Allocution du Patriache Syrien d'Antioche.
S.B  Ignace Moussa Daoud

À l'ouverture du 1er Congrès des Patriarches et Evêques Catholiques du Moyen-Orient


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"Je suis venu pour que les hommes aient la vie
et qu'ils l'aient en abondance" (Jean 10,10)
 

Au début de mon allocution, j'adresse un salut très respectueux à leurs Béatitudes, leurs Excellences, les Supérieurs Généraux, les Supérieures Générales et à tous nos hôtes, experts et auditeurs laïcs qui ont bien voulu prendre part à ce congrès malgré leurs nombreuses occupations et leurs lourds engagements.
Je désire également saluer les chefs d'Etats et les peuples des pays du Moyen-Orient d'où nous venons, où nous exerçons notre ministère et aux destinées desquels nous participons.
Qu'il me soit permis encore de nommer de façon particulière ce pays, dont le Saint-Père Jean-Paul II a dit qu'il est plus qu'un pays: c'est "un message", le Liban qui a ouvert ses bras et son cœur pour accueillir ce congrès lui assurant un climat de sécurité et de liberté d'expression. A ce cher pays et au Président du Liban, Monsieur Emile Lahoud, nos meilleures salutations, nos vifs remerciements et nos prières.
Et puisque nous sommes réunis au nom du Christ Jésus, nous espérons qu'il soit avec nous et parmi nous.
 

Chers confrères,
Jour après jour, mois après mois, nous nous rapprochons d'une fête particulière, qui sublime toutes les autres, car elle les comprend toutes; fête qui ne se répète que tous les mille ans, que l'Eglise a célébrée une fois, il y a mille ans, et que nous allons fêter pour la deuxième fois, après mille ans.
Cette fête, c'est le Grand Jubilé de l'an 2.000, fête de la nativité de Jésus-Christ, événement-mystère à travers lequel l'humanité a atteint le sommet de sa vocation, Dieu s'étant fait homme pour faire participer l'homme à sa divinité, comme l'a affirmé le Saint-Père Jean-Paul II après saint Athanase d'Alexandrie qui a dit: "Dieu s'est fait chair pour diviniser l'homme".
Cet événement important méritait ce premier grand Congrès des Patriarches et des Evêques Catholiques au Moyen-Orient, qui réunit 7 Patriarches, 104 Evêques, 10 Supérieurs Généraux, 17 Supérieures Générales, 5 Cardinaux, 8 Présidents de Conférences Episcopales, le Nonce Apostolique ainsi que divers auditeurs laïcs, experts, interprètes et journalistes.
Nous devions être là, à ce niveau et en si grand nombre; nous avions besoin de cette halte spirituelle et de cet examen de conscience, face au temps et à l'histoire, pour témoigner que nous étions conscients de l'événement et que nous assumions nos responsabilités.
Notre premier devoir serait peut-être d'examiner notre situation actuelle, embrassant d'un œil le passé et de l'autre l'avenir.
Derrière nous, nous avons deux mille ans de vie de l'Eglise, riches en gloires, dont nous sommes fiers et dont nous rendons grâce à Dieu, mais qui sont aussi marqués par des fautes et des erreurs, que nous regrettons et dont nous demandons pardon.
L'histoire est la science des sciences et le miroir de l'avenir. D'elle nous tirons les leçons et nous cherchons la lumière.
Si le premier millénaire a été marqué par l'expansion du christianisme, les Pères de l'Eglise et les grands Ordres religieux, il a été aussi l'époque des grands schismes dont nous subissons encore aujourd'hui les suites néfastes.
Et si le deuxième millénaire a été marqué par les grandes missions et l'expansion du christianisme dans les deux Amériques, en Afrique et en Australie, il a aussi été l'époque du grand schisme entre les Eglises du Christ et du recul du christianisme.
A présent, le troisième millénaire est à notre porte et nous lance de grands défis: quel sera le destin du christianisme au troisième millénaire? La chrétienté jouira-t-elle de la paix? Guérira-t-elle de ses blessures? Retrouvera-t-elle son unité et ira-t-elle prêcher le Royaume de Dieu dans de nouveaux horizons? Ou bien sera-t-elle sujette à de nouvelles crises et à d'autres schismes?
Qui passera du deuxième au troisième millénaire: une Eglise active, œuvrant dans le monde ou un monde sans Eglise?
J'irais encore plus loin: quelle place aura le Christ au troisième millénaire?
Et qu'en sera-t-il de notre Orient, de notre présence chrétienne, de notre diaspora et de nos relations avec le milieu environnant? Serons-nous capables d'affronter les défis du lieu et du temps?
Nous verrons que la réponse ne sera pas facile et que nous nous trouverons en face de durs obstacles. Certains iront même jusqu'à dire que la balance penche davantage vers le pessimisme.
Je ne voudrais pas anticiper les solutions ni tomber dans l'illusion. Je crois cependant que deux facteurs, œuvrant dans l'histoire, commencent à se manifester dans la marche de nos Eglises orientales, et vers lesquels les chrétiens se tournent d'ordinaire dans les moments difficiles. Ces deux facteurs sont l'Esprit Saint et la Vierge Marie.
L'Esprit Saint qui souffle, qui nous fait sortir du "Cénacle" et ouvre les portes fermées. C'est lui qui changera la face de la terre. Et la Vierge Marie qui intervient et nous conduit à des solutions bien au-delà de nos attentes, comme elle l'a fait à Cana, quand, par l'intervention de Jésus, elle a transformé l'eau en vin.
Le Saint-Esprit et la Vierge Marie sont la porte de l'espérance pour notre Eglise orientale au troisième millénaire. Je dirais même que le troisième millénaire sera l'ère de l'Esprit Saint et de Marie. Les voilà à l'œuvre, conjuguant leurs efforts pour bâtir une nouvelle Eglise, une nouvelle humanité, une nouvelle civilisation, une nouvelle Eglise orientale.
Cependant cette lueur d'espérance que le Saint Esprit et la Vierge Marie nous donnent ne nous dispense pas de travailler sérieusement et d'assumer nos responsabilités. Nous devons agir à tous les niveaux:
· Entraide entre les Eglises catholiques, unité et coopération;
· Dialogue œcuménique entre les Eglises et les autres communautés chrétiennes;
· Ouverture aux autres, esprit de dialogue, acceptation des autres tels qu'ils sont et non pas comme nous voulons qu'ils soient;
· Retour aux sources et approfondissement de nos richesses spirituelles;
· Vision théologique renouvelée et modernisation de nos programmes pastoraux;
· engageant des chrétiens dans le monde civil et la politique, honnêteté, intégrité, action pour la défense des droits de l'homme et engagement pour la paix, élevant la voix:
· pour la libération du Liban Sud
· pour que Jérusalem soit une ville ouverte à tous les peuples et à toutes les religions
· pour que soit levé l'embargo sur l'Irak
· pour qu'un accord et une solution juste soient trouvés au Soudan…
J'espère que nous n'oublierons pas pour autant le thème principal de notre congrès: "Je suis venu pour qu'ils aient la vie et qu'ils l'aient en abondance" (Jn 10,10)
Si nous enseignons et nous proclamons que le Christ est venu sur terre pour "qu'ils aient la vie et qu'ils l'aient en abondance", nous ne devons toutefois pas oublier ceux pour lesquels il est venu donner sa vie: c'est-à-dire: les gens, les hommes, l'homme. Saint Irénée affirmait déjà au deuxième siècle: "La gloire de Dieu c'est l'homme vivant". Nous devons donc - à mon avis - nous concentrer sur l'homme et sur l'homme vivant
Je crois que notre Eglise du troisième millénaire devra être au service de l'homme, de cet homme qui n'est pas une marchandise qui se vend ou s'achète mais qui est le fils de Dieu, l'ami de Dieu, l'image de Dieu et qui participe de la nature divine.
Comme il est grand cet homme pour que Dieu lui-même se prosterne devant lui, lui lave les pieds, lui demande son amour et meure pour le sauver!
C'est pourquoi, je pense que l'Eglise du troisième millénaire sera une Eglise qui voit Dieu dans l'homme, qui sert Dieu en chaque homme, qui aime Dieu en tout homme et, en particulier, dans l'homme pauvre, handicapé, blessé dans sa dignité, privé de ses droits, amputé de sa liberté.
Puisse notre Eglise comprendre que notre route vers Dieu passe par l'homme!
Aimons donc sans limites. Et si nous ne trouvons pas l'amour, ne désespérons pas! Jean de la Croix affirmait: "Là où il n'y a pas l'amour, mets l'amour et tu trouveras l'amour".
Aimons donc toujours davantage. Chaque fois que nous vivons l'amour, que nous concrétisons l'amour et que nous collaborons à la victoire de l'amour, nous donnons à Dieu l'occasion de se manifester en nous.
+ Ignace Moussa Daoud
Patriache Syrien d'Antioche.