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À l'ouverture du 1er Congrès des Patriarches et Evêques Catholiques du Moyen-Orient |
Au début de mon allocution,
j'adresse un salut très respectueux à leurs Béatitudes,
leurs Excellences, les Supérieurs Généraux, les Supérieures
Générales et à tous nos hôtes, experts et auditeurs
laïcs qui ont bien voulu prendre part à ce congrès malgré
leurs nombreuses occupations et leurs lourds engagements.
Je désire également
saluer les chefs d'Etats et les peuples des pays du Moyen-Orient d'où
nous venons, où nous exerçons notre ministère et aux
destinées desquels nous participons.
Qu'il me soit permis encore de nommer
de façon particulière ce pays, dont le Saint-Père
Jean-Paul II a dit qu'il est plus qu'un pays: c'est "un message", le Liban
qui a ouvert ses bras et son cœur pour accueillir ce congrès lui
assurant un climat de sécurité et de liberté d'expression.
A ce cher pays et au Président du Liban, Monsieur Emile Lahoud,
nos meilleures salutations, nos vifs remerciements et nos prières.
Et puisque nous sommes réunis
au nom du Christ Jésus, nous espérons qu'il soit avec nous
et parmi nous.
Chers confrères,
Jour après jour, mois après
mois, nous nous rapprochons d'une fête particulière, qui sublime
toutes les autres, car elle les comprend toutes; fête qui ne se répète
que tous les mille ans, que l'Eglise a célébrée une
fois, il y a mille ans, et que nous allons fêter pour la deuxième
fois, après mille ans.
Cette fête, c'est le Grand Jubilé
de l'an 2.000, fête de la nativité de Jésus-Christ,
événement-mystère à travers lequel l'humanité
a atteint le sommet de sa vocation, Dieu s'étant fait homme pour
faire participer l'homme à sa divinité, comme l'a affirmé
le Saint-Père Jean-Paul II après saint Athanase d'Alexandrie
qui a dit: "Dieu s'est fait chair pour diviniser l'homme".
Cet événement important
méritait ce premier grand Congrès des Patriarches et des
Evêques Catholiques au Moyen-Orient, qui réunit 7 Patriarches,
104 Evêques, 10 Supérieurs Généraux, 17 Supérieures
Générales, 5 Cardinaux, 8 Présidents de Conférences
Episcopales, le Nonce Apostolique ainsi que divers auditeurs laïcs,
experts, interprètes et journalistes.
Nous devions être là,
à ce niveau et en si grand nombre; nous avions besoin de cette halte
spirituelle et de cet examen de conscience, face au temps et à l'histoire,
pour témoigner que nous étions conscients de l'événement
et que nous assumions nos responsabilités.
Notre premier devoir serait peut-être
d'examiner notre situation actuelle, embrassant d'un œil le passé
et de l'autre l'avenir.
Derrière nous, nous avons deux
mille ans de vie de l'Eglise, riches en gloires, dont nous sommes fiers
et dont nous rendons grâce à Dieu, mais qui sont aussi marqués
par des fautes et des erreurs, que nous regrettons et dont nous demandons
pardon.
L'histoire est la science des sciences
et le miroir de l'avenir. D'elle nous tirons les leçons et nous
cherchons la lumière.
Si le premier millénaire a
été marqué par l'expansion du christianisme, les Pères
de l'Eglise et les grands Ordres religieux, il a été aussi
l'époque des grands schismes dont nous subissons encore aujourd'hui
les suites néfastes.
Et si le deuxième millénaire
a été marqué par les grandes missions et l'expansion
du christianisme dans les deux Amériques, en Afrique et en Australie,
il a aussi été l'époque du grand schisme entre les
Eglises du Christ et du recul du christianisme.
A présent, le troisième
millénaire est à notre porte et nous lance de grands défis:
quel sera le destin du christianisme au troisième millénaire?
La chrétienté jouira-t-elle de la paix? Guérira-t-elle
de ses blessures? Retrouvera-t-elle son unité et ira-t-elle prêcher
le Royaume de Dieu dans de nouveaux horizons? Ou bien sera-t-elle sujette
à de nouvelles crises et à d'autres schismes?
Qui passera du deuxième au
troisième millénaire: une Eglise active, œuvrant dans le
monde ou un monde sans Eglise?
J'irais encore plus loin: quelle place
aura le Christ au troisième millénaire?
Et qu'en sera-t-il de notre Orient,
de notre présence chrétienne, de notre diaspora et de nos
relations avec le milieu environnant? Serons-nous capables d'affronter
les défis du lieu et du temps?
Nous verrons que la réponse
ne sera pas facile et que nous nous trouverons en face de durs obstacles.
Certains iront même jusqu'à dire que la balance penche davantage
vers le pessimisme.
Je ne voudrais pas anticiper les solutions
ni tomber dans l'illusion. Je crois cependant que deux facteurs, œuvrant
dans l'histoire, commencent à se manifester dans la marche de nos
Eglises orientales, et vers lesquels les chrétiens se tournent d'ordinaire
dans les moments difficiles. Ces deux facteurs sont l'Esprit Saint et la
Vierge Marie.
L'Esprit Saint qui souffle, qui nous
fait sortir du "Cénacle" et ouvre les portes fermées. C'est
lui qui changera la face de la terre. Et la Vierge Marie qui intervient
et nous conduit à des solutions bien au-delà de nos attentes,
comme elle l'a fait à Cana, quand, par l'intervention de Jésus,
elle a transformé l'eau en vin.
Le Saint-Esprit et la Vierge Marie
sont la porte de l'espérance pour notre Eglise orientale au troisième
millénaire. Je dirais même que le troisième millénaire
sera l'ère de l'Esprit Saint et de Marie. Les voilà à
l'œuvre, conjuguant leurs efforts pour bâtir une nouvelle Eglise,
une nouvelle humanité, une nouvelle civilisation, une nouvelle Eglise
orientale.
Cependant cette lueur d'espérance
que le Saint Esprit et la Vierge Marie nous donnent ne nous dispense pas
de travailler sérieusement et d'assumer nos responsabilités.
Nous devons agir à tous les niveaux:
· Entraide entre les Eglises
catholiques, unité et coopération;
· Dialogue œcuménique
entre les Eglises et les autres communautés chrétiennes;
· Ouverture aux autres, esprit
de dialogue, acceptation des autres tels qu'ils sont et non pas comme nous
voulons qu'ils soient;
· Retour aux sources et approfondissement
de nos richesses spirituelles;
· Vision théologique
renouvelée et modernisation de nos programmes pastoraux;
· engageant des chrétiens
dans le monde civil et la politique, honnêteté, intégrité,
action pour la défense des droits de l'homme et engagement pour
la paix, élevant la voix:
· pour la libération
du Liban Sud
· pour que Jérusalem
soit une ville ouverte à tous les peuples et à toutes les
religions
· pour que soit levé
l'embargo sur l'Irak
· pour qu'un accord et une
solution juste soient trouvés au Soudan…
J'espère que nous n'oublierons
pas pour autant le thème principal de notre congrès: "Je
suis venu pour qu'ils aient la vie et qu'ils l'aient en abondance" (Jn
10,10)
Si nous enseignons et nous proclamons
que le Christ est venu sur terre pour "qu'ils aient la vie et qu'ils l'aient
en abondance", nous ne devons toutefois pas oublier ceux pour lesquels
il est venu donner sa vie: c'est-à-dire: les gens, les hommes, l'homme.
Saint Irénée affirmait déjà au deuxième
siècle: "La gloire de Dieu c'est l'homme vivant". Nous devons donc
- à mon avis - nous concentrer sur l'homme et sur l'homme vivant
Je crois que notre Eglise du troisième
millénaire devra être au service de l'homme, de cet homme
qui n'est pas une marchandise qui se vend ou s'achète mais qui est
le fils de Dieu, l'ami de Dieu, l'image de Dieu et qui participe de la
nature divine.
Comme il est grand cet homme pour
que Dieu lui-même se prosterne devant lui, lui lave les pieds, lui
demande son amour et meure pour le sauver!
C'est pourquoi, je pense que l'Eglise
du troisième millénaire sera une Eglise qui voit Dieu dans
l'homme, qui sert Dieu en chaque homme, qui aime Dieu en tout homme et,
en particulier, dans l'homme pauvre, handicapé, blessé dans
sa dignité, privé de ses droits, amputé de sa liberté.
Puisse notre Eglise comprendre que
notre route vers Dieu passe par l'homme!
Aimons donc sans limites. Et si nous
ne trouvons pas l'amour, ne désespérons pas! Jean de la Croix
affirmait: "Là où il n'y a pas l'amour, mets l'amour et tu
trouveras l'amour".
Aimons donc toujours davantage. Chaque
fois que nous vivons l'amour, que nous concrétisons l'amour et que
nous collaborons à la victoire de l'amour, nous donnons à
Dieu l'occasion de se manifester en nous.
+ Ignace Moussa Daoud
Patriache Syrien d'Antioche.