces domaines et activités,
qui étaient très florissants avant la guerre de 1975, furent
très durement touchés sinon complètement arrêtés,
comme le tourisme.
Il est indispensable de
faire quelques remarques générales concernant les domaines
les plus importants de ce secteur:
1- Le secteur commercial
occupait, depuis les années cinquante la place la plus importante
au sein de l'économie libanaise. sa contribution à la formation
du revenu national dépassait 30%, c'est-à-dire presque autant
que la contribution des secteurs industriel et agricole réunis.
Le rapport importation/revenu
national dépasse les 50%; et la couverture des importations par
les exportations dépasse rarement les 30%.
Ce secteur commercial est
resté assez actif, même durant les années de la guerre,
et il se remet de ses problèmes actuellement vu les besoins des
Libanais en produits de consommation, dont plus de 75% sont des produits
importés.
2- Le secteur du bâtiment
très durement touché durant toutes les années de la
guerre, connaît un rapide mouvement de développement, surtout
depuis 1991. Les permis de construire couvraient plus de 6 millions de
m2 en 1991, d'après les chiffres de l'ordre des ingénieurs;
ils ont atteint les 12 millions de m2 en 1993, pour des investissements
évalués à environ 1631 millions de U.S.$; pour atteindre
un maximum de 34,9 millions de m2 en 1995, puis se rééquilibrer
à 13,6 millions de m2 en 1996.
3- Le secteur du transport
et du transit, qui contribuait à environ 8% dans la formation du
revenu national, fut pratiquement arrêté durant les années
de la guerre ou réduit à 10% de ses activités dans
les meilleures hypothèses.
En effet le Port de Beyrouth,
qui se trouvait sur la ligne des combats, fut totalement fermé et
supplanté par des ports de fortune tout au long du littoral pour
assurer les importations. l'aéroport ne fonctionnait que durant
de très courtes périodes, la MEA, compagnie aérienne
nationale, était la seule qui l'utilisait pour quelques vols très
irréguliers. Le transit routier, qui transportait toutes les exportations
libanaises vers les pays arabes, surtout ceux du Golf, et toutes les importations
de ces pays à travers le port de Beyrouth, fut réduit très
considérablement.
Depuis 1992, ce secteur
de transport connaît un regain d'activités et retrouve progressivement
sa vitalité et son dynamisme. La plupart des compagnies aériennes
utilisent de nouveaux l'aéroport de Beyrouth, qui a reçu
plus de 1,2 millions de passagers en 1992, et plus de 1,7 millions en 1996;
alors que le port de Beyrouth reçoit annuellement, depuis 1992,
environ 3000 bateaux qui vident plus de 500.000 tonnes de marchandises.
Le gouvernement a déjà
étudié et décidé plusieurs projets pour le
réaménagement, 1'équipement et 1'expansion de ce secteur:
par exemple, aménagement et équipements nouveaux du port
de Beyrouth; rééquipement et agrandissement de l'aéroport;
remplacement et modernisation du transport ferroviaire; nouveau réseau
routier et d'autoroutes, etc. D'ailleurs, plusieurs gouvernements et sociétés
étrangers ont signé déjà des contrats et commencé
l’exécution de quelques projets.
4- Le secteur touristique:
Le Liban était considéré un pays de tourisme par excellence,
et surtout d'estivage spécialement par les ressortissants des pays
du Golf. Durant les années précédant juste la guerre,
le nombre des touristes (Syriens non compris) dépassait un million
de personnes. Les rentrées de ce secteur étaient l'une des
sources importantes qui comblaient le déficit de la balance Commerciale.
Actuellement, malgré
un mouvement de relance promotteur surtout au niveau du réaménagement
et du rééquipement des hôtels de luxe, ce secteur reste
à son niveau le plus bas et il se limite à des Libanais,
vivant ou travaillant à 1'étranger, qui viennent passer l'été
dans le pays, à quelques ressortissants arabes et des rares autres
étrangers, et finalement à des hommes d'affaires de passage
au Liban.
4- Le secteur industriel:
Ce secteur, épuisé
par la guerre et qui a supporté de très grosses pertes, n'a
pas encore retrouvé sa santé surtout à cause du manque
de crédits et des sources de financement, de la concurrence qu'il
subit des produits étrangers importés, et du marasme économique
qui prévaut dans le marché interne.
L'industrie au Liban connaît
des problèmes structurels, dont les plus importants à noter
sont:
1- L'inégale répartition
géographique des activités et des entreprises industrielles:
nous constatons une concentration dans Beyrouth et sa banlieue représentant,
en 1970, 60% de l'ensemble des entreprises industrielles occupant plus
de 63% de la main d'oeuvre industrielle.
2- L'industrie libanaise
s'est essentiellement constituée selon un processus de "substitution
aux importations": l'industrie s'est développée, non d'après
une planification plus ou moins rationnelle, mais surtout pour supplanter
les importations et subvenir à des besoins spécifiques de
consommation. Ainsi, la création d'une industrie donnée répondait,
souvent, à un besoin du marché local qui est très
limités, d'où l'importance des industries, de taille moyenne
et même petite, orientées vers les objets de consommation
finale: produits alimentaires, textiles et habillement, bois et meubles,
et matériaux de construction représentent plus de 75% de
l'activité industrielle, et occupent plus de 70% de la main-d'oeuvre
industrielle.
3- C'est une industrie tributaire
essentiellement des marchés extérieurs, tant pour ses matières
premières que pour 1'écoulement de sa production.
4- Certaines branches de
cette industrie ne sont pas concurrentielles, même sur le marché
local: le textile, par exemple, ne peut continuer à fonctionner
que par des exonérations fiscales et la protection de l'Etat.
La guerre a détruit plus
de 50% des usines et des entreprises industrielles; plus de 30% ne fonctionnent
que partiellement, et dans des conditions très défavorables
à toute relance: manque d'é1ectricitè et d'autres
sources d'énergie; manque de matières premières importées
presque en totalité et payées en devises; difficulté
de trouver une main-d'oeuvre qualifiée dont une bonne partie a émigré;
difficulté d'exporter et de trouver des marchés d'écoulement...
Ajoutez à cela le fait que l'équipement de production est
devenu désuet, faute d'avoir été renouvelé.
Aussi l'industrie a-t-elle
besoin de beaucoup de capitaux pour se relancer et se moderniser or ces
capitaux manquent, soit parce que l'Etat est incapable d'aider et de créditer
ce secteur, soit parce que les capitaux privés n'osent pas encore
investir en attendant d'être plus assurés que la situation
se soit stabilisée au Liban et dans la région. En fait, l'état
d'insécurité, qui a prévalu durant la guerre, a entraîné
la fuite des capitaux libanais et étrangers qui furent transférés
et investis dans d'autres pays.
La part du secteur industriel
dans les activités économiques et la formation du revenu
national est toujours relativement faible: il fait travailler environ 27%
de la population active, et contribue à presque16% du PNB.
Pourtant, du fait
que l'industrie constitue un secteur productif qui n'est pas aussi sensible
que le tertiaire aux fluctuations des marchés et aux aléas
des crises, et que, malgré ses problèmes et ses difficultés,
l'industrie n'a cessé de croître et d'augmenter sa contribution
au produit national, il faudrait donner une attention particulière
a ce secteur et regarder, aussi et surtout, sa rentabilité sociale.
En effet, c'est l'activité industrielle qui est la plus apte à
faire travailler un grand nombre de personnes -elle emploie d'après
le recensement industriel de 1995, plus de 144.000 ouvriers-, et à
créer de nouveaux emplois pour aider à résoudre le
problème de chômage, et à freiner l'émigration
de la main-d'oeuvre et de la jeunesse.
5- Le secteur agricole:
Le secteur productif compte,
jusqu'à présent, sur ses propres ressources et ses moyens
qui sont habituellement très limité que ce soit au niveau
des moyens financiers, des moyens techniques, ou des moyens de production.
En outre, le dumping des produits agricoles importés menacent sérieusement
les possibilités de développement économique de ce
secteur. Or le retard de ce secteur agricole conduit a des résultats
économiques et sociaux indésirables, en renforçant
le phénomène de l'exode rural, et en augmentant la dépendance
vis- à -vis de l'extérieur pour satisfaire les besoins alimentaires.
Le secteur agricole au Liban
se caractérise par quelques traits, dont les plus importants sont:
1- Le Liban est un pays
de petite superficie dépassant a peine 10400 KM2. Les terres cultivées
-forêts comprises- représentent environ 38% de la superficie
totale, et si nous y ajoutons les 324000 hectares aptes à être
valorisés et bonifiés, nous aurons au maximum 50% de terres
cultivables au Liban.
2- La population, peu nombreuse
dans l'absolu dépassant à peine les 3 millions, pose d'une
part le problème d'une très grande densité (plus de
300 habitants au Km'), et, d'autre part, elle présente un rapport
très défavorable avec la superficie des terres cultivées;
la proportion serait de dix personnes environ par hectare cultivé,
proportion extrêmement faible et qui deviendra de plus en plus faible
vu l'accroissement ultérieur de la population. Le taux de croissance
démographique est très élevé au Liban dépassant
2,6%.
3- A la fin des années
cinquante, la population active travaillant dans le secteur agricole était
estimé à 50% du total de la population active libanaise;
au milieu des années soixante la population est tombée à
34%; au début des années soixante-dix, une enquête
officielle sur la population active ne donnait qu'une proportion de 18,9%;
et le "Rapport mondial sur le développement humain 1993" publié
par le PNUD parle de 14%.
4- Ce dépeuplement
conduit a un délaissement de la terre: en 1969 déjà,
45% des terres cultivées étaient laissées en jachère;
ce phénomène fut très sensiblement aggravé
durant la guerre, à cause de l'expulsion massive des ruraux de leurs
terres et de leurs villages. Aussi l'agresseur détruisait-il, souvent
intentionnellement, toutes les installations, les équipements technologiques
et les entreprises modernes: fermes, vergers, canalisations d'eau, etc.
Devant de telles pertes, les
ruraux qui sont dans leur grande majorité de petits propriétaires,
et dont plusieurs ont perdu presque tout ce qu'ils possédaient,
sont devenus incapables d'assurer le rééquipement de leurs
propriétés, et la relance de leurs activités agricoles.
Ce secteur a, donc, d'énormes besoins en aides pour le rendre humainement
viable et économiquement rentable.
La part de ce secteur agricole
a la formation du revenu national ne dépasse pas 10%, mais ce chiffre
ne reflète pas l'importance réelle de ce secteur au niveau
économique et social; en effet, le secteur agricole est un secteur
très complexe où l'économique, le social et l'humain
interférent. Aborder ce secteur et l'analyser en privilégiant
l'un ou l'autre de ces aspects c'est fausser le problème, et arriver
nécessairement a des conclusions divergentes.
En fait, sur le plan économique,
le secteur agricole a déclenché, dans son récent mouvement
de capitalisation, tout un processus d'opérations "en amont et en
aval": grâce à l'agriculture, il y a eu une expansion de nombreuses
activités para-agricoles se rattachant, d'une part, à l'industrie
(industrie agro-alimentaire; réfrigération et conditionnement,
etc.) et, d'autre part, au secteur tertiaire (circuits de commercialisation,
de distribution, d'exportation, etc.) et qui ont dynamisé le marché
intérieur de travail par la création d'un grand nombre de
nouveaux emplois.
Aussi, au niveau socio-humain,
si le secteur agricole touche directement 14% de la population active,
il toucherait indirectement plus de 75% de la population libanaise, vu
les liens étroits socio-économiques que garde tout libanais
avec son village, et vu le fait que plus de 80% des Libanais ont une propriété
foncière, si petite que soit sa superficie.
C'est pourquoi toute amélioration,
dans ce secteur agricole, ne peut qu'avoir des retombées bénéfiques
sur l'ensemble de la population libanaise. Aider, donc, ce secteur à
se développer revêt une importance capitale à l'heure
actuelle; en effet, depuis plus d'une dizaine d'années, nous assistons
a un phénomène assez unique qu'on peut qualifier de mouvement
de "contre-exode", qui signifie le retour des habitants de la ville pour
se fixer et habiter dans des zones considérées comme rurales
ou semi-rurales. Aussi une bonne politique de développement pourrait
aider a fixer ces gens définitivement dans ces zones, et ainsi aider
à résoudre beaucoup de problèmes sociaux.
A la fin de ce survol rapide
des secteurs importants de l'économie libanaise, nous devons indiquer
qu'un taux d'accroissement économique de l'ordre de 6% est enregistré
annuellement, ce qui est un taux assez élevé dans l'absolu,
mais dont l'importance reste très relative dans l'économie
libanaise, vu le niveau antérieur très bas qu'a atteint cette
économie. Ainsi, cette relance amorcée n'est qu'un début
de relèvement, mais qui reste très fragile puisque les problèmes
structurels ne sont pas résolus.