COMMUNIQUE FINAL DU 4ème CONGRES DU CONSEIL DES PATRIARCHES CATHOLIQUES D'ORIENT
Raboueh - Septembre 1994  

1 - INTRODUCTION
Le Conseil des Patriarches Catholiques d’Orient a tenu sa quatrième session, hôte de Sa Béatitude le Patriarche Maximos V Hakim, Patriarche d’Antioche, de tout l’Orient, d’Alexandrie et de Jérusalem, des Grecs Melkites Catholiques, entre le 19 et le 24 septembre 1994, au siège du Patriarcat des Grecs Melkites Catholiques, à Raboueh (Liban). La Réunion a groupé leurs Béatitudes Estéphanos II Ghattas, Patriarche d’Alexandrie des Coptes Catholiques; Mar Ignace Antoine II Hayek, Patriarche d’Antioche des Syriaques Catholiques, Mar Nasrallah Boutros Sfeir, Patriarche d’Antioche et de tout l’Orient des Maronites, Mar Raphaël I Bidawid, Patriarche de Babylone des Chaldéens, Jean-Pierre XVIII Kasparian, Patriarche des Arméniens Catholiques et Michel Sabbah, Patriarche de Jérusalem des Latins.
La session a débuté le soir du lundi 19 septembre en présence d’un nombre d’évêques catholiques, des chefs des Eglises Orthodoxes, des représentants du conseil des Eglises du Moyen-Orient, des supérieurs généraux et supérieures générales des congrégations et de représentants de diverses institutions ecclésiales catholiques. L’ouverture de la session s’est limitée à un mot d’accueil et de salut de Sa Béatitude le Patriarche Maximos V Hakim et Son Excellence le Nonce Apostolique Mgr Pablo Puente, allocutions précédées et suivies par des cantiques et des prières du rite byzantin à l’issue desquelles a eu lieu une réception au siège patriarcal.
Le premier jour de la session, ont participé à la rencontre, Sa Béatitude le Patriarche Eghnatios IV, patriarche d’Antioche des Grecs-Orthodoxes accompagné de Mgr Georges Khodr, archevêque du Mont-Liban et de Mgr Elias Aoudé, Métropolite de Beyrouth. Au cours de la rencontre, ont été débattus un nombre d’affaire ecclésiales communes dans une ambiance de fraternité. Tous ont émis le souhait que se répètent à l’avenir de telles rencontres pour le bien des fidèIes dans notre pays, quelles que soient leurs diverses appartenances ecclésiales.

2 - THEME DE LA SESSION
Les jours suivants, les Patriarches Catholiques d’Orient ont traité le thème de la session intitulée: ”La pluralité des patrimoines, au service de l’unité des Eglises Orientales”.
Les réunions ont été entrecoupées par des conférences remarquables données par un nombre d’experts ainsi que par des moments consacrés à un échange d’avis autour des diverses facettes de ce thème, sur le plan patrimonial, oecuménique, théologique et pastoral.
Le débat s’est concentré sur le mystère de l’Eglise à partir de nos patrimoines authentiques, de notre réalité actuelle, aux deux niveaux oecuménique et pastoral, à partir également des aspirations de nos Eglises vers un enracinement, une collaboration et une coordination plus poussés pour le bien des croyants dans nos diocèses et nos pays.
Au niveau patrimonial, les congressistes ont insisté sur la nécessité de sauvegarder notre patrimoine ecclésial, authentique dans son antiquité, divers dans ses expressions, riche dans ses significations théologiques, spirituelles et liturgiques, voire sur la nécessité de le faire renaître et progresser pour qu’il soit une lumière pour notre présent et une garantie pour notre avenir, nous enrichissant et enrichissant aussi l’Eglise universelle ainsi que la culture et la civilisation de notre pays.
Ce patrimoine ecclésial n’est pas en marge des interactions de la région mais s’introduit au sein même de sa dynamique, en vue de contribuer à former son modèle de civilisation souhaité, face aux défis gigantesques qu’elle affronte, au seuil de ce troisième millénaire de notre histoire. Aussi clergé et laïcs se doivent-ils tous, de connaître ce patrimoine, de l’aimer et d’en être éclairés.
Au niveau oecuménique, les congressistes ont mis l’accent sur la nécessité de l’ouverture de chaque Eglise sur le patrimoine des autres, catholiques ou non, afin que le patrimoine de chaque Eglise ne soit pas une cause d’éloignement de conflit, de dispute et de division, mais une source de rapprochement de complémentarité et de richesse réciproque. La diversité avec laquelle Dieu a caractérisé notre cher Orient, si nous la vivons dans un esprit d’authenticité et d’ouverture, se révèle une grâce unique octroyée à nous tous pour la gloire de Dieu et le bien de nos fidè1es et de nos sociétés.
Sur 1e plan pastoral, tous ont réalisé l’importance d’inculquer au clergé et aux fidèles l’appartenance ecclésiale authentique et de sortir du cercle étroit du confessionnalisme. Nous savons que de nombreuses circonstances historiques, politiques, sociales et psychiques ont transformé nos Eglises en groupements repliés sur eux-mêmes, connus sous le nom de confessions". Cette réalité ne convient pas à nos authentiques conceptions théologiques chrétiennes. Cet entendement socio-humain, qui s’est enraciné dans les consciences de nos fidèles et de nos institutions, a voilé l’appartenance ecclésiale et souvent l’a effacée, au niveau de la parole et de la pratique.
Cet état de chose nous incite à fournir un effort pastora1 intensifié pour approfondir la conception du mystère de l’Eglise, tel qu’il s’est révélé dans Le Nouveau Testament, dans les oeuvres des Pères de l’Eglise et dans la tradition vivante de l’Eglise.
Voilà pourquoi nous exhortons, aujourd’hui, les théo1ogiens à poursuivre et à approfondir la réflexion à ce sujet. C’est que nous avons besoin d’avoir une vision nouvelle qui soit à la base de lignes de travail pastorales renouvelées, provoquant une révolution dans l’âme des individus, de la communauté du clergé et des 1aïcs afin que nous nous transportions de la situation isolante des confessions à celle ouverte de l’Eglise, bâtie sur la quête de l’unité pour laquelle a prié le Seigneur Jésus, baignant dans la charité qu’il nous a recommandé et qu’il a rendu un signe distinctif de chaque personne croyant en Lui.
C’est avec cette vie nouvelle que nous pouvons contribuer à construire nos sociétés et à faire face à tous les défis que nous affrontons actuellement.

3 - AFFAIRES GENERALES DE NOS PAYS
Les congressistes ne se sont pas contentés de traiter ce grave sujet pastoral mais l’ont dépassé pour se livrer à un échange d’opinions autour des affaires générales de leurs différents pays et ce, à partir de la solidarité profonde avec tous les gens au sein de leurs sociétés et de tous leurs fidèles en cette période historique par laquelle passe notre région.
L’opération de la paix a débuté dans notre région depuis des années, après des décennies de guerres, de destruction, de sang et de déracinement. Elle a donné lieu à de grands espoirs sans pour autant être, en même temps exempte de peur et d’interrogations. Alors que nous exprimons notre soulagement pour ce début, nous souhaitons que la paix soit véritable, équitable et totale, comportant tous les peuples de la région afin que tout le monde jouisse de ses fruits sans exception et sans rabaissement. La paix qui sert l’intérêt d’une partie au détriment ou aux dépens d’une autre n’est pas une paix équitable, ni totale, ni permanente.
Nous souhaitons aux deux peuples, palestinien et israélien, de parvenir à une formule commune pour les deux parties garantissant à chacune d’elles la dignité, la souveraineté et la sécurité. Nous pensons que la ville sainte est l’essence de la marche pacifique. Pas de paix sans Jérusalem. Nous remarquons avec douleur que la ville sainte qui a été ouverte pour le monde entier demeure jusqu’aujourd’hui fermée devant les fils de l’Eglise de Jérusalem eux-mêmes et devant tous les palestiniens arabes et les autres.
C’est pourquoi nous demandons une situation particulière pour cette ville unique, qui l’élève au-dessus des conflits politiques et des mesures de sécurité. Nous aspirons au jour où la ville sainte deviendra une ville de paix et de réconciliation pour tous ses enfants: juifs, chrétiens et musulmans et pour tous les peuples de la région et du monde.
En ce qui concerne le Liban, les combats se sont arrêtés et une nouvelle étape a commencé permettant à ce cher pays de commencer, une nouvelle fois, une vaste opération de construction, construction de la terre et de l’homme à la fois. Nous ne pouvons pas ne pas souligner dans ce contexte de nombreux problèmes encore en suspens, attendant la bonne solution, dont celui des déplacés, de la crise économique, de l’implantation, de la naturalisation, de l’information, de l’enseignement privé et d’autres problèmes que nous ne pouvons pas ignorer, si nous voulons que la confiance revienne chez tous ses enfants résidents et émigrés.
Le Liban ne peut être écarté de l’opération de la paix laquelle ne peut pas non plus s’étendre aux dépens de sa terre, de sa souveraineté, de son indépendance et son libre arbitre. Il n’est pas permis que ce pays, petit par ses dimensions, grand par son don paye, d’un prix injuste, la paix souhaitée. L’Irak est toujours exposé à un embargo tyrannique dont nous avons nous-mêmes réalisé les conséquences destructives sur la vie quotidienne du peuple irakien, lors de notre visite à ce cher pays, en mars dernier.
Tout le monde sait, aujourd’hui que l’embargo levé contre l’Irak a dépassé ses raisons d’être et s’est transformé en une attitude politique dont le peuple irakien est la victime, surtout les enfants, les pauvres, les vieillards et les malades parmi ce peuple. C’est pourquoi nous en appelons à la conscience de la société mondiale de ne pas oublier l’homme malheureux en Irak afin que soit levé cet embargo qui n’a plus de raison d’être et qui provoque l’émigration de beaucoup de ses enfants.
Nous voudrions faire part de notre participation aux douleurs endurées par notre monde arabe et provoquées par les luttes internes dans certaines de ses contrées. Nous sommes partie intégrante de lui, nous souffrons avec tous ceux qui souffrent en lui, sans distinction et nous nous réjouissons de chaque pas qui le rapproche de l’évolution, de l’équité et de la stabilité. Aussi exhortons-nous tout le monde à rejeter les moyens de violence et à adopter ceux du dialogue et de l’écoute réciproque pour parvenir à résoudre tous les problèmes.
A l’occasion de l’année de la famille, célébrée par l’Eglise et le monde entier et après avoir suivi les séances et les travaux du Congrès du Caire sur les habitants et le développement, nous adressons un appel pressant à nos familles chrétiennes afin qu’elles demeurent fidèles aux commandements de Dieu et de l’Eglise, pour 1a sauvegarde de la famille chrétienne et la conservation de toute tradition saine qui y est reliée.
Le problème exposé au Congrès du Caire n’est pas en premier lieu celui du nombre et de l’explosion démographique mais il est d’abord plutôt celui du développement et de l’équité dans la distribution des biens entre, tous les peuples du monde et surtout entre les pays pauvres et riches.

4- CONCLUSION
Il nous est agréable d’adresser, enfin, dans notre communiqué final-ci, un salut d’amour et de solidarité à nos fidèles dans tous les lieux où ils se trouvent. Ils sont l’objet de notre préoccupation et de notre amour pastoral dans toutes ces réunions dont l’objectif est de consolider leur présence remarquable et efficace, chacun dans son pays, sa société et son Eglise, afin qu’ils soient ensemble pareils au levain dans la pâte. Nombreux sont nos problèmes et nos difficultés. Nous voulons, cependant, appeler nos fils à raffermir notre espoir stable dans le Christ vivant qui accompagne notre marche et nous révèle le sens de notre existence.
Notre appel s’adresse à chaque chrétien et chrétienne dans nos pays bien-aimés afin qu’ils soient à la hauteur des défis actuels, revêtus de la foi, de l’espérance et de la charité ainsi que du désir de la rencontre, de 1a collaboration et du travai1 constructif, à partir de la foi vivante dans le Seigneur Jésus, de l’appartenance sincère à leurs Eglises et de l’engagement véritable au sein de leurs sociétés.