LE ROLE DU SIEGE PATRIARCAL DE BZOUMMAR AU SERVICE DU LIBAN  

 
 
L’histoire du Couvent de Bzoummar s’identifie avec certains chapitres de l’Histoire du Liban déclarait le futur Président de la République Libanaise, M. Charles Hélou à l’occasion du Bicentenaire du Couvent de Bzoummar, en 1949.  
La Montagne Libanaise avait adopté Mgr Ardzivian, cet homme plein de foi et de courage, ainsi que son Patriarcat. Les relations, dès le début, pleines de cordialité et de bienveillance entre Maronites et Arméniens, avaient poussé le Patriarche Jacques Rouad à leur accorder le droit de construire un couvent à Kreim en 1720; le Patriarche Joseph El-Khazen accueillit chez lui pour quelques temps Mgr Ardzivian rescapé de l’île de Rouad. Il avait défendu à tout prêtre des autres communautés orientales d’entendre les confessions des fidèles maronites, mais "cette prohibition n’atteint pas, écrivait-il, notre cher frère Abraham et ses prêtres. Ils ont tout pouvoir de confesser, de célébrer les Saints Mystères et de prêcher partout où ils voudront dans nos églises" (P. Raphaël, Op. cit. p. 37). Comblé de confiance réciproque, Mgr Ardzivian assistera aux sessions du Concile Libanais en 1736 et en signera les Actes.  

Mgr Ardzivian à son tour intercédera à Rome auprès du Préfet de la Propagande pour appuyer la requête du Père Arsène Abd el-Ahad, Supérieur Général des Religieux Libanais venus à Rome pour demander une assistance financière en faveur de son Ordre grevé de dettes. Le Prélat arménien le nommera en outre chevalier de l’Eglise, usant du privilège tout récemment accordé par le St-Père.  

Cette Communauté arménienne adoptée avec amour par le Liban, n’a cessé de lui rendre la pareille. Les trois couvents arméniens étaient autant de centres de secours au service des peuples du Liban. Sur un autre plan, hautement significative l’estime que l’Emir Béchir le Grand portait envers ce Couvent Arménien. Il considérait Mgr Jacques Holassian, Vicaire Général du Patriarche Grégoire-Pierre Vl, comme l’un des piliers de son gouvernement; il le retenait souvent chez lui. Mgr Jacques était en même temps le confesseur de Hussni Gihane, la femme de l’Emir dont il lui avait confié l’instruction religieuse après la conversion de celle-ci au Christianisme.  

Aux jours les plus sombres de sa carrière politique, l’Emir Béchir déposait en ce même couvent ses richesses. Il mourut en exil et les Arméniens l’enterrèrent dans leur église du St-Sauveur à Constantinople, d’où il fut transféré à Beiteddine en 1946.  

Ces bons rapports rehaussaient le prestige de ce Couvent et imposaient le respect envers tout nom arménien: gens intègres et dévoués à la cause du Liban. Tels furent aussi le premier et le dernier des "Moutaçarrif" ou gouverneurs du Liban: tous deux Arméniens Catholiques.  

Garabet Artine Daoud Pacha (1861-1868) et Ohannès Kouyoumdjian Pacha (1912-1915) ont oeuvré pour l’intérêt du Liban, les défendant contre leurs chefs hiérarchiques de Constantinople. Mais avant d’assumer leur nouvelle charge, ces deux valeureux arméniens venaient consulter leurs Pères de Bzoummar, dont la cohabitation séculaire s’était avérée utile pour la gouverne de ce pays, objet de tiraillements internes. Ces Pères, tout en gardant leur physionomie nationale, avaient rendu service au Liban dans les domaines social, moral et culturel .  



Cet Institut Patriarcal a fourni toute une génération dévouée au Liban; il inculqua ce même esprit à tous les élèves qui ont passé par Bzoummar, dont nous ne citerons que Rizcalla Hassoun (1823-1880) l’un des grands noms du journalisme libanais et l’un de ses pionniers. Le Père Antoun Khandji (membre de l’Institut de Bzoummar) publiait en arabe "Tarikh el-Ermen" (Histoire d’Arménie), édité à Jérusalem en 1868. Un autre membre de l’Institut, le Père Sikias publiait à Beyrouth même "Matboukh el-Ermen" (Chroniques Arméniennes) pour la plus grande gloire de la compréhension réciproque.   

Aujourd’hui, ces centres de dévouement au service du Liban se sont multipliés grâce à la présence de 250.000 Arméniens Libanais, grâce aussi aux Chefs religieux de ces Communautés établis à Antélias, qui sont venus épauler l’oeuvre des Pères de Bzoummar, entreprise depuis deux siècles au service du Liban. 

 
 

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