INTRODUCTION
A
nos frères les Evêques, les prêtres, les diacres, les
religieux, les religieuses, et à tous les fidèles: Nous vous
annonçons "une grande joie, qui sera celle de tout le peuple: aujourd’hui
vous est né un Sauveur, qui est le Christ Seigneur, dans la ville
de David"
(Lc
2,10-11).
La
Bonne Nouvelle
1.
Avec cette Bonne Nouvelle nous commençons notre sixième Lettre
Pastorale que nous vous adressons à la suite de notre neuvième
Congrès, tenu au siège du Patriarcat Maronite à Bkerké,
du 3 au 6 novembre 1999, accueillis par S.B. le Patriarche Nasrallah Boutros
Sfeir, et avec la participation de tous les Patriarches Catholiques d’Orient.
Bien que nous soyons peut-être déjà habitués
à entendre ces paroles de la Bonne Nouvelle, elles gardent cependant
une signification particulière, non seulement parce que cette Lettre
vous est adressée à l’approche de Noël, mais aussi
parce qu'elle paraît à la veille du Grand Jubilé de
l'an 2000 après la naissance de Notre-Seigneur Jésus-Christ
et le mystère de sa glorieuse Incarnation.
Jésus-Christ est lui-même la Bonne Nouvelle, toujours le même et toujours nouveau, au long des siècles. Nous le portons dans nos cœurs, dans nos personnes et nos communautés, afin qu’il devienne en nous une source d’eau vive qui féconde notre vie et y renouvelle notre joie, notre vie et notre engagement.
Esprit
de la Lettre
2.
L’esprit de la Lettre s’inspire du verset de l’Apocalypse inséré
dans notre titre: "Voici, je fais l’univers nouveau" (Ap
21,5). C’est l’Esprit-Saint qui renouvelle la face
de la terre (cf. Ps 104,30),
la face de nos Eglises et de chacun de nous. Celui qui est nouveau, avant
toute chose, est Jésus-Christ lui-même. Et c’est l’Esprit-Saint
(cf.
Jn 16,13) qui nous éclaire afin que nous en
saisissions le mystère d’une façon toujours croissante (cf.
1Co 12,3), jusqu’à parvenir à la "plénitude
du Christ" (Eph 4,13). Jésus-Christ
est le "nouveau" de Dieu dans le monde de l’humanité. Après
deux mille ans de notre histoire, nous ne cessons de méditer ce
grand mystère, afin d’y trouver "du neuf et du vieux" (Mt
13,52), et afin de renouveler notre foi et notre joie.
Ce qui est nouveau aussi, c’est ce que nos Eglises s’efforcent de vivre
dans l’avenir, à la lumière de notre foi en Jésus-Christ,
de notre histoire passée et de notre contexte social actuel. Ce
qui est nouveau, enfin, c’est ce que l’Esprit éveille dans
nos Eglises: c’est ce désir d’agir ensemble afin de préparer
l’avenir; d’où le titre de la Lettre: "Ensemble vers l’avenir".
Dans cet esprit de renouveau, nous regardons vers l’avenir avec joie et
espérance, libres de toute peur, de tout découragement, car
le Seigneur nous dit: "Ayez confiance, c’est moi, soyez sans crainte" (Mt
14,27).
Particularité
de cette Lettre
3.
Nous avons pris l’habitude, frères et fils bien-aimés, de
vous adresser, après chaque Congrès, une Lettre Pastorale
sur le sujet de notre méditation et de notre étude. Cette
Lettre diffère des précédentes, pour plusieurs raisons:
Premièrement, le Grand Jubilé imprègne de plus en
plus nos consciences et suscite toute sorte d’initiatives dans nos diverses
Eglises. Nous espérons que toutes ces initiatives profiteront au
bien spirituel de toutes nos Eglises, et par elles à toutes nos
sociétés. Deuxièmement, le premier Congrès
des Patriarches et des Evêques Catholiques du Moyen-Orient vient
d’avoir lieu en mai dernier: ce fut un pas courageux et unique dans la
vie de nos Eglises Catholiques en Orient. Troisièmement, tous les
participants ont exprimé le désir de traduire les idées
partagées en réalisations concrètes et tangibles:
ainsi la pensée devient action et vie dans nos Eglises.
Tout cela donne à notre Lettre un cachet particulier, et en fait une introduction à une action spécifique de l’Eglise dans les prochaines décennies du troisième millénaire. Nous essayons dans cette Lettre de recueillir les fruits de la collaboration qui s’est manifestée d’une façon progressive entre nos Eglises Catholiques, à plus d’un niveau, durant les décennies passées, afin d’en faire une action méthodique et constante dans notre pastorale d’ensemble. Nous vous invitons à prendre en considération ces directives pratiques, afin qu’elles soient notre guide à tous pour l’avenir et un stimulant pour prendre les initiatives opportunes en tout domaine.
Contenu
et divisions de la Lettre
4.
Toutes ces circonstances constituent le contenu de cette Lettre. Nous vous
invitons à les méditer avec nous, afin que nous puissions
y découvrir ensemble la volonté de Dieu sur nous, dans le
moment historique important que nous vivons, et afin que nous puissions
nous conformer à cette volonté avec générosité,
soutenus par un véritable esprit de foi, d’espérance et de
charité.
Dans la première partie, nous méditerons sur le Grand Jubilé de l’an 2000, qui doit être un nouveau point de départ pour notre vie d’Eglise, pour notre vocation et notre mission.
Dans la deuxième partie, nous reviendrons au Premier Congrès des Patriarches et Evêques Catholiques du Moyen-Orient, nous arrêtant à ses diverses significations ecclésiales: nous voudrions les affermir dans nos Eglises, et en faire un nouvel esprit qui nous inspirera dans l’avenir.
Dans la troisième partie, nous nous arrêterons aux lignes d’action définies par ce Congrès, afin d’en faire, pour nos Eglises, un plan d’action qu’il faudra vivre progressivement dans les différents domaines de notre vie ecclésiale.
CHAPITRE PREMIER
LE GRAND JUBILE
DE L’AN 2000
Et
lorsque nous méditons le mystère de l’Incarnation, nous comprenons
le rôle que Dieu a voulu réserver à la Vierge Marie,
la Mère de Dieu, dans l’admirable économie divine. Elle accepta
ce mystère: "Je suis la servante du Seigneur, qu’il m’advienne selon
ta parole" (Lc 1,38), et elle
en fut remplie de joie: "Mon âme exalte le Seigneur et mon Esprit
tressaille de joie en Dieu mon Sauveur"
(Lc
1,46). Elle en fit l’objet de sa méditation:
"Quant à Marie, elle conservait avec soin toutes ces choses les
méditant en son cœur" (Lc 2,19),
et elle le donna au monde: "Elle enfanta son fils premier-né" (Lc
2,7). C’est pourquoi, elle devint l’image de l’Eglise,
qui est, à son tour, une icône mariale: car elle accueille
le mystère de l’Incarnation, s’en réjouit, le médite
et le donne au monde.
Nous vous invitons, frères et fils bien-aimés, à continuer avec nous la méditation sur ce mystère éblouissant, tout au long de cette année du Jubilé, afin qu’il nous remplisse de sa beauté et nous renouvelle comme individus, comme groupements, et comme Eglise.
Du
mystère de l’Incarnation à l’Eglise de l’Incarnation
6.
Du mystère de l’Incarnation, et des mystères qui y sont organiquement
liés, la Rédemption et la descente du Saint-Esprit, l’Eglise,
corps mystique du Christ, est née. Lorsque nous disons l’Eglise,
nous pensons tout d’abord à nos Eglises d’Orient.
L’Orient est le lieu choisi par Dieu pour cette manifestation divine singulière, ce qui fait que nous sommes les premiers concernés par la célébration du Grand Jubilé. De Nazareth, Bethléem et Jérusalem, la Bonne Nouvelle se répandit partout. Elle arriva d’abord à toutes les parties de la Palestine, et de là aux autres pays de l’Orient où prirent naissance les grands centres de la chrétienté (Alexandrie, Antioche, Edesse, Nisibe et autres, à côté de Rome et de Constantinople). Nous savons aussi jusqu’à quel point le mystère de l’Incarnation fut le centre de la réflexion chrétienne en Orient: nous rappelons, à titre d’exemple, les disputes véhémentes sur l’identité du Christ durant les premières générations chrétiennes en Orient. Dans ce terroir se formèrent nos Eglises, avec leurs expressions diverses du même mystère, dans la liturgie, la théologie, la spiritualité, et toute la tradition. Nous savons tous aussi comment les chrétiens d’Orient, essayèrent, au long des siècles, d’expliquer ce mystère à leurs frères et concitoyens qui ne partageaient pas leur foi, comme le montre le patrimoine arabe chrétien. A ce propos, nous ne pouvons non plus oublier que la variété des expressions du même mystère a amené malheureusement aux diverses divisions, dont nous souffrons aujourd’hui encore. Oui, nos Eglises sont par excellence les Eglises de l’Incarnation. Elles portent la marque indélébile du Christ vivant à jamais.
Le
mystère de l’Incarnation et les exigences du présent et de
l’avenir
7.
Notre manière traditionnelle de comprendre le mystère
de l’Incarnation est un trait fondamental de nos Eglises Orientales. Elle
nous invite à continuer la méditation sur ce mystère
dans les circonstances présentes de cette partie du monde. Dans
cette méditation, nous nous arrêtons aux trois aspects
suivants:
Les
Lettres Pastorales
9.
Nous avons pris l’habitude, depuis la fondation de notre Conseil, de vous
adresser des Lettres Pastorales sur des sujets que nous avons tenus
pour importants. Nous avons essayé dans ces Lettres, d’un côté,
d’être attentifs à vos besoins, à vos soucis et à
vos attentes, et, de l’autre, d’écouter la voix de Dieu en nous
et en vous. Le but de ces Lettres, comme nous avons dit dans notre deuxième
Lettre, est d’ouvrir avec vous "une porte pour la réflexion, l’échange
et la consultation. Si cela se fait, cela ne peut que susciter des initiatives
pratiques, grâce auxquelles peu à peu, nous verrons se cristalliser
la nature de notre présence et de notre témoignage pour la
gloire de Dieu et le service de tous les hommes". Malheureusement ces Lettres
ne parvinrent pas suffisamment à tous les fidèles, par défaut
de communication dans nos Eglises. Nous vous invitons, à l’occasion
du Grand Jubilé à y retourner; elles pourraient nous aider
tous à continuer la réflexion sur ces sujets, afin de trouver
notre chemin vers le troisième millénaire. Nous sommes certains
que nous y trouverons des éléments de réflexion capables
d’illuminer notre chemin pour plus d’insertion et d’engagement.
Ensemble
vers le troisième millénaire
10.
C’est ainsi, frères et fils bien-aimés, que nous nous orientons
vers le troisième millénaire. Nous sommes certains que Dieu
nous prépare un chemin de gloire. Mais le chemin de gloire ne peut
être qu’un chemin de croix aussi, car nos Eglises sont marquées
par la marque de la Pâque glorieuse. S. Paul dit de son expérience
spirituelle, qu’il oublie le chemin parcouru, qu’il va droit
de l’avant, afin d’atteindre le but (cf. Ph 3,13-14).
Cette vitalité spirituelle vécue par S. Paul est une invitation
pour nous tous à assimiler le passé afin de préparer
l’avenir. La vitalité spirituelle qui nous a rendus dans le passé
capables de surmonter des époques historiques diverses, nous aidera
aussi à rentrer ensemble dans l’avenir avec une foi vivante, une
espérance ardente et un amour toujours renouvelé. Jésus-Christ
est le Seigneur des temps, de l’univers et de l’histoire: il peut, par
la force de son Esprit, nous rendre capables d’agir "pour préparer
le printemps nouveau d’une vie chrétienne" dans nos pays, un printemps
que nous ne pouvons construire qu’ensemble.
L’événement
et son contexte
12.
Ce Congrès n’a pas été un événement
isolé ou en marge de la vie. Il s’insère plutôt dans
le cadre d’une orientation générale de nos Eglises Catholiques
dans la région, qui a pour but de créer de nouveaux liens,
de nouvelles occasions de rencontre et de collaboration. En plus des structures
traditionnelles de communion (tel le synode de chaque Eglise), d’autres
structures virent les jours qui rassemblent les Eglises catholiques,
telles les Assemblées des Patriarches et des Evêques dans
chaque pays (Syrie, Egypte, Liban, Iraq, Terre Sainte et autres),
et le Conseil des Patriarches Catholiques d’Orient. L’entrée de
la famille catholique dans le Conseil des Eglises du Moyen-Orient a créé
de nouveaux liens et une nouvelle collaboration avec toutes les Eglises-sœurs
et les communautés chrétiennes en Orient. Les Eglises Catholiques
ont pris aussi plusieurs initiatives dans le même sens, dont, par
exemple, le Congrès des jeunes au niveau du Moyen-Orient, le Congrès
pour les laïcs et autres rencontres convoquées par l’Eglise
elle-même ou par les mouvements et les diverses entités. Le
Synode pour le Liban fut dans ce contexte une initiative importante prise
par l’Eglise universelle. Le Congrès des Patriarches et Evêques
Catholiques du Moyen-Orient fut comme un couronnement de toutes ces initiatives,
une continuation et un nouveau stimulant pour plus d’initiatives dans l’avenir.
Nous mentionnons toutes ces formes, afin de remercier Dieu pour tout ce
qu’il fait pour son Eglise et afin d’agir ensemble pour rentrer dans cette
nouvelle dynamique, y devenir partie prenante et la faire croître.
L’événement
et sa signification
13.
Ce Congrès est un grand signe dans la marche de nos Eglises
Catholiques. Pour la première fois, depuis leur naissance, nos Eglises
se rencontrent à ce niveau. Sans doute, cet événement,
et le contexte dans lequel il a eu lieu, est un signe des temps qui mérite
que nous nous y arrêtions pour lire et découvrir la richesse
de sa signification et les horizons d’avenir qu’il ouvre devant nous. Le
communiqué final en a indiqué quelques aspects: "Ce Congrès
nous a permis de vivre avec joie une expérience spirituelle et ecclésiale
profonde, dans le cadre de nos prières et cérémonies
communes. Il nous a renseignés sur la situation de nos Eglises,
et grâce aux délibérations et recommandations auxquelles
nous sommes parvenus, nous avons envisagé la création d’organismes
chargés d’assurer le suivi et la coordination du travail". "Nous
rendons grâce à Dieu pour les grâces reçues durant
ce congrès, et pour les rencontres et les moments passés
ensemble. Selon le mot de l’Ecriture: ‘Voyez qu’il est bon, qu’il est doux
d’habiter en frères tous ensemble’ (Ps 133,1)
" . A notre tour nous nous sommes arrêtés,
dans notre neuvième Congrès, sur ces divers aspects dont
vous trouvez les échos dans le communiqué final. Nous voulons
dans cette Lettre les énumérer et les développer afin
qu’ils restent un signe qui marque notre vie d’Eglise.
Conversion
et pénitence
14.
Le Communiqué final du Congrès des Patriarches et des Evêques
voit que le Jubilé pour nous est "une occasion propice pour un repentir
sincère qui se traduit par un retour à Dieu et un pardon
mutuel, par un enracinement plus profond dans le Christ qui est le chemin,
la vérité et la vie. Vivant de son Esprit, nous nous en inspirerons
pour nous renouveler et témoigner de lui". Nos Eglises ont souvent
vécu dans le passé sur des chemins parallèles plutôt
que complémentaires. Nous nous sommes abandonnés à
l’esprit de rivalité, à des suspicions et à des intérêts
personnels opposés. La pénitence est un changement de direction,
et nous voyons que nos Eglises marchent sur le chemin de l'unité,
de la complémentarité et de la collaboration, dépassant,
dans leurs rapports mutuels, les diverses difficultés dont nous
avons tous subi les conséquences néfastes et destructrices.
Nous ne pouvons que voir dans cette nouvelle orientation une réponse
à l’appel du Christ à l’unité "afin que le monde croie"
(cf.
Jn 17,11. 21-26), et à l’appel réitéré
et insistant de S. Paul à l’unité de la communauté
des croyants (cf. v.g. Ph 2,2-5; 1Co 1,10-16).
Connaissance
mutuelle
15.
Nos Eglises vivent souvent les unes à côté des autres
plus qu’elles ne vivent les unes avec les autres. Les Eglises Catholiques
se sont réjouies, durant le Congrès, de la connaissance mutuelle
qu’elles ont eue, grâce aux interventions sur les différentes
Eglises dans toutes les régions du Moyen-Orient. Cette connaissance
fut une joyeuse surprise pour plusieurs. Elle éveilla en nous plus
d’estime et de respect mutuel. Les Congressistes écoutèrent
avec attention et intérêt les interventions de quelques petites
Eglises, humbles dans leurs capacités humaines et matérielles,
dont nous avions peu de connaissance, telles les Eglises d’Iran, de Turquie
et de l’Afrique du Nord. Cela nous a aidés à sortir de notre
isolationnisme et à élargir les frontières de nos
préoccupations et l’objet de notre communion. Nous voulons leur
réaffirmer ici notre amour et notre amitié. Nous voulons
nous efforcer à augmenter entre nous la communion et la communication,
dans la foi, l’action, les soucis et les espérances. Nous sommes
décidés, selon toutes nos possibilités, à ouvrir
la porte pour plus de collaboration missionnaire avec les Eglises de ces
régions.
Ouverture
16.
Par ce Congrès, les Eglises Catholiques n’entendaient pas se replier
sur elles-mêmes et penser à leurs propres intérêts.
Elles l’ont voulu afin qu’il soit une occasion de s’ouvrir, de diverses
manières, selon la tradition des Eglises, depuis des années.
Cette ouverture s’est manifestée sur trois niveaux complémentaires:
le premier, l’ouverture œcuménique à toutes les Eglises-sœurs
et aux diverses communautés ecclésiales. Ce sujet a été
l’un des thèmes de réflexion préparés pour
le Congrès et a été rappelé par le Communiqué
final. Le deuxième est l’ouverture aux autres religions dans un
esprit de dialogue, "afin de purifier notre mémoire historique,
et de poursuivre un dialogue constructeur et une coopération sincère
pour bâtir une société où le pluralisme et la
liberté religieuse soient respectés". Le troisième
est l’ouverture aux sociétés dans lesquelles vivent nos Eglises
et la solidarité avec elles, essayant d’être proches
des pauvres, des nécessiteux, et attentifs aux questions de la paix,
de la justice et des droits de l’homme.
Les Eglises catholiques ont compris que le choix de l’œcuménisme, du dialogue interreligieux et de la solidarité avec les sociétés est un choix indispensable pour l’avenir. C’est ce choix qui garantit la construction d’Eglises vivantes qui témoignent et de sociétés saines, dans lesquelles tous les membres soient égaux.
La
communion
17.
La profonde communion ecclésiale vécue par tous a été
le trait saillant et le fruit le plus important de ce Congrès. Vous
vous rappelez, frères et sœurs, que notre Lettre Pastorale, le "Mystère
de l’Eglise», a insisté d’une façon particulière
sur le sens de la communion et la nécessité d’y réfléchir.
Dans ce Congrès, ce sens est devenu un événement visible
et un fait tangible, dans lequel tous ont touché du doigt cette
profonde communion par-delà la diversité des rites, des structures
et des orientations théologiques et spirituelles. Les congressistes
ne se contentèrent pas seulement de vivre la communion pour un moment:
un véritable désir d’un partage concret est né chez
eux, afin que la communion devienne une réalité permanente,
une collaboration et une coordination dans les divers domaines. Cette communion,
qui est partage, collaboration et coordination, ne demande pas l’annulation
de la particularité de chaque Eglise. Elle demande que nos particularités
ne soient pas un obstacle à notre rencontre et notre collaboration,
mais une aide et un enrichissement mutuel.
Un
signe d’espérance
18.
Les Eglises et les fidèles, dans nos pays, font face à des
défis et des difficultés multiples qui portent certains au
pessimisme et au découragement. Ce Congrès a été
un grand signe d’espérance, à la veille du troisième
millénaire. C’est pourquoi nous avons voulu réaffirmer dans
le communiqué final de notre neuvième Congrès que
cette rencontre "a diffusé dans tous les fidèles tranquillité,
joie et espérance".
Plusieurs
ont découvert que nos Eglises, malgré leurs limites et leurs
difficultés, sont des Eglises vivantes. L’Esprit agit en elles,
et grâce à lui, elles sont capables de faire face aux changements,
aux innovations et aux défis. Avec cette espérance constante
et renouvelée, éveillée par l’Esprit en nous, nous
marchons, tranquilles, vers le troisième millénaire, sans
nous abandonner à la peur et à la confusion. Nous mettons
plutôt notre confiance en Dieu qui nous a promis de rester avec nous,
par le Christ et le Saint-Esprit, jusqu’à la fin des siècles
(cf.
Mt 28,20).
CHAPITRE TROISIÈME
PLAN D’ACTION
POUR L’AVENIR
Les
recommandations du Congrès
20.
Ce désir s’est manifesté d’une façon concrète
dans les 84 propositions ou recommandations, couvrant les divers domaines
de la vie ecclésiale et pastorale. Sans doute elles présentent
un programme très vaste. Nous les rappelons dans cette troisième
partie de notre Lettre parce que nous sommes convaincus de leur importance,
et parce que nous sommes décidés à nous y engager
dans l’avenir. Il est certain que nous ne pourrons pas tout faire en une
seule fois, car les directives données demandent une action de longue
haleine. Mais nous mettrons tous nos efforts, dans les prochaines décennies
du troisième millénaire, à les appliquer progressivement,
sur une base concrète, sûre et bien étudiée.
Nous résumons, dans les paragraphes qui suivent, les six chapitres de ces propositions, en essayant de les rassembler selon le contenu, d’en faire une base pour l’action de notre Conseil dans l’avenir, et pour la création des structures et des instances dans l’Eglise, depuis la base jusqu’au sommet. Le Congrès est d’un côté un point d’arrivée et de l’autre un point de départ. Nous sommes tous responsables d’en assurer l'application et la continuité, selon une méthode d’action et une programmation commune, afin d’agir selon les lignes d’action proposées, d’une façon progressive et constante.
Premièrement:
Identité de nos Eglises catholiques orientales et la coordination
entre elles.
21.
Nos Eglises Catholiques dans cette région sont orientales par leurs
racines et leur patrimoine apostolique, patristique, liturgique, et spirituel.
D’un côté ce patrimoine est commun avec les Eglises Orthodoxes,
et, de l’autre, nos Eglises Catholiques sont en communion avec l’Eglise
Universelle Catholique Romaine. Elles portent, avec la diversité
de leurs traditions et de leurs expressions de la foi, les valeurs chrétiennes
évangéliques vivantes. La fidélité à
nos patrimoines riches et diversifiés s’impose. Ils sont la base
nécessaire de tout renouveau. Mais il faut aussi créer les
structures qui garantissent la continuité et la coopération
entre nos Eglises d’Orient.
CONCLUSION
Joie et
espérance
27.
Nous avons commencé notre Lettre avec la joie de la Bonne Nouvelle,
qui, par l’action de l’Esprit-Saint qui fait toutes choses nouvelles, se
transforme en nous en une source d’eau vive, féconde notre vie,
la renouvelle et nous dirige sur les chemins du présent et de l’avenir.
Nous ne pouvons, en concluant cette lettre, que rappeler la vision du Prophète
Ezéchiel par laquelle il conclut son livre, la vision des eaux abondantes
jaillissant du temple et fécondant la terre tout entière
(Ez
47). Le Christ, dont nous célébrons
le Jubilé de l’Incarnation est le temple d'où jaillissent
les eaux abondantes qui se transforment en nous en fécondité,
espérance et vie. Marchons donc ensemble, avec confiance, vers le
troisième millénaire "fermes dans la foi, joyeux dans l’espérance,
solidaires dans la charité", avec la bénédiction du
Dieu Tout-Puissant, Un et Trine, le Père, le Fils et le Saint-Esprit.
Amen.
+ Stéphanos II Ghattas, Patriarche d’Alexandrie pour les Coptes Catholiques
+ Maximos V Hakim, Patriarche d’Antioche et de tout l’Orient, d’Alexandrie et de Jérusalem, pour les Grecs Melkites Catholiques
+ Nasrallah Cardinal Boutros Sfeir, Patriarche d’Antioche et de tout l’Orient pour les Maronites.
+ Ignace Moussa Daoud Ier, Patriarche d’Antioche pour les Syriens Catholiques
+ Raphael Ier Bidawid, Patriarche de Babylone pour les Chaldéens
+ Nersès Pedros XIX, Patriarche de Cilicie pour les Arméniens Catholiques
+ Michel Sabbah, Patriarche de Jérusalem des Latins