Introduction
1. A l'aube du troisième millénaire, par la grâce de Dieu et la bénédiction de Sa Sainteté le Pape Jean-Paul II, et sur invitation du Conseil des Patriarches Catholiques d'Orient, leurs Béatitudes: Stéphanos II GHATTAS, Patriarche d'Alexandrie des Coptes Catholiques, Maximos V HAKIM, Patriarche d'Antioche et de tout l'Orient, d'Alexandrie et de Jérusalem, des Grecs Melkites Catholiques, Son Eminence le Cardinal Mar Nasrallah-Pierre SFEIR, Patriarche Maronite d'Antioche et de tout l'Orient, Mar Ignace Moussa 1er DAOUD, Patriarche Syrien Catholique d'Antioche et de tout l'Orient, Mar Raphaël 1er BIDAWID, Patriarche de Babylone pour les Chaldéens, Jean-Pierre XVIII KASPARIAN, Patriarche de Cilicie pour les Arméniens Catholiques, Michel SABBAH, Patriarche de Jérusalem pour les Latins, le 1er Congrès des Patriarches et Evêques Catholiques du Moyen-Orient s'est tenu du 09 au 20 mai 1999 à la Maison Notre-Dame du Mont - Fatqa (Liban). Le congrès a été intitulé: «Pour qu'ils aient la vie et qu'ils l'aient en abondance» (Jean 10/10). Outre les membres du congrès, plusieurs représentants du Saint-Siège, des Eglises d'Afrique du Nord, quelques Conférences Episcopales et des Eglises Sœurs, ainsi que des auditeurs laïcs, hommes et femmes, des conseillers et des journalistes, ont participé au congrès. En tout, 260 personnes, de différents pays: La Jordanie, l'Iraq, l'Iran, la Terre Sainte, la Turquie, la Syrie, le Liban, l'Egypte, l'Algérie, le Maroc, la Tunisie, la Libye, la France, l'Espagne, l'Argentine, les Etats-Unis d'Amérique, le Mexique, le Canada et Chypre.
Ce congrès historique qui se tient pour la première fois, et s'inscrit dans le cadre des préparatifs pour le Grand Jubilé anniversaire de l'Incarnation du Christ. Il a pour objectif de consolider les relations entre les Eglises, conformément à une ancienne tradition réunissant les Eglises entre elles dans des Assemblées Régionales, dans le but de se concerter et de collaborer.
Ce congrès nous a permis de vivre avec joie une expérience spirituelle et ecclésiale profonde, dans le cadre de nos prières et cérémonies communes. Il nous a informé sur la condition réelle de nos Eglises, grâce aux délibérations et aux propositions auxquelles nous sommes parvenus, et permis la création d'organismes chargés d'assurer le suivi de la coordination et du travail.
Pour clôturer nos débats nous vous adressons à vous chers fils, frères et sœurs présents ici ou dans les pays d'émigration, ce message, tout en vous exprimant notre profonde gratitude, vous qui avez accompagné ce congrès par vos prières et votre intérêt soutenu.
Mais ce message ne constitue pas un résultat du congrès. Leurs Béatitudes les Patriarches rédigeront, en base des propositions approuvées, une lettre pastorale générale, à l'instar des lettres qu'ils ont déjà publiées, qui sont des documents ecclésiaux précieux auxquels il est toujours indispensable de se référer.
I. Pour qu'ils aient la vie
2. En passant en revue la condition réelle de nos églises, nous avons médité sur l'Economie du Salut dont parle l'Apôtre Paul: «Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui nous a bénis par toutes sortes de bénédictions spirituelles, aux cieux, dans le Christ. C'est ainsi qu'Il nous a élus en Lui, dès avant la fondation du monde pour être saints et immaculés en sa présence, dans l'amour, déterminant d'avance que nous serions pour Lui des fils adoptifs par Jésus-Christ» (Ep 1/3-5). «Que le Père céleste soit remercié, lui qui nous a révélé le mystère de son amour infini à travers son fils Jésus, image du Père, pour que nous ayons la vie et que nous l'ayons en abondance. Il nous a invités à jouir de cette vie par la foi et l'amour du Saint Esprit «qui a été répandu dans nos cœurs» (Rm 5/5).
Nos Eglises portent cette vie divine et prêchent l'amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus, et l'amour des frères, fidèles à la mission qui leur a été confiée. Elles sont les héritières des premiers chrétiens ayant cru en la Bonne Nouvelle.
3. Voilà pourquoi nous ne pouvons que jeter un regard de foi sur notre antique présence qui se prolonge en Orient jusqu'à présent. Nous sommes redevables à notre histoire qui regorge des divers patrimoines, dans lesquels puisent jusqu'à présent nos Eglises. Nous sommes également redevables à nos Martyrs et Saints qui, avec nos Pères nous ont appris à être enfants de Dieu et nous ont transmis le précieux trésor de la foi (Mt. 13/44 - 46). Nous nous engageons ensemble à préserver cette foi, dont nous nous inspirons dans notre vie religieuse et sociale pour porter des fruits abondants. Car le Christ vivant ne cesse d'agir par son Esprit-Saint dans nos Eglises, afin qu'y brille la lumière de la vie nouvelle. Cette foi ferme repose sur le Christ qui nous a promis :«Et moi je suis avec vous jusqu'à la fin du monde» (Mt. 28/20) et «Nayez crainte» (Mt. 14/27), et qui a été mis en évidence dans les Synodes pastoraux tenus sur le plan ecclésial ou national (Liban, Terre Sainte, Egypte, Irak).
II. Difficultés et défis
4. Cependant notre foi ancrée en Dieu nous pousse à vous parler franchement des difficultés et défis que nous ressentons tous.
B. Le deuxième défi est l'isolement et le repli sur soi. Si nos différentes Eglises sont le résultat de nos riches patrimoines dans lesquels s'est incarné l'Evangile, et si nos communautés sont les signes de légitime diversité, ceci ne nous autorise nullement à vivre isolés les uns des autres, uniquement soucieux de préserver nos spécificités et privilèges. Car alors, nous perdrions notre identité ecclésiale qui est, en vérité, partenariat et communion.
C. Le troisième défi réside dans les préoccupations qu'un bon nombre d'entre vous entretiennent quant à l'avenir, en raison des circonstances politiques ou économiques, du blocage du processus de paix, d'une moindre pratique démocratique, ou de la crainte pour la liberté, les droits de l'homme et sa dignité. C'est ce qui pousse un bon nombre à l'émigration, décrite par les patriarches dans leurs lettres comme une hémorragie menaçant nos communautés et leur avenir, et les exposant ainsi la dissolution voire à la disparition.
Pour faire face aux défis mentionnés et à tant d'autres, trois principes sont nécessaires: conviction, prise de conscience et engagement.
5. La conviction que notre présence dans cet Orient où s'est incarné le Christ entre dans les desseins de Dieu. C'est ici qu'il a voulu que nous témoignions de lui et de l'Evangile, que nous portions le message de l'Amour Divin et que nous soyions au service de l'homme créé à l'image de Dieu. Telle est notre vocation et nous ne pouvons l'embrasser qu'à travers la conviction et le libre choix. Car la mission est un choix libre, non un destin subi.
6. La prise de conscience que le phénomène de l'émigration n'est point une solution définitive et n'est plus ce qu'il était. En effet, plusieurs pays souffrent de crises économiques qui se répercutent négativement sur les émigrés. En outre, plus le nombre d'émigrés augmente, plus le nombre de résidents d'origine diminue. Si l'émigration a constitué une solution pour certains individus, il n'en demeure pas moins qu'elle affaiblit les Eglises et les sociétés, limitant ainsi leurs rôles et missions et les privant progressivement de leurs fidèles, notamment des jeunes, des cerveaux et des détenteurs de capital intellectuel et matériel.
7. L'engagement requis doit se faire à plusieurs niveaux:
Malgré les divergences qui existent entre nous et les drames historiques dont les conséquences ont déformé nos relations, nous voulons renforcer ces dernières afin de purifier notre mémoire historique. Nous voulons aussi poursuivre un dialogue constructif et une coopération sincère, pour bâtir une société où le pluralisme et la liberté religieuse sont respectés. Le dialogue entre nous n'est pas le fruit de circonstances et de besoins immédiats, mais s'enracine nécessairement dans l'histoire. Nous voulons le développer et l'approfondir pourqu'il englobe tous les aspects de la vie.
La lettre de l'Assemblée spéciale du Synode des Evêques sur l'Asie le dit très bien: «le dialogue inter-religieux doit être basé sur le respect et la sincérité, dont les tenants cherchent à se connaître, à s'aimer, à s'instruire les uns les autres et à s'enrichir les uns des autres, comme les chrétiens et les musulmans au Liban» (1998). et dans d'autres pays d'Orient tentent de le faire. Comme nous souhaitons que ce dialogue porte ses fruits au niveau de la vie fraternelle et spirituelle.
De nos jours, le monde est décrit en termes de conflit de civilisations et de religions. Nous souhaitons et nous voulons que notre coexistence dans l'entente, le respect et la coopération, contredise ce dire. Dans ce domaine, une grande responsabilité incombe aux musulmans qui constituent la majorité. Ils doivent rassurer les chrétiens en les considérant comme partie intégrante de la communauté nationale, égaux en droits et en obligations (cf. lettre du Conseil des Patriarches Catholiques d'Orient: Ensemble devant Dieu, au service de l'Homme et de la société «la coexistence entre Chrétiens et Musulmans dans le Monde Arabe» 1994).
Le dialogue s'étend aussi aux Juifs dispersés dans les pays d'Orient, et qui ont eu des relations constantes avec les Musulmans et les Chrétiens de cette région.
Nous espérons pouvoir les dépasser, par la foi et la solidarité des peuples, par l'évolution de leurs régimes politiques vers plus de démocratie, de liberté et de respect des droits de l'homme, et par l'établissement croissant de la justice, de l'égalité et le renforcement de la citoyenneté.
IV. Ensemble nous édifions l'Eglise
8. Notre congrès est un congrès ecclésial. Et vous êtes demeuré constamment dans votre esprit et dans votre cœur. Chers fils et filles, nous vous avons élevé dans nos prières, car nous sommes, avec vous des frères, et pour vous des pères et des pasteurs.
Et afin que nous puissions pleinement assumer cette responsabilité, et accomplir cette tâche par la grâce de Dieu et avec les ressources humaines qui sont les nôtres, nous sollicitons toutefois vos prières.
Toutefois, nous sommes parfaitement conscients toutefois que nous ne sommes pas seuls à assumer la responsabilité de l'Eglise dans sa structure et sa mission, mais que nous l'assumons en communion avec vous. L'Apôtre Paul dit: «Vous êtes le Corps du Christ et ses membres, chacun à sa place, et les membres dans leur multitude forment un même corps» (1, Cor 12:12), et travaillent donc tous pour ce même corps.
Forts de la conviction de cette foi, et afin de promouvoir la communion ecclésiale et notre espérance commune en Jésus-Christ qui est «le même, hier, aujourd'hui et il le sera à jamais» (He 13/8), nous vous appelons tous en disant:
9. Aux prêtres
Vous
êtes nos coopérateurs et nos associés dans le sacerdoce
et la charge pastorale et missionnaire. A travers vous et grâce à
vous, nous sommes présents auprès de nos fils partout. Vous
avez notre confiance, notre amour et notre gratitude pour la vie que vous
menez, en union avec le Christ qui vous a choisis, pour les efforts et
les sacrifices qui vous conduisent parfois à une fatigue extrême,
quand vous portez l'Evangile et la Vie Divine à vos paroissiens
et aux personnes qui vous ont été confiées, pour être
au milieu d'elles le «Bon Pasteur» et le «fidèle
serviteur» qui donne sa vie pour ses brebis (Jean 10). «Ainsi
donc, nos frères bien-aimés, montrez-vous fermes, inébranlables,
toujours en progrès dans l'œuvre du Seigneur, sachant que votre
labeur n'est pas en vain dans le Seigneur» (1
Cor 15/58).
Mais nous voulons qu'à cette fatigue soient associés les conseils presbytéraux, ainsi que les conseils des laïcs, hommes et femmes, afin que ces derniers aient la possibilité et l'honneur de partager avec vous le poids de la mission.
10. Aux religieux et religieuses
Vous êtes partie intégrante de l'Eglise et son trésor, le cœur toujours vibrant de sa spiritualité. Que vous soyez dans la vie contemplative et la prière, ou dans la vie apostolique sous toutes ses formes, vous êtes le visage de l'Eglise dans lequel se reflète la vie du Christ auquel vous avez consacré vos âmes et vos vies, vivant de Lui, pour Lui et pour Le servir dans ses frères qui sont vos frères les hommes, là où vous vous trouvez. Les institutions que vous dirigez, qu'elles soient à vocation sociale, éducative, hospitalière ou de développement, ne sont qu'un espace de promotion humaine qui permet à vos frères de modeler sur vous leur vocation humaine, qui trouve son achèvement en Dieu.
Nous
saluons et encourageons ceux qui annoncent l'Evangile et se portent volontaires
pour le service apostolique en Orient ou ailleurs, endurant le poids et
la chaleur de la journée, en butte à diverses difficultés,
par amour pour le Christ et les hommes.
Nous
espérons aussi un renouveau de la vie monastique contemplative,
qu'embrasseront des religieux et religieuses ayant vécu avec authenticité
la vie couventuelle, une vie d'adoration, de recherche de la face de Dieu
et d'union intime avec Lui.
11. Aux laïcs
11.1.
Vous êtes le corps vivant de l'Eglise. Il vous est possible de concilier
votre mission ecclésiale et vos tâches terrestres, si vous
vous nourrissez de la Parole de Dieu, demeurez enracinés dans le
Christ et dans l'enseignement de l'Eglise.
Donnez
valeur à votre appartenance ecclésiale, enracinez-vous dans
la foi, formez votre conscience, travaillez pour le bien commun et assumez
avec compétence vos responsabilités pour être des témoins
du Christ et un levain dans vos sociétés. «Ayez au
milieu des nations une belle conduite. Afin que, sur le point même
où ils vous calomnient comme malfaiteurs, la vue de vos bonnes œuvres
les amène à glorifier Dieu, au jour de sa Visite (...) Au
contraire, sanctifiez dans vos cœurs le Seigneur Christ, toujours prêts
à la défense contre quiconque vous demande raison de l'espérance
qui est en vous. Mais que ce soit avec douceur et respect»
(1 Pierre 2/12 et 3/15-16).
Et nous espérons que les conseils paroissiaux et diocésains, seront des lieux adéquats pour vous associer à la mission apostolique.
11.2. Nous encourageons les mouvements chrétiens et les organisations apostoliques de laïcs, qui sont un don de l'Esprit Saint pour notre monde, car ils assurent à leurs membres l'approfondissement de la foi, raniment la vie de l'Eglise et contribuent à sa mission.
12. Aux femmes
Vous
jouissez d'un rôle privilégié dans la famille, la société
et l'Eglise. C'est à la femme que Dieu a confié la vie et
le soin de la préserver et de la défendre. Pour sauver l'humanité,
Dieu a choisi la Vierge Marie, une femme de notre Orient. Ce fut à
une femme que le Seigneur ressuscité apparut en premier. Nombreuses
furent celles qui acceptèrent l'Evangile et suivirent le Sauveur.
L'Eglise est édifiée dans différents champs d'apostolat,
grâce à votre dévouement. Vous êtes toujours
prêtes à servir, à participer à la vie de l'Eglise,
à ses célébrations, à ses activités,
à ses assemblées, conformément aux talents et aux
capacités dont le Seigneur vous a dotées.
Nous
vous remercions et nous agirons avec vous pour que toute femme obtienne
ses droits, soit à même d'accomplir la tâche
... que Dieu lui a choisie, et accomplisse pleinement
sa mission privilégiée dans la société et l'Eglise.
13. Aux jeunes
Vous, jeunes, avez été au centre de nos pensées et de notre attention. Vous êtes la vitalité de l'Eglise et son avenir. Des difficultés se dressent devant vous. Des dangers vous menacent. Une instance de recours vous est donc indispensable. Cette instance, c'est le Christ qui a dit: «Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie» (Jean 14/6). Cherchez-Le, recherchez son visage dans la prière, la lecture de l'Evangile, le service et l'engagement dans les mouvements chrétiens apostoliques et dans la vie paroissiale. Le Christ vous aime et ne vous décevra jamais; si vous le suivez, vous serez conduits à la plénitude de la Vie. Ne redoutez pas les difficultés, ne gaspillez pas votre énergie dans des futilités! Préparez-vous à fonder des familles chrétiennes et à vous engager dans la société, ou à répondre à l'appel du Seigneur dans la vie sacerdotale ou la vie consacrée.
Vos patries et vos Eglises ont besoin de vous et vous appellent. Répondez donc à l'appel.
14. Aux familles
Bénie sois-tu, Famille, car Dieu t'a choisie pour être le berceau d'un amour et d'une vie qui puisent leur source dans la Trinité même, communion divine d'amour. Tu es le fondement de la société et de l'Eglise, son avenir est lié au tien. Tu es le rempart de la dignité de la personne, le milieu où s'épanouit la véritable liberté par le don, la fidélité et la véritable participation. C'est en ton sein que les enfants apprennent à croire et découvrent leur vocation.
Nous
saluons nos familles chrétiennes et les encourageons à marcher
sur les pas de la famille de Nazareth, soutenues par l'amour du Christ
pour son Eglise. Nous les invitons à persévérer dans
leur alliance d'amour et de fidélité, rejetant toutes les
formes de séparation, de divorce, de trahison et d'avortement.
Nous
sommes particulièrement heureux de savoir que des centres de préparation
au mariage se sont installés dans certains diocèses, et invitons
les familles d'une même paroisse à se retrouver pour se fortifier
les unes les autres et vivre une spiritualité conjugale sacramentelle.
15. Aux pauvres et aux opprimés
Du fait de la guerre, des exodes et d'une situation économique toujours plus difficile, votre nombre, chers pauvres, a grandi, ainsi que vos difficultés individuelles ou familiales. Ce serait trahir notre vocation que de vous ignorer, car les services spirituels et matériels qui vous sont dûs, sont des signes du Royaume. La sollicitude pour les pauvres est une constante de l'histoire de l'Eglise.
C'est pourquoi nous invitons toutes les institutions pédagogiques, hospitalières et sociales de l'Eglise, à accorder toujours plus d'importance au service des pauvres, des malheureux et des déplacés. Nous appuyons aussi toutes les associations de bienfaisance qui assurent un service de charité, assistent les pauvres et aident au développement de l'homme et des sociétés. Nous invitons aussi nos fils fortunés à investir leurs capitaux dans des projets de développement, ce qui serait une manière d'utiliser à bon escient leurs biens et d'aider leurs frères plus pauvres. A vous paroissiens, nous demandons également d'offrir toute aide possible aux pauvres, à l'image de la première communauté chrétienne (1 cor 16:1-4). Nous bénissons tous les acteurs sociaux, prêtres, religieux, religieuses, moines et laïcs, engagés au service des enfants, des orphelins, des vieux, des invalides, des handicapés, des malades, des prisonniers et autres fractions marginalisées pour qu'ils sentent et reconnaissent que l'amour du Christ n'exclut personne.
A ce sujet, nous rappelons aux fidèles qu'il est nécessaire de respecter les travailleurs étrangers, en particulier les employés de maison, d'être justes à leur égard, de respecter leur liberté et leurs droits essentiels.
V. Causes urgentes
16. La paix
La paix est malheureusement absente d'un certain nombre de nos pays. La guerre, la violence et divers conflits épuisent nos forces et les ressources que nous devrions mettre au service du progrès de nos peuples. Ils détruisent l'homme et ruinent son avenir. Nous aspirons à une paix juste et globale qui réparerait les injustices dont souffrent nos peuples et leur restaurerait leurs droits spoliés. Nous appelons à l'instauration de la paix et de l'entente au Soudan, en particulier.
Quant à la question palestinienne, qui est au cœur du conflit régional, nous formulons l'espoir qu'elle reçoive un règlement approprié afin que le peuple jouisse de sa pleine liberté et de l'indépendance de son pays, de manière à ce que le conflit israélo-arabe s'achève par une solution globale et définitive dans le Golan, au Liban-Sud et dans tous les pays arabes.
Cependant, nous élevons notre action de grâces à Dieu pour l'Eglise du Liban qui nous a entouré de son amour, pour la fraternité et l'esprit de dialogue positif dont le peuple du Liban fait preuve, pour la reconstruction que nous constatons après de longues années de guerre, et pour les efforts que les autorités civiles ont déployés et déploient toujours afin que le Liban retrouve une vie normale et remplisse à nouveau son rôle dans le concert des nations.
17. Les moyens d'information
Nous
saluons et encourageons ceux qui travaillent dans les médias de
tous ordres. Nous les pressons de rester objectifs et de demeurer des tribunes
de dialogue, de connaissance mutuelle et de rapprochement entre les hommes,
évitant tous les propos offensant les religions et les valeurs spirituelles,
humaines et morales.
Nous
encourageons ainsi les auteurs, éditeurs et artistes à
transmettre le patrimoine et la pensée chrétienne, et à
les mettre à la portée du plus grand nombre.
La liberté d'expression est, croyons-nous, un des droits fondamentaux de l'homme, et doit être garantie.
18. La nouvelle évangélisation
Nous
vous félicitons de la publication de la version arabe du livre de
«Catéchisme de l'Eglise Catholique», durant la tenue
du congrès. Nous espérons qu'elle sera accueillie avec la
même ferveur qui a marqué sa publication dans d'autres langues,
car ce texte expose de façon claire et concise l'enseignement de
l'Eglise sur les sacrements, les dix commandements et le Pater Noster.
Notre espoir se justifie pour deux raisons :
19. Nous remercions Dieu pour les grâces reçues durant ce congrès, et pour des rencontres et des moments passés ensemble. Selon le mot de l'Ecriture: «Voyez qu'il est bon, qu'il est doux d'habiter en frères tous ensemble» (Ps 133/1).
Nous exprimons à S.S. le Pape Jean Paul II l'expression de notre profonde gratitude, pour l'important message qu'il a adressé à notre congrès, et dans lequel il a exprimé son amour et son estime pour nos Eglises, et a tracé certaines de ses orientations à l'aube du troisième millénaire.
Notre congrès doit beaucoup au Conseil des Patriarches Catholiques d'Orient, aux efforts déployés par son Secrétariat Général, ainsi que par un grand nombre de ceux qui se sont dépensé depuis deux ans pour l'organiser: théologiens, conseillers, personnel administratif. Nous leur adressons nos remerciements, ainsi qu'à la Maison Notre-Dame du Mont, aux journalistes et aux services de sécurité libanais qui ont veillé au bon déroulement de nos travaux.
Conclusion
Chers frères et sœurs,
20. Le Seigneur a recommandé aux Apôtres, avant son Ascension, d'attendre l'Esprit: «Mais vous allez recevoir une force, celle de l'Esprit-Saint qui descendra sur vous. Vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre. Dans le Cénacle «tous d'un même cœur étaient assidus à la prière avec quelques femmes, dont Marie mère de Jésus, et avec ses frères» (Ac 1/14).
Nous avons également prié avec Marie, Notre-Dame des Apôtres, dans un Cénacle qui nous a tous réunis. L'Esprit-Saint s'est répandu à nouveau sur nous, pour que nous témoignions avec vous du Christ, alors que nous nous préparons à célébrer l'année prochaine le deux millième anniversaire de sa naisance à Bethléem. Cet événement nous tourne vers le passé, certes, mais c'est pour nous rappeler des grâces dont le Seigneur nous a fait don, et pour répéter avec le psalmiste:
«Voici le jour que fit Yahvé pour notre allégresse et joie» (Ps. 117/24).
Nous nous souvenons de l'Economie du Salut et de la grâce du Père, qui nous a envoyé son Fils, modifiant le cours de l'histoire, élevant l'homme au rang de la filiation divine. Le Grand Jubilé nous conduit, personnes et Eglises, à redécouvrir notre relation avec le Seigneur, et à réaliser l'amour profond de Dieu qui nous a envoyé son Fils bien-aimé. «Pour que nous ayions la vie et que nous l'ayions en abondance», répétons avec la Vierge Marie: «Mon âme exalte le Seigneur et mon esprit tressaille de joie en Dieu mon sauveur, car le Tout-Puissant a fait pour moi des merveilles» (Lc 1/46).
Avec
le Grand Jubilé, que nous célébrerons avec l'Eglise
universelle tout au long d'une année entière, nous avons
une occasion propice pour un repentir sincère qui se traduirait
par un retour à Dieu et un pardon mutuel, les uns aux autres, par
un enracinement plus profond dans le Christ, qui est le chemin, la Vérité
et la Vie. Vivant de son Esprit, nous nous en inspirerons pour nous renouveler
et témoigner de lui, fermes dans la foi, joyeux dans l'espérance,
solidaires dans l'amour.
«La
grâce du Seigneur Jésus-Christ, l'amour de Dieu et la communion
du Saint-Esprit soient avec vous tous!» (2
Co 13/13).