COMMUNIQUE FINAL DU 5ème CONGRES DU CONSEIL DES PATRIARCHES CATHOLIQUES D'ORIENT
Charfeh - Octobre 1996 

1 - Introduction
Le Conseil des Patriaches Catholiques d’Orient a tenu son sixième congrés général au siège patriarcal de sa Béatitude Monseigneur Ignace Antoun II Hayek, Patriarche d’Antioche des Syriaques catholiques, du 13 au 18 octobre 1996, en sa résidence patriarcale au Couvent Notre-Dame de la Délivrance à Charfeh (Liban).
Ont participé à ce Congrés leurs Béatitudes: Mgr Ignace Antoun II Hayek, Patriarche d’Antioche, des Syriaques Catholiques; Mgr Maximos V Hakim, Patriarche d’Antioche, de tout l’Orient, d’Alexandrie et de Jérusalem des Grecs Mélkites catholiques; Son Eminence Cardinal Mar Nasrallah Boutros Sfeir, Patriarche d’Antioche et de tout l’Orient des Maronites; Mgr Mar Rafaël Bidawid, Patriarche de Babylone des Chaldéens Catholiques; Mgr Michel  Sabbah, Patriarche de Jérusalem des Latins; L’Evêque Youhanna Colta, représentant de Mgr Estephanos II Ghattas, Patriarche d’Alexandrie des Coptes Catholiques, absent pour raison de santé.
2 - Ouverture de la Session
La session fut ouverte dimanche, 13 octobre 1996 au soir, dans l’église du couvent, en présence de sa Sainteté Ignace Zakka I  IWÀS, Patriarche d’Antioche des Syriaques Orthodoxes, de Son Excellence Mgr Pablo Puente, Nonce Apostolique, d’un certain nombre d’Evêques Catholiques et de différents chefs d’Eglises Chrétiennes; des Supérieures et Supérieurs Généraux d’Ordres et Congrégations religieuses, ainsi que des représentants de différentes Institutions écclésiales catholiques.
La cérémonie d’ouverture a été inaugurée par des prières et des hymnes de la liturgie Syriaque. Et, après la lecture d’un passage d’Evangile, Sa Béatitude le Patriarche HAYEK a prononcé une allocution d’accueil à l’adresse de leurs Béatitudes et des autres invités, indiquant le sujet de cette sixième session "Que tous soient un" (Jn 17-21) et insistant sur l’importance de l’Unité entre toutes les Eglises Chrétiennes, surtout que nous sommes au seuil du troisième Millénaire de l’Incarnation du Christ Jésus, qui se fit homme pour sauver l’Homme. Sa Béatitude a dit: "Le mouvement œcuménique est l’un des signes des temps présents. La division des Chrétiens est un fait douloureux qui défigure l’œuvre même du Christ. La question de l’Unité n’est pas un luxe dans notre Orient, ni un simple discours académique, mais elle est une plaie dont souffrent quotidiennement tous les croyants et souhaitent que les efforts soient tous conjugués, pour porter remède à cette plaie qui paralyse notre vitalité et amenuise notre témoignage de Chrétiens. Nous devons faire des efforts, comptant sur la force de l’Esprit Saint, l’intercession de notre Mère la Vierge Marie, N-D. de la Délivrance et N-D du Liban, que se réalise l’Unité pour laquelle le Christ Jésus a prié son Père; les Chrétiens atteindront ainsi la plénitude de la Communion et seront tous ensemble "Un, comme Lui et le Père sont un".
Quant au Nonce apostolique, son Excellence Mgr Pablo Puente, il a particulièrement insisté sur l’importance du travail œcuménique aujourd’hui en Moyen-Orient, surtout après la tenue du Synode des Evêques pour le Liban. Cela signifie la nécessité de trouver une théologie nouvelle et profonde de laquelle jailliront obligatoirement des moyens œcuméniques nouveaux, une collaboration pastorale et une renaissance ecclésiale lesquels se manifesteront logiquement dans une unité voulue par Dieu.

3 - La Rencontre Catholico-Orthodoxe
Les congressistes ont consacré la première journée de leur session à rencontrer les Patriarches des Eglises Orthodoxes, leurs Saintetés et Béatitudes Ignace IV HAZIM, Patriarche d’Antioche des Grecs Orthodoxes, Ignace ZAKKA I Iwàs, Patriarche d’Antioche des Syriaques Orthodoxes, et Aràm I KICHICHIAN, Catholicos des Arméniens Orthodoxes de la Maison de Cilicie; ils ont débattu des questions communes d’ordre pastoral, à savoir: Des mariages mixtes, du catéchisme unifié et de la première communion ou communion solennelle. A la suite de quoi, un document pastoral commun a été publié autour  des questions sus-mentionnées. Cette réunion a revêtu un cachet de haut esprit œcuménique fait de charité, de sérieux et de sincérité. Il fut décidé de poursuivre ces rencontres œcuméniques fructueuses.

4 - Les Relations Œcuméniques
Partant des tendances à l’unification qui dominent le monde d’aujourd’hui, se basant sur le souhait de plus en plus pressant dans les Eglises du Moyen-Orient de promouvoir l’Unité Chrétienne et pour répondre aux appels répétés de sa Sainteté le Pape Jean-Paul II dans ses Encycliques relatives à la préparation aux cérémonies du troisième Millénaire, leurs Béatitudes les Patriarches, dans leur propre désir de renforcer ces relations œcuméniques, ont étudié les nombreux documents relatifs au dialogue entre l’Eglise Catholique, les Eglises Orthodoxes et les Familles du Conseil des Eglises du Moyen-Orient; Ils ont écouté des Conférences données par des spécialistes en différents aspects du Mouvement Œcuménique, ces conférences furent suivies de discussions exhaustives relatives à l’approfondissement des propositions faites et de leur mise en œuvre.
L’Unité est un don de Dieu; ce don prend en nous une forme de Vocation et d’Apostolat qui nous obligent à œuvrer sérieusement pour l’œcuménisme, afin que l’Eglise demeure un signe de salut pour le Monde d’aujourd’hui. Il est du devoir de tout baptisé de prier et d’œuvrer pour l’Unité, dans la conviction que travailler pour l’Unité c’est réaliser la communion ecclésiale entre tous les Chrétiens. Cela exige une conversion continue afin de distinguer l’appel de Dieu fait à nous, dans notre situation présente pour une ouverture à nos frères les hommes, à travers notre foi et notre appartenance à l’Eglise; particulièrement à ceux parmi eux, qui souffrent dans notre société. Cet appel revêt un cachet spécial quand nous nous préparons à recevoir le tricentaire de l’Incarnation du Mystère du Salut dans notre monde. La gloire de Dieu se manifestera ainsi dans chacune de nos Eglises selon la situation de ses fils et la nature du témoignage spécifique à chacun d’eux, dans un monde où nous devont participer, avec nos frères, à quelque religion ou rite qu’ils appartiennent, conformément à notre spiritualité, à notre culture et à nos relations avec les forces du bien, contribuant non seulement à assurer nos positions ou à fortifier nos situations, mais à consolider des principes permanents de base, pour une civilisation future, celle de la fraternisation, de la paix, de l’amour et de la collaboration.
Nous nous adressons à nos frères les Evêques catholiques, à tous nos fils croyants, pour qu’ils accordent à l’affaire œcuménique le meilleur de leur souci afin qu’elle soit la vocation et la mission de leur vie. Nous faisons appel à nos Séminaires et à nos Institutions éducatives, qu’ils introduisent cette discipline dans leurs programmes et leurs activités paroissiales. Nous encourageons les penseurs et ceux qui travaillent dans le domaine de l’éducation, de l’apostolat et du témoignage, d’unifier leurs paroles et leurs activités pour une coopération plus grande et plus efficace dans un esprit d’ouverture et de solidarité dans toutes sortes de domaines, dans la conviction que les dissensions vis-à-vis des appels du temps, affaiblissent notre apostolat et que la volonté de Dieu est que nous soyons Un, que nous nous réunissions ensemble et que nous unissions nos possibilités et nos potentialités en vue de réaliser un plus grand bien et une meilleure présence chrétienne dans la société.

5 - Autres Sujets
La réunion a traité d’autres sujets; entre autres: la catéchèse des adultes, l’organisation de la catéchèse dans nos Eglises au niveau du Moyen-Orient; y compris le Comité Catholique pour la catéchèse au Moyen-Orient. L’assemblée a pris connaissance de "l’Union des laïcs" qui groupe des laïcs de différents pays du Moyen-Orient; Union parainnée par la Commission pontificale pour les laïcs. Le Conseil des Patriarches bénit cette Union des laïcs, faite pour se connaître, dialoguer et poser les bases d’un travail en commun qui contribuera à renforcer tout travail apostolique; cette union confirme le rôle des laïcs en tant que tels; l’Eglise invite ces laïcs à donner davantage et à exceller dans leurs dons, en vue de développer leur participation à la vie de l’Eglise et de renforcer la présence chrétienne dans la société.

6 - Affaires de nos Pays
Nous voulons maintenant diriger nos regards vers tous les pays dans lesquels nos Eglises portent son témoignage et tout particulièrement dans ceux qui ne cessent de souffrir des difficultés:

A - Le Liban

Tout en exprimant notre gratitude au Liban pour la généreuse hospitalité dont nous avons joui dans ce pays nous supplions Dieu de l’aider à surmonter les difficultés qui l’empêchent de revenir à une situation normale confortable, de le rendre capable de faire réintégrer, à tous les déplacés, leurs domaines et leurs maisons, et de récupérer ses émigrés pour qu’ils contribuent à l’œuvre de la reconstruction et du développement, et trouver les solutions adéquates à la crise économique aigüe dont il souffre, à conserver ses spécificités particulières dont la convivialité, dans un climat de liberté totale et responsable et la réalisation de la réconciliation nationale souhaitée laquelle permettra à toutes les catégories sociales, intellectuelles et politiques, de participer à le relever de son faux pas, et de consolider son existence sur des bases saines et solides.
Nous espérons que le Liban reste une tribune d’information libre pour diffuser et faire entendre la voix de la vérité sans laquelle pas de salut. Qu’il œuvre pour consolider son régime démocratique et le purifier de tout ce qui peut le fausser, de sorte que ses institutions constitutionnelles fonctionnent dans un ordre qui garantit aux individus et aux collectivités qui y vivent, les droits qui sont les leurs et leur facilitent l’accomplissement de leurs devoirs. Nous sommes sûrs que cela se fera avec l’aide de Dieu, si le Liban sait comment enserrer entre ses bras tous ses fils avec leurs différentes religions et orientations politiques, garantir leur droit à la justice, à l’égalité et au respect des droits de l’Homme et récupérer ce qu’il risque de perdre de valeurs nationales, en tête desquelles, se situent la souverainté, l’indépendance et la libre décision.
B - La Palestine et Jérusalem
A Jérusalem, la situation ne cesse d’être difficile à cause du retard dans le processus de paix. Les souffrances du peuple palestinien vont en augmentant, car les villes palestiniennes sont devenues autant de vastes prisons; les libertés y sont liées et les possibilités de travail, en diminution. La Ville Sainte est toujours fermée pour ses fils palestiniens. Tout ceci ouvre la voie à une explosion qui conduirait à la violence.
Nous condamnons la violence d’où qu’elle vienne. Nous attirons l’attention des responsables que les dispositions sécuritaires imposées actuellement par les Israéliens, engendrent la violence, et constituent une menace constante pour la paix souhaitée.
Nous prions les autorités responsables, locales et internationales, de travailler à épargner au peuple palestinien les souffrances quotidiennes dans sa vie, qu’on enlève les restrictions imposées à la liberté de circulation et à la liberté d’entrer dans la Ville Sainte. Nous les prions aussi que soient prises des dispositions urgentes susceptibles de conduire, au plus vite possible, à une paix globale, juste et définitive avec le peuple palestinien, et avec la Syrie et le Liban. Car le temps, la lenteur et les tergiversations n’œuvrent pas pour la paix, mais pour l’extrêmisme et la violence des deux côtés.
Il est nécessaire de poser le problème de Jérusalem d’abord, pour arriver à la solution qui convient, à la lumière de la réalité historique de la Ville Sainte à travers les temps, des décisions de la légalité internationale et des espoirs et des symboles que cette Ville Sainte représente pour tous ses habitants, pour tous les peuples de la région et pour le monde. Pour cela, nous joignons nos voix à celles de nos frères les Patriarches de la Ville Sainte et des chefs des autres Eglises de la Ville pour dire qu’elle est sainte pour les trois religions juive, chrétienne et musulmane, et qu’elle est la clef de la paix et de la guerre.
Nous ne pouvons, dans ce domaine, ne pas exprimer notre inquiétude et nos craintes à propos de ce qui se passe actuellement dans la Ville Sainte de dispositions contraires aux décisions internationales et à la recherche de la paix. Prétendre s’en emparer en exclusivité, est un appel à la guerre; alors que l’appel à participer, sur un pied d’égalité, à la souveraineté et à tous les droits et devoirs, est un appel à la paix et à la stabilité dans la Ville Sainte et dans la région.
c - L’Iraq
Le fantôme de la guerre plane de nouveau sur l’Iraq. Nous l’avons dit et nous le disons franchement du fond de notre conscience: Le maintien du conflit dans la région et du blocus imposé au peuple iraquien, double quotidiennement les conséquences néfastes qui font mourir ses enfants, ses vieillards et ses malades, en privant les habitants de ce qui est essentiel, comme nourriture, médicaments et moyens de développement; cela disperse ses fils et étrangle l’espoir dans les cœurs de ses jeunes. Ce que ne peut admettre aucune conscience vivante et saine.
Aussi, nous supplions tous ceux qui détiennent les rênes des affaires et tous ceux de bonne volonté de faire l’impossible pour mettre fin à cette situation injuste et inhumaine qui marque notre temps d’une tache honteuse que nous refusons pour lui, surtout que nous sommes aux portes du troisième Millénaire, que nous souhaitons être une aurore d’espoir, afin de poser des bases stables pour une paix juste et globale dans la région et dans le monde. Tous pourront alors mieux vivre et exploiter leurs ressources naturelles et humaines pour le bien, la construction et le développement.
7 - Invocations et Espérance
Nous ne pouvons en terminant qu’exprimer notre affection à chacun des membres de nos Eglises, de notre peuple et de nos sociétés, particulièrement à ceux qui ont le plus besoin d’aide, de compréhension et de soin, dans la conviction que notre communion entre nous et notre engagement à dialoguer avec tout le monde et à s’épauler, ranimera l’espérance dans les cœurs de tous ceux qui se fondent sur la foi et s’enracinent dans l’amour pour se remplir de l’Esprit (Eph. III, 17); ainsi nous contribuerons tous au progrès de nos pays qui ont tellement besoin de paix, de fraternité et d’amour, et nous avancerons vers le troisième Millénaire avec une immense et ferme espérance.