ABRAHAM-PIERRE ARDZIVIAN (1679-1749)  

 
De tout temps, il se trouva au sein d’une communauté un homme qui fut plus assoiffé de science et de vérité que ses contemporains. A cette trempe d’hommes ont appartenu, au XVlle siècle, l’Abbé Mekhitar (fondateur des Moines Mékhitaristes) et Abraham Ardzivian, fondateur du Patriarcat Arménien Catholique.   

Né à Aïntap en 1679, ordonné prêtre à Sis en 1706, consacré évêque d’Alep en 1710, Abraham Ardzivian fut vite mis au ban de son Eglise à cause de son attachement au Catholicisme.  

Chassé de son siège d’Alep par le bras séculier de l’Empire Ottoman, quatre fois emprisonné une fois condamné aux galères, à l’exil dans l’île de Rouad, Abraham Ardzivian ne cessa de prêcher sa foi, de gagner d’autres adeptes partout où il circula, harcelé par les émissaires du Sultan.  

Haï par les uns, vénéré par d’autres, il fut le fer de lance du mouvement d’émancipation religieuse, qui refusait que l’on taxe les gens d’après leur appartenance au « millet » créé par les autorités ottomanes, afin de n’accorder aux minorités de l’Empire leur liberté religieuse qu’une fois cadrées dans un « millet » déterminé.  

Ce mouvement d’émancipation aboutit à Alep, la place-forte de Mgr Ardzivian. Celui-ci, qui entre-temps s’était réfugié au couvent de Kreim après sa libération de l’île de Rouad, fut mandé de rejoindre ses fidèles à Alep, où ils avaient réussi à s’approprier l’une des deux églises Arméniennes de la ville.  

Mgr Ardzivian y arriva en 1739. Il y consacra trois évêques Arméniens catholiques, assisté par deux évêques grecs catholiques. Les trois nouveaux évêques à leur tour consacrèrent Patriarche Mgr Ardzivian, élu par son peuple, le 26 Novembre 1740.  

*Cependant la création d’un Patriarcat Arménien Catholique au sein de l’Eglise Universelle requérait l’approbation du Chef de cette même Eglise. Mgr Ardzivian s’embarqua donc pour Rome, où il fut reçu chaleureusement par Benoît XIV (1740-1758), le 5 Septembre 1742. Le 8 Décembre de la même année, le St-Père lui accorda le Pallium. Puis, il écrivit au Patriarche Maronite Simon Rouad: "Nous voulons vous demander d’avoir.pour notre Vénérable Frère Pierre, Patriarche de Cilicie pour les Arméniens Catholiques, tous les égards et l’amitié la plus cordiale. Cela pour nous être agréables. Car nous avons pour lui la plus haute considération".  (P. Raphaël, "Le Rôle des Maronites dans le retour des Eglises Orientales"», Beyrouth 1935, p. 40).  

*La reconnaissance officielle par Rome de l’élection patriarcale de Mgr Ardzivian ne fit qu’envenimer les relations déjà assez tendues entre la Sublime Porte et les Puissances Occidentales accréditées à Constantinople. Le Patriarche Ardzivian se vit interdire tous les ports de l’Empire. Il se réfugia dans son couvent de Kreim, où il fut reçu à bras ouverts par la hiérarchie maronite, le 6 octobre 1743.  

Dès lors, il se consacra entièrement à la consolidation de son Patriarcat et  l’organisation des Moines arméniens de St-Antoine. La mort le cueillit, la maladie aidant, le 1er Octobre 1749. " Les Maronites lui firent de magnifiques funérailles. On n’en vit pas de pareilles, disent les chroniques." (P. Raphaël, op. cit. p. 41).  

Avant sa mort, sa dernière volonté fut le transfert de son Siège Patriarcal au Couvent de Bzommar, dont il ordonna la construction, mais ne le vit qu’avec les yeux du coeur.  

*Abraham-Pierre I Ardzivian fut mal compris de ses contemporains. On le taxa d’ambitieux, de peu réaliste. On s’amusait à prévoir la fin de son Patriarcat, une fois le Fondateur disparu. Tout ce beau monde dût se détromper, parce que les visées humaines étaient absentes dans l’âme de cet Apôtre, et parce que la Providence en a voulu autrement.  

*Depuis, 16 Patriarches lui ont succédé sur ce trône, 50 évêques de son Institut se sont consacrés à cette Oeuvre et 500 membres de ce même Institut Patriarcal se sont donnés corps et âmes pour continuer son oeuvre partout où des communautés arméniennes se sont établies.  

*Benoît XIV, son grand ami, lui fit un jour cette remarque: "Je crains fort, que vous n’ayez des ennuis avec Mgr le Patriarche d’Etchmiadzine le jour où il embrasserait la foi de ses Pères.  Ce jour-là, je serais le plus heureux des mortels Sainteté, et le servirais comme le plus humble de ses serviteurs." 

 

 
 

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