COMMUNIQUE
FINAL DU 5ème CONGRES DU CONSEIL DES PATRIARCHES CATHOLIQUES D'ORIENT
Bzommar
- Septembre 1995
Introduction
Le
Conseil des Patriarches Catholiques d'Orient a tenu son cinquième
congrès, hôte de Sa Béatitude le Patriarche Jean-Pierre
XVIII Kasparian, Patriarche des Arméniens Catholiques, du 4 au 9
septembre 1995 au couvent Notre Dame de Bzommar, Siège Patriarcal
des Arméniens Catholiques (LIBAN). Le Congrès a groupé
leurs Béatitudes Estéphanos II Ghattas, Patriarche d'Alexandrie
des Coptes Catholiques, Maximos V Hakim, Patriarche d'Antioche, de tout
l'Orient, d'Alexandrie et de Jérusalem des Grecs Melkites Catholiques,
le Cardinal Mar Nasrallah Boutros Sfeir, Patriarche d'Antioche et de tout
l'Orient des Maronites, Mar Raphaël I
Bidawid, Patriarche de Babylone des Chaldéens, Michel Sabbah,
Patriarche de Jérusalem des Latins et l'évêque Michel
El Jamil, Vicaire Patriarcal général, représentant
Mar Ignace Antoine II Hayek, Patriarche d'Antioche des Syriaques Catholiques
qui se trouve en dehors du pays.
La
session a débuté le soir du lundi 4 septembre 1995 en l'église
du couvent en présence d'un nombre d'évêques catholiques,
des chefs des églises orthodoxes, des représentants du Conseil
des Eglises du Moyen-Orient, des supérieurs généraux
et supérieures générales des congrégations
et des représentants de diverses institutions ecclésiales
catholiques. Suite à la cérémonie inaugurale qui s'est
limitée à des prières et des hymnes de la liturgie
arménienne, Sa Béatitude le Patriarche Jean-Pierre XVIII
Kasparian a adressé un mot d'accueil et de salut à leurs
Béatitudes, ainsi qu'à tous les invités. Il a souligné
l'importance de notre foi en Jésus-Christ, Thème du 5ème
congrès "Pour vous qui suis-je?" (Mt.16:15), le rattachant au thème
du congrès précédent "Pluralité des traditions
au service de l'unité des églises orientales". Dans son discours
le Patriarche Kasparian a fait allusion "Au 80ème anniversaire du
génocide arménien de 1915, dont furent victimes un million
et demi de martyrs, et ce pour sauvegarder les valeurs humaines, nationales
et chrétiennes". Transmettant pour sa part les salutations de Sa
Sainteté le Pape Jean-Paul II aux prélats congressistes,
le Nonce Apostolique au Liban, Son Excellence Monseigneur Pablo Puente
a affirmé: "Sa Sainteté a été informé
de votre réunion, et se sent aujourd'hui plus que jamais à
vos côtés".
1 - Thème
de la Session
a)
Œcuménisme
Le
premier jour de la session, ont pris part à la rencontre, Sa Béatitude
le Patriarche Eghnatios IV Patriarche d'Antioche des Grecs Orthodoxes,
accompagné de Monseigneur Georges Khodr, Archevêque du Mont-Liban
et de Mgr Elias Aoudé, Métropolite de Beyrouth. Ont participé
également à cette séance, de la Commission Episcopale
pour les relations œcuméniques, Mgr Paul Matar, Vicaire Patriarcal
Maronite et Mgr Cyrille Bustros, Archevêque
Grec Catholique de Baalbeck.
Cette
rencontre œcuménique a permis d'évoquer des questions religieuses
communes qui nécessitent coordination, à savoir: Les mariages
mixtes, la préparation au mariage, la communion solennelle, la participation
aux sacrements, la catéchèse commune et la lutte contre les
hérésies.
Ces
thèmes ont été débattus dans un climat de respect
mutuel, de fraternité, de franchise et d'authenticité pour
le bien de tous les fidèles d'Orient.
b) "Pour
vous qui suis-je?"
Cette
question que le Christ a posée à Saint Pierre (Mt.16:15),
Il la repose aujourd'hui à chaque chrétien, individu et communauté,
en tout temps et en tout lieu,il la pose également aux consciences
des Eglises du Moyen-Orient. La réponse à cette question
"Pour vous qui suis-je?" ne peut être théorique, mais plutôt
pratique, avec ce qu'elle implique de connaissance, de vécu, de
cérémonie liturgique et de témoignage, elle se transforme
en une expérience personnelle. Nous ne connaissons le Christ que
dans la mesure où nous le rencontrons: "Nous avons trouvé
le Christ" (Jn 1:41), où nous nous unissons à lui "Celui
qui demeure en moi, et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruits"
(Jn 15:5) et dans la mesure où nous nous transformons en Lui "Ma
vie c'est le Christ" (Ph 1:21). Comme nous le répétons dans
nos liturgies orientales, le Christ "qui aime les hommes" est au cœur de
nos expériences humaines, individuelles et collectives, avec ce
qu'elles comportent de douleurs, de tristesse, de conflits spirituels,
de déception et de mort. Le Christ nous accompagne à travers
ces expériences, les partage avec nous pour nous donner la vie;
ainsi cette expérience de foi en Jésus-Christ se transforme
en un élément libérateur de tout ce qui entrave notre
élan dans la société où nous vivons. Nous croyons
en Jésus-Christ "Seigneur et Christ" (actes 2:36), nous nous unissons
à Lui et ainsi nous devenons les fils de Dieu, frères les
uns des autres et de tous les hommes.
A
travers cette question "Pour vous qui suis-je ?" le Christ adresse à
nos églises un second appel "vous serez mes témoins" (actes
1:8). Ce témoignage chrétien implique toujours le respect
sincère et authentique de l'autre, loin de toute surenchère
et polémiques stériles; ce témoignage doit être
un témoignage vécu de la bonne nouvelle de Dieu en la personne
du Christ, adressé aujourd'hui à l'homme de nos sociétés.
Cette bonne nouvelle de l'amour de Dieu pour chaque être humain régénère
en nous une nouvelle espérance au cœur même de nos peines
et de nos épreuves, elle nous permet de dépasser les barrières
dressées entre les catégories et les sociétés
humaines.
c) La
formation chrétienne
La
formation chrétienne qui se fait au foyer, à l'école
et dans la paroisse est le lieu où s'opère la transmission
de la bonne nouvelle aux générations à venir. Dans
ce domaine, l'effort fourni jadis par nos églises a besoin aujourd'hui
d'une rénovation constante pour répondre aux exigences actuelles,
aux situations de nos enfants et à leur âge, ainsi qu'aux
transformations incessantes qui s'opèrent dans nos sociétés
et aux acquis pédagogiques qui évoluent en permanence. Il
faut persévérer dans la nette évolution actuelle de
ces méthodes, afin qu'elle soit au service de la croissance et de
la maturité de la foi, dans un monde en perpétuelle mutation.
Le
progrès de la catéchèse est garanti par son actualisation
au foyer, à l'école et dans la paroisse; ces milieux
se complètent pour former le baptisé dans l'entité
de sa personnalité chrétienne. Tout cela est rattaché
à la vie liturgique qui demeure pour nos églises, comme elle
l'était jadis, le lieu privilégié pour la sauvegarde
et le développement de la foi.
Nul
doute que, durant la période scolaire, les enfants reçoivent
une bonne part de formation catéchétique. Néanmoins,
ce domaine continue à souffrir de plusieurs lacunes notamment en
ce qui concerne l'engagement, l'organisation, la méthode et l'adaptation;
c'est pourquoi il faut persévérer dans ce travail vital en
collaborant avec tous les membres de l'église: Evêques, prêtres,
religieuses, religieux et laïcs. Le service de la foi demeure l'une
des principales facettes de la mission de l'Eglise qu'il faut modifier
en permanence, afin qu'il aboutisse au but attendu. Cette modification
touche les livres, les outils pédagogiques, les ressources humaines
et matérielles. Et dans ce sens nous ne pouvons qu'adresser une
salutation d'amour et de considération à tous ceux qui œuvrent
dans ce domaine, exploitant à son service tout leur potentiel et
leur compétence. Nous demandons à Dieu de fructifier leurs
efforts afin qu'ils produisent leur fruit dans la vie des fidèles.
Nous
voulons attirer l'attention sur l'importance croissante, sinon la priorité
de la catéchèse des adultes. Cette formation qui accompagne
toutes les étapes de la vie du fidèle, reste limitée
et comprend toujours des lacunes. Les besoins et les défis auxquels
le fidèle doit faire face requièrent de l'église son
accompagnement en cette période cruciale de sa vie, afin que sa
foi et son engagement se manifestent dans sa vie privée et publique;
C'est ainsi qu'il assurera son rôle dans l'église et la société
en tant que témoin de sa foi. C'est pourquoi nous demandons à
toutes nos églises d'accorder une importance particulière
à cette formation.
Puisque
le mouvement œcuménique évolue régulièrement
et rapidement entre les différentes églises d'orient, il
serait nécessaire de créer un réseau de communication
et de partage d'expérience d'abord au niveau des églises
catholiques elles-mêmes, pour éviter l'isolement, la dispersion
et le gaspillage d'énergie, ensuite au niveau de toutes les églises
sœurs. Le cachet œcuménique est une exigence de notre témoignage,
il doit se refléter dans notre travail éducationnel, afin
qu'il fasse croître le respect et la considération à
l'égard de tous les patrimoines et des traditions des églises.
Les
synodes pastoraux qui ont lieu aujourd'hui dans les églises du Liban,
de l'Irak et de la Terre Sainte sont un vrai témoignage, un outil
pour activer la marche de la foi et renouveler l'engagement des fidèles
dans leurs églises et leurs pays.
2 - Affaires
Publiques
Les
multiples interactions historiques et vitales auxquelles nos sociétés
font face influencent en même temps nos églises qui vivent
au sein de ces interactions. nous voulons encore une fois faire part, à
l'homme et aux sociétés de notre région, de notre
solidarité profonde et authentique, pour le meilleur et pour le
pire. Le Christ est notre chemin vers nos sociétés comme
elles le sont vers lui; C'est pourquoi, nous exhortons tous nos fils qui
œuvrent dans le secteur public à s'engager véritablement
et généreusement, loin de toute distinction. Le Christ Jésus
nous a voulu ses témoins dans nos différentes régions,
nous ne pouvons l'être sans nous engager aux causes cruciales que
nous endurons.
Tandis
que nous sommes réunis en ce 5ème congrès nous nous
adressons, par notre pensée et nos sentiments d'amour, à
tous les fils de nos pays. Nous leur faisons part de notre solidarité
et de notre collaboration avec toute main qui travaille, ainsi que de notre
contribution à tout esprit créateur.
a)
Liban
Nous
remercions Dieu pour la paix rétablie dans le pays après
les longues années de guerre, il reste toutefois de nombreux sujets
d'inquiétude: La tragédie que vit quotidiennement le Sud,
la crise économique impitoyable, la lenteur caractéristique
du processus de retour des déplacés à leurs foyers,
l'administration et la gestion politique du pays dont les citoyens continuent
à se plaindre, notamment au niveau des institutions qu'entravent
la plupart du temps les tendances individualistes et les intérêts
confessionnels ou partisanes. Quelquefois cette situation a conduit à
l'occultation du Liban dans les affaires régionales et internationales
qui touchent de près ses intérêts nationaux et son
avenir.
Une
société dans laquelle les services publics tels que l'habitat
et les soins médicaux ne sont pas assurés reste menacée
dans sa souveraineté, son indépendance et sa liberté
de décision. Nous prions Dieu d'éclairer les responsables
au Liban, que ces derniers trouvent les solutions adéquates aux
difficultés dont pâtit le peuple libanais. Nous prions aussi
pour que ce peuple, qui a fait preuve de lucidité et de loyauté
à l'égard de sa patrie, puisse retrouver toutes ses ressources
nationales, afin que le Liban demeure pays de liberté responsable,
de justice, d'équité et de paix.
b) La
Palestine et Jérusalem
Le
peuple palestinien s'est engagé dans le processus de la paix, a
consenti de nombreux sacrifices dans cette perspective, et continue d'œuvrer
pour aboutir à un résultat satisfaisant. Quoique cette voie
comporte actuellement beaucoup d'injustice et d'humiliation pour la partie
palestinienne, nous espérons toujours que ce processus finisse par
se débarrasser de toutes ses lacunes et ses obstacles pour aboutir
à une paix juste, définitive et honorable pour tous.
Le
peuple palestinien traverse aujourd'hui une étape de construction
et de consolidation de son existence, c'est pourquoi nous appelons tous
nos fils à une contribution généreuse et dévouée
en cette période difficile. La foi vivante fortifie les fidèles
pour affronter les difficultés et consolide les liens entre eux
et tous leurs frères au sein de leur société.
Nous
rappelons que Jérusalem est le cœur de toutes nos églises,
de tout le peuple arabe, des trois religions monothéistes: la Chrétienté,
l'Islam et la religion Juive et surtout du peuple palestinien et israélien.
C'est pourquoi nul n'a le droit d'y exercer sa suprématie. Tous
doivent être égaux dans la souveraineté, les droits
et les obligations à l'égard de cette ville.
Nous
ne pouvons qu'exprimer notre solidarité avec tous nos fils et frères,
les habitants de la cisjordanie, nous faisons appel afin que soit levé
le blocus qui leur interdit d'accéder à leurs lieux saints
dans la ville sainte. Comme nous réclamons à ce qu'aucune
partie, à l'exclusion des autres, ne prenne des mesures susceptibles
de changer la géomorphologie de Jérusalem et de décider
de son avenir avant le début des négociations l'an prochain
c) l'Irak
L'Irak
se trouve toujours dans une situation de crise économique, cela
pousse la plupart de ses habitants, et entre eux beaucoup de chrétiens,
à l'émigration, ce qui les expose à des difficultés
multiples, vidant le pays des intellectuels et du potentiel jeune, disloquant
la famille et la société. Ceux qui y restent souffrent du
blocus étouffant qui détruit la population, notamment les
personnes âgées, les enfants et les malades, ravit le faible
espoir qui survit dans le cœur des jeunes, ce qui corrompt l'homme au lieu
d'investir le potentiel, de fructifier les compétences et de développer
les multiples talents dont jouit ce noble pays. C'est pourquoi nous appelons
tous les détenteurs du pouvoir dans le monde à ne pas rester
indifférents aux cris lancés par les Irakiens opprimés
et à traiter ce peuple indépendamment des calculs politiques
afin que cette épreuve soit levée, ce qui permettra à
ce peuple de reconstruire sa société dans la prospérité.
Et conformément aux résolutions du 2ème Congrès
Chrétien tenu à Baghdad en Juillet 1995, nous exhortons tout
le monde à prier pour le peuple Irakien le 10 Septembre 1995, en
signe d'amour et de solidarité.
d) Le
Peuple Arménien
La
tenue de notre Congrès a coïncidé avec le 80ème
anniversaire du génocide arménien. De ce Siège Patriarcal
des Arméniens Catholiques au couvent Notre Dame de Bzommar, nous
nous adressons au peuple arménien avec tout notre amour et toute
notre considération. Ce peuple qui vit dans toutes les régions
de nos pays et dont les fils y œuvrent sincèrement, contribuant
à leur prospérité et leur promotion, citoyens fidèles
à ces pays qui les ont aimé et abrité, tout en restant
attaché à leur propre patrimoine. Nous souhaitons que les
arméniens demeurent fidèles et créateurs afin qu'ils
restent un élément moteur dans l'évolution des sociétés
dans lesquelles ils vivent, notamment en Orient.
e) Le
Monde Arabe
Nous
nous adressons à notre monde arabe, surtout aux pays où nos
fils se sont installés, en particulier en Syrie, l'Egypte et la
Jordanie, pour exprimer aux fidèles notre solidarité dans
leurs difficultés, leurs espoirs et leurs aspirations. Nous souhaitons
à ce monde de retrouver son chemin de stabilité politique
culturelle et économique afin qu'il soit au service de l'homme et
qu'il contribue à la construction de la civilisation humaine dans
cette région.
f)
La Femme
La
tenue de ce Congrès coïncide avec la Conférence de Pékin
(Chine) qui traite de sujets concernant la femme. Conformément à
la doctrine chrétienne, nous rappelons que la femme et l'homme sont
égaux, crées tous les deux à l'image de Dieu et à
sa ressemblance. Par la grâce divine la femme est appelée
à vivre pleinement sa maturité, sa complémentarité
et sa vocation dans la société. Son indépendance,
son autonomie et sa dignité doivent être respectées
dans ses conditions de fille, d'épouse, de mère, de consacrée
et dans les responsabilités qui lui incombent, lui garantissant
entièrement ses droits et son potentiel créatif. Nous l'invitons
à faire preuve d'un surplus de transparence et de générosité,
dans un monde que caractérisent souvent les troubles, les intérêts,
l'exploitation et l'égoîsme.
Conclusion
En
ces jours, le Christ fut le centre de notre méditation, de notre
réflexion et notre prière. "Il est "l'Alfa et l'Oméga,
le Premier et le Dernier, le Principe et la Fin" (Ap. 22:13). Il nous accompagne,
comme il a accompagné les deux disciples d'Emmaus, pour nous expliquer
les livres, nous indiquer le droit chemin et nous conduire à la
gloire de sa résurrection. Il est le fondement autour duquel convergent
notre passé, notre présent et notre avenir. Il nous permet
de nous engager dans toutes les directions avec liberté, sérénité,
confiance, joie, courage et ardeur. Nous le reconnaissons à chaque
Eucharistie que nous célébrons ainsi il nous soutient, nous
encourage, nous fortifie et nous sanctifie. C'est le Seigneur. En Lui,
avec Lui et pour Lui nous cheminons par la force de l'Esprit-Saint pour
la gloire de Dieu le Père"*.
A
la fin de ce communiqué nous prions Dieu afin que la paix règne
dans les cœurs de tous et entre tous. Amen.
________________________________
*
(La Présence Chrétienne en Orient, témoignage et mission,
N° 60)