Allocution de Son Eminence,
Le Cardinal Mar Nasrallah Boutros Sfeir

Patriarche d'Antioche et de tout l'Orient des Maronites
À l'ouverture du 1er Congrès des Patriarches et Evêques Catholiques du Moyen-Orient

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Béatitudes, Eminences, Excellences, Frères,
A l'ouverture de ce Congrès, nous élevons nos esprits et nos cœurs vers Dieu le Père, en cette année consacrée à l'approfondissement du sens de sa paternité. Nous lui rendons grâces pour ce don qu'il nous a accordé, en nous permettant de nous réunir, comme frères en Jésus-Christ, son Fils Bien-Aimé, pour prier ensemble et étudier les problèmes qui se posent à nos églises.
Nous demandons au Seigneur, par l'intercession de N. D. du Liban, de nous envoyer son Esprit-Saint pour nous inspirer ce que nous devons faire pour le bien des fidèles que la Divine Providence nous a confiés, en cette région du monde.
Nos remerciements les plus sincères vont à Sa Sainteté le Souverain Pontife Jean-Paul II qui a veillé et veille toujours sur nos églises, avec tout l'amour paternel qu'il a pour elles et pour nous. Nous ne pouvons oublier ses prises de position par rapport aux événements du Liban qu'il a visité et auquel il a confié l'"Exhortation Apostolique" résumant le contenu du Synode Pastoral qu'il lui a consacré.
Nous exprimons de même à Sa Sainteté notre profonde gratitude pour les appels réitérés en faveur du sud du Liban, de la Palestine et de l'Iraq pour qu'il soit mis fin au drame qui est le leur. Dans ces pays, tous les jours, il y a des victimes qui tombent, du sang qui coule et des gens paisibles qui sont arrachés à leurs foyers.
Nous demandons au Seigneur, par l'intercession de N. D. du Liban, d'accorder à Sa Sainteté santé et longue vie pour qu'il poursuive sa mission évangélique et humaine, visant à faire justice aux opprimés, aux marginalisés et aux déplacés.
Heureux de vous souhaiter la bienvenue au Liban, Nous vous remercions, au nom du "Conseil des Patriarches Catholiques d'Orient", d'avoir répondu à l'invitation de participer à ce Congrès. Nous remercions surtout leurs Eminences les Cardinaux qui, malgré leurs multiples occupations, ont voulu être avec nous pour nous faire profiter de leur compétence et de l'expérience qu'ils ont acquises, pour avoir traité des questions pareilles à celles que nous allons aborder, et participé à de semblables congrès.
Vous me permettez d'adresser un remerciement spécial à Son Eminence le Cardinal Silvestrini, Préfet de la Congrégation pour les Eglises Orientales qui prend soin de nos églises. Notre profonde gratitude va à tous les présidents des Conférences Episcopales ici présents ou aux délégués les représentant.
Conscients des difficultés qu'ils ont eu à affronter, nous rendons hommage à ceux qui viennent de pays lointains ou de ceux qui mettent des restrictions au voyage de leurs citoyens. Nous sommes heureux de les recevoir comme des frères dans ce pays qui a vécu dix sept ans de guerre. C'est d'ailleurs une situation dont souffre la région et particulièrement les pays d'où viennent la plupart des membres participants à ce Congrès.
Est-il nécessaire de nous attarder devant le drame que vivent encore le sud du Liban, la Palestine et l'Iraq et dont les mass-média font état tous les jours?
Ce Congrès nous rappelle le bon vieux temps où les Pasteurs de l'Eglise se réunissaient dans les pays de cette région du monde où le Christianisme est né, pour traiter d'affaires ecclésiales, dogmatiques et disciplinaires. Qui donc peut ignorer Jérusalem, Antioche, Nicée, Ephèse, Chalcédoine et Constantinople et tous les Conciles et réunions qui s'y sont tenus pour définir les dogmes de la foi et éclairer la voie aux générations futures?
Quant à ce Congrès qui se tient à la veille du 3ème Millénaire de la venue de Notre Seigneur Jésus Christ au monde, et qui a pour thème la parole du Seigneur: "Moi, je suis venu pour qu'on ait la vie et qu'on l'ait surabondante" (Jn 10:10), le document qui est entre nos mains en souligne les 4 motifs nécessitant sa réunion:
· se rencontrer pour faire connaissance les uns des autres;
· revoir le passé prestigieux de nos églises; en comparaison du présent qui ne manque pas de difficultés;
· envisager ensemble l'avenir pour s'en faire une vision commune que nous chercherons ensemble à affronter avec une foi inébranlable en Dieu et en sa Divine providence, avec confiance en soi-même et détermination pour aller de l'avant malgré toutes les difficultés qui sont, d'ailleurs, nombreuses.
Si Dieu nous a voulus que nous soyons dans cette région du monde, c'est pour que nous témoignions pour les valeurs évangéliques, qu'il nous a confiées et les faire rayonner par nos églises. En effet, chacune de ces églises a son histoire, son patrimoine, ses martyrs, ses saints et ses intercesseurs auprès de Dieu.
Nombre de nos fidèles se sont répandus dans ce vaste monde. La plupart trouvent une grande difficulté à sauvegarder leur patrimoine et les rites qui les distinguent. Le Concile Vatican II s'est penché particulièrement sur la situation des Eglises Orientales lorsqu'il leur "a accordé le pouvoir de se régir selon leurs propres disciplines, parce que plus conformes au caractère de leurs fidèles et plus aptes à promouvoir le bien des âmes". C'est ce qu'a souligné le Souverain Pontife Jean-Paul II dans son discours, au cours de l'audience à laquelle il nous a invité avec nos frères les Vénérables Patriarches Catholiques d'Orient, le 29 septembre 1998. Il nous a demandé "d'apporter aide à l'Evêque de Rome dans sa réflexion à servir l'unité" (Documentation Catholique, p. 952).
Toute aide accordée aux fidèles des Eglises Orientales visant à sauvegarder leur identité spirituelle est une richesse pour l'Eglise Universelle et un moyen de les rattacher aux pays qu'ils ont quittés. Alors ils seraient en mesure d'aider ceux qui y sont restés à s'y fixer.
Qui de nous ne mesurerait pas la grande perte qui pourrait frapper, non seulement le Christianisme, mais aussi l'Islam et tous les fidèles, voire même la civilisation humaine, si la terre où est né le Christ, a vécu, est mort et ressuscité d'entre les morts se trouve dépeuplée de ses chrétiens?
En terminant, je souhaite tout succès à ce Congrès, et la bienvenue à tous les participants. Au Liban, connu pour son hospitalité, et la convivialité islamo-chrétienne, ils peuvent se considérer chez eux.
Puisse le Seigneur bénir dans sa bienveillance nos travaux pour le bien de nos églises, nos fidèles et les peuples de la région.
 
+ Mar Nasrallah Boutros Sfeir

Patriarche d'Antioche et de tout l'Orient des Maronites