Ce document de «Thèmes de réflexions» est le deuxième document préliminaire émanant du Secrétariat Général du Conseil des Patriarches Catholiques d'Orient. Il est l'œuvre de la Commission de préparation du premier Congrès des Patriarches et Evêques Catholiques d'Orient.
Il expose les thèmes à traiter au cours de ce Congrès; ces thèmes sont le résumé des réponses au questionnaire contenu dans le document des «Axes fondamentaux» précédemment publié.
Le 1er mai 1998, alors que l'Assemblée des évêques se trouvait à Rome et y tenait un «Synode spécial pour l'Asie», le Secrétariat Général du Conseil des Patriarches Catholiques d'Orient avait distribué le document des «Axes fondamentaux» à tous les diocèses des Eglises catholiques orientales, aux Institutions religieuses orientales, à celles qui travaillent en Orient, à toutes les autres Eglises sœurs et à un certain nombre de dicastères romains, ceci en vue de préparer le Congrès qui sera tenu en mai 1999. Un mois après, le Secrétariat Général le réimprima, et l'Assemblée des Patriarches et Evêques Catholiques en fît une nouvelle édition en Iraq. Le clergé et les laïcs dans de nombreux diocèses et paroisses de tous les pays du Moyen-Orient se sont mis à étudier les paragraphes avec le sérieux qui convient. Ce document a été inséré dans l'ordre du jour des Synodes Patriarcaux dans les sept Eglises catholiques, et fut le thème de retraites spirituelles pour de nombreuses congrégations religieuses, le programme d'étude dans les centres de formation religieuse et le titre pour des cercles religieux et de réflexion dans les milieux universitaires, les institutions religieuses et les mouvements apostoliques.
Six mois après, le Secrétariat général a reçu environ 80 réponses individuelles et collectives, traitant l'ensemble des questions posées, et ce de la part des sept Eglises Catholiques orientales du Liban, de la Syrie, de l'Egypte, de la Jordanie, de la Palestine, de l'Iraq, de l'Iran, de l'Afrique du Nord et de certains dicastères romains. Cet empressement à étudier ce 1er document confirme, encore une fois, l'urgence des quatre critères pour lesquels le Conseil des Patriarches Catholiques d'Orient a décidé de tenir ce Congrès au seuil du troisième millénaire et à l'occasion du deuxième millénaire de l'Incarnation de notre Dieu et Seigneur Jésus-Christ, Verbe éternel de Dieu:
2. Nécessité de connaître et de prendre conscience ensemble de notre passé glorieux et douloureux à la fois, afin d'en tirer des leçons et de rectifier notre marche.
3. Nécessité de regarder ensemble l'état actuel de nos Eglises, afin de déterminer les problèmes communs aux Eglises orientales apostoliques et de leur fixer des principes et des plans de travail.
4. Nécessité de regarder ensemble l'avenir afin d'en avoir une vision commune qui guidera nos Eglises du 3ème millénaire et de déterminer les moyens de réaliser ces visions.
Ce document comprend une introduction, trois chapitres et une conclusion. Il met en lumière le passé des Eglises orientales Catholiques, tire des leçons de leur état présent et expose un plan de travail pour leur avenir. Ceci à travers trois axes: d'abord, la vocation de nos Eglises catholiques orientales, ensuite, les composantes de leur témoignage et enfin leur engagement œcuménique et social.
Le Livre «Thèmes de réflexion» constitue le programme des travaux du Congrès. Sur ces thèmes vont se baser les interventions de ceux qui prendront la parole au cours des assemblées générales du Congrès. Aussi, pour faciliter l'indication des références aux paragraphes, le Comité a eu soin de les numéroter.
Avec ce qu'il contient de propositions et de solutions, ce livre n'est qu'un document préparatoire; il n'anticipe donc absolument pas, ni en aucun cas, sur ce que les congressistes soulèveront de difficultés et de problèmes, ni sur les réponses à y donner. Aussi, nous prions tous les congressistes et invités, de bien lire les chapitres de ce livre et de préparer les interventions suivant les thèmes qui y sont désignés. Il serait plus efficace et meilleur, qu'il y ait une coordination, entre les Evêques d'une même Eglise, ou d'un même pays, pour choisir les interventions et de les distribuer entre eux, pour plus de généralisation et d'efficacité.
Avec l'espoir de voir réunis, au seuil du troisième millénaire, les Apôtres du Fils incarné dans ce nouveau cénacle, par la grâce du Père et la lumière de l'Esprit, nous demanderons à la Sainte Trinité de faire de ce Congrès une nouvelle Pentecôte, capable de renouveler la face de nos Eglises et de la terre.
Secrétaire Général
Introduction
1. De nos jours, les chrétiens aspirent, plus que jamais, à l'unité de leurs Eglises et des communautés dont ils se réclament. Après tant d'éloignement les uns des autres, de malentendus entre eux, après les conflits internes et les divisions qui, de siècle en siècle, et surtout durant le deuxième millénaire, se sont ajoutés et se sont aggravés, voici qu'ils se retrouvent venant de partout pour prier ensemble et solliciter du Père Céleste la grâce de parvenir à l'union parfaite: «comme Il la veut et par les moyens qu'Il veut». Que ce soit à l'échelle du monde entier ou d'une région du globe, ils se rencontrent pour examiner les questions de doctrine et d'exercice du ministère, qui entravent le chemin de leur unité en Jésus Christ. Aussi éprouvent-ils la force de l'Esprit Saint qui souffle en eux et les porte à œuvrer en commun pour satisfaire la demande de leur Seigneur Dieu, la nuit où Il s'est livré jusqu'à la mort pour eux:
«Que tous soient un.
Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi,
qu'eux aussi soient un en nous,
afin que le monde croie que tu m'as envoyé» (Jn 17, 21).
Et ils implorent du Seigneur qu'il leur accorde d'expier, au cours du 3ème millénaire, les péchés qu'ils ont commis contre l'unité, durant des siècles. Alors le monde sera témoin de leur retour à une unité parfaite dans la foi, l'espérance et la charité — tout comme c'était au temps des premiers apôtres.
Qu'un tel retour vienne à s'accomplir, ce serait, sans nul doute, le plus grand des miracles. Certes, «il surgira de faux christs, et des faux prophètes, qui produiront des signes et des prodiges considérables, capables d'abuser, si possible, même les élus» (Mt 24, 24). Mais l'amour est bien au-delà de leur portée, même il est leur contraire. Car seul Dieu est Amour; là où est l'amour, c'est là qu'est Dieu et nul autre que lui-même attirant à Lui toute personne, unissant entre elles toutes les créatures. Et qu'est l'Eglise sinon l'intrument et le signe de l'union des humains à Dieu et par là-même entre eux? Mais cela ne peut apparaître, ici-bas, qu'à travers une unité chrétienne visible. Rien n'est donc plus vital ni plus fondamental que de tendre à réaliser l'unité des Eglises. C'est en leur unité que s'accomplira leur entité et qu'elles donneront toute créance à leur mission. Ainsi le monde saura que le Christ est, en vérité, l'Envoyé de Dieu.
Toutefois, cette unité à laquelle nous aspirons ne signifie point de nous assimiler absolument les uns aux autres, de nous confondre jusqu'à la disparition de toute marque distinctive de l'individu ou du groupe. Ce serait tuer la vitalité propre à chacun, ainsi que la beauté de la diversité et de la complémentarité. Le danger en serait aussi grave que celui de la dislocation et de l'inimité. L'unité à laquelle tendent les Eglises émane de celle même de Dieu. Nul au monde n'a vu Dieu. Mais le Fils Unique qui est en lui nous a parlé de Lui (Cf. Jn 1, 18); Il nous a révélé que l'unicité en Dieu dépasse l'individualité, qu'Il est trine en ses personnes tout autant qu'Il est un en son Essence: Qui nie la parfaite unicité de Dieu en son essence, commet une hérésie; et qui néglige de confesser la Trinité, ne le connaît pas. C'est ainsi que le chrétien voue une égale considération à l'unicité et à la multiplicité.
La coopération en vue du témoignage
2. C'est dans ce cadre et dans les perspectives qu'il implique que s'inscrit le premier Congrès des Patriarches et Evêques des Eglises Catholiques du Moyen-Orient. Ce qu'ils cherchent c'est une entière coopération entre eux, mais aussi avec les autres Eglises, notamment les Eglises orientales, et aussi avec tous les croyants en Jésus-Christ, qui se trouvent dans cette région — afin que tous ensemble rendent témoignage de ce qui leur est confié par le Seigneur. Une incomparable fraternité réunit tous les chrétiens, du fait que leur confession de foi dans leur ensemble n'est autre, que le Credo de Nicée-Constantinople. Les chrétiens d'Orient réalisent de plus en plus la grandeur de cette fraternité qui remonte si loin dans le passé. Cette perception revêt chez les plus fervents une couleur affective, pour avoir découvert, dans leur commune histoire, mêlées, aux pages glorieuses, les douloureuses tribulations. A quoi s'ajoute la profonde souffrance, qu'ils ressentent au constat de la continuelle diminution du nombre des chrétiens, due à plusieurs facteurs dont les plus avilissants, sont leurs divisions internes, au détriment de leur vie spirituelle et de leur commune mission. Leurs aspirations communes se résument en ceci: témoigner ensemble du Christ parmi leurs frères, fils de ce Moyen-Orient qui leur est si cher. Aussi sont-ils, avec eux, engagés dans la sauvegarde de la dignité de leur pays et dans la construction de sociétés humaines évoluées et fidèles aux valeurs de leur passé. Par leur Seigneur, Dieu fait homme, ils sont envoyés dans cette région où il a grandi et où il a révélé, dans la langue locale, le mystère de son Père Eternel. Et c'est sur cette même région qu'il a envoyé son Esprit afin que ses disciples partent, constitués en une Eglise, annoncer à l'humanité entière que la vie divine est venue parmi les hommes et qu'elle surabonde en eux.
A l'aube du troisième millénaire après sa naissance, quelle meilleure circonstance que celle-là, pour qu'ils se retrouvent et qu'ensemble se rapellent leur Maître, implorent son pardon et considèrent les moyens de consolider les liens de la foi et de l'amour, de l'histoire et de la culture, qu'ils ont avec Lui et entre eux. Certes, le Fils Unique de Dieu incarné dépasse infiniment les frontières humaines et géographiques - parce qu'il est l'homme parfait qui rassemble et unit en lui toutes les créatures au ciel et sur la terre. Il est ce fils de notre Orient, cet homme dans notre histoire.
Le Document «Thèmes de réflexion»
3. En convoquant les Evêques de leurs Eglises respectives à s'assembler, les Patriarches d'Orient traduisent le sentiment que le temps est venu pour engager leurs communautés dans la direction ainsi tracée. Leur appel a rencontré un écho favorable chez beaucoup de leurs ouailles. Témoigne le grand nombre de réponses parvenues au Secrétariat du Conseil des Patriarches Catholiques d'Orient, réponses aux questions qui figurent dans un premier document qu'une commission ad hoc avait préparé pour le Congrès. Ce document a été appelé «Axes fondamentaux» en raison du fait qu'il comprenait une série de thèmes que les auteurs avaient choisis en fonction de leur importance, de leur généralité, et en pensant qu'ils pouvaient servir de base à un travail collectif de réflexion. Les réponses aux questions relatives aux «Axes fondamentaux» ont apporté bien des modifications aux thèmes qui seront traités par les Patriarches et Evêques Catholiques d'Orient, au cours de leur premier congrès. Ces thèmes se divisent en trois chapitres.
4. Le premier chapitre renferme un bref aperçu théologique à la lumière duquel il va falloir considérer l'ensemble des problèmes, afin d'arriver à des solutions compatibles avec la foi catholique la plus authentique. Au centre de ces considérations, l'Eglise, en partant de son vécu actuel et de son histoire dans cette région du monde, s'interroge sur son essence et sa mission. L'Eglise Catholique, dès l'origine, est apostolique, et elle le demeure. En outre, l'un de ses caractères distinctifs les plus remarquables, c'est qu'elle est à la fois une et diverse, tout comme Dieu est Un en Son Essence et Trine en ses Personnes, et que le Christ est Un en sa Personne et deux en ses Natures. Dans le Christ, l'Eglise est une en son Esprit qui reçoit de Lui et qui réside en Elle. Elle est ce Corps mystique dont Il est la tête, dont les membres sont les fidèles qui la composent. Et c'est à travers leur unité parfaite en Lui qu'ils réalisent que la personne de chacun d'eux atteint sa plénitude. Tous les fidèles, individus et Eglises, sont appelés à vivre sincèrement cette «communion», à la concrétiser en toute sincérité, dans l'entraide et la coopération. Le renouveau auquel nous aspirons sans cesse, et plus particulièrement à l'occasion du Jubilé de l'an 2000, n'est autre que le retour à cette vérité, effectuée dans la prière, la réflexion et l'action.
5. Les thèmes du deuxième chapitre se développent autour des composantes du témoignage chrétien communes à nos Eglises catholiques et des fondements d'un plan de réalisation concrète de ce témoignage. Le texte commence par insister sur le fait que l'Eglise c'est la totalité du peuple de Dieu: religieux et laïcs, au même titre; et que tous les croyants sont responsables, dans la complémentarité de leurs rôles respectifs et divers, de la mission confiée par le Seigneur Dieu à ses apôtres et, après eux, à tous ceux qui croient en Lui. Il est question, ensuite, dans ce même chapitre, des trois sources auxquelles, comme il a été dit dans la plupart des réponses au questionnaire des «Axes fondamentaux», les chrétiens de notre Orient puisent habituellement leur nourriture spirituelle: à savoir la «Bible», Parole de Vie, la «Liturgie» et la «Voix de la Conscience». Ce texte nous expose ce que les réponses ont retenu et transmis de ce que les chrétiens vivent dans leurs paroisses, et ce qu'ils proposent pour améliorer l'état des choses et vivifier les initiatives. Dans le cours de ces propos apparaissent rapidement quelques données théologiques n'ayant d'autre but que d'aider à réfléchir sur les problèmes posés en les situant dans leur cadre évangélique, comme il se doit de procéder quand il s'agit d'un document de ce genre.
Les trois paragraphes suivants du second chapitre examinent la possibilité d'une «coordination entre nos Eglises Catholiques d'Orient» pour un témoignage commun; ils considèrent le regard de foi que cela implique et les moyens de la mise en œuvre que cela nécessite. Quant aux principes d'une telle entreprise, ce sont:
2°) que l'évêque porte non seulement le souci de son diocèse, mais aussi, avec tous les évêques et avec le premier parmi eux, l'Evêque de Rome, le souci de toute l'Eglise;
3°) que l'union des Eglises ne signifie pas la suppression de l'identité de chaque Eglise Patriarcale mais le respect de leurs identités propres et l'effort commun de soutenir le développement de chacune d'elles afin qu'à son tour elle apporte son entière contribution à édifier le Royaume de Dieu.
Se mettre à l'œuvre ensemble tout en respectant les spécificités de chaque Eglise, ne se produit pas tout seul et spontanément, mais implique une «formation» adéquate de toute personne appelée à s'en occuper. C'est pourquoi un paragraphe est consacré à présenter, dans ce sens, des propositions aux niveaux respectifs des instances que sont l'assemblée des chefs de d'Eglise dans chaque pays, le secrétariat général de chacune d'elle, les Pasteurs et agents pastoraux qui en dépendent.
Dans le cadre de cette même planification pour le travail en commun des Eglises Catholiques, fut envisagé le «sens de la communion avec toute l'Eglise Catholique» dans le monde, en la personne de l'Evêque de Rome et en coopération avec la Curie romaine afin de conforter la charité entre tous par une juste conception théologique de ce qu'est une Eglise Patriarcale Orientale. Ceci pourrait aider à un rapprochement plus fort entre tous les chrétiens. C'est dans une semblable perspective qu'on s'est posé des questions concernant la relation entre les évêques de la diaspora et leurs patriarcats d'origine.
6. Le troisième chapitre poursuit, autour de «l'engagement œcuménique et du service commun», son discours aux catholiques, aux autres Eglises, aux communautés chrétiennes et à tous les citoyens. Le texte traite d'abord de «l'engagement au service de l'œcuménisme» que les disciples du Christ considèrent parmi leur responsabilités première. Plusieurs parmi ceux qui ont fourni des réponses au questionnaire constatent le progrès continu du rapprochement entre les chrétiens de notre Orient; grands et petits se montrent mieux disposés, qu'on ne l'était naguère, envers des organismes cherchant à développer en eux le véritable sens œcuménique, bien que les consciences aient encore besoin de purification des séquelles du confessionalisme qui persistent enracinées dans les cœurs de tant de croyants. Plusieurs suggestions pratiques sont alors faites dans ce sens.
Le discours soulève ensuite la question de cette cellule fondamentale de la société et dans laquelle la personne humaine est initiée à l'amour universel, «la famille» qui ne cesse, dans notre monde oriental, de protéger notre jeunesse contre le danger de se laisser entraîner dans des courants pernicieux. Nous rappelant ce qui fait la gloire de la «famille chrétienne» à savoir qu'elle est une image vivante de la famille divine et de l'amour du Christ pour son Eglise, le texte ne manque pas, par ailleurs, de nous montrer l'état présent de la famille dans les milieux humains qui composent notre monde, et d'en déduire des propositions relatives à la responsabilité des parents dans l'éducation de leurs enfants, plus particulièrement au rôle de la mère dans ce domaine. Et si, en faisant la synthèse des réponses, on a tenu à ne pas séparer du thème de la famille, la question de la «femme» et les problèmes de la «jeunesse», mais à les y inscrire, ce n'est pas pour circonscrire dans le cadre domestique les droits de la femme et la place qui lui revient, ni pour comprimer les aspirations des jeunes et leurs espoirs, c'est afin de montrer l'importance de l'éducation en famille dans la préparation des jeunes — garçons et filles — aux épreuves de l'existence et au meilleur accomplissement de leur mission humaine et sociale.
Le sujet abordé ensuite concerne la question de la «participation à la vie nationale», en vertu du mystère de l'Incarnation: de même que le «Verbe» divin s'est fait homme, et qu'à l'exception du péché il a tout partagé avec les hommes, de même les chrétiens considèrent qu'ils sont concernés par tout ce qui regarde leur pays, voire la région du monde dont il fait partie. Ils souhaitent accomplir leurs devoirs en parfaite égalité avec leurs concitoyens. Ils se plaignent de contraintes, parfois sévères, qu'il subissent de la part de certains groupes, quand il leur arrive de réclamer cette «participation à parts égales» avec tous.
La réflexion s'achève par une revue de certains devoirs de tous les chrétiens: ils sont porteurs du message de «paix véritable», au monde entier. Il leur incombe de conjuger, le mieux possible, leurs efforts, avec les hommes de bonne volonté, pour l'instauration de la paix, d'une paix juste, respectant les «droits des personnes et des peuples». Parmi les moyens à utiliser pour rendre efficaces ces efforts —ce combat pour la paix — il y a, d'une part, la propagation de l'enseignement social de l'Eglise, en paroles et en actes, à commencer par nos propres institutions; et d'autre part, l'établissement d'un plan général d'exploitation des capacités matérielles et morales de l'Eglise, plan scientifique, transparent, qui s'appuie sur la compétence pour l'exercice de la responsabilité. Une telle réforme pourra témoigner de notre solidarité au service des enfants de l'Eglise, et de la société tout entière. Mais c'est en vain qu'on poserait la question de la paix si l'on continuait à ne pas y inclure la question de la «Ville Sainte, Jérusalem». Il est triste que Jérusalem, Bethléem, Nazareth, la Galilée et toute la Terre Sainte, qui aient vu le Prince de la Paix, ses sacrifices et le commencement de l'Eglise, soient devenues un champ de combats, de conflits sanglants et de douleur extrême!
7. Dans la conclusion, des prières sont élevées à l'intention du monde entier, pour le Moyen-Orient, et plus particulièrement pour tous les chrétiens qui ont aimé leur terre et y sont demeurés attachés malgré toutes les difficultés. L'intercession de la Vierge Marie, ce plus haut modèle du don le plus sublime, est demandée. A l'image de l'amour divin qui s'est répandu sur le monde, et à l'exemple de Marie «mère de l'Eglise» qui, pour notre salut, n'a pas retenu jalousement son fils bien-aimé, l'Eglise est invitée à tout sacrifier et à se livrer elle-même s'il le faut afin que «les hommes aient la vie et qu'ils l'aient surabondante» (Jn 10/10).
Que
l'on ait choisi ce verset de l'Evangile de Saint Jean comme thème
du Premier Congrès des Patriarches et Evêques Catholiques
d'Orient, ceci comporte plus d'une signification: d'un côté
et pour ceux qui ont cru à l'Incarnation du Fils de Dieu, c'est
la grande joie en ces jours bénits où le monde entier remémore
la naissance du Seigneur à Bethléem depuis 2000 ans; d'un
autre côté, c'est la responsabilité que portent nos
Eglises, de répandre la Bonne Nouvelle dans le monde, de la répandre
en particulier dans son contexte moyen oriental; et c'est enfin, notre
désir de chrétiens de cet Orient, que nous soyons à
jamais avec l'Eglise universelle qui s'est servie de ce même verset
pour couronner le document préparé à l'intention du
Synode Spécial pour l'Asie.
Chapitre
I
La
vocation de nos eglises catholiques orientales
Introduction: Notre Congrès au seuil du troisième millénaire
8. Au moment où le monde chrétien se prépare à célébrer le Jubilé de l'an 2000 de l'Incarnation du Fils de Dieu, les Patriaches et Evêques catholiques du Moyen-Orient tiendront leur premier congrès pour méditer sur ce grand événement salvifique, décidés de trouver les moyens de collaboration ecclésiale entre eux et de les promouvoir, par fidélité à leur mission pastorale dans cette région.
Les congressistes sont conscients que les nombreuses solennités qui accompagnent ce Jubilé, malgré l'esprit mondain qui les entoure parfois, ne doivent pas étouffer le sens biblique profond de cet événement. Celui-ci est avant tout un temps de vraie pénitence et de retour à soi, où ceux qui croient en Christ méditent, individuellement et en communauté, sur l'origine de leur vocation chrétienne et leur réponse à cette vocation.
Quant à nos Eglises orientales catholiques, le Jubilé de l'an 2000 est pour elles une étape spirituelle importante où pasteurs et fidèles recherchent la volonté particulière de Dieu sur chacun d'eux, «ici et maintenant», afin que notre présence sur cette partie de l'Orient, terre de l'Incarnation, ne soit pas une présence sociologique ou marginale mais une présence ecclésiale consciente et efficace. Afin que notre congrès produise les fruits spirituels espérés, nous devons méditer avant tout sur le mystère de l'Incarnation du Fils de Dieu, fondement de notre salut, et sur le mystère de l'Eglise appelée à poursuivre l'œuvre de salut. Si on veut que notre méditation soit ancrée dans le milieu auquel on appartient, force nous est de montrer la singularité de nos Eglises dans leur compréhension et leur expérience des mystères de l'Incarnation et de l'Eglise à travers leur témoignage séculaire en Orient, en y décelant les moments de force et de faiblesse et les défis qu'elles ont relevés.
Ces «Thèmes de réflexion» ne prétendent pas apporter de nouvelles idées sur ces principaux sujets. En effet, le but de notre congrès est moins de traiter des questions dogmatiques que de saisir l'occasion d'être ensemble pour trouver les moyens de collaboration ecclésiale entre nous. C'est pourquoi, le premier chapitre des «Thèmes de réflexion» se réduit à rappeler les fondements théologiques relatifs aux mystères de l'Incarnation et de l'Eglise. Car c'est de ces fondements que ressortira toute vision authentique de l'avenir et c'est à leur lumière que se dessineront les projets de réforme et de collaboration.
Nous rappelons enfin que ces «Thèmes de réflexion» se fondent essentiellement sur les cinq lettres pastorales que le Conseil des Patriarches Catholiques d'Orient a fait paraître entre 1991 et 1998. Ces Lettres ont entrepris une approche globale et profonde des questions relatives à notre présence chrétienne en Orient du point de vue du témoignage et de la mission, de la coexistence islamo-chrétienne, du mystère de l'Eglise et de l'engagement œcuménique.
I. Le mystère de l'Incarnation: Dieu est à la recherche de l'homme
9. Le Verbe de Dieu, en s'incarnant dans la plénitude du temps (Hb 1, 1-2), nous a révélé un nouveau mode dans la relation de Dieu avec l'homme. En effet, la recherche de Dieu et sa connaissance ne dépendent plus de l'initiative humaine, si grande fut la raison de l'homme et si sublime sa sagesse. C'est Dieu, en Jésus-Christ, qui cherche l'homme, se révèle à lui, devient homme comme lui, hormis le péché (Hb 4,15), le sauve par la Croix qui est «puissance de Dieu» (1 Co 1, 18), pour le conduire enfin au Père céleste, sa source et sa fin.
Le mystère de l'Incarnation est le début de l'initiative salvifique de Dieu qui s'achève dans le mystère de la rédemption, mort et résurrection du Christ, et dans le don de l'Esprit-Saint aux disciples. Les germes de la mort et de la résurrection sont déjà présents dans le mystère de l'Incarnation, comme le montre, en symbole, l'icône byzantine de la Nativité.
Le mystère de l'Incarnation agit dans la vie de l'homme comme l'exprime admirablement St Athanase d'Alexandrie (+373) en affirmant: «Dieu s'est incarné pour diviniser l'homme». La théorie de la divinisation, étant comprise de façon correcte, ne signifie pas la fuite de l'homme devant ses responsabilités quotidiennes ou devant la réalité historique pour s'anéantir en Dieu. La divinisation donne à la nature de l'homme un élan divin considérable qui aide ce dernier à se dépasser sans cesse et à maîtriser les forces du mal qui se trouvent en lui et qui l'empêchent de restaurer l'image de Dieu abîmée par le péché.
II.
L'Incarnation, mystère de communion entre l'éternité
de Dieu et le temps de l'homme
10.
En s'incarnant, le Verbe éternel de Dieu s'introduit dans l'histoire
des hommes, sanctifiant le temps en y mettant les germes de l'éternité.
En s'incarnant, Il a révélé aussi à l'homme
que le temps où il vit et l'éternité à laquelle
il tend, sont si intimement liés que l'un n'a pas de sens sans l'autre.
Par l'Incarnation, le temps et l'éternité deviennent les
deux volets d'un projet salvifique unique qui atteint son objectif ultime
quand l'homme restaure en lui l'image de Dieu dans toute sa splendeur.
L'Eglise vit ce lien mystérieux entre l'éternité et le temps, d'une part, à travers la célébration des sacrements — notamment la Sainte Liturgie — quand la communauté eucharistique attend la seconde venue du Christ, et d'autre part, à travers la spiritualité de la vie monastique. Ce lien peut être aussi signifié, même de loin, par le «travail de Marthe» et l'«écoute de Marie» (Lc 10, 38-42).
Ce lien a des incidences pratiques sur la vie du fidèle. Par l'Incarnation, ce dernier prend conscience qu'il est appelé à témoigner de sa foi dans un lieu et un temps déterminés, et par conséquent, qu'il ne lui est pas permis de se dérober de témoigner dans le milieu où il est né et auquel il appartient. Qui croit au mystère de l'Incarnation s'engage à témoigner dans la société telle qu'elle est – non pas comme il se la représente ou comme elle devrait être – afin de l'élever à Dieu.
Cependant, la vie terrestre de l'homme n'acquiert son sens plénier que si elle est rattachée à la dimension eschatologique. Celle-ci constitue la base de la foi des Chrétiens par laquelle on vérifie la nature de notre engagement chrétien, sa profondeur et sa constance. Chaque fois qu'on vit notre foi comme si nous étions seulement les citoyens de la terre et non pas aussi les citoyens du Royaume, on vide cette foi de son contenu et de la sève évangélique qui la vivifie. C'est ainsi que notre appartenance à l'Eglise devient une question culturelle, sociologique ou purement idéologique, n'étant pas de nature à nous porter au témoignage authentique pour les valeurs de l'évangile dans le monde d'aujourd'hui, un témoignage qui conduit parfois au martyre, comme l'ont fait nos Pères dans la foi.
Mais si nous centrons notre foi en Jésus-Christ sur la dimension eschatologique au détriment des exigences du temps, on craint de transformer l'Eglise en une communauté spirituelle sans consistance humaine, comme s'il y avait un divorce entre elle et le monde où elle vit. L'Eglise est divino-humaine comme son fondateur qui, dans sa prière sacerdotale, a demandé au Père de garder ses disciples du mal et non pas de les enlever du monde (Jn 17, 15).
En méditant sur le mystère de l'Incarnation, le fidèle se fait une vision équilibrée et dynamique de sa relation avec Dieu et le monde. Selon cette vision, le fidèle apprend à relier le temps et l'éternité, les soucis de la terre et les biens du ciel, ce qui a été déjà réalisé dans la charte du Royaume (le déjà) et ce qui est en voie de l'être (le pas encore).
III. L'Eglise poursuit l'œuvre salvifique du Christ
11. L'initiative salvifique de Dieu, en Jésus-Christ, Verbe incarné, a atteint son apogée dans la mort et la résurrection du Christ, son ascension au ciel où il est «assis à la droite du Père» (Mc 16, 19). Cependant, le Christ, ressuscité d'entre les morts, a voulu, conformément au dessein de Dieu, que les effets de cette initiative se répandent dans le monde entier. C'est pourquoi il envoya ses onze disciples pour transmettre partout son enseignement en leur disant: «Tout pouvoir m'a été donné au ciel et sur la terre. Allez donc: de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, leur apprenant à garder tout ce que je vous ai prescrit. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin des temps» (Mt 28, 18-20).
Les Actes des Apôtres nous informent que l'évènement fondateur de l'Eglise missionnaire eut lieu le jour de la Pentecôte quand les disciples, tous réunis à Jérusalem dans un seul endroit, furent remplis de l'Esprit-Saint, devenant ainsi les témoins du Christ, «à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre» (Ac 1, 8, 12-14; 2, 1-4).
Il s'ensuit que l'Eglise, issue de Jérusalem, mère des Eglises, et répandue à Antioche – «où pour la première fois le nom de chrétiens fut donné aux disciples» (Ac 11, 26) – et dans plusieurs régions à l'intérieur et à l'extérieur de l'Empire romain, est à la fois le fruit de la résurrection et le don de l'Esprit-Saint. C'est le même Esprit qui distribue les dons à l'Eglise (1 Co 12, 4), qui la soutient dans sa marche jusqu'à la fin des temps, qui lui enseignera toutes choses et lui fera ressouvenir de tout ce que le Christ lui a dit (Jn 14, 26).
12. L'Eglise est dans sa nature une et unique à la fois. Les figures qui expriment le mystère de l'Eglise une dans sa relation avec le Christ sont multiples. La plus significative serait celle qu'on trouve dans les épîtres de Saint Paul où l'Apôtre compare plusieurs fois l'Eglise au corps qui a plusieurs membres, dont la tête est le Christ (Rm 12, 4-5; Col 1, 17-18; Co 12, 12, 27; Ep 4, 14-15). L'Eglise des premiers siècles a pris conscience qu'elle formait un seul Corps ayant le Christ pour Tête, si grande fut son expansion et si diverses furent les cultures des peuples qu'elle évangélisait. Cela l'a porté à témoigner de son unité, vécue comme une diversité-communion, à travers les Eglises locales reliées entre elles par l'unité dans la foi et les sacrements. Historiquement, ces Eglises étaient concentrées dans les villes et les capitales de l'Empire romain, telles que Rome, Constantinople, Alexandrie, Antioche et Jérusalem.
Chacune d'elles, en plus du fondement apostolique dont elle s'honorait, et de l'organisation patriarcale et synodale qu'elle pratiquait, était consciente que l'Eglise une, sainte, catholique et apostolique, mentionnée, dans le Credo de Nicée-Constantinople, subsistait en elle.
V. La Trinité, source et modèle de l'unité de l'Eglise
13. En plus du fondement christologique de l'unité de l'Eglise, selon la vision paulinienne, il y a un fondement trinitaire dont l'Eglise tire la source et le modèle de son unité.
En effet, le Christ nous a révélé, à travers sa vie et son enseignement, la Trinité de Dieu. Le Christ est le Fils unique éternel venu faire la volonté du Père qui l'a envoyé pour notre salut (Jn 5, 30). Quant à l'Esprit, il est le don du Père aux disciples par le Christ afin qu'il demeure avec eux jusqu'à la fin des temps (Jn 14, 16).
D'après le Nouveau Testament, il ressort que le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont dans une unité harmonieuse — malgré la distinction de leurs rôles — dont le but essentiel est le salut le l'homme et du monde. Dans la Trinité, le fidèle est appelé à contempler le mystère de l'unité de Dieu dans la diversité-communion.
Le drame de l'Eglise divisée est dû en grande partie à son incapacité de témoigner suffisamment au cours de son histoire de l'unité de ses membres selon le modèle trinitaire. De fait, au lieu de révéler la diversité-communion, l'Eglise a plutôt développé une diversité proche de la dispersion et de la désagrégation dont nous souffrons des conséquences négatives jusqu'à maintenant.
Parmi les causes qui ont contribué à la division de l'Eglise, il y a la tentative des hommes de réaliser l'unité — mystère de la diversité-communion — par l'unification, qui est une déformation de l'unité. De fait, l'unification ne se réalise, le plus souvent, qu'en sacrifiant les particularités légitimes des communautés ecclésiales et ne s'applique que par la contrainte et la domination d'un groupe sur l'autre. Quant aux tentatives d'unification, elles s'exerçaient par l'imposition de formules doctrinales et liturgiques uniques, ou par l'adoption de coutumes relatives à l'organisation de l'Eglise. Les promoteurs de cette politique, ecclésiastiques ou laïcs, pensaient que l'unification en question était une garantie nécessaire pour témoigner de l'unité de l'Eglise comme le Christ et les apôtres la veulent.
VI. L'identité de nos Eglises orientales catholiques
14. Ce qui distingue nos Eglises orientales catholiques dans cette région, c'est leur double identité ecclésiale. D'une part, elles sont orientales dans leurs racines et leur appartenance. De ce fait, elles se nourrissent du patrimoine apostolique, patristique, liturgique et spirituel, qu'elles ont en commun avec les Eglises-mères dont elles se sont séparées à des périodes différentes pour s'unir au Siège apostolique romain. D'autre part, elles sont catholiques. C'est qu'en se séparant de leurs Eglises-mères et en s'unissant à l'Eglise romaine, elles reconnurent que l'évêque de Rome, successeur de Pierre, est le premier des Apôtres et le chef visible de l'Eglise, une, sainte, catholique et apostolique (Credo de Nicée-Constantinople) qui subsiste dans l'Eglise romaine. Elles reconnurent également que l'unité visible de l'Eglise se réalisera quand le collège épiscopal est uni totalement à l'Evêque de Rome, qui en est la tête.
Les divisions auxquelles il a été fait allusion plus haut ont provoqué une profonde fissure dans les rangs des pasteurs et laïcs des Eglises orientales, entre partisans et opposants à l'union avec Rome. Les séquelles de cette fissure et ses conséquences néfastes sont encore, jusqu'à présent, visibles. Nous considérons comme une grâce de l'Esprit-Saint ce à quoi est parvenu la «Commission mixte internationale pour le dialogue officiel entre l'Eglise catholique et l'Eglise orthodoxe», connu sous le nom de Document de Balamand (1993). Conformément à ce document, il fut décidé de commun accord de rejeter l'uniatisme qui ne reconnaît comme chemin d'unité que l'intégration des chrétiens d'Orient à l'une des Eglises qui confesse l'autorité première de l'Evêque de Rome. Le document a considéré ce mouvement en désaccord avec la tradition commune des Eglises orthodoxes et catholiques.
Nous n'oublions pas que la charge de l'Evêque de Rome dans l'Eglise universelle est l'un des sujets les plus ardus dans le dialogue œcuménique actuel et le dernier mot n'a pas encore été dit à ce propos. Et le pape Jean-Paul II, lors de sa rencontre à Rome avec cinq patriarches catholiques d'Orient, le 29 septembre 1998, les a appelés, en tant que patriarches d'Eglises partageant avec l'Orthodoxie un patrimoine théologique, liturgique, spirituel et canonique, à rechercher avec lui les formes les plus aptes pour que le ministère de Pierre puisse réaliser un service de charité reconnu par tous.
Nous ignorons le destin de nos Eglises orientales catholiques dans la mouvance du dialogue œcuménique bilatéral que l'Eglise romaine entreprend directement avec les Eglises orientales, assyrien-ne, chalcédonienne et non-chalcédonienne. Cependant, ce qu'on peut retenir, à titre provisoire, de l'expérience historique de notre union avec Rome, c'est que notre double identité, orientale et catholique, donne à notre présence en Orient un dynamisme et une richesse inouïes si elle est comprise et vécue correctement. D'une part, notre appartenance naturelle au patrimoine de l'Orient chrétien nous enracine dans notre milieu chrétien et arabe, nous rapproche des soucis de notre société et constitue une garantie contre une fusion éventuelle dans le patrimoine du monde occidental. D'autre part, notre union à l'Eglise catholique enrichit notre présence d'une ouverture vitale à la tradition chrétienne occidentale, ancienne et contemporaine, qui préserve nos Eglises du danger d'autosatisfaction et de repli sur elles-mêmes. Les traditions ecclésiales, tant orientales qu'occidentales, sont en réalité la propriété de l'Eglise catholique dans l'acception universelle du terme, et par conséquent, nous ne pourrons les apprécier à leur juste valeur et en profiter convenablement sans reconnaître l'ecclésialité des Communautés qui en sont les dépositaires.
Nos Eglises ont chacune une histoire particulière concernant l'union avec Rome. Il est nécessaire que cette histoire soit examinée avec soin, de façon globale et objective,afin de mieux saisir les points positifs et négatifs qui jalonnent cette union.
15. Après avoir médité brièvement sur les mystères de l'Incarnation et de l'Eglise ainsi que sur l'identité de nos Eglises orientales catholiques, il convient en conclusion de ce chapitre de dégager quelques thèmes à partir desquels nos Eglises pourraient envisager le troisième millénaire de son témoignage chrétien dans cette région.
Nos Eglises, croyant fermement que le Christ, leur Tête, est l'«Alpha et l'Oméga, le Premier et le Dernier, le commencement et la fin» (Ap 22, 13; 21,6; 1,8; 2,8), sont conscientes que leur présence sur cette terre est un pèlerinage continuel sous le regard du Christ ressuscité, leur compagnon de route jusqu'à la fin des temps. Cela nous porte à faire ce pèlerinage dans la confiance des enfants et l'espérance des Justes malgré la lourdeur de nos fautes et notre marche défaillante.
Nos Eglises pèlerines sont appelées à rejeter toute mentalité passéiste qui les porte au culte de vénérables traditions des ancêtres sans se soucier de les actualiser pour les transmettre aux futures générations. Nos Eglises pèlerines sont appelées aussi à ne céder ni à l'angoisse ni à la peur de l'avenir malgré la gravité des défis que nous devons relever ensemble, comme l'émigration et la lutte pour l'égalité foncière entre les citoyens de cette région.
Nos Eglises croient que la présence du Christ déborde les frontières visibles de l'Eglise des baptisés et que le Christ œuvre mystérieusement dans l'homme, quelle que soit son appartenance. C'est pourquoi il nous faut libérer notre mentalité et notre mémoire collective des traces du confessionnalisme, du repli sur soi et de la conception étroite et restrictive de l'Orthodoxie et de la Catholicité. C'est à ce prix que nous entrons progressivement dans la logique de l'Eglise comme le Christ la veut. Celle-ci est essentiellement une mission de salut qui s'adresse à tous les souffrants de la terre afin qu'ils restaurent, par son intermédiaire, leur dignité humaine bafouée et leur liberté spoliée.
Nos Eglises croient que l'héritage du Royaume est préparé, comme l'affirme le Christ dans l'évangile selon St. Matthieu, à ceux qui le voient dans celui qui a faim et qui a soif, dans l'étranger et le démuni, dans le malade et le prisonnier (Mt 25, 31-46). C'est là où ces derniers se trouvent que réside l'Eglise du Christ.
Nos
Eglises ne doivent pas enfin se transformer, par l'effet de la peur, en
des forteresses refusant à ceux qui cherchent Dieu de profiter de
ses biens. Elles sont appelées à être des oasis de
rencontre entre les hommes de bonne volonté afin qu'on témoigne
ensemble de la «civilisation de l'amour».
Chapitre
II
Les
composantes du témoignage de nos Eglises
16. Ce congrès est pastoral, c'est-à-dire que le but du rassemblement des Patriarches et Evêques est avant tout la discussion autour de la relation mutuelle de leurs Eglises et le lien de celles-ci avec le monde de leur temps et de leur environnement. Le retour aux fondements théologiques sur lesquels se base la vision caractéristique de l'Eglise dans tous les domaines, intellectuels et pratiques, s'avérait nécessaire. C'est pourquoi, le premier chapitre a donné un aperçu rapide sur les «Thèmes de réflexion» et les principes de foi qui constituent le contenu essentiel de la vocation de nos Eglises catholiques orientales, hier et aujourd'hui. Ce qui est remarquable c'est que la synthèse de ces principes s'est effectuée à partir d'une méditation sur les faits de notre histoire, à la lumière de notre connaissance de Dieu et des ses enseignements. Ce n'est guère étonnant vu que, parmi les constantes d'une théologie chrétienne authentique, cette théologie se développe et s'approfondit en un va-et-vient entre la pensée abstraite et les événements de la vie privée et sociale des gens surtout celle par laquelle passe l'Eglise. Le centre de notre foi n'est-il pas la personne de Jésus de Nazareth, homme véritable qui a vécu dans une région bien connue de notre terre, dans une durée bien déterminée de notre temps, et qui s'est exprimé dans un langage précis, l'araméen, que nos ancêtres ont parlé? N'a-t-il pas été crucifié en dehors de l'enceinte de Jérusalem? L'événement de sa résurrection glorieuse n'est-il pas le socle sur lequel se dresse notre espérance? Et l'Eglise elle-même, ne continue-t-elle pas à découvrir son entité et sa mission, en se contemplant elle-même évoluant dans le cours du temps et de l'espace.
Ces «Thèmes de réflexions» poursuivent leur développement dans les deuxième et troisième chapitres, selon le même rythme, c'est-à-dire que leur point de départ est la réalité matérielle et spirituelle des fidèles, telle que décrite dans leurs réponses aux «Axes fondamentaux». Les «axes» ainsi que le questionnaire n'avaient pour objectif que de connaître cette réalité et que les pasteurs de l'Eglise se mettent à l'écoute de l'appel que l'Esprit Saint leur adresse à travers les fils de l'Eglise. Il semble qu'il est possible de classer les domaines de la réflexion en deux catégories. La première se confine à l'intérieur des questions qui regardent l'Eglise catholique en elle-même, et la seconde est ouverte aux relations de cette Eglise avec les autres chrétiens et concitoyens. Ce second chapitre poursuit sa marche en passant des individus aux groupes, selon les détails rapportés dans l'introduction: «la Bible» et la place qu'elle occupe aux yeux de notre peuple; le rôle de la «liturgie» dans la vie de nos communautés ecclésiales; «la voix de la conscience» face aux défis de la société contemporaine; l'importance de «la coordination entre nos Eglises et le rôle du Conseil des Patriarches et Evêques d'Orient»; «la formation» des pasteurs et des agents pastoraux; et enfin, la «possibilité d'approfondir le sens de la «communion» dans le cadre de l'Eglise Catholique universelle».
17. «Je suis venu pour que les hommes aient la vie et qu'ils l'aient surabondante» (Jn 10,10). Cette parole du Christ mène obligatoirement à méditer l'importance de la Bible, Parole de vie. En effet, le Christ, Parole de vie «en qui était la vie et la vie était la lumière des hommes...» (Jn 1,4) et en qui s'est parfaite la révélation du Dieu Très-haut, a réalisé sur notre terre orientale ce qu'Il avait proclamé dans son Evangile et qui a été préparé par les promesses des prophètes. Il «ordonna à ses apôtres de le prêcher à tous comme la source de toute vérité salutaire et de toute discipline morale, en leur communiquant les dons divins». C'est à travers cette foi solide que l'Eglise reçut le Livre Saint en ses deux testaments, l'Ancien et le Nouveau. Elle continue à le garder en toute fidélité le considérant comme la présence continue et efficace du Christ à ses côtés: «Il est là présent dans sa parole, car c'est lui qui parle tandis qu'on lit dans l'Eglise les saintes Ecritures». C'est pourquoi l'Eglise a toujours considéré les livres saints avec la vénération qu'elle accorde au Corps du Christ, et les liturgies orientales les entourent de beaucoup de respect, et de spéciale gravité, utilisant à cet effet différents rituels comme par exemple, embrasser le livre saint, allumer les bougies tout autour, encenser avant la lecture, etc.…
L'Eglise trouve de façon permanente dans la Bible soutien et vitalité, nourriture et source pure de vie spirituelle pour ses fils, comme le dit le concile Vatican II: «Dans les Livres saints, le Père qui est aux cieux s'avance de façon très aimante à la rencontre de ses fils, engage conversation avec eux». L'Eglise accueille le Livre saint comme étant vraiment la parole de Dieu (cf. 1 Th 2, 13); et elle l'annonce à l'humanité tout entière non seulement en tant que simple parole sur Dieu, mais parole proclamée par Dieu et en Sa présence (cf. 2 Co 2, 17). C'est ainsi que Paul lui-même s'est considéré porte-parole du Christ dans son évangélisation des corinthiens: «Nous sommes donc en ambassade pour le Christ; c'est comme si Dieu exhortait par nous» (2 Co 5,20). La Bible est puissance et sagesse de Dieu (1 Co 1, 24); elle porte la vérité que Dieu a voulu voir écrite pour notre salut en tant qu'enseignement stable, fidèle et infaillible: «Toute Ecriture est inspirée de Dieu et utile pour enseigner, réfuter, redresser, former à la justice: ainsi l'homme de Dieu se trouve-t-il accompli, équipé pour toute œuvre bonne» (2 Tm 3, 16-17). La Bible, et spécialement l'Evangile, est certainement la parole du salut (Act 13,26), de la grâce (Act 14,3) et de la justice par laquelle nous naissons à une vie nouvelle (Jcq 1,18; 1P 1,23). L'Eglise catholique a toujours considéré que la parole de Dieu, qui est devenue semblable à la parole humaine tout comme la Parole du Père éternel s'est fait semblable aux hommes, donne effectivement le salut et la grâce. Elle la présente aux fidèles à la table du Seigneur comme nourriture spirituelle. Voilà le vrai sens de l'unité entre la liturgie de la parole et la liturgie eucharistique dans la messe. Le repas qui nous est préparé par l'eucharistie est en même temps, la table de la parole de Dieu et celle du Corps du Christ.
Les croyants sont parfaitement conscients de l'importance de la Bible. Même si la majorité d'entre eux se contente d'entendre quelques textes de l'Ecriture durant les célébrations liturgiques, il reste que tous aiment la connaître et désirent en comprendre le sens. C'est pourquoi, ils demandent avec force à leurs pasteurs d'utiliser les divers moyens que nous présente le monde actuel pour la diffusion de la parole de Dieu et son explication. En tête de ces moyens, l'homélie durant la célébration liturgique, sur l'importance de laquelle la «Constitution dogmatique sur la Liturgie» insiste, la considérant comme le moyen le meilleur pour diffuser la Parole. C'est pourquoi, elle doit être minutieusement faite, avec le plus de fidélité possible afin que le peuple soit incité à l'accueillir pour ce qu'elle est réellement. Et pour que cette parole ne reste pas confinée aux lectures liturgiques, les croyants ont exprimé le désir que soient intensifiées les autres occasions pratiques de connaissance de l'Ecriture Sainte: la catéchèse dans les écoles et universités, les livres et les brochures et surtout les traductions arabes d'études de l'Ecriture Sainte, les moyens d'information audio-visuels et scripturaires et tous les moyens modernes de communication. En se basant sur leur expérience personnelle, la plupart donnent de l'importance aux veillées évangéliques, aux conférences et congrès pour la mise en exergue des textes bibliques parce que ces réunions ont un impact intéressant dans les paroisses et les communautés chrétiennes. Pour les croyants, la responsabilité de la diffusion de la Bible retombe sur les évêques, enseignant en matière de foi, et à qui est confiée la parole de Dieu. Ils leur demandent de préparer les prêtres et de les former durant leurs études dans les instituts de théologie afin qu'ils puissent expliquer la Parole (de Dieu) et la traduire en langage du temps.
Les fils des Eglises orientales ne méconnaissent pas la grande valeur de la lecture personnelle et constante des saintes Ecritures à laquelle le concile Vatican II nous incite fortement, «car ignorer les Ecritures, c'est ignorer le Christ». C'est pourquoi, ils attendent de l'Eglise qu'elle poursuive ses efforts pour assurer à tous ses fils, le texte intégral des Ecritures, accompagné d'explications suffisantes. Les croyants s'exerceront ainsi à une saine utilisation des livres divins par lesquels l'Esprit les désaltérera. Ils auront ainsi, en plus des autres actes de piété, un chemin de dialogue avec Dieu: «C'est à Lui que nous nous adressons quand nous prions; c'est Lui que nous écoutons quand nous lisons les oracles divins».
II. La liturgie, vie de la communauté chrétienne
18. «Au sommet de cette expérience orante se trouve l'Eucharistie, l'autre sommet indissolublement lié à la Parole, en tant que lieu dans lequel la Parole se fait chair et sang, expérience céleste où celle-ci redevient événement». Comme il a été dit au paragraphe précédent, Parole et Eucharistie, sont donc intimement liées. Mais en fait c'est toute la liturgie qui est le lieu privilégié de la proclamation de la Parole, bien que l'Eucharistie en soit le sommet comme elle l'est de toute la vie chrétienne. Toute la liturgie est participation au mystère de la personne du Christ, spécialement à Sa mort et à Sa résurrection — ce que la messe réalise par excellence.
«Dans l'expérience liturgique, le Christ Seigneur est la lumière qui illumine la route et dévoile la transparence du cosmos, tout comme dans l'Ecriture. Les événements du passé trouvent dans le Christ une signification et une plénitude, et le créé apparaît pour ce qu'il est: un ensemble de traits qui ne trouvent leur expression la plus complète, leur pleine destination que dans la Liturgie [...]. Dans ce contexte, la prière liturgique en Orient [une en la richesse d'un patrimoine commun malgré la diversité des rituels] montre une grande aptitude à engager la personne humaine dans sa totalité: le mystère est chanté dans la sublimité de son contenu, mais également dans la chaleur des sentiments qu'il suscite dans le cœur de l'humanité sauvée. Dans l'action sacrée, la corporéité est, elle aussi, appelée à la louange, et la beauté, qui est l'un des termes privilégiés en Orient pour exprimer la divine harmonie et le modèle de l'humanité transfigurée, se révèle partout dans les formes du sanctuaire, dans les sons, dans les couleurs, dans les lumières, dans les parfums [...]. Et la prière de l'Eglise tout entière devient ainsi déjà une participation à la liturgie céleste, anticipation de la béatitude finale».
La réalité décrite dans les réponses aux questions des «Axes fondamentaux» ne reflète pas une prise de conscience suffisante, de la part des fidèles, de leur participation aux célébrations liturgiques. Ceci est attribué, d'une part à une ignorance du sens de ces célébrations et, d'autre part, à la difficulté d'en saisir la portée. En effet, les rubriques et les symboles difficilement assimilables par l'homme d'aujourd'hui; la langue liturgique, désuète surtout par rapport aux jeunes, littéraire et par là, étrangère à l'âme des participants;... tout ceci rend parfois ardu aux fidèles de pénétrer au for interne du mystère pascal qui constitue le noyau de la liturgie. Ceci fait que, la plupart du temps, ils deviennent des assistants passifs qui ne comprennent de la célébration que sa dimension sociale surtout dans les baptêmes, mariages et funérailles, etc.
Devant ce fait, nos Eglises essaient de se renouveler liturgiquement par un retour, non seulement aux sources mais à la source des sources. Elles ne se contentent pas de traduire les textes anciens en langue véhiculaire, naturellement surtout en arabe, mais aussi elles les transforment et élaborent des textes et des rites nouveaux. Elle tente de trouver des expressions symboliques qui parlent aux hommes de nos jours, tout en s'efforçant d'expliquer le sens des anciens.
Tout ceci afin que la liturgie parvienne à son but. Elle est selon la traduction littéraire du mot, «l'action du peuple» ou «le service (assuré) par et pour le peuple». Elle signifie, dans la tradition chrétienne, que le peuple participe à l'œuvre de Dieu. Elle devient alors pour ce peuple source de vie. Elle est participation à l'action sacerdotale du Christ dans laquelle la prière chrétienne trouve son origine et où la foi se nourrit de l'enseignement de l'Eglise.
19. «Au fond de sa conscience, l'homme découvre la présence d'une loi qu'il ne s'est pas donné lui-même, mais à laquelle il est tenu d'obéir. Cette voix qui ne cesse de le presser, d'aimer et d'accomplir le bien et d'éviter le mal, au moment opportun, raisonne dans l'intimité de son cœur [...]. C'est une loi inscrite par Dieu au cœur de l'homme [...]. La conscience est le centre le plus secret de l'homme, le sanctuaire où il est seul avec Dieu et où sa voix se fait entendre».
Ce sanctuaire, tout en contenant quelque chose d'innée est sujet à éducation. «Son éducation est une tâche assidue qui dure toute la vie» et où les enseignements de l'Evangile jouent le rôle de la lanterne qui éclaire, oriente et fait croître les vertus. Cependant, cette conscience affronte dans le monde d'aujourd'hui de nombreuses pressions et se trouve sollicitée par de multiples appels qui constituent pour elle des sources de pervertissement et de dérèglement. Si l'homme se laisse en emporter, sa conscience meurt et ses mœurs se pervertissent. Et si les loups viennent toujours déguisés en agneaux, ces agneaux déguisés sont nombreux en notre temps. A titre d'exemple, l'appel à la sécularisation, sous prétexte du respect de la liberté de conscience et de croyance, la cohabitation et autres choses semblables. La liberté de conscience personnelle devient ainsi inconditionnée.
La démocratie dont «le meilleur est d'être le gouvernement de la majorité» et dont «le pire est qu'elle est tyrannie de la majorité», surtout par la pression exercée sur la conscience des autres, peut légaliser ce que la conscience chrétienne ne peut accepter, comme le vol, ou la permissivité, sous prétexte que la majorité les approuve.
Le progrès continu de la science à tous les niveaux, et surtout dans le domaine de la biologie et de la médecine, cache un danger. Des interventions immorales telles que l'avortement, le clonage et autres peuvent alors être exercés sans répression aucune.
Les lois qui en général consacrent dans leurs textes des questions contraires à la morale et à la conscience constituent ainsi une couverture et une justification pour ceux qui les accomplissent. Et l'on remarque en notre temps un accroissement net du nombre des nations qui légalisent l'avortement, l'homosexualité... Il est à craindre que ces nations n'augmentent et que les lois ne défigurent l'essence véritable de la nature humaine.
Ajoutons à cela, les pressions de la société de consommation sur la conscience des gens, société dans laquelle le gain matériel devient la seule référence pour légitimer une question ou l'interdire. Qu'on ne dise pas que la plupart de ces avertissements menacent l'Occident plus que notre région orientale. Avec la facilité de communication et les nombreux et divers moyens d'information, il n'y a plus de frontières séparant l'Orient et l'Occident; même les confins géographiques ou autres limites et normes ne peuvent plus empêcher la diffusion de telles ou telles idées. Le monde est devenu «un petit village».
De là l'importance du rôle prophétique de l'Eglise. Elle se doit d'éveiller les consciences et les exhorter. Le plus important dans cette éducation est d'assurer une formation qui permet de porter un jugement judicieux sur ce qui se passe autour d'elles et de choisir la position évangélique adéquate.
IV. La coordination entre nos Eglises Catholiques d'Orient
20. Parmi les sujets qui occupent la première place dans les réponses des fidèles aux questions des «Axes fondamentaux», c'est leur désir de constater une coordination sérieuse entre nos Eglises. Ils donnent à ce sujet une importance unique et le considèrent comme la première garantie pour être les témoins d'une authentique charité chrétienne. Ils présentent à l'appui de cette exigence des arguments théologiques et surtout, ils espèrent qu'elle se réalisera selon des plans efficaces et rapides. Ils insistent d'autant plus que l'initiative prise par les patriarches de fonder leur conseil supérieur les a beaucoup satisfaits et ils augurent le meilleur de la réunion de ce congrès.
Il n'y a pas de doute qu'une perspective de ce genre reflète une vision saine du mystère de l'Eglise et s'accorde avec la tradition commune aux Eglises Catholiques. Parmi les principes théologiques fondamentaux: l'évêque ne peut séparer le service de son diocèse du souci des autres Eglises, à commencer par celle de sa nation et de sa région. Vu son appartenance au «collège des évêques» qui a succédé au «collège des apôtres», il partage, avec les autres évêques, et avec le premier parmi eux, l'Evêque de Rome, le souci de toute l'Eglise une, sainte, catholique et apostolique. Cette responsabilité commune s'est traduite dès le premier siècle par la «synodalité». L'organisation s'est faite sur la base des départements civils et de la correspondance culturelle des fidèles. Et c'est ainsi que sont apparus les patriarcats. Le Patriarche, «père et chef» était élu par ses frères dans l'épiscopat.
A. Principes de la «Communion» entre les Eglises orientales
21. Quelle qu'ait été l'histoire de l'institution patriarcale, nous héritons en Orient d'une situation de fait qui nous demande de concilier deux principes de «Communion» entre les Eglises: d'une part, le respect de l'identité de chaque Eglise patriarcale, à savoir la reconnaissance de son ecclésialité authentique, telle qu'elle se manifeste dans sa propre tradition liturgique, théologique, spirituelle et canonique; d'autre part, la coresponsabilité «collégiale» qui appelle les patriarches et leurs synodes, dans les territoires qui leur sont communs, à se prononcer d'une même voix sur les problèmes qui engagent la foi chrétienne et à répondre ensemble aux besoins pastoraux qui ne peuvent pas et ne doivent pas être résolus par chaque patriarcat séparément.
Selon le premier principe, le Conseil des Patriarches Catholiques d'Orient n'est pas un superpatriarcat et ses congrès ne sont pas des synodes. De par sa nature, il est «signe et instrument de collégialité patriarcale» et c'est en tant que tel qu'il cherche à appliquer le second principe, lequel porte sur la coresponsabilité qui est impliquée dans la collégialité. «Coordonner l'activité pastorale des Eglises Catholiques» reste un but théorique si l'on ne met pas en œuvre des moyens efficaces pour l'atteindre. Les réponses aux questions des «Axes fondamentaux» sont unanimes: se mettre d'accord sur ces moyens est certainement l'objectif principal de ce Congrès.
B. Moyens de Coordination entre les Eglises Orientales
22. Plusieurs réponses aux «Axes fondamentaux» demandent que le document final du Congrès se distingue des lettres pastorales combien d'ailleurs nécessaires et utiles — en étant une charte fonctionnelle, un guide d'action pastorale qui motive les fidèles et leur propose des objectifs précis à réaliser. Mais, ici, une question se pose: comment trouver les moyens adéquats par lesquels pourra être coordonnée l'activité pastorale des Eglises Catholiques d'Orient?
Certains de ces moyens sont déjà demandés par le «Code des Canons des Eglises Orientales», et donc à mettre en œuvre. D'autres sont peut-être à inventer dans le même esprit de «Communion». De nombreuses propositions sont parvenues en réponse aux «Axes fondamentaux», pour affirmer que pour les nouveaux besoins, il nous faut des structures nouvelles. Cependant, le fond du problème est la conversion des mentalités:
23. «Le Conseil jouit de la personnalité morale». Dans l'état actuel, son secrétariat général «est composé d'un secrétaire général, des secrétaires des patriarches, des secrétaires adjoints et d'un responsable d'information». Les dix fonctions du secrétaire général sont décrites à l'article 15; celles des secrétaires des patriarches semblent êtres d'«informer continuellement les patriarches sur les différentes activités ou réunions concernant le Conseil»; mais sur les secrétaires adjoints, l'article 16 mentionne seulement leur existence, leur nomination et la durée de leur mandat. Or, «le Secrétariat général du CPCO est l'organisme exécutif immédiat et permanent du Conseil». Il est proposé que cet organisme dispose de potentialités efficaces afin que soit réalisé la coordination désirée.
Certains demandent au sujet de l'information s'il est possible d'élargir ses activités à l'édition, au matériel audio-visuel et à la diffusion, comme moyen de connaissance mutuelle entre les Eglises et de clarification de certains accords, mais aussi, de renforcement de leurs capacités techniques et celles de leurs correspondants. Ce partage est fondamental et pourrait s'affermir grâce à des rencontres, des sessions, des conférences, etc.
Le but final de tout cet effort est d'incarner visiblement la vocation de l'Eglise comme «Communion» qui se réalise par la coordination effective.
V.
La formation des pasteurs et des agents pastoraux à travailler ensemble
24.
Que les pasteurs et les agents pastoraux soient formés à
travailler ensemble est certainement un objectif prioritaire: il conditionne
en effet la réalisation de la plupart des objectifs de la coordination
entre les Eglises catholiques.
La formation des «pasteurs» concerne les ministères ordonnés: épiscopat, presbytérat et diaconat. Celle des «agents pastoraux» concerne la participation au travail pastoral de fidèles laïcs et de membres d'Instituts de vie consacrée apostolique. Evidemment, cette formation dépendra des besoins et sera tributaire des potentialités de chaque pays et de la région. Les besoins seront repérés, autant que possible, aux niveaux local et régional, par des spécialistes, pasteurs, théologiens, sociologues, etc. agissant à l'intérieur de structures constituées à cet effet.
Quant aux potentialités, elles sont généralement connues: les séminaires, les facultés de théologie, les instituts supérieurs, et les Centres de formation chrétienne. A ce sujet, il faudrait assurer aussi bien une catéchèse d'adultes que des programmes et des pédagogies qui forment des agents pastoraux, pour la catéchèse, la santé, l'éducation, le service social etc. Les instituts de vie consacrée apostolique sont directement concernés par cet effort. Le plus important est de former les pasteurs et agents pastoraux à «travailler ensemble», dans le respect de la spécification de la tradition de chaque Eglise.
Ce «travail ensemble» revêt des formes variables selon les fonctions concernées et selon les potentialités locales. Mais il est suggéré une ligne de solution qui, dès l'abord, semble possible et nécessaire. Elle concerne la formation théologique et pastorale des candidats au sacerdoce et au diaconat. Elle est prioritaire parce que les autres niveaux de formation en dépendent.
Au niveau régional, il est aussi suggéré que les responsables des facultés de théologie et des séminaires se consultent pour trouver les moyens de s'entraider, et de travailler par là à la connaissance mutuelle des riches traditions ecclésiales de nos Eglises.
En ce qui concerne la formation permanente, elle est demandée au niveau local des éparchies ou dans le cadre de secteurs pastoraux où plusieurs évêques sont appelés à coordonner leurs efforts. La formation permanente des prêtres et des diacres ne relève pas, en soi, d'institutions académiques, mais bien de «la charge pastorale des évêques».
Quant à la formation permanente des agents pastoraux, aux niveaux local et national, et son organisation seront le fruit d'une concertation entre les Evêques concernés, les Supérieurs et Supérieures des Instituts de vie consacrée et le Conseil épiscopal pour l'apostolat des laïcs.
Enfin, au niveau local, on pourrait envisager ce que l'Exhortation Apostolique post-synodale «Une espérance nouvelle pour le Liban» préconise pour la formation initiale en l'étendant à la formation permanente: «des temps communs de formation pour les candidats au sacerdoce» (et pour les prêtres), «les religieux, les religieuses et les laïcs». C'est en voulant être ensemble que l'on se forme à travailler ensemble.
VI.
L'approfondissement du sens de la communion avec toute l'Eglise Catholique
A.
La communion de foi avec l'Evêque de Rome et les relations avec les
dicastères de la Curie romaine
25.
Les réponses aux «Axes fondamentaux» sur cette
question sont unanimes à reconnaître que nos Eglises sont
en pleine communion de foi avec l'Evêque de l'Eglise de Rome, qui
est le signe, le garant et le serviteur de la foi reçue des Apôtres.
Les réponses se réjouissent aussi des relations fraternelles
qui se sont tissées entre le Saint Père et nos Patriarches.
Elles soulignent aussi combien nos Eglises sont l'objet de sa sollicitude
pastorale depuis des décennies. C'est enfin en vue de ce Congrès
que S.S. Jean-Paul II a reçu en audience particulière nos
sept Patriarches le 29 septembre 1998 pour rappeler que «en harmonie
avec la tradition transmise depuis les premiers siècles, les Eglises
patriarcales occupent une place unique dans la Communion catholique. Pensons
simplement au fait que, chez elles, l'instance supérieure, pour
toute affaire, y compris le droit d'élire les évêques
dans les limites du territoire patriarcal, est constitué par les
Patriarches avec leurs Synodes restant sauf le droit inaliénable
du Pontife romain d'intervenir dans tous les cas, ceux-ci étant
considérés individuellement».
Au sujet des relations avec les Dicastères de la Curie Romaine, les réponses souhaitent qu'elles soient de plus en plus positives, confiantes et sereines, non seulement pour des questions concernant certaines situations telles que le mode d'élection des patriarches et des évêques, le lien des diocèses de la diaspora avec l'Eglise Mère etc., mais aussi que le CPCO, dans le respect des relations particulières qui unissent chaque Patriarcat au Siège romain, soit la référence habituelle des fidèles de l'Orient pour tout litige possible et toute coordination entre nos Eglises. Nos chefs d'Eglise parleraient d'une même voix toutes les fois que la «communion» le demande. Ceci est d'autant plus nécessaire que plusieurs réponses jugent urgent de guérir d'abord les blessures profondes dont souffrent encore nos Eglises à cause de leurs querelles passées. Les dicastères romains joueraient le rôle premier qui leur revient de lien naturel de cette même «communion» avec le Siège de Rome et l'Eglise universelle dans toutes les questions qui demanderont concertation et collaboration entre toutes les Eglises.
B. Les relations avec les Eglises de la région et d'outre-mer
26. Puisque l'un des buts du présent Congrès est de réveiller nos Eglises à leur vocation et à leur mission, parce que en elles le Christ vient auprès des humains de notre région pour qu'ils aient la vie en abondance, tous les fidèles et les pasteurs sont appelés à lever leur regard au-delà de leurs horizons quotidiens: nos Eglises répondent-elles à leur mission, vont-elles en fait là où le Seigneur les envoie? Les réponses des fidèles à cette question dont le sens figure dans les «Axes fondamentaux» se résument comme suit: Pensons à ce que devient, ou peut devenir, l'Eglise dans nos régions et dans les zones périphériques du Moyen-Orient. La «Communion», «Koinonia», mystère de la Trinité Sainte qui est la source et le modèle du mystère de l'Eglise, se traduit par le partage et l'entraide entre les Eglises. Parmi ces Eglises, il s'en trouve celles qui ont un besoin tangible et vital d'être soutenues par les autres Eglises. D'autres Eglises ne souffrent pas d'un manque de prêtres et de jeunes prêts à répondre à cet appel. Certains demandent au secrétariat du CPCO de fournir aux participants à ce Congrès des informations précises de la situation générale en ce domaine.
Dans
les pays de la Diaspora, les besoins sont peut-être moins criants
mais les négliger aujourd'hui entraînera des conséquences
graves: au bout de la troisième génération, l'intégration
culturelle et religieuse dans les pays d'accueil sera consommée.
Il ne restera de «l'Eglise-mère» qu'un lien sentimental
d'appartenance ethnico-confessionnelle (un avatar du confessionnalisme
originel), mais sans relation vitale avec leur Eglise qui ne sera «mère»
que de nom. Ces fils et filles qui nous ont quitté nous aident parfois
matériellement ou culturellement, mais ils ont souvent besoin sans
tarder, de prêtres, de diacres, de religieux et de religieuses qui
les aideront à prier, à vivre et à témoigner,
dans d'autres Eglises et d'autres cultures, le Souffle du poumon oriental
de l'Eglise de Dieu.
Chapitre
III
Engagement
œcuménique et service commun
27. «Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie» (Jn 20,21). Le Christ n'a pas seulement adressé cette parole à ses disciples fils de l'Eglise Catholique mais aussi à tous ceux qui croiront en lui au long des siècles. Tous les chrétiens sont donc envoyés «ensemble» au monde à partir de leur région, portant la nouvelle du salut et invitant les nations à «la communion» avec Dieu.
Dieu a voulu que le troisième millénaire qui s'approche de nous abonde en grâces divines. Les prières s'élèvent de chaque maison croyante et de chaque Eglise quelle que soit leur appartenance communautaire chrétienne, afin qu'il leur soit donné de retourner, ensemble, à leur unique Dieu et Maître. Le chemin du retour est long et épineux car l'homme ne peut obtenir n'importe quel objet précieux que par la fatigue, la persévérance et l'engagement ferme et solide. «Le royaume des Cieux souffre violence, et des violents s'en emparent» (Mt 12,11). «L'engagement œcuménique» appartient au cœur même de la vie chrétienne et à ses conditions.
Si l'expression «engagement œcuménique» signifie l'ouverture de chaque Eglise et de chaque communauté chrétienne aux autres dans le monde entier, elle oriente de même la pensée vers l'ouverture de toutes les Eglises comme un ensemble, à tous les fils du globe terrestre. D'autant plus que l'unité des chrétiens jaillit de l'unité de la Trinité. Tout comme de l'unité de la Trinité coule en surabondance la vie divine et que le Fils sort du sein de son Père et que le Saint Esprit repose en notre Eglise pour notre salut, de même chaque fois que l'unité des chrétiens se consolide, leur élan pour «un service commun» de leur société et du monde entier augmente. Ce service a lui aussi ses conditions et ses dimensions.
28. «La participation des Hiérarques des Eglises qui ne sont pas encore en pleine Communion avec l'Eglise catholique» est prévue par le Droit, pour le genre de Congrès qui est l'objet des présents «Thèmes de réflexion». Dans le contexte ecclésiologique du Moyen-Orient, il est évident que les représentants des Eglises orthodoxes et orientales orthodoxes et des Eglises ou Communautés ecclésiales issues de la Réforme, sont plus que des observateurs, comme aux Synodes des évêques à Rome. Il sont concernés directement avec les Eglises catholiques par les problèmes du christianisme dans la région: «Nous serons chrétiens ensemble ou nous ne serons pas».
29. Les réponses aux questions posées par les «Axes fondamentaux» offrent un premier point de départ. On y constate, en général, des progrès du climat de confiance entre chrétiens et l'on souligne des initiatives positives, telles qu'un respect toujours plus grand des points de vue des autres Eglises, la participation à la Semaine de Prière pour l'Unité des Eglises et la coopération entre pasteurs de quelques paroisses. On remarque aussi quelques déficiences de sens œcuménique:
30. Devant les défis de la mondialisation et de la sécularisation, annoncer l'Evangile du salut et le témoigner, d'une seule voix et en agissant ensemble est devenu un but urgent. Il y a une spécifité de la vision commune à tous les baptisés au nom de la Trinité, sur les grandes questions actuelles, telles que les droits de l'homme, l'émigration et ses causes, le droit à la vie, la condition des femmes et des enfants, la citoyenneté dans des sociétés multi-religieuses etc.
De même pour certains problèmes pastoraux communs au plan local et régional. Par exemple: la pastorale des mariages mixtes, et pas seulement du point de vue canonique; les directives communes et claires sur la «communicatio in sacris»; la mise en pratique des orientations œcuméniques proposées dans le «Document de Balamand», enfin la coopération dans les activités culturelles et de service social.
Les Eglises Orientales retrouvent leur unité profonde grâce à la méditation de notre patrimoine commun dont témoignent les Pères et les Saints. L'objectif de cet approfondissement est de redécouvrir notre patrimoine commun, le connaître et le partager. Si nous lisons ensemble notre histoire, nous purifions la mémoire de nos Eglises et nous nous aiderons mutuellement à convertir au Christ nos mentalités.
Quant aux dialogues théologiques, indispensables pour retrouver la pleine «Communion» dans la foi, il est certain que nos Eglises sont solidaires des dialogues œcuméniques au niveau mondial. Cependant, il est au moins vrai que des dialogues au niveau régional conditionnent aussi ceux qui se tiennent au niveau universel. Cela vaudrait pour deux questions spécialement:
31. Pour approfondir leur Communion dans la charité, nos Eglises doivent travailler ensemble chaque fois que les besoins communs le demandent. Les réponses aux «Axes fondamentaux» soulignent deux domaines prioritaires de collaboration: dans le service pastoral et dans la formation œcuménique.
Ce même principe s'applique aux niveaux des diocèses et du pays où les évêques concernés sont informés de la situation œcuménique de leur région commune. Le travail «ensemble» pour l'unité est l'une des plus importantes responsabilités qui leur incombe. Certains ont exprimé leur satisfaction au cas où le prochain Congrès soit préparé en commun avec la participation de tous selon les formes et procédures en vigueur. Comme ce genre de congrès n'est pas de nature synodale, la «communicatio in Sacris» entre nos Eglises, n'est pas demandée. Il pourrait même être l'un des moyens qui ferait progresser vers l'unité dans la charité et le témoignage commun.
Il y a en fait, dans toutes les Eglises, un manque et un besoin commun de raviver le sens œcuménique, par la prière d'abord et les sacrifices personnels et collectifs, pour l'unité des chrétiens et la formation à l'action en ce domaine. Et cet effort ne pourra atteindre son but que si les enfants de l'Eglise se parent des fruits de l'Esprit Saint «charité, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres, douceur, maîtrise de soi» (Gal 5,22).
32. La famille en Orient continue à jouer un rôle fondamental dans la société. Elle en constitue le noyau et en elle se tissent les liens les plus solides entre les hommes. Ces limites dépassent le père, la mère et les enfants pour comprendre en son sens le plus large tout ce qui lient les parents par la consanguinité ou le mariage. Elle assure l'ambiance intime qui permet à l'individu de croître et de grandir, de se sentir sécurisé en paix. Là où une prière s'élève, la chaleur de la communication, le sentiment de l'appartenance se trouvent consolidés.
Dans la famille chrétienne, l'individu est élevé sur la base des normes humaines fondamentales, nécessaires à la société, comme l'amour et le sacrifice, le pardon, la solidarité et la compréhension, etc. Outre qu'elle est «une église familiale», en elle «naissent les nouveaux citoyens de la société humaine, qui par la grâce de l'Esprit Saint, en vue de perpétuer le Peuple de Dieu à travers les siècles, deviennent par le baptême enfants de Dieu». Les enfants apprennent par l'exemple de leurs parents les principes de la foi et leur pratique, et chaque personne s'ouvre à sa vocation chrétienne.
«La famille est une école de l'amour et le premier lieu d'un témoignage chrétien et missionnaire, par l'exemple autant que par la parole. Le mystère d'amour qui lie l'homme à la femme est le reflet de l'union entre le Christ et son Eglise (Cf. Ep. 5,32)».
Cependant la situation de la famille n'est pas toujours qualifiée par l'exemplarité décrite plus haut, car les dangers qui menacent la destructuration de la famille sont divers et nombreux. Nous citons parmi les plus importants:
Le divorce auquel nos fidèles recourent de plus en plus comme la solution la plus simple aux crises qui surgissent dans les familles;
La permissivité propagée à travers les mass-médias et autres moyens de communication qui défigurent le caractère sacré de la vie sexuelle et crée des idées libérales qui incitent souvent à la recherche du plaisir égoïste en dehors de l'amour.
L'absence de rencontre et de saine communication si nécessaires à l'épanouissement de toute relation; tandis que dominent l'individualisme et l'égoïsme.
L'ensemble de ce qui est rapporté dans ce paragraphe sur la famille constitue la matière de nombreuses réponses aux questions des «Axes fondamentaux» qui se rapportent à ce sujet.
A. Le rôle de la femme en Orient
33. La femme en général et la femme orientale spécialement est le pilier de la famille, principalement, par la maternité et l'éducation. De plus c'est elle qui, par sa présence, assure l'ambiance familiale; c'est elle qui est le point de rassemblement du mari et des enfants. En outre l'héroïsme dont elle fait preuve avec conviction et audace, surtout en l'absence de son mari, suscite à son égard un profond respect.
Cependant, ses droits principaux ne sont pas encore suffisamment respectés; «Il en est ainsi lorsque la femme est frustrée de la faculté de choisir librement son époux ou d'élire son état de vie ou d'accéder à une éducation et une culture semblables à celles que l'on reconnaît à l'homme». D'autant plus que «dans la majorité des pays d'Orient, la loi continue à être injuste à l'égard de la femme, par exemple, dans les dispositions relatives aux «crimes dits d'honneur», à la violence sexuelle (la prostitution) dégradante pour la dignité de la femme, à l'héritage, à l'éducation, etc.». Par ailleurs, elle trouve de grandes difficultés à s'intégrer dans le cadre professionnel et politique parce que la société orientale, aussi bien chrétienne que musulmane, demeure même en son subconscient, de type masculin.
Devant cette réalité, l'Eglise doit jouer un rôle prophétique, en reconnaissant, «l'égalité des droits entre l'homme et la femme, fondée sur la création de tout être humain à l'image de Dieu». Et cette égalité, en dépit des différences entre la nature de l'homme et de la femme, les habilite à vivre la richesse de la complémentarité. Il est nécessaire que l'Eglise clarifie la position de Saint Paul à l'égard de la femme afin qu'elle ne soit pas mal comprise et que l'homme n'en prenne prétexte pour dominer la femme.
Le pape Jean-Paul II a magnifié «le génie de la femme» indiquant sa disponibilité à se sacrifier par amour des plus petits et des faibles, ce qui nous incite à activer son rôle dans les activités pastorales et dans la société sans oublier sa maternité.
Une note finale: rares sont ceux qui dans leurs réponses font allusion à un certain progrès dans la démarche pour la libération de la femme dans nos milieux.
B. La Jeunesse: désirs, aspirations et dangers imminents
34. La jeunesse constitue probablement la plus importante cible visée par le titre de ce congrès: «Je suis venu pour qu'ils aient la vie et qu'ils l'aient en abondance» (Jn 10,10). «L'avenir du monde et de l'Eglise appartient aux jeunes générations qui, nées au cours de ce siècle, arriveront à leur maturité au cours du prochain, le premier du nouveau millénaire [...] S'ils savent suivre le chemin qu'Il leur montre, ils auront la joie d'apporter leur contribution à sa présence dans le prochain siècle et dans les siècles suivants, jusqu'à la consommation des temps».
La jeunesse forme généralement dans les sociétés et spécialement en Orient une force de vie sur laquelle se fondent tous les espoirs. Elle jouit de potentialités qui, si elles sont investies comme il le faut, peuvent constituer une force unique de changement. La vitalité caractérise cet âge. Preuve en est, leurs activités dans les groupes et mouvements spirituels et apostoliques. Assoifés d'absolu et d'idéal dans tous les domaines aussi bien moralement que spirituellement, nos jeunes se heurtent souvent à une réalité douloureuse qui n'est pas à la hauteur de leurs aspirations et qu'ils subissent. Ils regrettent l'absence de personnes qui les comprennent et orientent leur énergie à l'intérieur même de l'Eglise.
Face à cette réalité et en quête d'un avenir meilleur, notre jeunesse se tourne vers l'Occident à la recherche d'idées, de philosophies, d'idéologies et de nouveaux idéaux qui étancheraient tant soit peu sa soif ardente. Elle risque facilement de devenir la proie de telle ou telle secte importée parce qu'elle n'est pas assez consciente de toutes ses implications.
L'Eglise connaît ses responsabilités à l'égard des jeunes: «Les communautés chrétiennes sont donc invitées à les intégrer davantage dans toutes leurs activités, pour qu'ils soient des acteurs de la «nouvelle évangélisation», des semeurs de la Parole auprès d'autres jeunes apportant leur dynamisme particulier en vue du renouveau ecclésial. De même, ils sont appelés à être des partenaires à part entière dans l'édification de la société. Pour cela, il convient de leur donner une formation intellectuelle et spirituelle solide, qui réponde ainsi à leur soif d'absolu et de vérité. Là où ils s'engagent, ils doivent pouvoir trouver l'accompagnement spirituel dont ils ont besoin».
Remarquons pour terminer que les réponses aux questions des «Axes fondamentaux» ont accordé une place prépondérante à la jeunesse. Elles demandent aux responsables de faire confiance à leur dynamisme, sincérité et capacité, et de les impliquer dans tout projet ecclésial présent ou à venir.
III. La participation à la citoyenneté
35. Les chrétiens se trouvent sur cette partie de la terre avec des frères différents par la religion et la croyance, en majorité musulmans, et en quantité plus réduite juifs. «Ensemble nous partageons un même patrimoine de civilisation auquel nous puisons ensemble. Chacun d'entre nous a participé à le constituer à partir de son propre génie». Il s'en est suivi un dialogue quotidien et académique qui a créé «une parenté de civilisation» qui «nous rend responsables» «ensemble» les uns des autres devant Dieu et devant la patrie. Nous sommes obligatoirement conduits à «nous considérer les uns les autres dans un esprit d'ouverture [objective] et de véritable connaissance mutuelle [... et de] relations fondées sur la citoyenneté véritable et l'amitié», ainsi que sur une concordance d'opinion concernant des valeurs communes et une même vision humaniste des choses. Nous pourrions alors dépasser les barrières et les obstacles politiques, sociaux ou autres qui rendent parfois le dialogue pénible et difficile.
Les chrétiens d'Orient désirent ardemment parvenir à une communauté de vie fraternelle avec tous les citoyens. Selon certaines réponses, ce désir serait encore loin d'être exaucé. D'autres, plus nombreux, pensent que les siècles passés ont prouvé que la coopération et l'entente sont possibles dans le monde arabe. Tous cependant souhaitent une «participation» complète et à égalité de responsabilité et de droit avec tous les citoyens d'une même patrie. Et parmi les conditions d'une véritable «participation», accepter l'autre dans toute sa différence, lui rendre justice et l'aider à jouir des valeurs humaines, en premier lieu, de la liberté.
Et la «participation» est totale ou n'est pas car la «participation» inégale signifie domination d'un partenaire sur l'autre. Seule la «participation» à parts égales peut perdurer et porter des fruits, de confiance et de paix entre tous. Aussi l'Eglise doit-elle être le témoin premier et l'agent persévérant de la justice et de la paix.
36. Nombreux sont les pays qui lancent des slogans sur la liberté, l'égalité, la dignité et le développement. Ces slogans restent vides de sens parce que les droits fondamentaux de la personne humaine, contenus dans la Charte des Nations-Unies, depuis cinquante ans, sont violés dans plus d'un pays. Il n'est donc pas étonnant que la plupart de ceux qui ont répondu aux questions des «Axes fondamentaux» aspirent à une société meilleure dans laquelle règne la liberté et où les droits de toute personne humaine sont respectés. Ils considèrent aussi que le rôle de l'Eglise dans ce domaine est très grand car elle croit que l'homme, originellement à l'image de Dieu et à sa ressemblance, a été élevé par l'incarnation de Jésus-Christ, Fils unique de Dieu, au niveau de la divinité. Personne en conséquence ne peut priver un homme de sa dignité. Tout au long de l'histoire, l'Eglise a confirmé cette vérité. A plusieurs reprises, elle a lancé des appels pour que soit respectée la personne humaine indépendamment de son ethnie, de sa couleur ou de son appartenance, etc... Elle a œuvré à travers ses diverses institutions pour que se réalise son engagement pour la paix, l'égalité et l'amour. Certains proposent que soit constitué un comité spécialisé pour éveiller les fidèles aux exigences d'une telle vision anthropologique ainsi que sur les dimensions humaines et religieuses qu'elle implique. Dans son appel à l'égalité, l'Eglise rappelle spécialement la situation de la femme dans la société comme cela a été mentionné plus haut.
Cependant ces prises de position doivent être accompagnées d'un témoignage actif, audacieux, conscient et concret afin que les chrétiens contribuent d'une façon efficace à la marche de l'humanité vers un monde meilleur. L'Eglise tout entière, pasteurs et fidèles, se doit de lutter honnêtement avec toute personne sincère dans le monde, en commençant par elle-même et sa «maison», en faveur du respect de la dignité de l'homme, de tout homme, de sa liberté et son droit à la vie, la liberté, de l'égalité, l'éducation, l'enseignement, la culture, l'autodétermination, la fondation d'une famille et de tout ce qui se trouve dans la Charte des Nations-Unies à ce propos. Ce témoignage se concrétise aussi dans l'action pour le développement de la société dans tous les domaines matériel, psychologique, spirituel, etc., et surtout, par le soutien apporté aux faibles et aux nécessiteux. Ce développement est la traduction pratique du commandement de la charité. Les possibilités de l'Eglise en ce domaine, sont à la fois grandes et limitées. C'est pourquoi, leur exécution suppose la conjugaison des efforts et l'action commune non seulement entre les différentes Eglises mais aussi avec les diverses confessions et communautés. Ainsi, tous agiront, chacun à partir de sa situation, au développement du village, de la ville, du pays et de la région, etc...
37. La paix a été l'un des problèmes ardus de la vie des hommes tout au long de l'histoire. L'homme désire vivement d'y parvenir mais il n'y est pas encore. Elle est devenue l'un des mots d'ordre de notre siècle que les fils de nos Eglises d'Orient espèrent réaliser malgré tous les conflits et guerres que la région endure. Elle occupe une grande importance dans la mentalité chrétienne parce que celle-ci lui reconnaît comme source permanente Dieu seul. Elle suppose, en effet , un changement radical dans les cœurs et le passage de l'égoïsme, de l'orgueil, de la soumission aux désirs désordonnés, et de l'amour de la domination à la charité, l'humilité, la maîtrise de soi, la bonté, en accord avec les béatitudes du Seigneur: «Heureux les doux car ils possèderont la terre [...]. Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu» (Mt 5,4 et 9).
Pour le chrétien, la lutte pour la paix est avant tout une décision prise, avant tout, pour des raisons spirituelles appartenant au cœur de sa foi puisque, parmi les attributs principaux du Christ, qu'Il est artisan de la paix, ou mieux, qu'Il est «notre paix [...] détruisant la barrière qui séparait les hommes, supprimant en Sa Chair la haine» (Ep 2/14). Il a brisé le joug du péché et de la mort. Toute paix est «image et résultat de la paix du Christ, paix qui vient du Père. En effet, le Fils incarné, Prince de la paix, a réconcilié par Sa Croix, tous les hommes avec Dieu [...] et, par sa glorieuse résurrection, il a répandu l'esprit d'amour dans le cœur des hommes».
La paix devient ainsi, un des piliers de l'Eglise qui est invitée à être à l'image de son Seigneur, artisan de paix et instrument de pardon et de réconciliation entre ceux qui se querellent. Dans notre région, ce rôle est très difficile: comment joindre entre pacifisme et défense du droit du faible ? Comment faire pratiquement, pour continuer à aimer le tyran et lutter contre l'injustice ? Nos Eglises se posent tous les jours des interrogations de ce genre. Elles sont très perturbées à cause du conflit israélo-palestinien, à cause du blocus imposé à l'Irak et de ce que cela représente comme menace permanente pour la paix, à cause des injustices perpétrées à l'égard des peuples et des innocents et à cause de l'augmentation des misères et de la pauvreté. C'est pourquoi, les Patriarches Catholiques d'Orient ne cessent de conjurer l'Assemblée des Nations-Unies de trouver, le plus vite possible, sans tergiverser, les solutions adéquates, non seulement pour ces deux litiges, mais aussi pour mettre fin à la violence qui, dans le monde, va progressant. La question est devenue une question de civilisation à rectifier vu que les moyens de communication nourrissent les mauvais désirs sans censure aucune, et que de grandes nations se préparent à «la guerre des étoiles».
Ceux qui ont répondu aux «Axes fondamentaux» souhaitent que les participants à ce premier Congrès avancent, avec audace, et charité universelle, sur les pas tracés, en ce domaine, avec persévérance, par nos Patriarches. Ils inciteront, par là, les fils de leurs Eglises et les responsables en tout lieu, à rechercher sérieusement les moyens adéquats à l'avènement d'une civilisation de la paix au lieu de la civilisation de la violence et de la mort.
VI. Jérusalem, ville de la paix
38. Jérusalem, cette cité vers laquelle se dirigent les regards de tous les chrétiens! Elle est la plus chère aux disciples du Christ, fils de cet Orient; elle est source d'inquiétude profonde dans leurs cœurs. Elle est pour toute l'humanité, le symbole de la foi monothéiste car en elle se sont établies depuis des temps éloignés, les religions abrahamiques qui ont édifié des demeures et des lieux de prière. Elle est pour nous le cœur de la Terre Sainte. En elle s'est accompli le mystère de la Rédemption; son peuple a vu les plus grands miracles, l'agonie du Christ, Sa mort, Sa résurrection et la descente du Saint Esprit sur les apôtres. Le Seigneur l'a bénie; Il a pleuré sur elle et elle demeurera à jamais le symbole de la cité céleste.
Par contre, les croyants regrettent sa situation actuelle à l'ombre des tiraillements politiques et des conflits sanglants qui l'ont transformée de «Jérusalem», «ville de la paix» en ville de guerre et de meurtres. Dans ce qui suit , se trouve rassemblé ce que les «Axes fondamentaux» ont rapporté des paroles de S.S le Pape Jean-Paul II et des écrits des Patriarches Catholiques d'Orient: la ville de Jérusalem «que le Ciel a sanctifiée et que les trois religions, chrétienne, musulmane et juive, considèrent comme faisant partie de leur patrimoine religieux, spirituel et culturel», est «la mère des Eglises» et la «clé de la paix et de la guerre»; «aucune solution politique ne saurait ignorer cette situation, quant au fond, de la ville de Jérusalem. Il faut donc trouver une formule originale qui permette à tout croyant chrétien, juif ou musulman, de se sentir, dans la ville sainte, sur pied d'égalité avec autrui [...]. De cette manière, au lieu d'être la ville du conflit, de la dispute et de la lutte interreligieuse, Jérusalem sera la ville de la paix, de la rencontre et de la fraternité pour ses habitants et un signe d'espérance pour le monde entier»: «Je rêve du jour où, à Jérusalem, juifs, chrétiens et musulmans se salueront et se serreront la main». «Prétendre s'en emparer en exclusivité, est un appel à la guerre, alors que l'appel à participer, sur un pied d'égalité, à la souveraineté, et à tous les droits et devoirs, est un appel à la paix et à la stabilité dans la Ville Sainte et dans la région».
39. A l'orée du toisième millénaire, la coopération entre nos Eglises et les autres Eglises, pour témoigner en Orient des valeurs évangéliques, est un grand projet. Il dépasse les capacités humaines, si ce n'était des promesses du Seigneur de demeurer avec Son Eglise «pour toujours, jusqu'à la fin du monde» (Mt 28,20), que «les portes de l'enfer ne tiendront point contre elle» (Mt 16,18). Et si le Saint Esprit ne nous accompagnait pas sur les routes de la terre, tout au long de notre histoire, les patriarches catholiques d'Orient n'auraient pas osés appeler à ce Congrès. Il ne leur échappe guère que les difficultés sont énormes et que la Parole du Christ est toujours vraie et ne peut être ignorée, que le «Fils de l'homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur terre?» (Lc 18,8).
Et les chrétiens se disent inquiets: tiendront-ils en Terre Sainte, au Moyen-Orient et dans les pays limitrophes? Sauront-ils bien remplir la mission que le Seigneur leur a confiée. Il leur a fait confiance et continue à compter sur eux afin que Son nom y soit connu et aimé. L'avenir de la foi en Lui est entre nos mains bien qu'Il n'ait besoin de personne. Le décevrons-nous à l'aube du troisième millénaire de sa naissance parmi nous, ou bien ce Congrès sera-t-il l'occasion d'un nouvel élan pour un service plus profond et plus étendu ? Aidera-t-il les chrétiens à s'attacher à la terre de leur Orient et à ne plus rêver d'émigrer vers de nouveaux cieux ? Notre force réside dans notre foi, celle de tous ceux qui sont restés ici et qu'on ne peut qu'admirer et celle de ceux qui ont dû quitter par force majeure mais dont le cœur est demeuré attaché à nos lieux, par amour de leur pays et de leur Seigneur. Notre force réside dans la foi que les Apôtres ont semée dans les cœurs de nos ancêtres, forts et humbles, qui ont su, avec beaucoup de courage, comment garder intacte le dépôt de la foi et nous l'ont transmis. Malgré tous nos défauts et nos faiblesses, cette grâce continue à illuminer nos vies et nos milieux.
Nous nous confions à la prière de tous les saints connus des hommes et de ceux que Dieu seul connaît, en particulier de ceux qui se sont sanctifiés sur notre terre et, à leur tête, la Très Sainte Vierge Marie, fille de notre pays et «mère de l'Eglise». Notre peuple la vénère de façon splendide dans ses louanges personnelles et dans ses célébrations liturgiques, dès son existence. Il La regarde et apprend d'Elle à contempler son Fils et, avec Elle à L'offrir au monde, à son monde surtout, parole de vie et pain de salut. Il est heureux d'appartenir à l'Eglise grâce à laquelle il lui a été donné de connaître ce grand mystère, le mystère de l'incarnation du Fils unique, qui lui ouvre l'esprit à l'amour de tous les hommes. Et c'est dans cet esprit que vivent et agissent les fils de nos Eglises, la main dans la main avec tous les fils de cet Orient qu'ils chérissent. Leur espérance est grande que ce troisième millénaire sera le temps de la réconciliation et de la paix entre tous les enfants des hommes.