Huit ans déjà passés sur la formation du Conseil des Patriarches Catholiques d’Orient et sur la publication de quatre Lettres Pastorales communes. Ces lettres ont été comme autant de piliers fondamentaux pour un travail pastoral commun, pour une franche ouverture œcuménique et pour un dialogue constructif avec les musulmans. Ceci, afin d’établir une société orientale basée sur l’ouverture, la compréhension et le respect mutuel.
Nous sommes maintenant au seuil du troisième millénaire du Christianisme, depuis la naissance du Seigneur Jésus en cet Orient où "le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, gloire du Fils unique du Père, plein de Grâce et de Vérité" (Jn 1/14).
Dans une réunion exceptionnelle tenue au siège du Patriarcat Maronite à Bkerké, le 7/2/1997, le Conseil des Patriarches a exprimé son désir de tenir le 1er Congrès de tous les Patriarches et Evêques Catholiques du Moyen - Orient. Et durant la 7ème réunion du Conseil, tenue en Alexandrie du 19 au 25/10/1997, leurs Béatitudes ont décidé de tenir ce 1er Congrès au Liban du 9 au 22 Mai 1999.
Dans une seconde réunion exceptionnelle, tenue à Bkerké pour le même motif, il a été formé un Comité Préparatoire groupant, autour du Secrétaire Général, un certain nombre d’Evêques théologiens et qui représentent les Sept Eglises Catholiques, afin de préparer le "livre des Axes Fondamentaux du Congrès".
Leurs Béatitudes ont choisi pour titre à leur Congrès: "Je suis venu pour qu’ils aient la vie, et qu’ils l’aient en abondance" (Jn 10/10). Ils l’ont voulu une suite au Synode pour l’Asie et le couronnement des différents Synodes pastoraux, comme le Synode pour le Liban, pour la Terre-Sainte, pour l’Iraq et pour l’Egypte, et pour diffuser leurs Lettres Pastorales, afin de répondre au désir du Souverain Pontife et comme une préparation spirituelle à franchir le seuil du troisième millénaire.
Le Comité Préparatoire a tenu plusieurs réunions et il a préparé le "Livre des Axes fondamentaux du Congrès". Celui-ci est numéroté numériquement; et il est composé d’une Introduction, de Trois Chapitres et d’une Conclusion, avec un questionnaire pour chaque chapitre.
"La feuille de travail" que les Patriarches et Evêques Catholiques d’Orient vont étudiés, s’appuie premièrement sur les réponses données aux questionnaires, en plus d’autres sujets qui seront proposés par les membres participants. Le texte des "Axes" n’est qu’un point de départ pour la réflexion. Aussi, le Secrétariat Général de l’Assemblée des Patriarches Catholiques d’Orient et le Comité Préparatoire prient tous les participants de bien vouloir faire ce qui suit:
Ils mettent ce travail sous la direction et l’inspiration du Saint - Esprit, par l’intercession de la toute Sainte Mère de Dieu, la Vierge Marie.
Secrétaire Général
1. "Père [...] la vie éternelle, c'est qu'ils te connaissent, toi, le seul véritable Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ" (Jn 17, 3). Tout homme aspire à cette vie car, au plus intime de notre être, nous tendons vers l'Absolu de Dieu, pour le connaître et nous unir à lui: "Dieu, tu nous a faits pour toi, et notre cœur est sans repos tant qu'il ne se repose en toi".
Cette finalité, l'humanité y est parvenue en perfection le jour où la seconde hypostase de la Sainte Trinité devint homme à notre ressemblance: "Mais quand vint la plénitude du temps, Dieu envoya son Fils, né d'une femme" (Ga 4, 4). En Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, Fils unique de Dieu dans la divinité, et fils de Marie dans l'humanité, de même nature que le Père, "semblable en tout à l'homme à l'exception du péché (cf. He 4, 15), le rapprochement intime entre Dieu et l'Humanité s'est accompli, l'éternité s'est introduite dans notre monde et l'a vivifié de l'intérieur: "Moi, je suis venu pour qu'on ait la vie et qu'on l'ait surabondante" (Jn 10, 10).
2. Au seuil du troisième millénaire, ces vérités résonnent dans notre conscience à nous Chrétiens, fils de l'Orient. "Le Verbe s'est fait chair" (Jn 1, 14) sur notre terre. En Lui, nous avons vu de nos yeux le Fils unique, "Verbe de vie" et image du père invisible. Les mains l'ont touché et les oreilles l'ont entendu (cf. 1 Jn, 1, 1-2). En Lui, les cœurs et les esprits ont contemplé celui par qui tout fut et sans qui rien ne fut (cf. Jn 1, 1-3). Ils l'ont aimé et ont cru en lui. En Orient aussi, l'Eglise du Christ est née et a été formée par le Saint-Esprit Vivifiant. Elle s'est alors lancée jusqu'aux confins de la terre, lumière du monde et levain de vie divine. Ses fils ont porté partout la grande Nouvelle du Salut: "La vie s'est manifestée, nous l'avons vue, nous en rendons témoignage et nous vous annonçons cette Vie éternelle, qui était tournée vers le Père et qui nous est apparue. Ce que nous avons vu et entendu, nous vous l'annonçons, afin que vous aussi soyez en communion avec nous. Quant à notre communion, elle est avec le Père et avec son Fils Jésus-Christ" (1 Jn 1, 2-3).
3. Les vestiges de lieux de culte et de couvents anciens répandus dans toutes les régions de notre cher Orient, la multitude de nos Eglises selon la diversité de nos confessions et de leur antique patrimoine spirituel et théologique auquel l'Eglise Universelle continue à faire appel, comme à ses racines et à ses authentiques principes, témoignent de l'épanouissement du christianisme naissant, de sa vitalité et des diverses formes de la perception qu'elle avait de la vérité de son Dieu et de l'adoration qu'elle lui témoignait. Il y a les Eglises syriaques orientale et occidentale, les Eglises byzantine, copte, arménienne et latine. Tous les milieux qui ont transmis ces patrimoines ont connu des périodes de grande production intellectuelle et artistique et de large expansion ainsi que des jours de persécution et de régression. Actuellement, ces communautés, dans leur ensemble, se présentent sous forme de minorités inquiètes pour leur avenir. Et ce qui les peinent surtout, ce sont leurs divisions et les séquelles laissées dans les âmes par les vieux antagonismes qui ont éloigné leurs fils les uns des autres.
Nos Eglises catholiques orientales sont actuellement: l'Eglise copte catholique d'Alexandrie, les Eglises antiochiennes syriaque, maronite, et grecque melkite catholique, l'Eglise chaldéenne de Babylone, l'Eglise arménienne catholique de Cilicie et l'Eglise latine de Jérusalem.
4. La situation de nos églises serait semblable à ce que les gens ont vu lors de la venue salvatrice de Dieu: effacement, apparences de faiblesse humaine voilant la force de vie divine qui élève jusqu'à Dieu le monde entier ainsi que celui à qui elle a été donnée. Les chrétiens ont été greffés par le sacrement du baptême sur le tronc originel qui est le Christ, Dieu fait homme. Ils sont alors devenus ses compagnons dans la mort et la résurrection. La parole du Seigneur: "Je suis venu jeter un feu sur la terre, et comme je voudrais que déjà il fût allumé!" (Lc 12, 49), se rapporte au feu de l'Amour divin dont la grandeur s'est manifestée et répandue parmi nous, lorsque le Christ a rendu l'esprit sur la croix. Depuis, la voie est ouverte devant nous, non seulement pour que nous retournions purifiés au Paradis, mais aussi pour que nous pénétrions, par la puissance de l'Esprit Saint, à l'intérieur même de l'Essence divine de la Sainte Trinité afin d'y être, "par adoption" (cf. Ga 4, 5; Ro 8, 15), les fils de Dieu dans le Fils unique Jésus-Christ: "De cette communion, l'Eglise est appelée à être le signe transparent, puisque son modèle divin demeure en elle fidèlement. C'est pourquoi, elle en est aussi la servante et la Sainte Trinité est sa fin". Dans le même but, le Christ a voulu que son Eglise soit, partout, une braise d'Amour divin et de vie dont la beauté resplendit dans le rayonnement des valeurs évangéliques qui font de l'homme un être parfait "comme le Père céleste est parfait" (cf. Mt 5,48). Et nul ne peut parvenir à cette plénitude que par la puissance de l'Esprit Saint (cf. Ro 7/14-24).
5. Dieu nous a placés, nous, chrétiens de cet Orient catholique, "dans les mêmes pays et dans l'unique champ du Seigneur. Nous désirons avoir une action unique et un témoignage commun, avec la pluralité et la diversité de nos traditions, pour la gloire de Dieu qui nous a tous envoyés dans sa même vigne". Quelles que soient les difficultés que nous rencontrons, la joie continue à nous motiver parce que la grandeur de notre mission n'admet pas que nous l'abandonnions. C'est pourquoi, nos Eglises ne sont pas pour leurs fidèles, des ilôts ou "un corps étranger" qui vit en marge du cheminement de l'histoire. Au contraire, elles sont des Eglises vivantes qui se meuvent au sein des actions et réactions mondiales et régionales. Elles en subissent les influences mais y laissent aussi leurs empreintes. Nos communautés chrétiennes trouvent leur milieu naturel dans la pâte humaine, où elles sont en interaction continue avec Dieu, avec elles-mêmes et avec leur environnement. Mais nous ne sommes pas les seuls à porter cette responsabilité et nous souhaitons la poursuivre avec nos frères des autres Eglises présentes dans la région, pour qu'ensemble, avec eux et avec tous ceux qui répondront positivement aux inspirations de l'Esprit Saint, nous soyons unis au service de la vie divine et de sa propagation. Afin d'avoir une vision claire de ce service, nous nous arrêterons, pour en méditer le contenu et donner notre avis à leur propos, sur les chapitres suivants:
1. Le Christ: vie du croyant.
2. Le Christ: vie de l'Eglise.
3.
Le Christ: vie de l'homme et de la société.
Le Christ, vie du croyant
Pour nous, la vie c'est le Christ. Et c'est l'Esprit, qui nous aide à réaliser cette vie dont les sources, bases et moyens stables sont l'action de l'esprit dans chaque fidèle grâce aux manifestations de "la Parole" dans les créatures, l'histoire et la conscience humaine, dans la Parole écrite de Dieu, la tradition apostolique, la prière liturgique, la prière individuelle et communautaire, les sacrements et les actes de charité et de piété chrétiennes.
6. "Car Christ est ma vie" (Ph 1, 21). L'essence du dogme, de la morale et de l'espérance chrétiennes consiste en ceci que "le don gratuit de Dieu, c'est la vie éternelle en Jésus-Christ notre Seigneur" (Rm 6, 23), qui est "le chemin, la vérité et la vie" (Jn 14, 6). Comme le dit Saint Paul, notre but c'est de "le connaître, lui [le Christ] avec la puissance de sa résurrection, et la communion à ses souffrances, lui devenir conforme dans sa mort, afin de parvenir, si possible, à ressusciter d'entre les morts" (Ph 3,10-11) et de saisir "l'insondable richesse du Christ" (Ep 3, 8). C'est lui qui conduit les fidèles et leur donne d'accéder" au plein épanouissement de l'intelligence qui leur fera pénétrer le mystère de Dieu dans lequel se trouvent cachés tous les trésors de la sagesse et de la connaissance" (Col 2, 2-3).
7. Cette connaissance n'a lieu que dans l'Esprit Saint qui est la source de notre foi: "nul ne peut dire: "Jésus est Seigneur" s'il n'est avec l'Esprit Saint" (1 Co 12,3). Celui-ci est à l'origine de tous ceux qui sont nés de Dieu (cf. Jn 3, 5) et tout acte de salut est de lui. L'incarnation du "Verbe" fut son œuvre (cf. Lu 1, 35). Il a accompagné Jésus, a guidé ses pas et l'a soutenu dans sa marche, son baptême (cf. Mc 1, 9-10), sa prière (cf. Lc 10, 21), sa prédication (cf. Mt 12, 18), lorsqu'il a affronté et chassé les esprits impurs (cf. Mc 1, 12-13 et Mt 12, 28), quand il a fait des miracles (cf. Lc 4, 14-22) et quand il est ressuscité d'entre les morts (Ro 1, 4).
Il est aussi présent dans l'Eglise dont la naissance est son œuvre (cf. Jn 20, 22-23; Ac 2,1,4), et dans laquelle il est le don de Dieu "sans mesure" (Jn 3, 34) pour qu'elle aille jusqu'aux extrémités de la terre (cf. Ac 1, 8; 2,17; 8, 26...) vers tous les peuples (cf. 10, 44). Il en a confirmé la mission en l'inspirant (cf. Ac 2, 4) et lui donnant d'accomplir des miracles (cf. Ac 5, 15). Il est la source de la joie intérieure (cf. Ac 13, 52) qui conforte les martyrs (cf. Ac 5, 20; 10, 20). Tout don tire de lui et son existence et son efficacité (cf. 1 Co 12).
L'Esprit nous rappelle tout ce que Jésus a dit: "Quand il viendra, lui, l'Esprit de vérité, il vous introduira dans la vérité toute entière; car il ne parlera pas de lui-même, mais ce qu'il aura entendra, il le dira et il vous dévoilera les choses à venir. Lui me glorifiera, car c'est de mon bien qu'il recevra et il vous dévoilera. Tout ce qu'a le Père est à moi; voilà pourquoi j'ai dit que s'est de mon bien qu'il reçoit et qu'il vous le dévoilera". (Jn 16,13-15). Plus nous nous conformons à ses désirs, plus nous nous rapprochons du jour où "nous serons semblables [à Dieu] parce que nous Le verrons tel qu'Il est" (1 Jn 3, 2; cf. 1 Co 13, 2). L'œuvre de divinisation suppose de la part de chacun de nous une volonté sincère et une capacité véritable d'écouter ce que l'Esprit dit aux Eglises et de les mettre en pratique: "Puisque l'Esprit est notre vie, que l'Esprit nous fasse agir" (Ga 5, 25) afin qu'il nous transforme "d'hommes charnels "qui sont toujours des "enfants dans le Christ" en "hommes spirituels" (1 Co 3, 1).
Les manifestations du Verbe
8. Le Saint-Esprit œuvre en nous et nous donne la vie à travers les diverses manifestations de Dieu, tout d'abord et principalement à travers les créatures: "Les cieux racontent la gloire de Dieu, et l'œuvre de ses mains firmament l'annonce. Le jour au jour en publie le récit, et la nuit à la nuit transmet la connaissance" (Ps 19, 2-3). "La grandeur et la beauté des créatures font, par analogie, contempler leur Auteur" (Sg 13, 5). Les créatures ne sont pas de simples reflets de la puissance et de la grandeur divines; elles témoignent aussi de la nature de la relation entre les hommes et leur Créateur. Le (ou les) auteur(s) des premiers chapitres de la Genèse ont contemplé attentivement la création et ont pu, à partir de leur foi en la bonté du Seigneur, se rendre compte à quel point l'homme, dès sa naissance, est loin de Dieu. De même, il a pu, poussé par le Saint-Esprit et soutenu de sa force, affirmer la supériorité de l'homme sur toutes les créatures, et consolider, dans une perspective de complémentarité, la commune dignité du couple humain. Il a de même conclu, d'après ce qu'il a constaté dans le concret de la vie, que le Seigneur a confié à la race humaine la responsabilité de l'avenir de la création. Et aujourd'hui, le chrétien prend au sérieux les découvertes scientifiques actuelles cherchant à y relever le bien qui pourrait augmenter la connaissance qu'il a de Dieu et de ses desseins concernant l'univers. Parallèlement, il avertit du danger qui pourrait résulter d'un mauvais usage de ces découvertes: "La recherche méthodique, dans tous les domaines du savoir, si elle est menée d’une manière vraiment scientifique et si elle suit les normes de la morale, ne sera jamais réellement opposée à la foi: les réalités profanes et celles de la foi trouvent leur origine dans le même Dieu".
9. Le Verbe Eternel se fit chair et entra dans notre histoire. "Il est venu chez lui, et les siens ne l'ont pas accueilli. Mais à tous ceux qui l'ont accueilli" (Jn 1, 11-12) cela a été donné d'en haut (cf. Mt 16, 17). Dans l'Ancien Testament, Dieu a envoyé les Pères et les prophètes pour qu'ils préparent la voie au Christ Sauveur. Dans le Nouveau, nous nous sommes assurés de la venue de ce Christ Sauveur qui est notre Seigneur et Dieu Jésus-Christ. Ce Nouveau Testament relate aussi les débuts de l'Eglise qui poursuit la mission du Christ Lui-même. "Elle était auparavant caché, silencieuse et proclamée par d'invisibles mystères. Mais lorsqu'elle s'est manifestée, elle s'est mise à expliquer les mystères". Nous assistons aujourd'hui, face aux petits comme aux grands événements de l'histoire individuelle ou communautaire, aux semences préparatrices du retour du Christ, quand "Dieu sera tout en tous" (1 Co 15, 28).
A travers la conscience morale
10. "Au fond de sa conscience, l'homme découvre une loi qu'il ne s’est pas donnée lui-même mais à laquelle il est tenu d’obéir. La voix qui ne cesse de le presser d’aimer et d’accomplir le bien et d’éviter le mal au moment opportun résonne dans l'intimité de son cœur". "Chacun est tenu de suivre cette loi qui résonne dans la conscience et qui s'accomplit dans l'Amour de Dieu et du prochain. L'exercice de la vie morale atteste la dignité de la personne". Et selon cette loi, l'Eglise nous incite à écouter la voix de notre conscience en tout temps, et surtout lorsque nous nous approchons du sacrement de l'Eucharistie: "Fais retours à ta conscience, interroge-la [...]. Retournez frères, à l'intérieur et en tout ce que vous faites, regardez le témoin, Dieu".
Mais, vu les influences négatives que l'homme subit et la force des tentations, la conscience est trouble et peut se déformer. "Ce n'est toutefois que par le secours de la grâce divine que la liberté humaine, blessée par le péché, peut s'ordonner à Dieu d'une manière effective et intégrale". "Les fidèles du Christ, pour se former la conscience, doivent prendre en sérieuse considération la doctrine, sainte et certaine, de l'Eglise". "Dans la formation de la conscience, la Parole de Dieu est la lumière sur notre route; il nous faut l'assimiler dans la foi et la prière, et la mettre en pratique. Il nous faut encore examiner notre conscience au regard de la Croix du Seigneur. Nous sommes assistés des dons de L'Esprit-Saint, aidés par le témoignage ou les conseils d'autrui et guidés par l'enseignement autorisé de l'Eglise". Le Seigneur Jésus-Christ reste pour le croyant la seule référence, l'unique exemplaire vivant et le modèle le plus parfait: "Montrez-vous mes imitateurs, comme je le suis moi-même du Christ" (1 Co 11,1) et "ayez entre vous les mêmes sentiments qui sont dans le Christ Jésus" (Ph 2, 5).
Face aux idées qui se répandent et face à certains comportements, nous sommes contraints d’avouer que nos contemporains sont "désorientés dans le domaine éthique même en ce qui concerne les valeurs fondamentales [...]. Un test s’impose pour les fils de l'Eglise: à quel point ne sont-ils pas eux-mêmes atteints par l'atmosphère de sécularisme et de relativisme éthique? Et quelle part de responsabilité ne doivent-ils pas se reconnaître, eux aussi, face à la progression de l'irréligion, parce qu'ils n'ont pas manifesté l'authentique visage de Dieu".
A travers la Parole écrite de Dieu
11. "Ce n’est pas de pain seul que vivra l'homme, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu" (Mt 4, 4). Cette parole est le Christ, parole de Dieu incarné dont l'impact, les œuvres et les sermons ont été consignés dans le Nouveau Testament: "Après avoir, à maintes reprises, et sous maintes formes, parlé jadis aux Pères par les prophètes, Dieu, en ces jours qui sont les derniers, nous a parlé par le Fils, qu'il a établi héritier de toutes choses, par qui aussi il a fait les siècles" (He 1, 1-2). Le Nouveau Testament était présent dans l'Ancien sous forme de prophéties et d'images imparfaites dont le sens véritable a été clarifié par le Christ en qui se dévoile la véritable connaissance de Dieu.
L'approfondissement de la Sainte Bible en la totalité de cette dernière, constitue la meilleure manière pour comprendre le Christ et sa mission. Et c'est à cette méthode que le Seigneur a eu recours quand Il est apparu après sa résurrection aux deux disciples d'Emmaûs. La profondeur de leur tristesse à cause de Sa mort les avait empêchés de le reconnaître. Il leur dit alors: "O cœurs sans intelligence et lents à croire à tout ce qu'ont annoncé les prophètes! Ne fallait-il pas que le Christ endurât ses souffrances pour entrer dans sa gloire? Et commençant par Moïse et parcourant tous les prophètes, il leur interpréta, dans toutes les Ecritures, ce qui le concernait" (Lc 24, 25-27). Les Livres Saints ont été entièrement écrits sous l'inspiration du Saint-Esprit. Et Dieu a choisi pour la rédaction de ces Livres des personnes "en leur laissant l'usage de leurs facultés et de toutes les ressources, pour que, lui-même agissant en eux et par eux, ils transmettent par écrit, en auteurs véritables, tout ce qu’il voulait et cela seulement". L'Ecriture Sainte, lue selon les directives de l'Eglise, est le premier maître et enseignant du chrétien dont elle est le guide et à qui elle donne de connaître le Christ pour qu’il l'imite et mette ses commandements en pratique. "Ignorer les Ecritures Saintes, C'est ignorer le Christ". L'étude des Saintes Ecritures devrait constituer l'essence des études théologiques, des sermons, de l'enseignement et de la culture chrétienne toute entière. Les évêques, prêtres et diacres, gardiens de la foi, sont les maîtres de l'instruction chrétienne. Il est de leur devoir de se former à l'usage authentique des livres divins, notamment ceux de l'Ancien Testament mais en premier lieu, ceux des Evangiles. Ils devront présenter aux fidèles les Livres Saints dans des traductions reconnues par l'Eglise et suffisamment annotées, de façon à ce que les fidèles puissent prendre connaissance de la révélation divine en toute confiance, et y trouver la nourriture spirituelle requise. Ainsi, la rectitude de la foi informera tous les domaines de leur vie chrétienne. La parole de Dieu contient en elle-même une force propre qui, où qu'elle s'exerce, accomplit son œuvre: "Comme la pluie et la neige descendent du ciel et n'y retournent pas, qu'elles n'aient abreuvé et fécondé la terre, et qu'elles n'aient donné la semence au semeur, et le pain à celui qui mange; ainsi en est-il de ma parole qui sort de ma bouche, elle ne revient pas à moi sans effet, mais elle exécute ce que j'ai voulu, et accomplit ce pour quoi je l'ai envoyée" (Is 55, 10-11).
A travers la tradition apostolique
12. Les générations croyantes commémorent toujours selon une tradition continue, la "mémoire vivante du ressuscité, que les apôtres ont rencontré et dont ils ont témoigné". La pierre angulaire de cette tradition est encore les Saintes Ecritures qui conduisent les fidèles sur les chemins de la vérité et de la vie. La vraie garantie de l'authenticité et du renouvellement de cette tradition dans l'aujourd'hui de l'histoire est le Saint-Esprit et la fidélité à la communion Ecclésiale.
La tradition apostolique chrétienne suppose un respect absolu du moindre mot et de toute lettre de la Sainte Bible. Face à cette dernière, elle est à la fois fidèle et créative. Elle en exprime le contenu tout en lui adjoignant un nouvel approfondissement, fonction de l'évolution et de la réflexion des temps. Les communautés croyantes enrichissent ainsi la culture de leurs peuples et y greffent de l'intérieur des aspirations et des perspectives qui servent l'humanité entière et toute personne humaine. Il se trouve que nos Eglises orientales ont la chance de jouir d'une connaissance intime du mystère de Jésus-Christ et, au long des générations, d'une complémentarité d'expression de ce mystère en de multiples patrimoines culturels qui ne cessent de se renouveler avec le renouvellement même de la vie: "C'est dans notre Eglise locale que nous avons été appelés par le Christ pour être membres de son corps, et c'est en elle que nous sommes envoyés aux habitants de ce même lieu. Nos traditions ecclésiales incarnent, dans la chair et l'histoire de chacune de nos Eglises, l'unique mystère de la Tradition de la foi reçue des apôtres; elles constituent les formes particulières, adaptées à chaque culture, sous lesquelles le même mystère du salut des hommes est manifesté, actualisé et communiqué. Or la merveille de l'Esprit-Saint dans l'histoire des hommes et des cultures est de donner corps au Verbe de Vie, de le manifester dans la chair de toute culture, d'actualiser son œuvre de salut et de tout mettre en Communion avec le Père dans le Corps du Christ. C'est cette merveille qu'il réalise en chacune de nos Eglises, dans le plein respect de son identité humaine".
Personne, aucun peuple et aucun patrimoine ne peut épuiser la richesse infinie de la Parole de Dieu. Elle est pour toutes les générations une réserve à jamais intarissable.
A travers la prière liturgique
13. Les prières liturgiques sont les prières de l'Eglise, c'est-à-dire les prières de la communauté des croyants en Jésus-Christ qui ont été baptisés au nom de la Sainte Trinité. En elles, les sentiments de l'orant s'amalgament à ceux de son Eglise. Il lui emprunte ses mots et s'associe aux demandes, suppliques et remerciements de ses fils, morts et vivants. Grâce à l'Esprit - Saint, il se présente avec eux, devant le Père, comme fils par adoption dans le Fils unique par nature, Jésus Christ. C'est pourquoi, quel que soit le langage de nos rites et leur valeur littéraire, ils constituent la plus belle de nos rencontres avec Dieu car ils sont la prière du Corps mystique du Christ Lui-Même.
La liturgie comprend les prières de la messe et du rituel de tous les sacrements. Elle est en Jésus Christ la vie du croyant et celle de toute l'Eglise. Elle se développe autour du mystère pascal de la vie du Seigneur en sa mort et sa résurrection. Elle invite le croyant à y pénétrer et à en vivre tout au long de l'année liturgique. Le lieu habituel de célébration de ce mystère est l'église paroissiale, la "maison" de la communauté croyante dans son cheminement vers le Seigneur Dieu. Les textes de l'Ecriture sont lus et expliqués aux croyants durant la prière liturgique qui a ses propres lois. Celles-ci sont basées sur d'antiques traditions qui s'enrichissent et s'approfondissent continuellement car elles sont toujours vivantes. L'ont sait que la prière liturgique a toujours été le cadre vivant à l'intérieur duquel les générations successives se sont transmises le dépôt de la foi et l'ont fait croître dans le cœur des fidèles. La liturgie atteint sa perfection dans la prière eucharistique au cours de laquelle le croyant s'unit au Christ, en partage la vie, la mort et la résurrection, et s'offre avec lui au Père pour la paix du monde.
A travers la prière individuelle et communautaire
14. La prière est la rencontre personnelle entre l'homme et son Créateur. Elle est un don gratuit de la part de Dieu. Le fondement en est l'humilité "car nous ne savons que demander pour prier comme il nous faut; mais l'Esprit lui-même intercède pour nous en des gémissements ineffables, et Celui qui sonde les cœurs sait quel est le désir de l'Esprit et que son intercession pour les saints correspond aux vues de Dieu" (Rm 8, 26-27). La prière sous toutes ses formes, s'apprend dans la famille et la paroisse, à l'école des grands hommes de prière dont ne manquent ni l'Eglise ni notamment l'Orient chrétien et l'Orient en sa totalité. La vie érémitique et monastique chrétienne a vu le jour dans nos régions. Les ermitages et couvents remplissaient nos montagnes et nos vallées et les déserts en ont été peuplés. Nombreuses sont les personnes pieuses qui en ont la nostalgie: "L'homme oriental est un homme qui prie. Il se tient devant son Dieu, pour le meilleur et pour le pire, dans un dialogue continu qui glorifie Dieu, purifie le cœur et renouvelle la vie".
Les générations d'aujourd'hui penchent pour la prière com-munautaire. Le Seigneur n’a-t-il pas dit: "Que deux ou trois soient réunis en mon nom, je suis là au milieu d'eux" (Mt 18, 20). Cette orientation constitue le point de départ d'une saine relation avec Dieu et les frères, relation qui nous mérite de nous présenter ensemble devant Dieu et de réciter en chœur et en toute sincérité la prière que le Seigneur nous a apprise.
"Quelle qu'en soit la nature ou la manière, la prière demeure la plus noble présence chrétienne". "La source originelle en est la Sainte Bible à laquelle elle se rattache par les liens les plus forts parce qu'elle est la Parole de Dieu révélée par le Saint-Esprit. C'est à lui que nous nous adressons quand nous prions; c'est lui que nous écoutons quand nous écoutons, quand nous lisons les oracles divins". Aussi, la lecture priée et méditée de la Sainte Bible devient un dialogue entre Dieu et l'homme.
A travers les sacrements de l'Eglise
15. L'Eglise est semblable à son fondateur, notre Dieu et Seigneur Jésus-Christ. Comme lui, elle jouit d’une double dimension à la fois humaine et divine. Elle est le prolongement du Christ dont elle assure la présence du mystère dans le monde, ce mystère de l'union des hommes avec leur Dieu et celui de leur entrée dans la Sainte Trinité. A cette fin, le Seigneur l'a dotée de multiples moyens qui accompagnent le croyant dans toutes les étapes de sa marche sur terre et lui donnent comme gage de communion à la gloire totale du Christ, la participation à ses souffrances et à sa résurrection.
Ces moyens sont les sacrements qui sont une puissance qui élève le croyant au niveau de la vie divine. Leur source est la tête de l'Eglise, le Christ à la vitalité, duquel participe chacun des membres du Corps mystique. Les sacrements tirent leur efficacité de l'Esprit-Saint, ce souffle de l'Amour divin qui relie les personnes de la Sainte Trinité en une unité indivisible, et qui livre le Fils unique afin qu’en celui-ci, le monde et Dieu soient réconciliés et que les hommes aient la vie éternelle (cf. Jn 3, 16).
A travers le sacrement de l'Eucharistie
16. Ces sacrements sont: le baptême, la confirmation, l'eucharistie, la pénitence, l'onction des malades, le mariage et le sacerdoce. Ils trouvent leur accomplissement dans leur troisième, le sacrement de l'Eucharistie qui constitue la source et le sommet de la vie chrétienne: " Notre Sauveur, à la dernière Cène, la nuit où il était livré, institua le sacrifice eucharistique de son Corps et de son Sang pour perpétuer le sacrifice de la croix au long des siècles, jusqu'à ce qu'il vienne, et en outre, pour confier à l'Eglise, son épouse bien-aimée, le mémorial de sa mort et de sa résurrection: sacrement de l'amour, signe de l'unité, lien de la charité, banquet pascal dans lequel le Christ est mangé, l'âme est comblée de grâce, et le gage de la gloire future nous est donné". "La communion de vie avec Dieu et l'unité du Peuple de Dieu, par lesquelles l'Eglise est elle-même, l'Eucharistie les signifie et les réalise. En elle se trouve le sommet à la fois de l'action par laquelle, dans le Christ, Dieu sanctifie le monde, et du culte qu'en l'Esprit Saint, les hommes rendent au Christ et, par Lui au Père". "Or les sacrements, ainsi que tous les ministères ecclésiaux et les tâches apostoliques sont liés et ordonnés à l'Eucharistie. Car la Sainte Eucharistie contient tout le trésor spirituel de l'Eglise, c'est-à-dire le Christ lui-même, lui notre Pâque ". Ainsi, les sacrements et notamment l'Eucharistie, sont "le sommet de l'union des hommes avec le Christ".
Dans le sacrement de l'Eucharistie, la réconciliation entre Dieu et l'homme est consolidée, car l'Eglise communie à son maître et intercède avec lui, auprès du Père, en faveur des hommes. Cette réconciliation se manifeste particulièrement dans l'amour que les hommes portent les uns aux autres et dans leur solidarité quotidienne au service des petits de ce monde: "Tu as goûté au Sang du Seigneur et tu ne reconnais même pas ton frère. Tu déshonores cette table même, en ne jugeant pas digne de partager ta nourriture celui qui a été jugé digne de prendre part à cette table. Dieu t'a libéré de tous tes péchés et t'y a invité. Et toi, pas même alors, tu n'es devenu plus miséricordieux".
A travers les œuvres de charité et de piété chrétiennes
17. Jésus-Christ a aimé les petits et les pauvres. Aussi, l'Eglise a-t-elle elle aussi, aimé les pauvres, les faibles, les opprimés et les a soutenus. Sans doute, les "faibles" de ce monde, aussi bien sur le plan spirituel (les pécheurs; cf. Lc 15, 1-31) que sur le plan matériel (les pauvres; cf. Lc 10, 29-37) occupent une place particulière dans le cœur de Dieu. S'ils sont conscients de leur misère et implorent la paix, alors heureux sont-ils car le royaume des cieux est à eux (Mt 5, 3 les pauvres en esprit; Lc 6, 20, les pauvres). Quiconque les accueille et les console, aura accueilli et consolé le Christ Seigneur. La société chrétienne et la vraie civilisation humaine ont pour bases le souci des "petits" de ce monde, tout comme la famille dont les membres s’aiment, se rassemble autour du plus faible de ses membres. Selon la mesure de ce souci nous serons évalués au jour du jugement (cf. Mt 25, 31-46).
18. De ce qui précède, certains pourraient conclure que la charité concrète se limite aux œuvres de bienfaisance alors que celles-ci ne sont que des manifestations parmi d'autres de l'engagement chrétien. De fait, à l'instar de toutes les religions, nous considérons le jeûne, la prière et l'aumône parmi les piliers du véritable patrimoine spirituel sur lesquels se fonde la véritable foi. Ces trois piliers sont en parfaite unité entre eux: le croyant tire de la prière la force pour accomplir toute bonne œuvre (cf. Jos 4, 1-3); de même, le jeûne et l'aumône, de par la fatigue et le sacrifice qu'il comportent, donnent plus de force à la prière. Dans nos Eglises orientales, l'homme se prépare à célébrer les principales fêtes liturgiques par la pratique de la prière, du jeûne et des œuvres de bienfaisance.
Ces trois actes de piété, pour être valables, exigent comme condition principale la sincérité et l'absence de duplicité. Car celui qui jeûne, prie et fait l'aumône pour être vu des hommes, perd sa récompense auprès de Dieu (cf. Mt 6, 1-21). La sincérité se manifeste quand nos œuvres de piété s'inscrivent dans le cadre d'un effort spirituel global: "la prière émane de la douceur et de la non-violence. Elle est le fruit de la joie, de la reconnaissance et du refus de la tristesse et du désespoir [...]. Va et vends tout ce que tu possèdes et donne-le aux pauvres, puis porte ta croix et renie-toi pour que tu puisses prier loin de tout mal" . Parmi les textes de l'Ecriture les plus clairs, en ce domaine, s'inscrit, le cri d'Isaïe le Prophète: "Vous jeûnez pour vous livrer aux querelles et aux disputes, pour frapper du poing méchamment. Vous ne jeûnerez pas comme aujourd'hui si vous voulez faire entendre votre voix là-haut. Est-ce là le jeûne qui me plaît, le jour où l'homme se mortifie? Courber la tête comme un jonc, se faire une couche de sac et de cendre, est-ce là ce que tu appelles un jeûne, un jour agréable à Yahvé? [...] Que m'importent vos innombrables sacrifices dit Yahvé. Vos néoménies, vos réunions, mon âme les hait; [...] elles me sont un fardeau que je suis las de porter. Quand vous étendez les mains, je détourne les yeux. Vous avez beau multiplié les prières, moi je n'écoute pas: vos mains sont pleines de sang. Lavez-vous, purifiez-vous! Otez de ma vue vos actions perverses! Cessez de faire le mal, apprenez à faire le bien! Recherchez le droit, redressez le violent, faites droit à l'orphelin, plaidez pour la veuve. [A ce moment] si vos péchés seraient comme l'écarlate, comme neige ils blanchiront, quant ils seraient rouges comme la pourpre, comme laine ils deviendront" (Is 58, 4-5, 10-11, 14-18).
19.
Notre ère témoigne d'une grande soif chez les croyants de
l'Eglise pour une connaissance personnelle du Christ fondée sur
l'écoute de Sa parole, l'approche de ses sacrements et une vie,
en toute sincérité et sans hésitation, conforme à
ses préceptes. Cette aspiration s'accompagne d'un effort remarquable
de la part des responsables de l'Eglise et de ceux qui sont engagés
à son service, prêtres, religieux, religieuses et laïques,
pour y répondre positivement. Nos temps sont aussi témoins
de multiples initiatives de traduction, publication et explication des
livres saints, initiatives qui sont poursuivies en différents endroits
de notre région. Il en est de même en ce qui concerne l'approfondissement
de nos antiques traditions et la formation théologique et spirituelle
de toutes les catégories de fidèles. Le renouvellement liturgique
aussi est continu. Quelles que soient donc les difficultés et défauts
que comporte notre situation actuelle, celle-ci ne prête pas au pessimisme
mais plutôt à l'optimisme. Il est en effet clair que le Saint
Esprit œuvre aujourd'hui dans les âmes pour restituer au corps ecclésial
et à tout croyant, la vitalité spirituelle et apostolique
qui émanent du Christ vivant parmi nous.
Le Christ, vie de l'Eglise
20.
L'Exhortation Apostolique "Une Espérance Nouvelle pour le Liban"
demande aux croyants catholiques de ce pays un changement radical d’optique
et un passage de l'esprit de discorde et de dislocation à la compréhension
et la coopération. Comme le répétait Saint Ignace
d'Antioche: "Eloignez-vous des divisions car elles sont source de tous
les maux". "Avec l'aide du Saint-Esprit, pasteurs et fidèles auront
l'audace spirituelle de dépasser les limites socio-culturelles de
leur communauté confessionnelle, afin de se placer au niveau de
l'Eglise dans son ensemble et d'agir en fonction de toute la communion
ecclésiale". Cet appel concerne tout l'Orient où les Eglises
atteignent le nombre de 7 Eglises catholiques, 8 Eglises orthodoxes et
3 Eglises et communautés de la Réforme. Ces Eglises vivent
des conditions différentes selon les régions où sont
regroupés leurs fidèles et selon la situation sociale de
ces derniers. Elles ont surtout besoin de méditer sur leur état
et de coopérer ensemble afin de témoigner de leur communion
entre elles et avec Dieu. Et à toute personne informée des
questions de l'Orient, le corps ecclésial apparaît déchiré,
et divisé en plusieurs groupes qui se sont affrontés dans
le passé et qui ont payé, et continuent à payer très
cher, leurs anciens antagonismes. Grâce à Dieu, les conflits
entre eux ont diminué et se sont multipliés dernièrement
des rencontres de dialogues entre toutes ces Eglises et avec les Eglises
de la Réforme dans le but de parvenir, non seulement à la
compréhension mutuelle, à la coopération et à
la collaboration, mais aussi à une totale union dans l'Amour et
la Foi, en accomplissement de la prière du Seigneur le soir de sa
passion: "Je ne prie pas pour eux seulement, mais aussi pour ceux qui,
grâce à leur parole, croiront en moi, afin que tous soient
un, comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu'eux aussi soient
en nous, afin que le monde croie que tu m'as envoyé" (Jn 17, 20-21).
Le Christ sera la vie de l'Eglise dans la mesure où elle est une
et unifiée autour de son Pasteur. Et il est évident que l'union
entre les Eglises commence par la collaboration et la coopération
entre les fils de l'Eglise Une. C'est pourquoi, pour exposer la situation
des Chrétiens en Orient, nous partons de l'initiative particulière
que ces Eglises ont jusqu'ici entreprise dans leur quête d'une vie
commune qui respecte les particularités et les richesses de chacune
d'entre elles, en continuité avec l'unicité indivisible de
Dieu dans la diversité de ces trois hypostases. Nous nous arrêterons
ensuite à la question particulière de la relation des patriarcats
orientaux avec le Saint Siège, et cela, vu l'importance de la nature
de cette relation pour le succès du cheminement œcuménique
vers l'union entre les Eglises Catholiques et les Eglises patriarcales
d'Orient. Enfin, nous jetterons un coup d'œil sur les rapports actuels
entre nos Eglises catholiques et les Eglises orthodoxes ainsi que les Eglises
et communautés de la Réforme.
Conseil des Patriarches Catholiques d'Orient: réalités actuelles et perspectives d’avenir
21. En Orient, il existe 7 patriarcats catholiques. Historiquement, leurs sièges se trouvaient à Alexandrie, Antioche, Jérusalem, Babylone et en Cilicie. Aujourd'hui, leurs sièges réels se trouvent soit dans les mêmes régions qu’auparavant, comme Alexandrie et Jérusalem ou dans certaines capitales arabes comme Beyrouth, Damas et Bagdad ou encore dans d'autres régions comme Bkerké, Charfé et Bzommar.
Les conseils des Patriarches et des Evêques catholiques se sont formés en chacun de nos pays (Egypte, Liban, Syrie, Terre Sainte et Irak) en conséquence de la situation concrète de l'unité de la communion ecclésiale et afin de parvenir à la coopération et à la coordination entre nos différentes Eglises. En 1990, lors de la tenue du Synode des Evêques à Rome et en marge de ses séances, l'idée de créer un Conseil des Patriarches Catholiques d'Orient a vu le jour. La première rencontre de ce conseil eut lieu l'été 1991 à Bikfaya (Liban). Depuis, il se réunit régulièrement une fois par an. A cette occasion, les 7 Patriarches réunis rendent publiques des lettres pastorales communes (dont 4 ont déjà été imprimées et les autres sont en préparation pour l'être). Le Conseil des Patriarches a déjà donné son approbation pour la création d'une commission régionale pour le catéchisme regroupant tous les patriarcats. Et il projette actuellement la fondation d'un Conseil pour les laïcs.
"Le Conseil des Patriarches Catholiques d'Orient (CPCO) [qui est] appelé à renforcer ses structures, manifestera de manière effective la catholicité de l'Eglise dans la région et sa mission de salut pour tous ses habitants. Il a un rôle de coordination régionale, donnant à sa manière un témoignage de l'esprit collégial de l'épiscopat en vue de réalisations communes dans les domaines apostoliques ou caritatifs".
La fidélité au patrimoine particulier et à la participation aux traditions des autres Eglises
Nouvelles méthodes de formation des fidèles et du clergé
22. Aujourd'hui, le clergé de chaque patriarcat est formé selon des traditions particulières, et chaque clergé trouve dans la tradition de son Eglise une nourriture propre et riche pour sa vie spirituelle et apostolique. D'autre part, chacun d'entre nous, à partir de sa propre singularité, est invité à élargir son horizon en accueillant les traditions et patrimoines des autres patriarcats. "Nous devons parvenir, tous ensemble, à ne faire plus qu'un dans la foi et la connaissance du Fils de Dieu et à constituer cet homme parfait dans la force de l'âge qui réalise la plénitude du Christ" (Ep 4, 13). Les raisons qui nous incitent à cette plénitude de connaissance et de coopération sont nombreuses. Parmi les plus importantes:
La coopération au niveau de l'action pastorale
23. Nous nous retrouvons souvent, Evêques, curés de paroisse ou fidèles, dans un même pays, un même quartier, ou un même village, tout en ayant chacun notre propre Eglise, notre curé de paroisse, et parfois nos activités apostoliques propres. Dans certains cas, la perte de force est évitée et un même curé est au service de tous. Dans d’autres cas selon les besoins des fidèles, un seul curé ne peut suffire et la présence de plusieurs appartenant à différents patriarcats est alors nécessaire. Dans les deux cas, la coopération et la coordination sont possibles et même nécessaires. Nous remercions Dieu car l'esprit de coopération croît jour après jour. Toutefois, nous ne pouvons pas nier que certains d'entre nous craignent toujours leurs frères, et que l'esprit de concurrence plutôt que celui de la mission commune, guident leurs comportements. Nombreux sont ceux d'entre nous que dominent encore les références sociales, au détriment de la mission elle-même.
De nombreuses recommandations ont été faites en faveur de la coopération et de la coordination sur tous les plans de l'action pastorale, recommandations reprises par Sa Sainteté le Pape dans l'Exhortation Apostolique "Une Espérance Nouvelle pour le Liban": "Au cours de l'assemblée synodale, plusieurs interventions ont attiré l'attention sur la vocation et la mission de l'Eglise catholique au Liban, et sur la nécessité d'établir et de renforcer des liens fraternels avec les chrétiens au Proche et Moyen Orient, et spécialement avec ceux qui restent parfois ignorés en Iran, au Soudan et en Afrique du Nord. Cet élargissement de perspective et ce souci de solidarité m'ont beaucoup réjoui; je vois un signe prometteur de renouveau dans un échange de dons entre des Eglises particulières". Cette perspective s'insère dans le mouvement du Concile Vatican II: "Lorsque les [Evêques] se réunissent au synode [...], qu'ils prennent en considération le bien de toute la région dans laquelle plusieurs Eglises pratiquent des rites différents. Ainsi, des réunions seront-elles organisées afin d'échanger les différents points de vues, ceci conformément à des règlements établis par l'autorité compétente". Nous lisons, dans le même sens, dans la deuxième lettre des Patriarches Catholiques d'Orient: "Il nous est demandé de travailler ensemble, par tous les moyens et en plus d’un domaine utile au bien commun de tous les chrétiens, à consolider dans leurs racines, les fidèles qui nous sont confiés; et ceci dans esprit de fraternité et charité". En ce domaine, notre modèle constant demeure la solidarité de la première communauté chrétienne de Jérusalem, (Cf. Ac 2, 42; 4, 32-35 ; 5, 12-16). Méditons ce "modèle ecclésial" en "nous posant la question suivante: constitue-t-il vraiment pour nous l'exemple à suivre dans nos paroisses et éparchies? Peut-être qu'ainsi vivrons-nous une nostalgie du salut, un désir de rédemption et une dynamique spirituelle susceptible de porter la Bonne Nouvelle, et de nous rendre éclairés par l'espérance, l'humilité et le réalisme, plutôt qu'habités par le désespoir".
Il nous reste, à trouver le chemin qui, en premier lieu, développerait dans le cœur de chaque fidèle et apôtre de Jésus Christ, un esprit nouveau, et qui coordonnerait ensuite nos efforts à prendre en charge notre responsabilité commune. Et les champs de coopération, sont nombreux. Ce sont les différents domaines de l'apostolat: le catéchisme dans les établissements scolaires; l'éducation de la foi dans les paroisses et les familles; l'accompagnement des vocations sacerdotales et religieuses; le développement de la culture; et le service spirituel et concret de l'assistance sociale.
Il est aussi utile de ne point perdre de vue ce à quoi nous avons fait allusion plus haut, que la finalité première de la mission n'est point la création d'institutions, ni la mise en relief de l'appartenance de ces institutions à tel ou tel patriarcat; c'est plutôt de connaître Jésus Christ Notre Seigneur et de le faire connaître. Toutes les institutions sont des moyens, et celles qui deviennent des obstacles doivent être purifiées pour qu'elles redeviennent des moyens qui conduisent au but qui n'est autre que Jésus-Christ.
De fait, les Assemblées des Patriarches et Evêques dans chacun de nos pays déploient de grands efforts pour promouvoir cette coordination. Il se peut que certains organismes, créés par ces Assemblées, s'avèrent utiles et efficaces dans certaines régions et inefficaces ou inexistantes dans d'autres. Il est donc besoin que les patriarcats et les Assemblées de Patriarches et Evêques dans tous nos pays, déploient un nouvel effort sur la base de ce principe: respecter les particularités de chaque pays, et, en même temps, profiter de tout ce qui est commun aux régions que nous servons.
La coopération au niveau du service social
24. Parmi les différents domaines de la mission et de la coopération, les défis de nos temps, notamment ceux de l'émigration, nous obligent à porter un nouvel intérêt au "commandement de la charité concrète". La charité est le premier et l'unique commandement qui couvre la vie du chrétien en son entier. Elle englobe les relations du chrétien avec ses frères dans la foi au niveau des pays, des peuples, des Eglises, des institutions et des personnes.
Au niveau des pays et des peuples, la charité, avec comme compléments la justice et la vérité, est pour nous la source inspiratrice et la vision saine qui nous permettront de définir nos attitudes, de dire notre mot et d'accomplir notre service pour la paix dans chacun de nos pays et entre les habitants de la région toute entière.
Au niveau de l'action pastorale, de nouveaux défis dus à la détérioration de la situation économique, entraînent à l'émigration et menacent notre existence même dans nos pays. Il est donc indispensable de mettre au point une nouvelle vision de ce commandement de la charité. Celle-ci ne se réduit pas à la bienfaisance et l'aumône. Elle est une vertu et une force qui nous aident à découvrir une nouvelle vision de l'économie dans laquelle le nanti qui croit en Jésus Christ et en son commandement, travaille, conjointement avec le penseur, à élaborer des plans de croissance commune, c'est-à-dire d'une croissance unique, spirituelle et matérielle, de la communauté chrétienne. Tout fidèle est invité à se soucier, non seulement de lui-même et de son foyer, mais aussi de son Eglise, de toutes les Eglises, et en elles, de tous ses frères. A travers cette participation active et constructive qui procède de la foi en Jésus Christ et en son précepte de la charité, les fidèles contribueront à asseoir une économie saine pour toute la société.
La coopération avec les Eglises de la diaspora
25. Notre conception de l'Eglise ainsi que la situation actuelle de notre milieu, exigent de nous que nous collaborions ensemble dans les services nécessaires que nous devons rendre à nos fils et à toute la société. Notre Eglise est à la fois, une et diverse. Sa diversité n'est pas uniquement due à des raisons juridiques, mais avant tout à l'histoire de chacune de nos Eglises, au patrimoine culturel qui lui est propre, ainsi qu'à ses traditions singulières aux plans de la liturgie, de la théologie, de la spiritualité et de l'organisation. Il n'y a aucun doute que la foi, la piété et la saisie que chacun de nos fidèles a du Seigneur, sont marquées par le riche patrimoine de son Eglise; une richesse qu'il porte en lui-même, partout où il va, comme un précieux présent qu’il apporte à son nouvel environnement. Afin que cette richesse ne se dissolve pas, que ne l'égare son Eglise mère et ne le perde son milieu actuel, le nombre des éparchies qui dépendent des Eglises orientales Catholiques, a été augmenté durant la seconde moitié du siècle, sur tous les continents où le nombre des fidèles croissait. Ce qui est demandé à l'heure actuelle pour le bien du corps ecclésial tout entier, c’est le renforcement des liens entre les patriarcats et leurs Eglises de la diaspora ainsi que la concrétisation de la communion entre eux sur les deux plans matériel et spirituel.
26. Notre Eglise Catholique est diverse en son une unité organique indivisible. L'unité et la diversité sont toutes deux fondamentales pour la croissance de l'Eglise, corps du Christ. Dans ce corps, chacun a sa mission pour la croissance de tous. Chaque communauté et chaque Eglise a ses charismes afin que le corps jouisse en plénitude de la vie qui est nôtre en Jésus Christ. L'Eglise est Son Eglise et chacun de nous, individus et patriarcats, où que nous soyons, porte la responsabilité de l'avenir de cette Eglise. La réflexion et la prière sont indispensables pour trouver le chemin qui nous permettra d'accomplir notre mission selon les voies voulues par Jésus Christ. C'est lui qui nous a confié cette mission.
La relation avec le Saint Siège dans la communion de l'Eglise Universelle
27. Les principes qui déterminent nos relations avec le Saint Siège de Rome et avec les Eglises Catholiques qui s'y rattachent, sont ceux qui figurent dans les Documents Conciliaires de Vatican II, dans la Constitution Dogmatique, de Ecclesia (Lumen Gentium), et dans les décrets relatifs à la Charge Pastorale des Evêques, de Pastorali Episcoporium Munere in Ecclesia (Christus Dominus), aux Eglises Orientales Catholiques, de Eclesiis orientalibus catholicis (Orientalium Ecclesiarum), ainsi qu'à l'Oecuménisme, de Oecumenismo (Unitatis Redintegratio). Nous exposons les documents relatifs à notre sujet, dans ce qui suit:
De Ecclesia, "Lumen Gentium" (Constitution Dogmatique) 22, 1 et 2: "C'est par une semblable disposition que saint Pierre et les autres Apôtres constituent, par ordre du Seigneur, un seul collège apostolique, et que le Pontife romain, successeur de Pierre, et les évêques, successeurs des Apôtres, sont unis entre eux. [...] C'est à l'intérieur de ce Collège que les évêques, tout en respectant fidèlement la primauté et la prééminence de leur chef, exercent leur propre pouvoir pour le bien de leurs fidèles et même de toute l'Eglise, tandis que le Saint-Esprit en assure constamment la cohésion et la concorde."
De Ecclesia, "Lumen Gentium" 23, 2: "Chaque évêque, préposé à une Eglise particulière, exerce son gouvernement pastoral sur la portion du Peuple de Dieu qui lui a été confiée et non sur les autres Eglises ni sur l'Eglise Universelle. Mais, en tant que membres du Collège épiscopal et successeurs légitimes des Apôtres, tous les évêques sont tenus, par une disposition au commandement du Christ, d'avoir, pour toute l"Eglise une sollicitude qui, sans s'exercer par un acte de juridiction, contribue considérablement au bien de l"Eglise Universelle ".
De Ecclesia, "Lumen Gentium" 23, 3:"Le soin d'annoncer l'Evangile dans tous les coins du monde incombe au corps des pasteurs [...]. Chaque évêque donc, pour autant que le permet l'accomplissement de sa charge particulière, est tenu de collaborer avec ses semblables et avec le successeur de Pierre ".
De Ecclesia, "Lumen Gentium" 23, 4: "Par la grâce de la divine Providence, il est advenu que diverses Eglises fondées en différents lieux par les Apôtres er leurs successeurs se sont constituées à travers les siècles en des groupement variés, unis en un tout organique. Tout en sauvegardant l'unité de la foi et de la structure divinement instituée de l'Eglise Universelle, ces Eglises jouissent d'une discipline propre, d'une coutume liturgique particulière, d'un patrimoine théologique et spirituel qui est le leur. Certaines d'entre elles, surtout les anciennes Eglises patriarcales, telles des souches de la foi, en ont suscité d'autres qui sont comme leurs filles et avec lesquelles elles restent liées jusqu'à nos jours par un lien plus étroit de charité, dans la vie sacramentelle et dans le respect réciproque des droits et des devoirs".
De Pastorali Episcoporum Munere in Ecclesia, "Chritus Dominus": "Les Pères du Saint Concile souhaitent que ces Dicastères, qui certes ont apporté au Pontife Romain et aux Pasteurs de l'Eglise une aide magnifique, soient soumis à une nouvelle organisation plus en rapport avec les besoins des temps, des pays et des Rites [...]. Ils souhaitent pareillement que, compte tenu de la propre charge pastorale des Evêques, la fonction des Légats du Pontife Romain soit déterminée de façon plus nette ".
De Pastorali Episcoporum Munere in Ecclesia, "Chritus Dominus", 36: "Ce saint Concile oecuménique souhaite vivement que la vénérable institution des Synodes et des Conciles connaisse une nouvelle vigueur afin de pourvoir, selon les circonstances, de façon plus adaptée et plus efficace au progrès de la foi et au maintien de la discipline dans les diverses Eglises".
De Ecclesiis Orientalibus Catholicis, "Orientalium Ecclesiarum", 4, reprend ce qui a été dit dans la Charge Pastorale des Evêques "Christus Dominus" 38, 6: "Il est instamment recommandé aux Prélats des Eglises orientales, réunis en synode [...] de tenir également compte du bien commun de l'ensemble du territoire, là où existent plusieurs Eglises de rites différents; ils provoqueront à cet effet des échanges au cours de réunions inter-rites, selon les règles à établir par l'Autorité compétente".
De Ecclesiis Orientalibus Catholicis, "Orientalium Ecclesiarum", 5: "Le Saint Concile [...] déclare donc solennellement que les Eglises de l'Orient aussi bien que de l'Occident ont le droit et le devoir de se régir selon leurs propres disciplines particulières".
De Ecclesiis Orientalibus Catholicis, "Orientalium Ecclesiarum", 6: Le Saint Concile demande que soient conservées et ravivées les traditions et patrimoines.
De Ecclesiis Orientalibus Catholicis, "Orientalium Ecclesiarum", 9: "Ce Saint Concile a décidé que leurs droits et privilèges [des Eglises Orientaales] devront être restaurés selon les traditions les plus anciennes de chacune des Eglises et les décrets des Conciles oecuméniques (Selon la note 8: Nicée I . can.6: Constantinople I, can. 2 et 3; Chalcedoine. 28; et 9; Constantinople IV, can. 17 et. 21; Latran IV, can. 5 et 30; Florence, Decr. pro. Graecis).
Oecumenismo, "Unitatis Redintegratio", 16: "Discipline particulière des Orientaux: aussi, le Concile déclare, pour enlever tous les doutes possibles, que les Eglises d'Orient, conscientes de la nécessaire unité de toute l'Eglise, ont le pouvoir de se régir selon leurs propres lois plus conformes au caractère de leurs fidèles et plus aptes à promouvoir le bien des âmes. L'observance parfaite de ce principe traditionnel (à vrai dire elle ne fut pas toujours respectée) est une des conditions préalables, absolument nécessaire pour rétablir l'union".
Oecumenismo, "Unitatis Redintegratio, 18: "Tout cela bien examiné, le Concile renouvelle ce qui fut déclaré par les Conciles antérieurs, ainsi que par les Pontifes romains: pour rétablir ou garder la communion et l'unité, il ne faut "rien imposer qui ne soit nécessaire" (Ac 15, 28).
28. Depuis le Concile Vatican II jusqu'à nos jours, de nombreux changements ont eu lieu au sein des Eglises du Moyen Orient et dans leur environnement humain général, notamment, les déplacements démographiques dus à l'émigration et aux guerres, l'apparition de nouveaux défis auxquels chrétiens et musulmans ont dû ensemble faire face, le progrès du dialogue œcuménique au niveau de la christologie, la participation de la "famille" catholique au Conseil des Eglises du Moyen Orient (CEMO), et enfin la création et le développement du Conseil des Patriarches Catholiques d'Orient. Suite à tout cela, une nouvelle situation a vu le jour: nos sept Eglises ne se sont plus désormais un ensemble de patriarcats parallèles, mais elles constituent réellement et non encore juridiquement une "unité organique". Cette conférence à laquelle nous nous préparons manifeste la figure conciliaire effective conforme aux principes mentionnés ci-dessus ("Charge Pastorale des Evêques" 6, 38 et "les Eglises Orientales Catholiques orientales" 4) et exprimés aussi dans l'article 322 du "Code des Eglises Orientales". Il est désormais possible à nos Patriarches et Evêques d'envisager la relation avec le Saint Siège, à partir de cette nouvelle réalité de la participation des Patriarches à une seule assemblée où la responsabilité est porté par tous dans un esprit de collégialité.
29. Au niveau des personnes, la relation entre le Souverain Pontife et les Patriarches et Evêques n'a jamais fait problème. Leurs rencontres individuelles ou collectives ont toujours soutenu leur communion de foi avec le successeur de Saint-Pierre à qui a été confiée la charge de confirmer ses frères dans la foi, de les défendre et de veiller à leur unité. De plus, dans les Dicastères, créés pour aider l'Evêque de Rome dans sa charge de Pasteur Suprême, travaillent des Evêques, des prêtres, des religieux, des religieuses et des laïcs appartenant à nos Eglises. Tous participent aux différents services généraux de l'Eglise.
30. C'est au niveau des relations entre les Eglises, et à celui de leurs répercussions juridiques que la question se pose. Depuis qu'existent les Eglises Orientales Catholiques jusqu'à nos jours, ne cessent de surgir, au sein de la communauté catholique, des problèmes auxquels les principes sus-mentionnés n'apportent pas de solution complète et pratique.
Concrètement, si nous revenons au Concile Vatican II , à sa Constitution sur l'Eglise de "Lumen Gentium" 23, 4, nous trouvons que nos Eglises ont très bien sauvegardé l'unité de la foi et la structure, d'institution divine, de l'Eglise Universelle. Toutefois, elles ne jouissent pas encore "d'une discipline propre", ni "de coutumes liturgiques particulières", ni même "de leur patrimoine théologique et spirituel. La raison en est l'interférence qui s'est produite et se produit toujours entre ces trois domaines et le modèle latin. Et parmi les plus importantes et les plus récentes, de ces interférences, il y a le "Code des Eglises Orientales". Celui-ci n'est qu'une autre copie conforme du "Code Romain" (Codex Romanum) agrémenté de quelques expressions byzantines.
Par ailleurs, les recommandations des Pères du Concile Vatican II concernant la relation des Dicastères avec les Eglises Orientales ne se traduisent pas suffisamment au niveau de la nature et de la méthode du travail. Etant aussi donné que ces Dicastères constituent d'une part, le lieu de dialogue indétournable et le chaînon qui relie les Eglises Orientales au Saint Siège, et qu'ils sont en même temps les responsables des Eglises Orientales Catholiques non patriarcales de l'Europe de l'Est, il en est résulté une confusion quant à la problématique et à la nature des rapports, confusion qui est à l'origine de l'actuel arrangement théologique, œcuménique et juridique. Enfin, de la manière et de l'esprit avec lesquels les Dicastères traitent concrètement nos Eglises, se dégage l'impression que celles-ci sont considérées par ceux-là, comme des minorités sous tutelle en besoin perpétuel de soutien moral et matériel.
31. Ces lacunes, héritées du passé, entravent l'entrée en vigueur des principes décrétés par le Concile Vatican II et mentionnés ci-dessus. Toutefois, ces lacunes suggèrent en même temps des moyens de guérison. En effet, le problème ne se situe pas au niveau de la structure ou des dispositions juridiques, mais plutôt au niveau de notre conception du mystère de l'Eglise. Pour nous, la voie de la solution commence ici, en Orient, par notre fidélité à la communion entre les Eglises. Ce qui est demandé, c'est d'aller jusqu'au bout dans l'application du principe de la communion organique "affective et rationnelle" entre nos Eglises patriarcales. C'est sur quoi insiste Jean Paul II. Cela veut dire que ces Eglises devraient traiter avec elles-mêmes et entre elles, avec maturité et efficacité en ce qui concerne les disciplines particulières propres à chacune d'elles. C'est avec la même maturité et efficacité, qu'elles devraient traiter avec le Saint Siège et les Dicastères en matière de communion ecclésiale. Cette communion trouve dans la primauté de l'Evêque de Rome son serviteur et sa garantie. Telle est la nouvelle réalité qu'exprime la conférence que nous tiendront l'année prochaine et à laquelle nous nous préparons.
32. Plus la communion s'approfondit entre les pasteurs, plus ils pourront, en union avec leurs fidèles, sauvegarder et rénover le patrimoine de nos Eglises" dans tous les domaines liturgique, théologique, spirituel, administratif et juridique: "Les Eglises de l'Orient aussi bien que de l'Occident ont le droit et le devoir de se régir selon leurs propres disciplines particulières". Donc, si nos Patriarches et Evêques progressent au niveau de la communion entre eux et si leur union devient organique dans le respect de la diversité, ils pourront parler d'un commun accord et leur voix sera entendue par l'Eglise Universelle.
Dans notre relation au Saint Siège, ce qui est visé, ce ne sont pas les problèmes de foi et de mœurs, mais les "compétences des autorités" qui permettent aux Patriarches et aux Evêques d'accomplir leurs charges conformément aux procédures en vigueur dans nos "traditions passées" auxquelles le Concile Vatican II nous renvoie. Parmi ces charges nous citons: l'élection du Patriarche et des Evêques, par le Saint Synode, l'autorité du Patriarche sur les éparchies de la "diaspora", le service des prêtres mariés dans les paroisses de la "diaspora", la détermination de la fonction du Nonce Apostolique, etc. Toutes ces affaires et ces questionnements requièrent de nos patriarcats une réflexion et un effort sérieux pour garder une même orientation et éviter que nous ne soyons tous, les dicastères et nous-mêmes, réticents face aux solutions.
Par contre, le service de l'unité par le serviteur des serviteurs de Dieu ne peut contredire, en ses opinions, l'unité conciliaire entre ses frères dans l'épiscopat. Cette progression dans la communion responsable nous ouvre des perspectives de renouvellement à partir des sources de notre patrimoine oriental et sur les deux bases suivantes: la fidélité à la communion entre nos patriarcats et la maturité dans la pratique de la communion avec l'Eglise Universelle. Si ceci est réalisé, nos frères orthodoxes pourront en déduire que les Eglises orientales sont capables, en toute leur entité, d’être en même temps, en complète communion avec l'Eglise de Rome. De même, nos Eglises expérimenteront le sens du "souci [permanent] de toutes les Eglises" (2 Co 11, 28).
Les relations des Eglises Catholiques avec les Eglises Orthodoxes
33. Avec le Concile Vatican II un grand rapprochement entre l'Eglise Catholique et les autres Eglises a été enregistré, un rapprochement qui s'est manifesté d'abord par l'abolition, en 1965, des excommunions réciproques entre Rome et Constantinople, et ensuite, par l'amorce d'un dialogue continu, au niveau mondial, entre les Eglises en général et l'Eglise catholique, pour celle-ci, au niveau de l'Eglise de Rome. Des rencontres locales se sont multipliées, comme celles effectuées, dans le cadre du Conseil des Patriarches Catholiques d'Orient et du Conseil des Eglises du Moyen Orient (CEMO), ainsi que par l'initiative entreprise entre les deux Eglises d'Antioche, Orthodoxe et Melkite Catholique.
Les relations avec les Eglises Orthodoxes Chalcédoniennes
34. Une commission mondiale pour le dialogue théologique entre les Catholiques et les Orthodoxes a été formée et a commencé ses travaux en 1980. Elle a tenu plusieurs réunions pour discuter, en 1982, du mystère de l'Eglise et du sacrement de l'Eucharistie à la lumière du mystère de la Sainte Trinité; entre 1984 - 1987, des sacrements et notamment du sacerdoce: le service sacerdotal et épiscopal ainsi que la "succession apostolique"; en 1990, du thème des Eglises Orientales Catholiques: leur naissance, leur évolution etc; de même en 1993. Au cours de cette dernière réunion, tenue à Balamand, les participants ont affirmé que la "succession apostolique", au niveau sacramentel, est complète dans les deux Eglises et que celles-ci sont des Eglises sœurs. Trois principes de comportement entre elles, ont alors été fixés:
35. Sur le plan local, l'Eglise Orthodoxe d'Antioche a envoyé en 1994 deux délégations fraternelles au synode de "la vie consacrée" à Rome et en 1995, à Rome aussi, "au synode pour le Liban".
En 1996, dans le cadre du Conseil des Patriarches Catholiques d'Orient, au cours d'une rencontre au patriarcat des Syriaques Catholiques au couvent de Charfeh, les Patriarches d'Antioche des Grecs Orthodoxes et des Syriaques Orthodoxes ainsi que le Patriache de Célicie des Arméniens Orthodoxes ont conclu un accord portant sur les mariages mixtes, le catéchisme commun et la première communion.
Au début de l'année 1998, tous les Patriarches catholiques et orthodoxes ainsi que les chefs des Eglises Evangéliques d'Orient se sont rencontrés à Chypre pour débattre de la présence chrétienne dans la région et de la coopération entre les différentes Eglises afin qu'elles parviennent ensemble à un témoignage commun.
Enfin, dans le cadre du dialogue entre les Grecs Orthodoxes et les Grecs Melkites Catholiques, plusieurs rencontres entre des délégués des synodes des deux Eglises se sont tenues en 1974 à Mar Elias Chouaia puis, en 1975 à Ain Traz. Ces rencontres se sont poursuivies d'une façon irrégulière, puis se sont intensifiées en 1997, au moment où le dialogue dépassait son caractère synodal pour devenir un dialogue ouvert auquel ont participé, par l'intermédiaire des médias, plusieurs penseurs. Une commission conjointe poursuit le travail.
L'Eglise Orthodoxe d'Alexandrie
36. Les relations entre l'Eglise Catholique et les Eglises d'Alexandrie ont revêtu, ses dernières années, un caractère fraternel et amical. En 1992, le Patriarche orthodoxe Berthinios III a été spécialement honoré à Rome pour sa contribution au rapprochement entre les deux Eglises. En avril 1994, il a personnellement participé au synode spécial des Evêques d'Afrique et il a rencontré Sa Sainteté le Pape Jean Paul II et a loué l'ouverture de l'Eglise Catholique au dialogue pour l'unité.
L'Eglise Orthodoxe de Jérusalem
37. Au début, l'Eglise Orthodoxe de Jérusalem a pris part au dialogue mondial entre catholiques et orthodoxes. Elle s'en est ensuite abstenue à partir de 1989. Malgré cela, les visites fraternelles et réciproques de représentants de Rome et du Siège de Jérusalem se poursuivent.
Sur le plan local, des rencontres régulières portant sur divers thèmes, se tiennent à Jérusalem, entre les chefs des Eglises. Cependant, les questions œcuméniques ou pastorales communes ne sont pas abordées. Suite à ces réunions, des appels ont été parfois lancés, dont, notamment, en 1994, le mémorandum sur "Jérusalem au regard du chrétien". Et toutes les Eglises Orthodoxes ont participé à la séance inaugurale du synode de l'Eglise Catholique, qui s'est tenue en Terre Sainte en juin 1995. Actuellement, une commission ecclésiale conjointe prépare les célébrations du grand jubilé.
Les relations avec les Eglises Orientales Orthodoxes (Avant le Concile de Chalcédoine en 451)
38. Une commission conjointe de dialogue entre l'Eglise Copte orthodoxe et l'Eglise Catholique, a été formée depuis 1974. Déjà en 1973, une déclaration christologique commune, dans laquelle figure un accord d'une importance extrême entre l'Eglise Copte et l'Eglise Catholique, avait été signée. En vertu de cet accord, les deux Eglises reconnaissent que Jésus Christ est vrai Dieu et vrai homme en son unique entité.
Durant les années 1988 et 1992, une seconde série de rencontres eut lieu, durant laquelle plusieurs thèmes furent débattus et un programme de discussions futures fut établi. Cependant, le dialogue s'est depuis arrêté, à l'exception de quelques tentatives sur le plan local. Demeure le désir de reprendre le dialogue au sein de la commission locale conjointe, afin d'envisager les problèmes pastoraux, dans l'espoir que cela amorcera un retour au dialogue théologique au niveau de la commission mondiale conjointe. Par ailleurs, dans le cadre de la coopération, une église catholique de Rome a été mise à la disposition des fidèles coptes, pour qu'ils y prient et y célèbrent l'eucharistie.
Cependant, quelques sujets de discussions restent en suspend, principalement, la question du salut des non-croyants, le purgatoire, l'autorité dans l'Eglise, la primauté de Pierre, et le fait que les coptes orthodoxes rebaptisent les autres chrétiens qui veulent se joindre à eux, entrave sérieusement le dialogue.
39. En 1983, l'Eglise Catholique et l'Eglise Syriaque Orthodoxe ont conjointement publié à Rome une déclaration christologique dans laquelle, à l'instar de l'accord qui avait été signé avec l'Eglise Copte, elles manifestaient l'unité de leur foi. Leurs différents passés n’étaient dus qu’à des distinctions uniquement linguistiques.
La déclaration conjointe a aussi comporté un aspect pastoral en vertu duquel, les deux Eglises autorisent en cas d'absence du curé de l'une d’entre elles dans une localité quelconque, le curé disponible à administrer les sacrements aux fidèles des deux Eglises. En vertu de cette même déclaration, les deux Eglises ont décidé de coopérer en matière de formation des prêtres et, depuis, plusieurs séminaristes syriaques orthodoxes suivent des cours dans des instituts catholiques de Rome.
L'Eglise Arménienne Apostolique-Catholicossat de Cilicie
40. Lorsque le Catholicos Kechichian 1er, fut sacré à Antélias en 1995, le Cardinal Cassidy, représentant de Sa Sainteté le Pape, était présent. En 1997, le Catholicos effectua une visite au Saint Siège et échangea avec Sa Sainteté le Pape des paroles qui expriment le caractère amical et profond des relations entre les deux Eglises. Par ailleurs, le Catholicos a participé à la rencontre de Bzoummar - Liban, qui a réuni L'Eglise Catholique avec les Eglises du Moyen Orient et au cours duquel l'accord fut conclu concernant les mariages mixtes, le catéchisme unifié et la première communion.
41. Cette Eglise fut ainsi appelée parce qu'elle naquit au plus extrême du Moyen Orient, sur les hauteurs de la Mésopotamie au cœur de l'ancienne "Assyrie" (c'est pourquoi elle est aussi connue sous le nom d'Eglise Assyrienne). En 1984, cette Eglise entra en contact avec l'Eglise de Rome lui proposant d'entamer un dialogue théologique. En 1992, des questions dogmatiques furent discutées qui aboutirent en 1994 à la signature, à Rome, par Sa Sainteté le Pape Jean Paul II et du Patriarche Denha IV, d'une déclaration commune qui manifestait clairement l'unité de la foi "christologique" des deux Eglises.
Une commission conjointe de dialogue théologique fut alors formée pour traiter des sujets restants, en vue de l'unité complète entre les deux Eglises. Et la décision fut prise de coopérer en matière de formation des séminaristes. C'est ainsi que plusieurs d'entre eux effectuent des études à la Faculté Catholique de Théologie à Bagdad et dans des facultés catholiques de théologie en Amérique (Chicago) et à Rome.
Les deux réunions que la commission conjointe a tenues en novembre 1995 et octobre 1996 ont porté sur la conception qu'ont les deux communautés, de l'Eglise et des sacrements. Les résultats sont encourageants. Actuellement, les pourparlers tournent autour de la possibilité de coopérer au plan pastoral.
De même, en 1997, des rencontres de dialogue direct se sont tenues entre l'Eglise Chaldéenne et "l'Eglise d'Orient".
Les relations avec les Eglises Orthodoxes se trouvant ailleurs qu'au Moyen Orient
42. On ne peut aborder ici les relations avec les Eglises Orthodoxes se trouvant hors du Moyen Orient, car les Eglises Catholiques locales n'ont pas de relations directes avec elles. Cependant, il ne faudrait pas oublier que souvent, les événements qui ont lieu en Russie et en Europe de l'est ne sont pas sans retombées à Alexandrie, Jérusalem et Antioche...
Les relations avec les Eglises et communautés ecclésiales de la Réforme
43. En Orient, les Eglises de la Réforme sont au nombre de trois: l'Eglise Evangélique, l'Eglise Luthérienne et l'Eglise Presbytérienne. Le principal différend qui oppose l'Eglise Catholique aux diverses Eglises Orthodoxes se limite jusqu'à un certain point aux questions de la primauté de l'Evêque de Rome et de son infaillibilité. Quant aux différends qui opposent toutes ces Eglises aux communautés ecclésiales connues sous le nom d'Eglises et de communautés de la Réforme, ils sont multiples et varient selon chacune de ces dernières.
44. Une commission mondiale pour le dialogue entre les anglicans et les Catholiques a été formée et a commencé ses travaux en 1970. Elle a pouruivi ses rencontres jusqu'en 1982, date à laquelle elle a présenté un rapport sur les études qu'elle a effectuées, notamment sur les deux sacrements de l'eucharistie et du sacerdoce et sur l'autorité au sein de l'Eglise. La commission a ensuite repris ses réunions et discuté des questions portant sur la notion d'Eglise comme communion, et de salut, ainsi que sur certains sujets relevant de la théologie morale et surtout sur le mariage. Jusqu'à présent, l'entente n'est totale sur aucun de ces sujets bien que l'on constate un progrès sur tout l'ensemble. Il n'y a cependant pas de doute que la décision des anglicans d'administrer le sacrement du sacerdoce aux femmes, a eu des retombées négatives sur le cheminement œcumémique.
45. Une commission regroupant des catholiques et des luthériens a été formée pour le dialogue théologique. Elle a commencé ses travaux en 1967 et a étudié durant quatre ans des questions relatives à l'Evangile et à la tradition, à l'Evangile et au monde, à l'Evangile et au service au sein de l'Eglise, ainsi qu’à l'Evangile et à l'unité de l'Eglise. La commission a ensuite poursuivi ses recherches sur la nature de l'Eglise et son unité, ainsi que sur la communio in Sacris. Le dernier sujet débattu fut celui de l'Eglise et le mystère du salut. Un progrès a été réalisé dans ce domaine. Actuellement, un document conjoint qui fera probablement bientôt l'objet d'un accord, est en préparation.
Les communautés ecclésiales de la Réforme
46. Le dialogue avec ces communautés a commencé en 1970. Dans une première phase qui a duré sept ans, il a porté sur "la présence du Christ dans l'Eglise et dans le monde". Dans une seconde phase qui a duré jusqu'en 1990, les délégués ont discuté du concept d'Eglise, de la foi en Jésus-Christ comme unique intermédiaire entre Dieu et l'homme, et de la notion de salut.
L'Eglise Catholique entreprend aussi des dialogues avec d'autres communautés ecclésiales assez nombreuses, dont les Méthodistes, les Baptistes, les Disciples du Christ, les Pentecôtistes... Nous ne nous y arrêterons pas dans ce document car elles sont presque inexistantes en Orient.
Les points de divergence les plus importants, toujours en suspend entre l'Eglise Catholique et les Eglises de la Réforme, peuvent, de façon globale, être résumés comme suit:
- La dimension sacramentelle de l'Eglise.
- La succession apostolique dans l'Eglise.
- La notion d'autorité dans l'Eglise.
- La Sainte Bible et la tradition.
- Certaines questions concernant la théologie mariale.
47.
Finalement, il existe de nombreuses sectes répandues dans nos sociétés
arabes chrétiennes et autres. Elle sont actives et profitent de
la pauvreté des gens ou du vide spirituel dont souffrent certains.
Elles aggravent les divisions et la dispersion en Orient. Nos sociétés
et gouvernements les accueillent en raison du respect dû à
la liberté religieuse. Et nos Eglises, dans leur majorité,
ne savent pas trop quoi faire face à cette nouvelle invasion intellectuelle
et spirituelle. Toutefois, il incombe aux Eglises d'avoir, là aussi,
une vision commune, et un plan d'action commun face à cette tentative
occidentale de mettre fin à la mission de l'Eglise que Jésus
Christ a fondée dans ce même Orient.
48. Le Concile Œcuménique du Vatican II a consacré l'ouverture de l'Eglise Catholique et la force de son élan au plan de l'action œcuménique en général. En Orient, il importe de signaler que c'est le Conseil des Eglises du Moyen Orient qui incarne cette ouverture.
Dans le cadre de ce conseil, toutes les Eglises orientales rencontrent les Eglises occidentales présentes dans la région, ce qui constitue un événement sans pareil depuis presque 1500 ans. L'Exhortation Apostolique "Une Espérance Nouvelle pour le Liban" a souligné, au paragraphe 88, l'importance de ce conseil comme cadre pour l'action œcuménique normale dans la région. Il a l'avantage de ne pas empêcher, par sa présence, les dialogues bilatéraux entre les Eglises locales.
Ce conseil a déjà facilité et continuera à faciliter les rencontres entre les Eglises aux niveaux spirituel, théologique, pastoral, culturel et social. A travers lui, les Eglises ont pris des initiatives dans le but de créer une ambiance au sein de la société chrétienne, grâce aux rencontres effectuées dans plusieurs pays entre prêtres et pasteurs, serviteurs de paroisses, de toutes les Eglises. Les rencontres ont favorisé un grand rapprochement entre ces personnes, ce qui se reflètera positivement sur les relations entre les fidèles eux-mêmes.
La
coopération sur le plan de la formation des séminaristes
qui pourrait s'effectuer à travers l'Amicale des Instituts et Facultés
de théologie du Moyen Orient, est un autre point d'une importance
extrême, car elle permet aux professeurs de se rencontrer et à
chacun de s'enrichir des expériences de l'autre; aux étudiants
de s'exercer, dès maintenant, au respect mutuel et à la coopération
entre eux, afin qu'une fois en charge de paroisse, ils puissent agir ensemble
pour l'action et le témoignage communs. Pour leur part, les professeurs
de théologie ont un rôle important à remplir en effectuant
des recherches théologiques sur des sujets autour desquels existent
encore des divergences entre les Eglises. Il est de même important
que le conseil intensifie les dialogues théologiques bilatéraux.
Ce Conseil pourrait être aussi le meilleur cadre pour l'élaboration
d'un catéchisme commun à toutes les Eglises et même
aux communautés de la Réforme. Et pour que ce Conseil puisse
accomplir sa mission et offrir aux Eglises ses services, il faudrait que
ces Eglises lui assurent le soutien nécessaire.
Le Christ, vie de l'homme et de la société
49. Nous sommes au seuil du troisième millénaire de l'incarnation de Jésus-Christ, Fils unique de Dieu. Pendant des milliers d'années, Dieu a préparé les cœurs et nous voilà aujourd'hui guettant impatiemment Son retour.
Au début des temps, le Créateur a promis sa venue comme sauveur (cf. Gn 3, 15); Il nous l'a envoyé au "milieu des temps" dans l'humilité et nous l'attendons pour la fin des temps, dans la gloire. Dans le christianisme, le temps joue un rôle essentiel car "il y a en l'homme une irrésistible aspiration à vivre toujours [...]. Grâce à la venue de Dieu sur terre, le temps humain […] a atteint sa plénitude. "La plénitude des temps", en effet, c’est seulement l'éternité, bien plus, c’est Celui qui est éternel, c’est-à-dire Dieu. Entrer dans la "plénitude des temps" signifie donc atteindre le terme du temps et sortir de ses limites pour trouver son épanouissement dans l'éternité de Dieu".
Le temps est formé d'événements de l'histoire privée et publique, qu'elle soit sociale, économique, philosophique, morale ou religieuse. Cette histoire est pour nous chrétiens, comme des appels de Dieu nous invitant à approfondir notre pensée pour mieux comprendre Sa volonté et Son action dans le monde actuel. "Pour mener à bien cette tâche, l'Eglise a le devoir, à tout moment, de scruter les signes des temps et de les interpréter à la lumière de l'Evangile, de telle sorte qu'elle puisse répondre, d'une manière adaptée à chaque génération, aux questions éternelles des hommes sur le sens de la vie présente et future et sur leurs relations réciproques. Il importe donc de connaître et de comprendre ce monde dans lequel nous vivons, ses attentes, ses aspirations, son caractère souvent dramatique".
"L'Avènement du troisième millénaire" de la naissance du Christ, nous incite à appliquer cette recommandation du Concile Œcuménique de Vatican II et à réfléchir attentivement sur la situation de notre société orientale et de l'homme en son sein. Peut-être pourrions-nous alors, avec tous les hommes de bonne volonté, aider cette société dans sa marche vers la vie surabondante pour laquelle Dieu est devenu homme incarné et a fondé son Eglise. Le Seigneur Jésus n'a pas soumis notre vie individuelle et sociale à des règles et des lois strictes mais il a posé dans l'Evangile tous les principes et fondements spirituels et humains à la lumière desquels nous pouvons poursuivre notre marche vers Dieu.
C'est pourquoi, nous présenterons dans ce qui suit, tout d'abord un bref aperçu de la perspective proprement chrétienne concernant diverses questions, puis nous exposerons rapidement les principales valeurs autour desquelles se développent actuellement les aspirations des peuples de notre région. Nous avons regroupé ces aspirations sous les titres suivants: une présence dialoguante; la paix manquée; les droits de l'homme; le droit à la vie; le droit à la liberté, à l'égalité et à l'autodétermination; la question de la femme; le droit de fonder une famille et le droit à l'éducation, l'enseignement et la culture.
La perspective proprement chrétienne
50. Dans toutes les questions sociales, la perspective chrétienne se base sur deux fondements stables et complémentaires de notre foi: la grandeur de l'être humain et l'incarnation du Fils unique.
Dieu a inspiré à l'auteur (ou les auteurs) du premier livre de la Sainte Bible que l'homme, tout homme, quelle que soit sa race, sa couleur, sa religion ou sa nation, est à Son image et à sa ressemblance (cf. Gn 1, 26-27), et qu'il est par là "Seigneur de toutes les créatures terrestres [...] et que les croyants et les incroyants sont généralement d'accord sur ce point: tout sur Terre doit être ordonné à l'homme comme à son centre et à son sommet".
Si nous nous appuyons sur le principe de ressemblance entre les fils d'Adam et leur Créateur, il devient clair pour nous que la perfection de l'homme réside dans l'amour, la charité et le don de soi car nous avons appris, dans le Seigneur Jésus, que Dieu est en Son Essence, "Amour" (1 Jn 4, 8), Trinité Sainte, Père, Fils et Esprit Saint qu'unit en une unité indivisible, un mouvement éternel de don de soi réciproque.
Parmi les manifestations les plus importantes de l'amour de Dieu pour nous, il y a "l'incarnation du Verbe" et son "devenir" humain à notre ressemblance: "Par son Incarnation, le Fils de Dieu s'est en quelque sorte uni Lui-même à tout homme. Il a travaillé avec des mains d'homme, Il a pensé avec une intelligence d'homme, Il a agi avec une volonté d'homme, Il a aimé avec un cœur d'homme. Né de la Vierge Marie, Il est vraiment devenu l'un de nous, en tout semblable à nous, hormis le péché ". Ceci a incité l'Eglise à pousser ses fils, non seulement à savoir lire les signes des temps dans notre monde actuel, mais aussi et surtout à s'engager sincèrement et sérieusement dans la vie de leurs frères les hommes et à en partager le destin: "Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n'est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur". Parmi les aspirations et les besoins les plus universels de notre époque, il faut compter la présence dialoguante, la paix et les droits de l'homme.
51. Le meilleur qu'on ait dit sur ce sujet, en relation avec notre présence à nous les chrétiens en Orient, se trouve dans la deuxième lettre des Patriarches Catholiques d'Orient. Nous en présentons, ci-dessous, un résumé.
Les Patriarches partent de notre foi en l'incarnation du Fils unique de Dieu par lequel l'humanité s'élève vers son Créateur et Dieu se rapproche des hommes dans un dialogue constant, écho du dialogue éternel entre les trois hypostases de la Sainte Trinité. Dieu a dialogué avec l'homme en Jésus-Christ pour que les hommes puissent établir un dialogue entre eux (n.45 de la lettre précitée).
Dans le Concile Œcuménique, l'Eglise s'est reconnue comme Eglise du dialogue de par son identité, sa vocation et son message (n. 46). Ceci s'est traduit, après le Concile, par la création, à cet effet, d'institutions au niveau mondial. Dans notre région, ce dialogue s'est formé au cours de longues périodes de rencontre entre différentes civilisations qui se sont refusées l'une l'autre, se sont affrontées et se sont complétées à l'intérieur d'une structure qui accueille la pluralité et l'admet. Cette pluralité comprend les dimensions religieuses, conventionnelles, culturelles et ecclésiales qui font du dialogue la vocation première de notre pays. "Quant à nos Eglises [...], elles considèrent que cette situation est l'un des signes des temps [...] où elles découvrent leur vocation qui est avant tout un appel au dialogue et donc un signe vivant de l'unité de la famille humaine dans un monde déchiré par les divisions" (n.46). "Notre dialogue est en premier lieu un dialogue avec nos frères musulmans" (n.48).
52. Le fondement du dialogue avec nos frères musulmans est "le vivre ensemble" tel que nous l'avons vécu avec eux "au cours de longs siècles, [un vivre ensemble] qui constitue une expérience irréversible" (n.48). "Eux et nous partageons un même patrimoine de civilisation auquel nous puisons ensemble. Chacun d'entre nous a participé à le constituer à partir de son propre génie" (n.48). Ceci a formé entre nous, en Orient, une "parenté de civilisation" qui nous rend responsables les uns des autres devant Dieu et devant l'histoire. "C’est pourquoi, nous devons nous considérer les uns les autres dans un esprit d'ouverture et de véritable connaissance mutuelle, car l'homme est ennemi de ce qu'il ignore. [...] Nous aspirons à établir des règles de vie qui seraient pour notre monde un modèle au lieu que nous déformions le dessein de Dieu à notre égard et que nous soyons une image qui contredirait les aspirations de l'homme actuel vers la paix, la concorde et les relations fondées sur la citoyenneté véritable et l'amitié" (n.48).
Le dialogue islamo-chrétien s'est concrétisé "dans nos pays à différents niveaux dont le plus important est peut-être ce dialogue (quotidien), loin des formalités [...]. Il s'est aussi manifesté dans des dialogues académiques [...] dont un grand nombre s'est tenu en réponse à un désir (de favoriser) une ambiance familiarité, de sincérité, d'ouverture et d'objectivité" (n.48).
Entre nous et les musulmans, la responsabilité en ce qui concerne le passé, le présent et l'avenir ainsi que la construction d'un pays libre et d'un citoyen adulte, est partagée. Ceci implique un respect mutuel et une entente sur des valeurs communes et une même vision de l'homme. "Il ne suffit pas que nous soyons les uns à côté des autres, mais les uns avec les autres pour le bien de l'homme dans nos pays" (n.49). Les tribunes et les institutions de dialogue qui apparaissent ici et là témoignent d'un désir enraciné dans la conscience des fils de cet Orient et tendent vers la participation active à l'édification de la civilisation du dialogue et de la communication véritables.
53. "Le dialogue est indivisible. Le dialogue avec Dieu implique le dialogue avec tout homme ou toute communauté, quels que soient les difficultés et les obstacles [...]. Les circonstances politiques actuelles qui ont soufflé [et qui continuent à souffler] sur la région, ont placé beaucoup de juifs dans une situation de conflit et d'affrontements avec les chrétiens, les musulmans et les arabes, ce qui rend le dialogue difficile et épineux. Or l'expérience historique que nous avons vécue avec l'Islam à l'ombre de la civilisation arabe dans laquelle les juifs ont joué un rôle important, présente le modèle que nous pouvons suivre pour dessiner les grandes lignes du futur" (n.50). Le processus de paix a déjà commencé mais il semble bloqué car le discours dialogual s'est affaibli. Il est indispensable que ce dialogue reprenne vigueur car il n'y a pour personne ni justice ni dignité, et donc pas de paix véritable, en dehors du dialogue.
Les enfants de la foi abrahamique vont-ils persister, devant Dieu et devant les hommes, à vivre dans des inimitiés qui contrecarrent leur fraternité spirituelle originelle?
Avec tout homme de bonne volonté
54. Aucune personne ne doit être exclue de ce dialogue et nous croyons que le Saint Esprit "souffle aussi dans la communauté humaine en sa totalité" et que "dans le cœur de tous les hommes de bonne volonté, la grâce agit par de façon invisible". Nous recevons de tous les hommes de bonne volonté, et ils sont nombreux dans nos régions, le bien et la justice, et nous leur donnons ce que nous en possédons. "Nous progressons ainsi (ensemble) dans une connaissance toujours plus grande du seul vrai Dieu et de celui qu'Il a envoyé, son Fils Jésus-Christ" et nous obtenons ensemble la sagesse et la vie éternelle (cf. Jn 17, 3). Le dialogue n'est pas le simple échange de paroles, d'idées et d'avis. Il est en premier lieu un rapprochement, une coexistence, une coopération et une solidarité.
La paix manquée
55. La paix est vie de l'homme et communion avec la nature, avec les autres hommes et avec Dieu. C'est une bénédiction divine qui a reposé sur nous dans le Christ "Prince-de-la-Paix" (Is 9, 5) en qui l'amour de Dieu et sa force vivifiante se sont manifestées. Il est "notre paix [...] détruisant la barrière qui séparait les hommes, supprimant en Sa chair la haine" (Ep 2,14). Il a brisé le joug du péché et de la mort. Toute paix est "image et résultat de la paix du Christ, paix qui vient du Père. En effet, le Fils incarné, Prince de la paix, a réconcilié par Sa Croix, tous les hommes avec Dieu [...] et, par sa glorieuse résurrection, il a répandu l'esprit d’amour dans le cœur des hommes".
Dans le monde et dans la région
56. Dans le monde, la paix est loin de s'être étendue à la Terre entière: surtout dans notre région, les penchants collectifs s'affrontent, au lieu de se rencontrer et se compléter. Notre Orient aspire au calme et à la paix, mais il ne cesse de souffrir des nombreuses luttes internes et externes. A l'intérieur, les divisions sont engendrées par l'interaction entre les différentes forces, dont les institutions de l'Etat même dans leur recherche de la stabilité et d'une vie meilleure pour les citoyens. Ceux-ci sont sollicités par de nombreuses aspirations vers l'uniformité comme vers la diversité dans l'unité; vers la solidarité nationale intolérante comme vers l'ouverture sur l'orient et l'occident; vers le fondamentalisme qui "refuse" comme vers le modernisme; vers la théocratie comme vers la laïcité, vers le renforcement de la sécurité de lEtat avant toute autre considération, comme vers l'octroi de la priorité aux droits de l'homme... A l'extérieur, le sort de la région est tributaire, globalement, du conflit israélo-arabe, et particulièrement du conflit israélo-palestinien. De même, la situation en Irak et l'embargo qu'il subit, influent sur le sort de la région, la marquent du sceau de l'agitation perpétuelle et la menacent d'explosion à tout moment. Ceci a incité le Conseil des Patriarches d'Orient à lancer un appel demandant à l'Assemblée des Nations Unies de "travailler à épargner au peuple palestinien les souffrances quotidiennes dans sa vie, qu’on enlève les restrictions imposées [...et] que soient prises des dispositions urgentes susceptibles de conduire, au plus vite possible, à une paix globale, juste et définitive avec le peuple palestinien, et avec la Syrie et le Liban [...] Le maintien du conflit dans la région et du blocus imposé au peuple irakien, double quotidiennement les conséquences néfastes qui font mourir ses enfants, ses vieillards et ses malades [...], ce que ne peut admettre aucune conscience vivante et saine. Aussi, nous supplions tous ceux qui détiennent les rênes des affaires […] de faire l'impossible pour mettre fin à cette situation injuste et inhumaine qui marque notre temps d’une tache honteuse".
57. Les chrétiens ont vécu avec leurs frères dans ces régions de longues périodes de coopération et d'entente, mais aussi des moments "difficiles d'obstination, de cruauté et d'abus". Ils sont aujourd'hui confrontés à "de nombreuses difficultés qui les éloignent de la collaboration active à la vie publique, ce qui favorise l'exaspération de leurs sentiments d’anxiété et de crainte. (De plus) nombre de nos fils sont privés de leurs droits humains fondamentaux. En conséquence, l'émigration les arrache continuellement et dangereusement (à nos pays). Nous voyons aussi un nombre croissant d’entre eux, de plus d’un pays, quitter leur terre pour aller dans les pays d’Occident, pensant pouvoir s’y réaliser de façon satisfaisante et assurer l'avenir à leurs enfants. Nous ne vous cachons pas que cette situation pèse lourdement à nos cœurs".
58. Au cœur de cette tempête, Jérusalem, "la ville de la paix" "que le Ciel a sanctifiée et que les trois religions, chrétienne, musulmane et juive, considèrent comme faisant partie de leur patrimoine religieux, spirituel et culturel". Elle est la "Mère des Eglises" et la "clef de la paix et de la guerre ". "Aucune solution politique ne saurait ignorer cette situation, quant au fond, de la ville de Jérusalem. Il faut donc trouver une formule originale qui permette à tout croyant, chrétien, juif ou musulman, de se sentir, dans la ville sainte, sur pied d'égalité avec autrui [...]. De cette manière, au lieu d’être la ville du conflit, de la dispute et de la lutte interreligieuse, Jérusalem sera la ville de la paix, de la rencontre et de la fraternité pour ses habitants et un signe d'espérance pour le monde entier". "Je rêve du jour où, à Jérusalem, juifs, chrétiens et musulmans se salueront et échangeront des poignées de main". "Prétendre s'en emparer en exclusivité, est un appel à la guerre, alors que l'appel à participer, sur un pied d'égalité, à la souveraineté et à tous les droits et devoirs, est un appel à la paix et à la stabilité dans la Ville Sainte et dans la région".
Les chrétiens font partie de cette réalité et avec tous leurs concitoyens, ils recherchent pour tous, le meilleur avenir. Dans cette quête, ils s'inspirent des enseignements du Seigneur Jésus-Christ qui appellent à la paix, à la défense du pauvre et au soutien des opprimés. L'Eglise est parfois perplexe sur la manière de mettre en pratique ces enseignements et de les vivre au sein des conflits dans lesquels se débattent les citoyens. Car, d'un côté, elle doit éviter, en sa lutte, le danger du confessionalisme et, de l'autre, elle doit accomplir sa mission selon les valeurs évangéliques auxquelles elle croit. Dans l'Orient arabe, le chrétien est enraciné dans son identité arabe et chrétienne. Il a joué un rôle de pionnier, avant et après la naissance de l'islam, à donner sa vitalité à la culture arabe et orientale. Et quelles que soient les conditions, "nous croyons ferme que le seigneur Jésus-Christ nous a investi (nous chrétiens) de ce message à cet Orient: témoigner des valeurs évangéliques", pour que Dieu soit glorifié et que le monde ait la vie.
59. L'une des grandes réalisations de notre époque est la "Déclaration des Droits de l'Homme" du 10 décembre 1948 et le caractère exhaustif qu'elle a acquis à la Conférence de Vienne en 1993 quand il fut "confirmé que font partie des droits de l'homme, les droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels ainsi que le droit au développement". Cette compréhension englobante reconnaît que "l'homme est le sujet central du développement".
La conception chrétienne du développement considère qu'il est du devoir de la société d'aider, par la convergence des efforts de tous, chaque individu à parvenir à son épanouissement plénier. "La solidarité nous aide à voir "l'autre" - personne, peuple ou nation - non comme un instrument quelconque qu'on exploite [...], mais comme notre "semblable", une "aide" (cf. Gn 2, 18-20), que l'on doit faire participer, à parité avec nous, au banquet de la vie auquel tous les hommes sont également invités par Dieu". "La collaboration de tous, spécialement de la communauté internationale, dans le cadre d'une solidarité qui inclue tout le monde, à commencer par les plus marginalisés [est nécessaire]. Mais les pays en voie de développement ont le devoir de pratiquer eux-mêmes la solidarité entre eux et avec les pays les plus marginaux du monde".
Tout ceci suppose un développement total: "D'où l'importance de réveiller la conscience religieuse des hommes et des peuples" et de promouvoir les valeurs sublimes telles que l'amour, l'amitié, la prière et la méditation, afin que l'homme puisse jouir de conditions de vie plus humaines et parvenir à l'accomplissement de soi selon les deux dimensions matérielle et spirituelle de l'unité indivisible de l'être humain. Dans plusieurs pays d'Orient et du monde, certains articles des droits de l'homme ne sont peut-être pas mis en pratique. A titre d'exemple, l'inégalité devant le droit des citoyens de races et de confessions différentes. La prédominance de "l'esprit partisan de la tribu, de la famille, du groupe, ou du parti dominant", ainsi que le refus de ratifier certaines conventions internationales, telles que celles contre la torture et le racisme, etc.
60. Jésus a dit : "Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie" (Jn 14, 6), et Dieu a été appelé, les Psaumes" source de vie" (Ps 36, 10); la vie de l'homme est un souffle de l'être suprême (cf. Gn2, 7 et Sg 15, 11). Aussi, l'homme doit-il la respecter. Nous lisons dans les dix commandements : "Tu ne tueras point" (Ex 20, 13) et, dans l'Evangile: "Vous avez entendu qu'il a été dit: œil pour œil et dent pour dent. Eh bien! Moi je vous dis: aimez vos ennemis, priez pour vos persécuteurs" (Mt 5,38 et 44).
L'Eglise rejette toute sorte d'atteinte à la vie: de l'avortement à la vengeance, en passant par la torture, le terrorisme et la guerre. "Il est regrettable que l'humanité entière, dans toutes les époques de son histoire, ait eu recours à la violence" et y a toujours recours. Il n'est possible de se libérer de ce fléau qu'en extirpant les causes qui y mènent dont l'injustice sous toutes ses formes: orgueil, pauvreté, tyrannie, aliénation et accaparement des richesses matérielles et culturelles, etc. "Tandis qu'on dépense des richesses fabuleuses dans la préparation d'armes toujours nouvelles, il devient impossible de porter suffisamment remède à tant de misères présentes de l'univers [...]. La course aux armements est une plaie extrêmement grave de l'humanité et lèse les pauvres d'une manière intolérable". La source de tous ces malheurs est le cœur de l'homme: "D'où viennent les guerres, d'où viennent les batailles parmi vous? N'est-ce pas précisément de vos passions qui combattent dans vos membres? Vous convoitez et ne possédez pas? Alors vous tuez. Vous êtes jaloux et ne pouvez obtenir? Alors vous bataillez et vous faites la guerre" (Jc 4, 1-3).
Au cours des temps, l'Eglise a toujours proclamé le droit à l'auto-défense de chaque individu et de chaque communauté. L'Etat a le devoir de veiller à la sécurité de ses citoyens à l'intérieur de leur pays, "de porter le glaive [en cas de besoin...], car il est un instrument de Dieu pour faire justice et pour châtier qui fait mal" (Rm 13, 4). Il doit défendre son peuple contre les agressions extérieures, à condition d'avoir auparavant épuisé tous les moyens pacifiques pour résoudre les problèmes en suspens, et de s'être théoriquement assuré la victoire sans dommages supérieurs aux méfaits d'une soumission temporaire à l'injustice. Du reste, l'Eglise est de plus en plus convaincue que l'abolition de la peine de mort dans tous les régimes de gouvernement et son remplacement par des moyens de réhabilitation de ceux qui ont commis des crimes, est devenue nécessaire car plus compatible avec le bien commun et la dignité de l'homme. Elle invite, avec insistance, les organisations internationales et surtout les Nations-Unies, à gagner la confiance des peuples afin qu'elles deviennent pour les peuples, le recours constant où se règlent les litiges qui surgissent entre les pays.
Dans le cadre de son souci de la sauvegarde de la vie et du développement de l'homme, l'Eglise a porté, au cours des temps, une attention particulière aux souffrants et aux personnes épuisées physiquement et psychiquement. Dans nos pays tout comme dans le monde entier, elle a occupé, au cours de l'histoire, un rang de pionnier dans toutes sortes d'actes de charité et de bienfaisance et dans la fondation d'hôpitaux, de maisons de santé et des dispensaires. Elle en monte toujours là où le besoin s'en fait sentir. De nombreuses congrégations religieuses se sont consacrées exclusivement à ce service. Cette orientation n'est pas uniquement due au profond respect des disciples de Jésus envers l'être humain, mais surtout au fait que l'Eglise voit dans chaque être faible, le Seigneur Christ lui-même. Elle l'a entendu dire à propos de celui qui aide tout affamé, assoiffé, étranger, dépouillé, malade ou prisonnier: "Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume qui vous a été préparé depuis la fondation du monde [car...] dans la mesure où vous avez fait du bien à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait" (Mt 25, 34 et 40).
Le droit à la liberté, à l'égalité et à l'autodétermination
61. La vie n'est pas uniquement de boire et de manger, mais aussi de jouir d'une liberté véritable. Les êtres humains éprouvent, en eux-mêmes, des penchants et des forces biologiques, héréditaires et sociales qui les tiraillent et souvent entravent, quand elles n'empêchent pas, leur aspiration profonde à la liberté totale et au bonheur. Le christianisme se préoccupe de la libération de l'homme pour qu'en lui, l'image de Dieu atteigne sa perfection. Ceci suppose, au niveau de l'individu, un combat intérieur, spirituel et continu et de même une lutte au niveau de la société entière. Au niveau individuel. "Par son action libre, l'homme doit tendre vers le Bien suprême à travers les biens conformes aux exigences de sa nature et à sa vocation divine. En exerçant sa liberté, il décide de soi-même et se forme lui-même. En ce sens, l'homme est cause de soi-même. Mais il l'est à titre de créature et d'image de Dieu".
Il est de la responsabilité de la communauté locale et internationale d'assurer aux individus un climat capable de les soulager des pressions extérieures qui les empêcheraient de se libérer. L'Eglise définit la nature de la liberté dans l'amour qui en est la source et la fin. Elle invite à l'édification de la "civilisation de l'amour" qui focalise tous les efforts de l'humanité autour du service des plus faibles parmi ses fils.
En ce domaine, parmi les aspects les plus marquants de notre époque, il y a la requête des hommes "que soit délimité l'exercice de l'autorité des pouvoirs publics afin que le champ d'une franche liberté, qu'il s'agisse des personnes ou des associations, ne soit pas trop étroitement circonscrit. Cette exigence (...) regarde principalement ce qui est l'apanage de l'esprit humain et, au premier chef, ce qui concerne le libre exercice de la religion dans la société". "Il incombe à la fois aux citoyens, aux groupes sociaux, aux pouvoirs civils, à l'Eglise et aux autres communautés religieuses de veiller à la liberté religieuse, chacun selon sa manière et sa mesure propre, en fonction de ses devoirs envers le bien commun".
La liberté est indivisible et la liberté religieuse ne se limite pas à avoir la permission de pratiquer le culte. Elle implique aussi que le choix d'une religion n'entraîne pas la réduction des droits du citoyen: "Le pouvoir civil doit veiller à ce que l'égalité juridique des citoyens, qui relève elle-même du bien commun de la société, ne soit jamais lésée, de manière ouverte ou larvée, pour des motifs religieux et qu'entre eux aucune discrimination ne soit faite" . Les chrétiens d'Orient "désirent être considérés comme des citoyens au plein sens du terme et non comme une minorité qui demande la protection. Nous souhaitons que chacun de nous soit rempli de la lumière de sa religion dans son engagement dans la vie publique. Il doit y avoir, en outre, un cadre juridique qui permette à tous une participation égale dans la vie civile, y compris dans les décisions politiques, économiques, sociales et autres".
62. Dans le cadre de l'égalité entre les êtres humains, au niveau individuel comme au niveau communautaire, la situation de la femme dans le monde et dans notre Orient dénote. Le Pape Jean-Paul II parle du "génie de la femme". Il insiste sur les efforts que celle-ci fournit au sein de la famille et au travail sous l'effet d’une "maternité sentimentale, culturelle et spirituelle inestimable étant donné l'empreinte qu'elle laisse sur le développement de l'homme et l'avenir de la société". La femme allie à la tendresse et au courage, une intuition remarquable. "On constate chez la femme une disponibilité illimitée à se dévouer dans les relations humaines, surtout au profit des humiliés et de ceux qui n'ont personne pour les défendre".
"Dans son anthropologie et dans sa doctrine, l'Eglise affirme l'égalité des droits entre l'homme et la femme, fondée sur la création que tout être humain à l'image de Dieu". Aussi bien au plan de la légalité que dans le concret, dans la société comme dans la pratique familiale, cette égalité entre les droits de l'homme et de la femme est toujours absente. Et parmi les manifestations les plus contraires à l'esprit de l'Evangile, la violence exercée à l'égard de la femme dans la vie domestique, sous prétexte que "le mari est chef de la femme". La parole de l'apôtre: "Maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé l'Eglise [et] il s'est livré pour elle" (Ep 5, 25) est oubliée. Dans la majorité des pays d'Orient, la loi continue à être injuste à l'égard de la femme, par exemple, dans les dispositions relatives aux "crimes dits d'honneur", à la violence sexuelle (la prostitution) dégradante pour la dignité de la femme, à l'héritage, à l'éducation, etc. Toutefois, le statut de la femme, dans les domaines du social, de l'économique et du politique a marqué une certaine amélioration, bien que lente. Le mérite en revient surtout aux associations féminines qui luttent pour "la libération de la femme" dans le monde et dans nos régions, sachant que l'organisation des Nations-Unies reconnaît que les "efforts en faveur des droits de la femme sont encore inorganisés et rudimentaires". "Le chemin de libération de la femme [...] est ardu. Il n'est pas toujours à l'abri des erreurs, mais en ce qui a trait à l'essentiel, il est positif". Des femmes ont marqué l'histoire de l'empreinte de leur personnalité en se signalant dans les domaines de la science et du travail.
La Vierge Marie, la mère de Jésus, demeure leur modèle suprême et celui de tous ceux qui croient en Son fils. Elle est aussi la plus sublime expression de la grandeur de la femme. Dieu l'a choisie entre toutes les femmes pour qu'elle soit le premier temple dans lequel s'est reposée la grandeur divine et a régénéré le monde. "C'est le "oui" de Marie qui nous a valu l'incarnation du Fils". Le Saint Esprit, divin esprit d'amour, a comblé le cœur de Marie. C’est pourquoi elle s'est remise entre les mains à Dieu, se livrant sans compter, à la suite du Seigneur, et devenant ainsi le modèle de la personne libre dans lequel l'image de Dieu a atteint la plus haute perfection. Toutes les générations la déclarent bienheureuse.
L'image de Dieu qui exprime le mieux, en notre monde, l'essence de la sainte Trinité, est la famille. Ce sont les noms de ses membres que Jésus a utilisé pour nous parler de lui-même, de Son Père et de l'Esprit Saint, cet esprit d'amour qui relie le Père à Son divin Fils dans une unité indivisible (cf. Ep 5, 32). La famille est la "petite Eglise" dans laquelle l'amour du Christ pour Son Eglise trouve son expression.
C'est pourquoi, lorsque la famille se démembre, disparaît la plus importante des manifestations de l'amour de Dieu que nous ayons. Les enfants se voient enlevé leur droit d’être éduqués et parfois de recevoir l'enseignement et la culture indispensables à une croissance équilibrée. Car, de même que le corps a besoin de nourriture matérielle, l'âme a besoin de nourriture intellectuelle.
Parmi les nombreux dangers qui menacent la famille, les plus importants sont les suivants: l'absence du père ou de la mère, le besoin matériel grave, une compréhension fausse du mariage et du rôle de chacun des époux, et entre autres, les mariages mixtes entre personnes de confessions ou de religions différentes. Chacune de ses personnes aura sa propre conception de la famille. Il arrive même que certains des fidèles de nos Eglises exploitent, par manque de profondeur spirituelle, la protection de loi en vigueur dans d'autres croyances, pour se soustraire à leurs obligations conjugales et familiales.
La famille n'est pas un îlot isolé. Elle est un corps en interaction avec la société. Elle a besoin de celle-ci tout comme elle en est la base: "La famille est la cellule naturelle et principale de la société. Elle a le droit de jouir de la protection de la société et de l'Etat", qui se doit "de défendre la moralité public et de favoriser la prospérité des foyers".
L'Eglise attend des parents qu'ils assurent aux enfants et aux jeunes la connaissance de Jésus et une éducation humaine judicieuse. "Les parents ont, en priorité, le droit de choisir l'éducation à donner à leurs enfants". Ce droit n'est applicable qu'à l'ombre d'un Etat qui reconnaît la liberté de fonder des écoles et des universités privées et qui les soutient.
L'Eglise
a réalisé assez tôt qu'elle était responsable,
aux côtés des parents et de l'Etat, de l'éducation
des jeunes générations. Tous les moyens valables pour la
réalisation d’un tel but, l'intéressent, en premier lieu
la catéchèse, ensuite les moyens de communication sociale,
les commissions éducatives, les mouvements de jeunesse et surtout
les écoles et les universités. Nombre de nos pays d'Orient
témoignent de la justesse de cette affirmation. Les chrétiens
de notre temps se trouvent confrontés à un défi qui,
jusqu'ici, n'a pas eu d’équivalent: la rapidité du progrès
scientifique, l'avènement de l'ère de la "communication"
et leur conséquence la mondialisation. Comment répondent
les cultures locales à cette réalité et quel est le
nouveau visage que doit revêtir, en théorie et en pratique,
le commandement de l'amour face à des structures sociales de jour
en jour plus compliquées? Quels sont les programmes audacieux d'intervention
qu'il est bon de mettre en place pour libérer des millions d'hommes
et de femmes du poids des situations économiques, sociales et politiques
qui les écrasent? "Cette action doit commencer par un immense effort
d’éducation: éducation à la civilisation du travail,
éducation à la solidarité, accès de tous à
la culture".
Ensemble pour une vie "surabondante"
64. Depuis leur première réunion, les Patriarches Catholiques d'Orient ne cessent d'insister dans leurs messages sur l'importance de la solidarité de leurs fidèles, entre eux et avec tous les fils de cet Orient. Dans leur premier message, ils nous invitent à passer du confessionalisme à des Eglises vivantes qui œuvrent, dans la diversité de leur liturgie et de leur patrimoine, pour vivre leur foi en complète harmonie avec l'environnement que Dieu a voulu pour nous et pour lequel il nous a voulu. "Il nous appartient d’apporter une contribution efficace dans tous les domaines de la vie publique (social, économique, politique, culturel et autres). Il nous appartient de le faire avec un cœur largement ouvert, une générosité totale et une relation véritable à tous ceux avec lesquels nous vivons".
Les lettres suivantes reprennent ces sujets en détail. Ainsi, la seconde aborde la question de "la présence chrétienne en Orient, témoignage et mission" avec pour devise. "Nous serons chrétiens ensemble ou ne serons pas". La troisième a pour titre "Ensemble devant Dieu, pour l'homme et la société: la coexistence entre musulmans et chrétiens dans le monde arabe". La quatrième traite du "Mystère de l'Eglise", montrant que la source, le modèle et la finalité en est l'union du Père, du Fils et du Saint - Esprit et que l'Eglise est, par conséquent, un mystère d communion vivante, un signe et un instrument de Salut pour l'humanité entière et, enfin que le confessionalisme nuit à une telle conception.
65. Tous les axes majeurs dont il a été question dans les chapitres précédents et qui sont présentés pour être étudier en préparation à notre conférence relèvent d'une même perspective. Nous, catholiques de cet Orient, nous sommes invités à sympathiser et à nous solidariser, par la pensée et l'action, avec nos Eglises, avec tous les chrétiens, avec nos concitoyens et avec tout homme de bonne volonté. Nous proclamons que l'homme est un être "interactionel" et "relationnel" qu’il se construit en s’ouvrant aux autres et à Dieu, "l'Autre" suprême, et en les aimant avec tout ce que ce mot comporte de dimensions concrètes: culte, obéissance à Dieu, respect, coopération et solidarité avec les enfants des hommes aux niveaux spirituel, matériel et social.
66. Cependant, dans le concret, le deuxième millénaire chrétien a vécu, à l'intérieur de l'Eglise, en Orient et en Occident, de douloureuses divisions de, qui ont dépassé ce que le premier millénaire en a connu. Nous aussi, ici même en Orient, nous avons fait l'expérience des plus violents conflits religieux, ici même en Orient. En ce vingtième siècle, l'histoire a enregistré les guerres les plus destructrices, la violence s'est partout accrue et la présence de l'Eglise sur la terre même du Christ s’est affaiblie. "Parmi les péchés qui requièrent un plus grand effort de pénitence et de conversion, il faut évidemment compter ceux qui ont porté atteinte à l'unité voulue par Dieu pour son peuple. [...] La communion ecclésiale parfois par la faute de l'une et de l'autre des parties, a connu de douloureux déchirements qui s’opposent ouvertement à la volonté du Christ et sont pour le monde un objet de scandale". "Il y a un autre chapitre douloureux sur lequel les fils de l'Eglise ne peuvent pas ne pas revenir en esprit de repentir: le consentement donné, surtout en certains siècles à des méthodes d'intolérance et même de violence, [...]. Les faiblesses de tant de fils [de l'Eglise] ont défiguré son visage et l'ont empêchée de refléter pleinement l'image de son Seigneur crucifié, témoin insurpassable d'amour patient et d'humble douceur".
67. Du fond de ces ténèbres, se montrent à nous ici et là, des lueurs de grande espérance. Et il est aisé à qui sait lire les signes des temps d'y discerner l'action du Saint Esprit. Après s'être considérés comme ennemis, voilà que les chrétiens, surtout depuis le début de ce siècle, supplient ensemble Dieu pour qu'il leur pardonne leurs offenses réciproques. Ils entreprennent "d’utiles initiatives œcuméniques afin que nous puissions nous présenter, lors du grand jubilé, sinon complètement unis, du moins beaucoup plus près de surmonter les divisions du deuxième millénaire". Il est clair que notre monde aspire à la paix, la coopération et la solidarité. Preuve en est, la reconnaissance croissante de l'Organisation des Nations-Unies.
68. Nous, les chrétiens, nous aspirons à vivre ces dimensions à la lumière de notre foi chrétienne par laquelle la solidarité tend à "se dépasser elle-même, à prendre les dimensions spécifiquement chrétiennes de la gratuité totale, du pardon et de la réconciliation. Alors le prochain n'est pas seulement un être humain avec ses droits et son égalité fondamentale à l'égard de tous, mais il devient l'image vivante de Dieu le Père, rachetée par le sang du Christ et objet de l'action constante de l'Esprit Saint".
La solidarité mondiale débute par la solidarité locale. Nous sommes loyaux envers notre terre et notre peuple par le service que nous rendons au bien commun, cherchant uniquement à glorifier Dieu et à servir l'homme, tout homme et tout l'homme. Nos patries sont, pour nous, des écoles de dialogue semblables au domicile paternel pour les membres d’une famille, car notre culture est une et diverse. Pour nous, le patriotisme équivaut à "vivre ensemble" pour le meilleur et pour le pire dan un partenariat à parts entières, pour tous, en droits et obligation, sans que cela ne supprime les caractéristiques de chaque communauté ou de chaque citoyen mais plutôt transforme les particularités en une richesse dont tous bénéficieront pour leur croissance.
69. Dans tout cela, le Christ est notre espérance. Son Eglise existe depuis 2000 ans semblable au grain de sènevé planté dans la terre. Elle est invitée à répandre le Royaume de Dieu dans tous les cœurs. Sa force est l'Esprit Saint qui prépare les âmes à recevoir la grâce de Dieu. Elle a pour assises les vrais martyrs qui se sont sacrifiés par amour du Christ, de leurs amis et de leurs ennemis. "Le sang des martyrs - semence des chrétiens" et "en notre siècle les martyrs sont revenus".
C’est
sous leur protection et sous la protection de la Vierge Marie, Mère
du Dieu incarné et notre sœur en l'humanité que Nous plaçons
nos efforts pour le succès de notre conférence et sous celle.
Elle a aimé notre monde et a intercédé en faveur des
invités aux noces pour que rien ne ternisse leur joie. Pour elle,
eut lieu le premier miracle du Seigneur: "il manifesta sa gloire et ses
disciples crurent en lui" (Jn 2, 11). La voix de son fils résonne
toujours dans nos cœurs et nos consciences: "Sois sans crainte, petit troupeau,
car votre Père s'est complu à vous donner le Royaume" (Lc
12, 32). Et ce Royaume, nous le voulons pour tous les hommes afin qu'ils
aient la vie et qu'ils l'aient en abondance.
Introduction
3. Il existe une relation singulière entre la connaissance scientifique et la foi chrétienne. A partir de la situation en Orient, comment peut-on évaluer cette relation? Quelle est la position de l'Eglise d'Orient vis-à-vis des domaines scientifiques? Que proposez-vous pour que l'Eglise accomplisse sa mission dans ce domaine ?
4.Que représente pou vous l'histoire? Comment comprenez-vous l'histoire de nos pays et de nos Eglises dans le passé et à présent? L'histoire, que nous a-t-elle appris? Quel est le rôle du chrétien dans la préparation d'un avenir meilleur fondé sur les enseignements de l'Evangile?
5. La conscience est la loi de tout homme. Elle l'invite à bien faire et à éviter le mal. Quelles sont les influences négatives qui exercent une pression sur la conscience de vos compatriotes et sur celle des habitants de l'Orient ? Comment pouvez-vous décrire les conséquences de ces influences sur vous, sur l'Eglise, sur les fidèles et sur les fils de l'Orient en général? Comment le fidèle peut-il faire face à ces pressions?
6. La parole de Dieu est la nourriture du croyant et elle est essentielle dans la vie du chrétien. Notre peuple y reviendra-t-il? Où la lit-on? A quelle occasion? Cette occasion est-elle suffisante? A qui revient la responsabilité de répandre cette parole? Quels sont les moyens utilisés dans notre pays et en Orient pour que la Parole de Dieu atteigne son but? Quelles sont les propositions utiles en ce domaine?
7. Qu'est-ce que la prière et qu'elle en est sa source? Est-elle innée ou s'acquiert-elle par l'enseignement? Pensez-vous que la prière individuelle est meilleure que la prière communautaire? Quelle est l'importance de la prière liturgique? Comment la vivons-nous en Orient? Est-ce suffisant? Comment y faire participer encore mieux en les croyants? Vos compatriotes, reviennent-ils en général à ce dialogue avec Dieu dans leur vie personnelle et sociale? Selon vous, quelle est la façon de prier préférée en Orient et chez nos jeunes?
8. Si nous revenons aux sources et origines chrétiennes, nous relevons l'importance de la messe dans la vie de l'Eglise et du croyant. Le peuple chrétien, aussi bien dans votre pays que dans toutes les Eglises d'Orient pratique-t-il toujours cette prière dans sa vie, par fidélité à la recommandation du Christ? Pratiquement, est-ce que l'eucharistie influe sur la vie du croyant?
9. Comment voyez-vous et comment les croyants voient-ils la nécessité des sacrements dans leur vie. Les sacrements, c’est-à-dire, le baptême, la confirmation, l'eucharistie, la pénitence, l'onction des malades, le mariage et le sacerdoce? Comment ces sacrements sont-ils célébrés dans la vie chrétienne en Orient? Quelles sont vos propositions pratiques?
10.Quel
est le fondement de la société chrétienne et de la
véritable civilisation humaine? Toutes les religions monothéistes
en Orient en des points communs. Quels sont-ils les points et quel en est
le fondement? A partir de ces fondements communs, comment se passe pratiquement
la vie quotidienne des gens d'un même pays et d'une même région?
Qu'est-ce qui est souhaitable?
12.Quelle proposition faites-vous pour favoriser la connaissance des traditions de nos sept patriarcats?
13.Quels sont les meilleurs moyens pour coordonner le service pastoral dans les quartiers ou les villages où se trouvent plus d'une paroisse catholique?
14.Que proposez-vous pour faire de la charité chrétienne un potentiel efficace dans l'Eglise, d'abord au niveau de la paix dans la région, ensuite à celui d'une nouvelle organisation économique au sein de la vie de l'Eglise et dans la société?
15. Que pensez-vous de la coopération entre les Eglises Orientales mères et la diaspora ? Est-elle solide à votre avis? Que proposez-vous?
18. Quelle est la situation des sectes dans votre éparchie et quelle attitude adoptez-vous face à cette situation? Que suggérez-vous pour les affronter?
20. Que pensez-vous du dialogue islamo-chrétien en Orient ou dans les autres régions du monde? Quels en sont les points positifs?
21.Quelle forme doit revêtir le dialogue islamo-chrétien dans chacun de nos pays? Avons-nous de la société, de l'Etat et autres instances semblables, une vision chrétienne claire que nous pouvons présentons à notre frère musulman et, plus généralement, à notre société ?
22. Pouvons-nous envisager un dialogue religieux entre le christianisme et le judaïsme en tant que deux religions liées par l'Histoire et la situation politique actuelle? Que pensez-vous du dialogue religieux judéo-chrétien en Occident? Quel est le rôle des Eglises d'Orient dans ce dialogue?
23.Est-ce que le dialogue est possible et fructueux avec tous les groupes de la société, croyants et non-croyants? Facilite-t-il la paix et le développement humain des peuples? Comment?
24.Comment définissez-vous la paix véritable? quelle en est la source et les conditions de base? Quelle est l'attitude des chrétiens envers la paix et quel est la mission de l'Eglise concernant le processus de paix en Orient?
25. Selon vous, quelle est la vision chrétienne concernant Jérusalem? Quelle solution pouvons-nous présenter pour la Ville Sainte?
26.Que comprenons-nous par droits de l'homme? Quelle est la position adoptée par l'Eglise face à la déclaration des droits de l'homme? Comment réagit votre entourage concernant l'application de ces droits? Comment l'égalité entre les citoyens, sans distinction de race, religion, ou tout autre critère, peut-elle se présenter? Quels sont les signes de la concrétisation de l'égalité et la solidarité dans l'Orient où nous vivons? Comment pouvez-vous contribuer à réaliser la justice sociale et l'égalité entre les citoyens?
27.Quels sont les obligations de l'Eglise envers l'homme et ses droits? Qu'a-t-elle réalisé en Orient à ce niveau? Selon vous, comment témoigner de l'amour et de la paix dans votre pays? et dans le monde arabe?
28.Quelle est la définition du développement et quelles en sont les conditions? Quelle est la relation entre le développement et le précepte de l'amour?
29. Que pensez-vous du dicton : "Œil pour œil, dent pour dent"? Pourquoi les gens ont-ils recours à toutes les formes de violence? Quel en est le fondement? Quelles en sont les causes? Quelle est la position de l'Eglise face au mal et à la violence?
30.La vie aspire continuellement à la liberté véritable. Selon vous, comment définir cette liberté? Quelles sont les conditions de sa réalisation et de son épanouissement? Quelle relation y a-t-il entre la liberté et les droits et obligations, entre elle et l'autorité civile, la citoyenneté et la religion? Quels sont la source et le but de la liberté chrétienne? Quels sont les signes de la liberté dans votre pays et dans la société arabe? Que proposez-vous?
31.En vous basant sur les notions d'égalité et de respect des droits de l'homme, quelle est, selon vous, la situation de la femme dans votre pays et en Orient? Quel rôle joue-t-elle dans les relations humaines? A-t-elle une influence sur la famille, la société et la patrie? Quelle est la position de la législation et de l'Eglise envers la femme? Dans ce domaine, quels sont les mouvements féminins actifs dans votre pays? Que demande-t-on?
32. Comment distinguer entre la famille unie et la famille démembrée? Quelle est l'importance du domicile paternel? Selon vous quels sont les principaux dangers qui menacent la famille aujourd'hui? Ont-ils une répercussion dans la société et la patrie? comment définir la relation entre la famille et la patrie? entre la famille et l'Eglise? L'enseignement et la culture influencent-ils directement l'éducation? Comment? Quels moyens adéquats proposez-vous à cet effet?