2
- Ouverture de la Session
La
session fut ouverte dimanche, 13 octobre 1996 au soir, dans l’église
du couvent, en présence de sa Sainteté Ignace Zakka I
IWÀS, Patriarche d’Antioche des Syriaques Orthodoxes, de Son Excellence
Mgr Pablo Puente, Nonce Apostolique, d’un certain nombre d’Evêques
Catholiques et de différents chefs d’Eglises Chrétiennes;
des Supérieures et Supérieurs Généraux d’Ordres
et Congrégations religieuses, ainsi que des représentants
de différentes Institutions écclésiales catholiques.
La
cérémonie d’ouverture a été inaugurée
par des prières et des hymnes de la liturgie Syriaque. Et, après
la lecture d’un passage d’Evangile, Sa Béatitude le Patriarche HAYEK
a prononcé une allocution d’accueil à l’adresse de leurs
Béatitudes et des autres invités, indiquant le sujet de cette
sixième session "Que tous soient un" (Jn 17-21) et insistant sur
l’importance de l’Unité entre toutes les Eglises Chrétiennes,
surtout que nous sommes au seuil du troisième Millénaire
de l’Incarnation du Christ Jésus, qui se fit homme pour sauver l’Homme.
Sa Béatitude a dit: "Le mouvement œcuménique est l’un des
signes des temps présents. La division des Chrétiens est
un fait douloureux qui défigure l’œuvre même du Christ. La
question de l’Unité n’est pas un luxe dans notre Orient, ni un simple
discours académique, mais elle est une plaie dont souffrent quotidiennement
tous les croyants et souhaitent que les efforts soient tous conjugués,
pour porter remède à cette plaie qui paralyse notre vitalité
et amenuise notre témoignage de Chrétiens. Nous devons faire
des efforts, comptant sur la force de l’Esprit Saint, l’intercession de
notre Mère la Vierge Marie, N-D. de la Délivrance et N-D
du Liban, que se réalise l’Unité pour laquelle le Christ
Jésus a prié son Père; les Chrétiens atteindront
ainsi la plénitude de la Communion et seront tous ensemble "Un,
comme Lui et le Père sont un".
Quant
au Nonce apostolique, son Excellence Mgr Pablo Puente, il a particulièrement
insisté sur l’importance du travail œcuménique aujourd’hui
en Moyen-Orient, surtout après la tenue du Synode des Evêques
pour le Liban. Cela signifie la nécessité de trouver une
théologie nouvelle et profonde de laquelle jailliront obligatoirement
des moyens œcuméniques nouveaux, une collaboration pastorale et
une renaissance ecclésiale lesquels se manifesteront logiquement
dans une unité voulue par Dieu.
3
- La Rencontre Catholico-Orthodoxe
Les
congressistes ont consacré la première journée de
leur session à rencontrer les Patriarches des Eglises Orthodoxes,
leurs Saintetés et Béatitudes Ignace IV HAZIM, Patriarche
d’Antioche des Grecs Orthodoxes, Ignace ZAKKA I Iwàs, Patriarche
d’Antioche des Syriaques Orthodoxes, et Aràm I KICHICHIAN, Catholicos
des Arméniens Orthodoxes de la Maison de Cilicie; ils ont débattu
des questions communes d’ordre pastoral, à savoir: Des mariages
mixtes, du catéchisme unifié et de la première communion
ou communion solennelle. A la suite de quoi, un document pastoral commun
a été publié autour des questions sus-mentionnées.
Cette réunion a revêtu un cachet de haut esprit œcuménique
fait de charité, de sérieux et de sincérité.
Il fut décidé de poursuivre ces rencontres œcuméniques
fructueuses.
4
- Les Relations Œcuméniques
Partant
des tendances à l’unification qui dominent le monde d’aujourd’hui,
se basant sur le souhait de plus en plus pressant dans les Eglises du Moyen-Orient
de promouvoir l’Unité Chrétienne et pour répondre
aux appels répétés de sa Sainteté le Pape Jean-Paul
II dans ses Encycliques relatives à la préparation aux cérémonies
du troisième Millénaire, leurs Béatitudes les Patriarches,
dans leur propre désir de renforcer ces relations œcuméniques,
ont étudié les nombreux documents relatifs au dialogue entre
l’Eglise Catholique, les Eglises Orthodoxes et les Familles du Conseil
des Eglises du Moyen-Orient; Ils ont écouté des Conférences
données par des spécialistes en différents aspects
du Mouvement Œcuménique, ces conférences furent suivies de
discussions exhaustives relatives à l’approfondissement des propositions
faites et de leur mise en œuvre.
L’Unité
est un don de Dieu; ce don prend en nous une forme de Vocation et d’Apostolat
qui nous obligent à œuvrer sérieusement pour l’œcuménisme,
afin que l’Eglise demeure un signe de salut pour le Monde d’aujourd’hui.
Il est du devoir de tout baptisé de prier et d’œuvrer pour l’Unité,
dans la conviction que travailler pour l’Unité c’est réaliser
la communion ecclésiale entre tous les Chrétiens. Cela exige
une conversion continue afin de distinguer l’appel de Dieu fait à
nous, dans notre situation présente pour une ouverture à
nos frères les hommes, à travers notre foi et notre appartenance
à l’Eglise; particulièrement à ceux parmi eux, qui
souffrent dans notre société. Cet appel revêt un cachet
spécial quand nous nous préparons à recevoir le tricentaire
de l’Incarnation du Mystère du Salut dans notre monde. La gloire
de Dieu se manifestera ainsi dans chacune de nos Eglises selon la situation
de ses fils et la nature du témoignage spécifique à
chacun d’eux, dans un monde où nous devont participer, avec nos
frères, à quelque religion ou rite qu’ils appartiennent,
conformément à notre spiritualité, à notre
culture et à nos relations avec les forces du bien, contribuant
non seulement à assurer nos positions ou à fortifier nos
situations, mais à consolider des principes permanents de base,
pour une civilisation future, celle de la fraternisation, de la paix, de
l’amour et de la collaboration.
Nous
nous adressons à nos frères les Evêques catholiques,
à tous nos fils croyants, pour qu’ils accordent à l’affaire
œcuménique le meilleur de leur souci afin qu’elle soit la vocation
et la mission de leur vie. Nous faisons appel à nos Séminaires
et à nos Institutions éducatives, qu’ils introduisent cette
discipline dans leurs programmes et leurs activités paroissiales.
Nous encourageons les penseurs et ceux qui travaillent dans le domaine
de l’éducation, de l’apostolat et du témoignage, d’unifier
leurs paroles et leurs activités pour une coopération plus
grande et plus efficace dans un esprit d’ouverture et de solidarité
dans toutes sortes de domaines, dans la conviction que les dissensions
vis-à-vis des appels du temps, affaiblissent notre apostolat et
que la volonté de Dieu est que nous soyons Un, que nous nous réunissions
ensemble et que nous unissions nos possibilités et nos potentialités
en vue de réaliser un plus grand bien et une meilleure présence
chrétienne dans la société.
5
- Autres Sujets
La
réunion a traité d’autres sujets; entre autres: la catéchèse
des adultes, l’organisation de la catéchèse dans nos Eglises
au niveau du Moyen-Orient; y compris le Comité Catholique pour la
catéchèse au Moyen-Orient. L’assemblée a pris connaissance
de "l’Union des laïcs" qui groupe des laïcs de différents
pays du Moyen-Orient; Union parainnée par la Commission pontificale
pour les laïcs. Le Conseil des Patriarches bénit cette Union
des laïcs, faite pour se connaître, dialoguer et poser les bases
d’un travail en commun qui contribuera à renforcer tout travail
apostolique; cette union confirme le rôle des laïcs en tant
que tels; l’Eglise invite ces laïcs à donner davantage et à
exceller dans leurs dons, en vue de développer leur participation
à la vie de l’Eglise et de renforcer la présence chrétienne
dans la société.
6
- Affaires de nos Pays
Nous
voulons maintenant diriger nos regards vers tous les pays dans lesquels
nos Eglises portent son témoignage et tout particulièrement
dans ceux qui ne cessent de souffrir des difficultés:
A
- Le Liban
Tout
en exprimant notre gratitude au Liban pour la généreuse hospitalité
dont nous avons joui dans ce pays nous supplions Dieu de l’aider à
surmonter les difficultés qui l’empêchent de revenir à
une situation normale confortable, de le rendre capable de faire réintégrer,
à tous les déplacés, leurs domaines et leurs maisons,
et de récupérer ses émigrés pour qu’ils contribuent
à l’œuvre de la reconstruction et du développement, et trouver
les solutions adéquates à la crise économique aigüe
dont il souffre, à conserver ses spécificités particulières
dont la convivialité, dans un climat de liberté totale et
responsable et la réalisation de la réconciliation nationale
souhaitée laquelle permettra à toutes les catégories
sociales, intellectuelles et politiques, de participer à le relever
de son faux pas, et de consolider son existence sur des bases saines et
solides.
Nous
espérons que le Liban reste une tribune d’information libre pour
diffuser et faire entendre la voix de la vérité sans laquelle
pas de salut. Qu’il œuvre pour consolider son régime démocratique
et le purifier de tout ce qui peut le fausser, de sorte que ses institutions
constitutionnelles fonctionnent dans un ordre qui garantit aux individus
et aux collectivités qui y vivent, les droits qui sont les leurs
et leur facilitent l’accomplissement de leurs devoirs. Nous sommes sûrs
que cela se fera avec l’aide de Dieu, si le Liban sait comment enserrer
entre ses bras tous ses fils avec leurs différentes religions et
orientations politiques, garantir leur droit à la justice, à
l’égalité et au respect des droits de l’Homme et récupérer
ce qu’il risque de perdre de valeurs nationales, en tête desquelles,
se situent la souverainté, l’indépendance et la libre décision.
B -
La Palestine et Jérusalem
A
Jérusalem, la situation ne cesse d’être difficile à
cause du retard dans le processus de paix. Les souffrances du peuple palestinien
vont en augmentant, car les villes palestiniennes sont devenues autant
de vastes prisons; les libertés y sont liées et les possibilités
de travail, en diminution. La Ville Sainte est toujours fermée pour
ses fils palestiniens. Tout ceci ouvre la voie à une explosion qui
conduirait à la violence.
Nous
condamnons la violence d’où qu’elle vienne. Nous attirons l’attention
des responsables que les dispositions sécuritaires imposées
actuellement par les Israéliens, engendrent la violence, et constituent
une menace constante pour la paix souhaitée.
Nous
prions les autorités responsables, locales et internationales, de
travailler à épargner au peuple palestinien les souffrances
quotidiennes dans sa vie, qu’on enlève les restrictions imposées
à la liberté de circulation et à la liberté
d’entrer dans la Ville Sainte. Nous les prions aussi que soient prises
des dispositions urgentes susceptibles de conduire, au plus vite possible,
à une paix globale, juste et définitive avec le peuple palestinien,
et avec la Syrie et le Liban. Car le temps, la lenteur et les tergiversations
n’œuvrent pas pour la paix, mais pour l’extrêmisme et la violence
des deux côtés.
Il
est nécessaire de poser le problème de Jérusalem d’abord,
pour arriver à la solution qui convient, à la lumière
de la réalité historique de la Ville Sainte à travers
les temps, des décisions de la légalité internationale
et des espoirs et des symboles que cette Ville Sainte représente
pour tous ses habitants, pour tous les peuples de la région et pour
le monde. Pour cela, nous joignons nos voix à celles de nos frères
les Patriarches de la Ville Sainte et des chefs des autres Eglises de la
Ville pour dire qu’elle est sainte pour les trois religions juive, chrétienne
et musulmane, et qu’elle est la clef de la paix et de la guerre.
Nous
ne pouvons, dans ce domaine, ne pas exprimer notre inquiétude et
nos craintes à propos de ce qui se passe actuellement dans la Ville
Sainte de dispositions contraires aux décisions internationales
et à la recherche de la paix. Prétendre s’en emparer en exclusivité,
est un appel à la guerre; alors que l’appel à participer,
sur un pied d’égalité, à la souveraineté et
à tous les droits et devoirs, est un appel à la paix et à
la stabilité dans la Ville Sainte et dans la région.
c -
L’Iraq
Le
fantôme de la guerre plane de nouveau sur l’Iraq. Nous l’avons dit
et nous le disons franchement du fond de notre conscience: Le maintien
du conflit dans la région et du blocus imposé au peuple iraquien,
double quotidiennement les conséquences néfastes qui font
mourir ses enfants, ses vieillards et ses malades, en privant les habitants
de ce qui est essentiel, comme nourriture, médicaments et moyens
de développement; cela disperse ses fils et étrangle l’espoir
dans les cœurs de ses jeunes. Ce que ne peut admettre aucune conscience
vivante et saine.
Aussi,
nous supplions tous ceux qui détiennent les rênes des affaires
et tous ceux de bonne volonté de faire l’impossible pour mettre
fin à cette situation injuste et inhumaine qui marque notre temps
d’une tache honteuse que nous refusons pour lui, surtout que nous sommes
aux portes du troisième Millénaire, que nous souhaitons être
une aurore d’espoir, afin de poser des bases stables pour une paix juste
et globale dans la région et dans le monde. Tous pourront alors
mieux vivre et exploiter leurs ressources naturelles et humaines pour le
bien, la construction et le développement.
7 -
Invocations et Espérance
Nous
ne pouvons en terminant qu’exprimer notre affection à chacun des
membres de nos Eglises, de notre peuple et de nos sociétés,
particulièrement à ceux qui ont le plus besoin d’aide, de
compréhension et de soin, dans la conviction que notre communion
entre nous et notre engagement à dialoguer avec tout le monde et
à s’épauler, ranimera l’espérance dans les cœurs de
tous ceux qui se fondent sur la foi et s’enracinent dans l’amour pour se
remplir de l’Esprit (Eph. III, 17); ainsi nous contribuerons tous au progrès
de nos pays qui ont tellement besoin de paix, de fraternité et d’amour,
et nous avancerons vers le troisième Millénaire avec une
immense et ferme espérance.