Communiqué Final du VIIIe Congrès du Conseil des Patriarches Catholiques d'Orient
Amman, octobre 1998

1. Introduction

Le Conseil des Patriarches Catholiques d'Orient a tenu son 8ème Congrès à Amman (Jordanie) du 11 au 16 octobre 1998. Sa Béatitude Mgr Michel Sabbah, Patriarche Latin de Jérusalem leur a offert l'hospitalité.
Ont participé à ce congrès leurs Béatitudes
- Mgr Stéphanos II Ghattas, Patriarche de l'Alexandrie et de toute la Prédication de St. Marc, pour les Coptes Catholiques.
- Son Eminence Cardinal Mar. Nasrallah Boutros Sfeir, Patriarche d'Antioche et de tout l'Orient pour les Maronites.
- Mar. Rouphaïl I Bidawid, Patriarche de Babylone des Chaldéens.
- Mgr Youhanna Boutros XVIII Kasparian, Patriarche de Cilicie pour les Arméniens Catholiques.
- Mgr Youhanna Haddad, Métropolite de Tyr (Liban) a représenté Mgr Maximos V Hakim, Patriarche d'Antioche, de tout l'Orient, d'Alexandrie et de Jérusalem pour les Grecs Melkites Catholiques.
- Mgr Ignace Antoun II, Patriarche d'Antioche pour les Syriens Catholiques a été empêché d'assister au Congrès, étant pris par un synode électoral.
- Aux deux derniers jours, son Excellence Mgr Mar. Grégoire Boutros Abdel Ahad, Vicaire Patriarcal pour les Syriens Catholiques à Jérusalem et en Jordanie, s'est joint aux congressistes pour représenter Sa Béatitude Mar. Ignace Moussa I Daoud, nouvellement élu Patriarche des Syriens Catholiques.

2. Ouverture du Congrès
Le Congrès fut ouvert dans la soirée du Dimanche, 11 octobre 1998 en l'Eglise de la Maison de la Visitation. Ont participé à la prière, au côté de leurs Béatitudes les Pères Patriarches, le chargé d'affaires de la Nonciature Apostolique Mgr Dominique Rizo, les Evêques Catholiques, les chefs d'Eglises à Amman, certains membres du corps diplomatique accrédités à Amman, le Secrétaire Général du Conseil des Eglise du Moyen Orient et un certain nombre de prêtres, de religieux, de religieuses et de fidèles laïcs.
La cérémonie a débuté à 16h 30, par des prières, des cantiques et la lecture d'un passage de l'Ecriture Sainte. Ensuite sa Béatitude le Patriarche Michel Sabbah a pris la parole pour souhaiter la bienvenue à leurs Béatitudes les Patriarches et aux autres personnes présentes. Il les a invités à méditer les versets de l'Ecriture Sainte qu'on venait de lire, insistant sur trois idées: la vie, l'unité et la paix. Puis il a invoqué le sujet de la ville Sainte, objet de délibération dans le Congrès: il a dit qu'elle est une ville Sainte pour toutes les religions, et par conséquent, il faut qu'elle soit une ville de paix et de réconciliation avec Dieu, et entre les hommes.
Puis Mgr Dominique Rizo a lu le mot de Mgr le Nonce Apostolique dans lequel il exprime la solidarité de toute l'Eglise Catholique avec les congressistes. La cérémonie d'ouverture a été suivie par une réception sur le parvis de l'Eglise.

3. Les visites officielles
Notre Congrès s'est tenu en Jordanie, terre d'accueil et pays de stabilité et de paix. Son Altesse Royale le Prince Hassan, héritier du trône et Vice-Roi de sa Majesté, a reçu les Patriarches Catholiques d'Orient. Au cours du déjeuner offert en leur honneur par Son Altesse Royale, celui-ci a invité à poursuive les contacts et les rencontres qui visent à approfondir l'identité historique et culturelle qui unit musulmans et chrétiens et à tenir au juste milieu et à la modération. Leurs Béatitudes ont souhaité une prompte guérison à Sa Majesté le Roi Hussein Ben Talal, afin qu'il revienne en son pays parmi ses proches parfaitement remis et en bonne santé, pour diriger les affaires de son royaume avec ce qu'on lui connaît de sagesse, de courage et de prévenance.
Comme son Excellence Dr Nasser Eddine al Assad, président de l'Institution de “Ahl-al-Beit” a invité leurs Béatitudes, à un déjeuner, à l'occasion de leur Congrès. Participaient à ce déjeuner son Excellence Dr Fayez al-Taraouni, Premier Ministre, Dr Jawad al-Anani, Président de la cour royale et un certain nombre de ministres. La conversation se deroula sur la convivialité entre musulmans et chrétiens en Jordanie, et sur les dialogue islamo-chrétien en cours, sous l'impulsion de son Altesse Royale le Prince Hassan.

4. Le sujet du Congrès
Les gens sont aujourd'hui tendus vers un événement que nous voudrions qu'il soit plus qu'un simple souvenir, c'est le bi-millénaire de la naissance de Notre Dieu, Notre Seigneur et Sauveur, Jésus-Christ et le début du troisième millénaire que tous souhaitent être une époque de bien, de progrès et de prospérité, et dans lequel domineront la justice, la paix, la fraternité et la solidarité entre les gens, les groupements humains et les pays.
Pour être dans la ligne de cet événement, nous avons étudié la possibilité de tenir un Congrès des Patriarches et Evêques Catholiques du Moyen-Orient, en Mai prochain 1999, au Liban. Son objectif est d'approfondir le témoignage des Eglises Catholiques au seuil du troisième millénaire de la naissance du Sauveur. Pour cela, nous avons établi un avant-projet d'activités; celui-ci a été distribué à toutes nos Eglises. Nous demandons à tous nos fils de l'étudier avec le sérieux qui convient et qu'ils nous communiquent ce qu'ils jugeront nécessaire et utile pour la réussite de ce Congrès. Nous espérons que cet événement, unique et premier du genre, soit pour nous tous un sujet de méditation, et de prise de conscience de la responsabilité de chacun de nous, afin de répondre aux appels de l'Eglise, de nous conformer aux directives de Sa Sainteté le Pape Jean-Paul II pour une collaboration de notre part à édifier nos sociétés, à les stabiliser et à les faire prospérer.
C'est là une occasion de nous situer comme chrétiens, à la suite du vide causé à nos Eglise par l'éparpillement de nos fidèles à travers les pays du monde, au cours des dernières décennies; cela, afin de faire face aux défis modernes qui nous menacent tous: particuliers, peuples et Eglises, et d'arriver à plus d'enracinement et d'authenticité dans nos terres bénies, œuvrant à tracer clairement les traits de notre identité particulière et de notre haute mission, en collaboration avec nos sociétés arabes et avec le monde entier, sans faiblesse ni crainte; notre christianisme sera alors un signe d'éspérance et une source de vie pour tous.
Nous avons décidé que le jour de la fête de Noël prochain soit celui de la proclamation officielle de ce Congrès. Nous demandons à tous nos fils, prêtres et fidèles, d'intensifier leurs prières, leurs prédications et leurs cercles d'étude autour des sujets de ce Congrès, tout particulièrement durant le Carème, pour nous préparer comme il convient à cet événement, auquel sont attachés de grands espoirs.

5. Rapports
L'assemblée a écouté le rapport présenté par le père Farah Hijazine, représentant de la Jordanie dans le Comité Catholique de Catéchèse en Moyen-Orient. L'Assemblée a esprimé sa satisfaction pour le travail sérieux effectué par ce Comité. Puis, elle a examiné l'opportunité de former une “Commission pour le Laïc”. Cette Commission sup?érvisera l'apostolat des laïcs et son rôle à édifier l'Eglise et la société. Toutefois, on a remis l'étude de cette question pour la tenue du Congrès général des Patriarches et Evêques en Mai 1999. Puis les Pères-Patriarches ont pris connaissance du premier brouillon de la Vème lettre pastorale commune et qui aura pour sujet “Le Mouvement œcuménique”, en recommandant de mieux étudier cette lettre pastorale et en détails, avant de la publier.

6. Le Patriarcat d'Antioche pour les Syriens Catholiques
L'avant dernier jour du Congrès, MgrMar Grégoire Pierre Abdel Ahad, Vicaire patriarcal des Syriens Catholiques pour Jérusalems et la Jordanie, a porté une lettre envoyée par le Doyen du Synode et par le conseiller Patriarcal de l'Eglise Syrienne Catholique à l'adresse de l'Assemblée des Patriarches Catholiques d'Orient, les informant de l'élection de Mar Bassilios Moussa Daoud, Evêque de Homs (Syrie) au siège patriarcal de l'Eglise d'Antioche pour les Syriens Catholique. Nous supplions Dieu qu'il vienne en aide à notre frère le Patriarche élu, et qu'il l'assiste de son Esprit Saint, lequel le remplira de sagesse et de force dans l'administration des affaires de son Eglise, et contribuera avec l'Eglise universelle aux efforts déployés pour le service de notre Orient.

7. La question de Jérusalem
Le processus de la paix marque le pas, malgré les nombreux essais de le remettre en route. Nous souhaitons que les efforts actuellement déployés aboutissent à une paix juste et totale. Nous croyons que la paix de l'un est conditionnée par la paix de l'autre, et que la paix se fonde sur l'octroi à chacun son droit et que la paix ne peut être fondée sur la contrainte.
Les souffrances des palestiniens sont toujours nombreuses par suite de la violation des droits fondamentaux de l'homme, et le manque de liberté de laquelle sont privés les individus et les collectivités, et cela à cause de l'instabilité générale, suite à l'arrêt du processus de la paix.
Jérusalem est, pour nous, la ville de base; en elle a vécu notre-Seigneur Jésus-Christ, y a prêché, a opéré des miracles et souffert; il y est mort et ressuscité glorieux d'entre les morts. En elle, l'Esprit-Saint est descendu: et ce fut la naissance de toute l'Eglise dans le monde, et en premier, de nos Eglises d'Orient. Notre présence dans cette ville est sans arrêt depuis deux mille ans, sans nulle discontinuité jusqu'à ce jour.
Toutefois, nous considérons que Jérusalem est une ville Sainte pour toutes les trois religions qui croient en un Dieu vivant et unique, à savoir: le Judaïsme, le Christianisme et l'Islam. Dieu a voulu que cette ville soit un lieu de rencontre entre lui et l'humanité, et la ville de la réconciliation avec lui et entre les hommes.
Quant au principe de toute solution relative à Jérusalem, celle-ci doit être sur la base de la réalité existante: deux peuples et trois religions; et sur la base de l'égalité des citoyens dans tous les droits et devoirs, y compris la souveraineté; personne n'est supérieur à un autre, personne n'est soumis à un autre, et personne n'a besoin de la protection d'un autre. Mais tous sont égaux, les mêmes lois, les protègent tous, à égalité.
A cause de sa Sainteté particulière et unique, Jérusalem se distingue de toutes les autres villes du monde dans sa situation religieuse, humaine et politique. Elle ne peut aucunement ressembler à une autre ville ou capitale dans le monde. Aussi, est-il absolument nécéssaire d'arriver à lui trouver un statut particulier de gouvernement qui la situera au-dessus de toutes dissensions et en fera pour toujours, la ville de la paix et de la rencontre avec Dieu et entre les hommes. Quant au statut particulier il est élaboré et supervisé par les habitants de Jérusalem. Si la chose se réalise et se stabilise, à ce moment là, il est de toute nécessité que la famille humaine protège ce statut par des garanties qui en assuront la pérennité.
Ce que notre Eglise en Terre Sainte fait de plus beau, en ces années de préparation au 3eme millénaire de la naissance de Christ-Jésus, c'est le Synode pastoral c'est-à-dire, le cheminement de la foi en invitant les croyants en Dieu, à renouveler leur foi, les exhortant à faire évoluer et progresser leur vie spirituelle. Cela exige la prière afin de ranimer l'espérance dans les âmes et arriver à ce qui peut rénover les activités apostoliques dans les différentes paroisses.

8. L'Iraq
Voilà huit ans que le peuple d'Iraq endure les souffrances de la faim, de la maladie et de l'éparpillement; cet état empirera, aussi longtemp que l'ambargo reste imposé sur sa population, d'une manière qu'aucune conscience ne saurait ni justifier ni admettre. L'opinion mondiale a décelé ces derniers mois des intérêts et des intentions politiques et économiques qui œuvrent pour prolonger le temps du blocus sans tenir compte de la justice, de la dignité de l'être humain et de ses droits. Aussi demandons-nous à tous les hommes de bonne volonté, d'exercer des pressions sur ceux qui possèdent le pouvoir de décision afin de pousser à mettre fin au drame de ce peuple et à l'éparpillement ses familles et ses jeunes; que ce peuple jouisse enfin, comme les autres peuples de la famille humaine, de la stabilité et de la paix, qu'il édifie son entité et réalise son progrès et sa prospérité.

9. Le Liban
Il nous est agréable de voir le Liban œuvrer pour mettre en pratique l'Exhortation Apostolique: “Une espérance nouvelle pour le Liban”, et que la foi des libanais en Dieu, en particulier, celle des chrétiens parmi eux, se fortifie de jour en jour, et par suite augmente leur confiance en eux-même, alors qu'ils se préparent à accueillir le premier congrès des Patriarches et Evêques Catholiques au Moyen-Orient, lequel congrès se tiendra au Liban en Mai de l'an prochain (1999) en préparation au Grand Jubilé de l'an deux mille.
Et ce qui porte à l'espérance c'est que la situation générale va s'améliorer, avec l'élection d'un nouveau président de la République Libanaise. Les bonnes qualités dont jouit le nouveau président, l'aideront avec le concours de ses collaborateurs, à surmonter les nombreuses difficultés qui entraveront sa route; entre autres, le drame du Sud Liban et en particulier celui de Jezzine, la crise économique, le retour des déplacés à leurs villages et à leurs biens, la réalisation de la réconciliation nationale et l'unification des rangs de tous les citoyens autour de la patrie laquelle aspire à récupérer toutes ses prérogatives, afin qu'elle puisse poursuivre son rôle historique dans son environnement et dans le monde.

10. Conclusion
Alors, que nous nous préparons au Grand Jubilé de l'an 2000, nous supplions Dieu qu'il éclaire les consciences de tous pour le mieux connaître, afin d'atteindre le bien que nous voulons pour nos églises, pour nos pays et pour le monde. Nous le supplions de nous assister de son Esprit-Saint, Esprit de sagesse, d'intellige, et“Esprit de science et de crainte de Dieu” (Isaie 11/2)
Conseil des Patriarches Catholiques d'Orient
Amman, Le 16/10/1998