Merci de votre patience et indulgence à mon égard, d'autant que mon sujet comporte trois points spécifiques auxquels il me faut au moins faire allusion. Il va s'agir d'abord d'une culture persane bien particulière, tout à fait spécifique et différente de ce que vous connaissez au monde arabe. De plus, nous sommes au monde chi'ite et en Régime Islamique. Enfin les chrétiens forment une minorité beaucoup plus réduite que l'ensemble des Eglises du Proche Orient. Trois spécificités qui réclament du temps et quelque attention. C'est la raison pour laquelle, pour faire vite, je traiterai d'un même élan la présentation des Eglises d'Iran et les questions qui m'ont été soumises, du moins celles qui me semblent les plus importantes dans le contexte qui est le nôtre. En annexe du document que vous avez entre les mains, vous trouverez quelques réflexions plus fouillées que je ne saurai développer ici.
Quant au titre de cet exposé, "Eglises d'Orient", il entend d'abord reprendre l'ancien titre de notre Eglise locale, à l'Est de l'ancien empire romain, au-delà d'Antioche, et hors du monde arabe. Je me réjouis que vous ayez pensé à inviter des représentants de cette Eglise qui peut vous paraître "hors frontière" et je vous en remercie. L'Eglise Chaldéenne avec l'Eglise assyrienne d'Orient envisagent conjointement de remettre cette appellation en honneur car nos Eglises ont toujours voulu être catholiques en Asie, bien au-delà des frontières de telle ou telle ethnie particulière. Mais bien entendu, cette étude sur les Eglises catholiques d'IRAN englobera l'Eglise arménienne comme l'Eglise latine, bien que, chaldéen moi-même, je connais moins bien ces communautés sœurs.
Dans une première partie, je vous exposerai ce qui me paraît être la vocation de notre Eglise locale d'Iran. Ensuite je vous en dirai les faiblesses. Enfin je chercherai à vous faire partager les appels, à la lumière de l'Evangile.
Première Partie
Grandeur de notre vocation
Vaste et divers comme un empire, dont les habitants s'urbanisent rapidement, par exemple dans cette grande capitale qu'est Téhéran avec ses quelque 15 millions d'habitants.
Depuis vingt ans, à la suite de la Révolution dont vous avez sans doute suivi les soubresauts, nous sommes devenus une République Islamique qui fait peur à beaucoup, mais dont l'image de marque en Occident me semble faussée: il s'agit d'un pays de grande culture et les persans ne sauraient être aussi fanatiques que le prétendent certains "médias" ou informations qui diabolisent notre Régime pour mieux se faire écouter. De plus, vous savez que les mentalités évoluent vite et l'élection de l'Hojat-ol-Islam Saïd Mohammed Khatémi comme Président de la République en est un signe parmi d'autres, signe très nettement confirmé par les récentes élections municipales remportées haut la main par ceux qui le soutiennent, en particulier une nombreuse jeunesse qui n'a pas connu la Révolution et qui désire un cadre de vie plus souple, plus libre mais aussi moins difficile du point de vue économique.
Quant à notre économie, vous en savez la force et la faiblesse, dues aux variations des cours du pétrole, notre principale ressource. Mais permettez-moi de rappeler que les exploitations pétrolières sont entrain de s'étendre sur une vaste zone autour de la mer Caspienne, ce qui intéresse, outre les appétits occidentaux, tous les pays de cette région d'Asie Centrale, du Caucase à la Chine, et explique sans doute bien des conflits actuels, sur les lieux où pourraient passer les oléoducs, de l'Afghanistan à la Tchétchénie, pour ne rien dire du Kurdestan, de l'Irak, de cette région du Golfe que je n'ose nommer... Zone de fractures dans notre humanité asiatique, avec de plus votre voisin Israël qui prend l'Iran pour son plus dangereux ennemi.
Zone d'avenir donc pour l'économie
mondiale, mais aussi région de transition culturelle d'ouest en
est, "Empire du Milieu"
entre la Mésopotamie
arabe et l'Indus, ainsi que, du nord au sud, entre le monde slave ou turco-mongol
et l'Arabie. Nous sommes bien évidement charnière entre le
Proche Orient et l'Asie profonde, chemin obligé des invasions, à
la route de la soie autrefois, aujourd'hui des oléoducs mais aussi
des chemins de fer, des marchandises, des idées ainsi que des drogues,
malheureusement.
Malgré les continuelles invasions qui ont douloureusement marqué son histoire, l'Iran a su conserver une authentique et très riche civilisation dont nous connaissons le glorieux passé zoroastrien et la richesse actuelle du shiisme iranien, si marqué par la poésie mystique d'un Hafez ou d'un Molânâ, une culture bien différente de celle que vous connaissez dans le monde sunnite arabe.
Dans un tour d'horizon aussi rapide, c'est malheureusement tout ce que je peux vous en dire. Pour plus de détails, permettez que je vous renvoie à la première annexe du document que vous avez entre les mains.
B. Notre histoire est-elle
signe de vocation?
Sans glisser dans le folklore
ou l'archéologie, il me semble absolument nécessaire d'évoquer
l'histoire asiatique de notre Eglise pour en comprendre la spécificité
au sein des autres Eglises d'Orient. De plus, l'histoire n'est-elle
pas signe de vocation? Cette histoire s'étale sur deux millénaires
et fut perturbée par de nombreuses épreuves. Je ne peux donc
qu'en rappeler très rapidement les grandes articulations.
Sans prétendre comme certains que notre Eglise fut fondée par les Mages de retour de Palestine, il faut signaler que ce grand spécialiste et ami de notre Eglise que fut le Père FIEY, d'heureuse mémoire, situe à la fin du premier siècle du christianisme la fondation de la première Eglise dans un faubourg de Ctésiphon, la capitale de l'empire Perse de l'époque. Inutile d'insister: vous ne serez pas étonnés d'une telle affirmation car vous connaissez trop le Nouveau Testament comme les relations multiples entre les communautés juives de Jérusalem avec les nombreux exilés demeurés en Mésopotamie après le retour autorisé par Cyrus le perse. Alors que le christianisme se heurtait à une persécution dans l'empire romain, notre Eglise connaissait d'abord une expansion relativement tranquille à travers la Mésopotamie, l'Arabie et les provinces du Fars jusqu'à la Caspienne.
Mais bientôt, la dynastie Sassanide, fondée 224 par le petit fils d'un grand prêtre zoroastrien, vint s'opposer à cette expansion et entamer une très sanglante persécution. Cette violence dura pendant plusieurs siècles, d'autant plus sévère qu'à partir 313 l'empereur romain était devenu depuis Constantin le défenseur des chrétiens. Dès lors, les chrétiens de notre Eglise furent perçus comme les espions des armées romaines et chaque conflit entre la Perse et Byzance vint raviver cette persécution, qui nous a valu de si nombreux martyrs. Telle fut une des raisons de l'éloignement de notre Eglise par rapport au patriarcat d'Antioche, et, après le malheureux concile d'Ephèse où Cyrille se signala par son intransigeance, brouille et rupture complète s'intallèrent à partir du 5ème siècle au cours duquel notre Eglise fut accusée de nestorianisme, pour être mieux rejetée dans les ténèbres extérieures à l'empire romain et vouée à l'oubli.
Au 7ème siècle, l'invasion arabe pénétra bien vite en territoire persan. En quelques décades, nos Eglises disparurent d'Arabie. Dans les autres régions, nos fidèles devenaient des "Dhimmis" dans leur propre pays, situation qu'il n'est pas nécessaire d'expliquer devant vous... Pourtant une élite de penseurs, de scribes et de médecins ont collaboré avec la dynastie Abbasside de Baghdad et ont permis le passage de la civilisation gréco-perse au monde arabe qui étendait ses conquêtes. Mais le petit peuple des chrétiens, soumis à une situation humiliante et obligée de verser de lourds impôts, prit l'habitude de s'affirmer musulmans pour éviter cette pesanteur. Notre Eglise qui avait si bien résisté à la persécution sanglante mais intermittente et qui fut dirigée plutôt contre le clergé, se révéla à la longue vulnérable à cette pression généralisée et permanente. Pourtant son expansion vers l'est se poursuivait: l'Inde était déjà touchée par l'Evangile, puis bientôt l'Asie Centrale, la Mongolie et la Chine, si bien que, selon les historiens, notre Eglise a rassemblé environ 80 millions de chrétiens en 250 évêchés échelonnés de la Méditerranée au Japon. Telle était notre moisson asiatique au début de ce 2ème millénaire.
Mais comment porter "un fruit qui demeure" devant non seulement l'islamisation rampante des "Dhimmis", mais aussi une série de catastrophes que j'énumère pour mémoire:
En conclusion de cette première approche, résumons-nous. Notre situation géographique qui nous situe au-delà du monde arabe, à la charnière entre Antioche et Ernaculam, vient comme confirmer notre histoire, marquée du sang de si nombreux martyrs, bu par la terre de ce vaste continent. Cette histoire nous indique une vocation nettement asiatique, au service d'un continent si riche de cultures et de religions très anciennes, si peuplé aussi, si pauvre et si peu marqué par l'Evangile de Jésus-Christ. Les Evêques de ce continent réunis en Synode l'année dernière ont d'ailleurs souligné fréquemment combien la tradition latine, trop occidentale, était peu apte à pénétrer en profondeur ces pays dont naguère la tradition syriaque fut presque complètement chassée par les persécutions. La rigueur de ces persécutions ne montre-t-elle pas combien cette tradition syriaque pouvait profondément pénétrer la culture de ces pays, au point d'y être suivie comme si dangereuse? N'y a-t-il pas là un appel évident vers l'Asie? Nous y reviendrons.
La rigueur de celles-ci ne montre-t-elle pas combien cette tradition syriaque avait profondément pénétré la culture de ces contrées, au point d'être sentie comme dangeureuse.
Deuxième Partie
Faiblesses d'une Eglise
Selon les chiffres du dernier recensement de 1996 que je cite à titre indicatif, sachant que certains les estiment en dessous de la réalité, l'ensemble des chrétiens ne représente aujourd'hui que 78.000 personnes pour plus de 60 millions d'habitants, soit un pourcentage de 1,3 pour mille, chiffre qui a très certainement diminué depuis 1996. Incontestablement, nous ne sommes plus qu'une très faible minorité en Iran.
Communauté très
fragile, spirituellement comme humainement, car outre ce pourcentage extrêmement
faible, nous souffrons de multiples blessures. Et tout d'abord nos divisions:
il s'agit d'une minorité fragmentée en plusieurs ethnies
et divisée en sept Eglises.
Le schéma n°
4 ci-dessus vous détaille ces divisionPour simplifier notre regard
et pour tenir compte de ceux qui pensent que les chiffres du recensement
sont trop faibles, admettons que l'ensemble des chrétiens rassemblent
100.000 personnes de nationalité iranienne cf. schéma, sans
décompter les étrangers dont le nombre est très fluctuant.
En ce cas, les Arméniens représenteraient quelque 80.800
dont 800 catholiques; les Assyro-Chaldéens, environ 16.000 dont
8.500 catholiques.
Quant aux Eglises d'Occident,
latine comme réformées, je les ai soulignées sur le
tableau n° 5 afin de ne pas les oublier car elles sont minuscules,
bien que puissantes par d'autres points de vue. Donc le total des catholiques
représente 9.700 fidèles, avec une nette majorité
de Chaldéens. C'est infime comme un "petit troupeau"!
Notre diagnostic ne doit pas oublier d'autres signes de faiblesse que j'énumère:
Etant donné l'importance de cette menace et le peu de temps qui m'est imparti, j'ai choisi de vous en remettre une étude un peu détaillée en annexe de cet exposé, ce qui me permet d'aller très vite et de me résumer. Le tableau de l'évolution du pourcentage des chrétiens par rapport à l'ensemble de la population iranienne est éloquent (cf. schéma n° 6): depuis la veille de la Révolution et de la guerre, soit en 20 ans nous sommes passés de 5 à 1 pour mille, soit d'un total de 169.000 chrétiens à quelque 78.000.
Evolution selon les chiffres
des recensements du
Pourcentage des Chrétiens
Par rapport à la
population iranienne
Plusieurs conséquences:
En bref, serions-nous donc appelés à vivre, avant toutes les Eglises ici représentées, le prototype d'une étrange vocation: disparaître? Pourtant, je ne vois pas que notre pays, comme d'autres, puisse espérer un quelconque avantage de la disparition de toute présence chrétienne.
Mais tous les renouveaux sont possibles à l'Esprit de Dieu!
Troisième Partie
Devenir un Petit Reste
purifié, un Germe Sanctifié
Outre nos faiblesses, que je vous ai détaillées, je tiens à souligner brièvement mais clairement les signes de vie et de renouveau:
"Oser regarder, oser nommer, oser décrire les humiliations de notre Eglise, n'est en aucune façon manquer de foi. Nous gardons toute notre confiance au Christ et à son Esprit, mais nous refusons de vivre dans l'illusion. Il s'agit là sans doute d'une démarche difficile et pourtant essentielle. Dans la tempête de l'humiliation, nous risquons de perdre cœur. "Hommes de peu de foi" nous dira Jésus quand nous lui aurons fait part de notre angoisse. Mais il ne nous demande ni de commander à des vents qui ne nous obéissent pas, ni de nous endormir près de lui en faisant de beaux rêves. Regarder le creux des vagues, témoigner de la frayeur de l'équipage et en même temps réveiller le Christ qui dort, n'est-ce pas cela vivre en Eglise ?"Et l'Evêque d'Amiens de développer sa pensée en trois paragraphes intitulés: "L'épreuve de la stérilité", "l'épreuve de l'impuissance", "l'épreuve de l'insignifiance".
Ce qui peut être exact concernant le diocèse d'Amiens en France, l'est combien plus à Téhéran!
Quant à moi, j'espère trouver avec votre appui une "petite voie" ecclésiale pour mon "Petit Troupeau", comme Ste Thérèse de Lisieux a su la trouver pour son cœur blessé en devenant une enfant totalement abandonnée entre les mains du Père, ceci tout au cours de sa vie, avant d'être proclamée patronne des missions, patronne aussi des causes impossibles, puis Docteur de l'Eglise... Ste Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte Face: quel programme pour nous !
Quant à mon souhait, il se fera bref et souriant: qu'à l'image de l'apôtre Paul, l'un ou l'autre d'entre vous ait un songe et entende cet appel murmuré: "Passe en Asie, viens à notre secours!" (cf. Actes 16/9). "Passe en Asie, viens à votre secours" (cf. Actes 16/9). Cet appel fut actualisé par Sa Sainteté le Pape Jean-Paul II qui, en conclusion du Synode spécial pour le Liban, affirmait sa joie pour l'ouverture de l'Eglise du Liban vers d'autres pays, parmi les quels il nommait en premier lieu l'Iran (Message n°86).
Nous continuons donc à espérer. Mais ne tardez pas trop!... Merci de votre indulgente attention.
ANNEXE 1
L'Iran, Points de Repère
Capitale: Téhéran, 15 millions d'habitants, au Nord du désert central, dans le cours de son histoire presque tri-millénaire, l'Iran a eu 14 capitales successives, situées globalement autour du désert central: Ecbatane, Persépolis, Suse, Nichapour, Boukhara, Chiraz, Isphahan, Tabriz, Hérat, Qazvin, Mashhad, enfin Téhéran.
Population: Plus de 60,1 millions d'habitants au dernier recensement de 1996, contre 34 millions en 1976. Jeunes de moins de 30 ans: 5 habitants sur 6. La moitié de la population a moins de 18 ans. Enfants par femme: 3,2 en 1995, (contre 7,9 en 1976). Contraception favorisée depuis 1986. De 1986 à 1996, la génération des 0-14 ans passe de 45,5 à 39,5% de la population totale. Les jeunes adultes sont en passe de prendre le premier plan: dans le même temps, les 15-65 ans sont passés de 51,5 à 56,1%.
Mais dans 20 ans, population probable de 120 millions d'habitants, avec de graves problèmes, surtout d'alimentation en eau étant donné la pluviométrie trop réduite.
Urbanisation: 61% en 1996 pour 33,7% en 76 et 49,5% en 86. Diaspora en Occident estimée à 2 millions en 98, (contre 1 million en 1978).
Note: la plupart des chiffres qui précèdent sont issus de "Atlas d'Iran", B. Hourcade, Ed. Reclus 1998
Organisation politique:
République Islamique
Répartition des pouvoirs,
selon la Constitution révisée en 1988:
| 1951: | Nationalisation des pétroles, Mossadegh 1er ministre, shah en fuite. |
| 1953: | Le shah est rétabli sur son trône par l'armée soutenue par la CIA. |
| 1962: | Révolution blanche très critiquée. |
| 1971: | Somptueuses festivités du 2.5OOème anniversaire de la monarchie. |
| 1978: | Manifestations massives et répétées contre la monarchie. |
| 1979: | Renversement du shah et instauration de la République Islamique. |
| 4.11.79: | Occupation de l'ambassade américaine et prise de 65 otages. |
| Fin 1979: | Invasion de l'Afghanistan par les troupes soviétiques. Guerres. Plus de 2 millions de réfugiés afghans en Iran. |
| 1980-82: | Lutte contre les partis de gauche qui avaient participé à la Révolution. |
| 24/4/80: | Echec de la tentative USA. pour libérer les otages. |
| 1980-88: | Guerre Iran-Iraq: 700.000 morts du coté iranien? |
| 20.8.88: | Entrée en vigueur du cessez-le-feu |
| 1989: | Fatwa de l'Imam Khomeiny contre Salman Rushdie. |
| 3/06/89: | Mort de l'Imam Khomeiny, remplacé par l'ayatollah Khamenei. |
| 1991: | Dissolution de l'URSS. et indépendance des pays du Caucase et de l'Asie Centrale. |
| Janvier 93: | "Guerre du Golfe". Guerre en Arménie pour le Haut Karabakh. |
| 1995: | Progression des "Taliban" en Afghanistan. |
| 1995: | Embargo américain contre l'Iran. |
| Août 1997: | Election de Khâtami, président de la République avec 72% des suffrages exprimés. Lutte entre fondamentalistes, partisans du "Guide" Khaménéi, et modérés, partisans du Président Khâtami. |
| Septembre 98: | Le gouvernement décide que l'Iran n'aiderait pas les extrémistes qui voudraient tuer Salman Rushdie. Cette question reste disputée. |
| Octobre 98: | Election de l'Assemblée des Experts (Khobregân): le Conseil de Surveillance (Negahbân) refuse la candidature de 229 postulants, favorables à Khâtami, sur un total de 396. |
| Hiver 1998: | Meurtres de 5 intellectuels et écrivains partisans de Khâtami, attribués à certains éléments de ministère des Renseignements sous l'influence du Guide Khamenei. Plusieurs journaux sont interdits. |
| Mars 1999: | Elections de
conseils locaux: nette majorité aux partisans du Président
Khâtami.
|
Langue officielle
Le Farsi (persan), langue
indo-européenne, donc non sémite.
Alphabétisation: 80% en 1996 (contre 59% en 1976).
Le farsi (persan) dans le monde: en Iran, Afghanistan et Tadjikistan, une population totale de 93 millions d'habitants dont 50% a le persan comme langue maternelle. Regain d'intéret pour cette langue au Caucase et en Asie Centrale, dans les Républiques récemment libérées de l'emprise soviétique.
Répartition etnique
de la population (estimation 1990: total = 54.700.000)
| Groupe iranien | |
| Persans | 26.000.000 |
| Kurdes | ..5.500.000 |
| Talechis | |
| Guillanis | ..3.000.000 |
| Mazandaranis | ..2.000.000 |
| Bakhtiars | .....900.000 |
| Lors | ..2.400.000 |
| Baloutches | ..1.200.000 |
| Total | 49.100.000 |
| Groupe Turc | |
| Azéris | ...9.500.000 |
| Turkmènes | ......800.000 |
| Total | 10.300.000 |
Arabes: 1.200.000
Estimation 1990: Chi'ites:
près de 85%
Sunnites 2% à
15% (majorité des Kurdes et de même Baloutches et Turkmènes
et villes du Golphe) (Source: Atlas des peuples d'Orient
p. 125).
Explication du schéma n°6 p.9 "Pourcentage des Chrétiens":
Recensement de 1956 l'Iran complait 18,9 millions d'habitants dont 115.000 chrétiens 65.000 juifs 16.000 zoroastriens
ANNEXE 2
Emigration des Chrétiens
Cette émigration vers l'Occident représente un fléau qui menace l'existence de toutes nos Eglises en Orient. Il s'est abattu avec une rigueur et une ampleur particulières sur nos communautés en Iran. Et le mouvement continue inexorablement, quand du moins les familles en ont la possibilité. Avant d'en évoquer les conséquences et les causes, essayons-en d'abord une description:
1. Nos fidèles Assyro-Chaldéens ont quitté depuis déjà plusieurs générations - en particulier à l'occasion des massacres au cours de la première guerre mondiale - leur implantation traditionnelle dans les villages autour d'Ourmiah, où selon la majorité des auteurs, ils étaient quelque 30.000 personnes à la veille de ce premier conflit mondial2. Ils ont appris dès ce moment le chemin de l'Europe et de l'Amérique où ils faisaient fortune avant de revenir au pays, du moins certains d'entre eux. D'autres, plus nombreux, se sont dirigés en Iran vers les zones pétrolifères et les grandes villes. Par-là même, ils se sont urbanisés nettement plus vite que l'ensemble de la population iranienne. Venus surtout à Téhéran, ils ne sont pas rassemblés dans des "quartiers chrétiens" à l'instar de ce que nous connaissons dans d'autres villes du Proche Orient. En particulier pour les assyro-chaldéens moins nombreux que les Arméniens, cette urbanisation présente un fort déracinement qui compromet la transmission de la langue communautaire et des traditions ecclésiales.
2. De plus, ce premier déracinement les a fait passer si je puis dire du monde encore assez traditionnel et moyenâgeux des villages au monde moderne des grandes villes. Une fois perdues leurs racines villageoises, ce premier mouvement les prépare bien à une émigration vers l'Occident. Voici ce qu'en dit le Père Antoine SONDAG, secrétaire de la Commission française "Justice et Paix": "Les grandes villes sont des lieux de déstructuration des cultures traditionnelles, des lieux par où s'insinue l'influence "occidentale". Celui qui a quitté son village pour s'installer en ville a subi un choc culturel si fort qu'il est désormais prêt à quitter son pays pour s'installer dans une grande ville à l'étranger". Et d'ajouter un peu plus loin comme pour éclairer nos espoirs illusoires: "Si un pays décide de se donner l'image d'un Etat strict qui n'accueille plus - par exemple la France actuellement - cela ne fait pas diminuer le nombre de migrants mais les détourne vers les pays voisins"3. Or, selon le recensement de 1996, alors que les iraniens sont urbanisés à 60,1%, ce pourcentage s'élève à 99% chez les chrétiens. Ils sont donc touchés de plein fouet par le passage à ce dépersonnalisant "melting-pot" que représentent les grandes villes modernes, comme Téhéran, dont l'agglomération compte quelque 15 millions d'habitants.
3. Quant à l'ampleur de ce mouvement migratoire, il est toujours en augmentation et donc difficile à chiffrer. Le Bulletin de l'Œuvre d'Orient4 s'y essaie en décrivant la géographie de l'émigration des fidèles chaldéens, qu'ils soient irakiens ou iraniens: 85.OOO en Amérique, 22.OOO en Europe, 1.000 en Australie et plusieurs milliers dans les pays du Golfe. Quant aux pays de passage et d'attente, on dénombre quelque 20.OOO chaldéens qui cherchent à trouver un pays d'accueil. La situation ainsi décrite date de 1992 et n'a pas dû s'améliorer depuis, bien au contraire.
4. Je ne possède aucun renseignement statistique fiable sur les Arméniens d'Iran, nettement plus nombreux que les Assyro-Chaldéens, nous l'avons vu. On aurait pu espérer que ceux qui émigrent se dirigent vers l'Arménie toute proche et libérée du joug soviétique depuis 1989. Cette République compte près de 4 millions d'habitants. Mais de 50.000 à 70.000 arméniens quittent leur pays chaque année5 S'il en est ainsi, nos frères arméniens d'Iran partent non pas en Arménie comme il eût été souhaitable, mais en Occident eux aussi.
A vue humaine, cette tendance n'a donc aucune raison de s'arrêter ni même de se ralentir tant que les familles auront encore quelques possibilités matérielles pour acheter un visa. Il s'agit donc d'une véritable épidémie qui s'accélère même depuis que la guerre est terminée, et continue à délabrer les familles comme le tissu ecclésial de nos communautés. La vitesse et l'ampleur de cette émigration chez nous font malheureusement des Assyro-Chaldéens le sinistre prototype de ce qui menace d'autres Eglises d'Orient. Car ce qui nous arrive aujourd'hui pourrait atteindre demain d'autres minorités en Orient: être en voie de disparition.
Or j'apprends de divers cotés qu'un phénomène similaire s'accélère dangereusement au sein des Eglises d'Irak, qui sont pour nous en Iran ce que représente le Liban pour les Eglises de Syrie ou de Jordanie. Si nos arrières cèdent, qu'allons-nous devenir?
Les conséquences
d'une telle hémorragie sont évidentes:
1. L'élite
humaine de nos communautés se disperse. Ce sont bien sûr les
personnes les plus fortunées, les plus ambitieuses et les plus cultivées
qui ont d'abord pris l'initiative du départ et leur relative réussite
entraîne d'autres personnes à leur suite, qui sont moins bien
préparées à une telle aventure.
2. De plus, ce sont
les jeunes qui partent d'abord, et surtout les jeunes gens. D'où
un net vieillissement de notre communauté et une question grave:
si les jeunes gens partent, que vont devenir les jeunes filles? Seront-elles
amenées à se marier avec un musulman, et donc à devenir
musulmanes, comme c'est obligatoire chez nous en de pareil cas?
3. Bien entendu,
les jeunes ne peuvent guère penser à assumer une responsabilité
dans notre Eglise, et par exemple à devenir prêtres, quand
leur famille vont d'ambassades en consulats en quête d'un visa. Et
tout ce que nous cherchons à construire parmi nos jeunes semble
bâti sur le sable: un simple coup d'œil sur nos carnets de téléphone
tout marqués de rayures sont là pour en témoigner...
4. Parmi ceux qui
restent, la fragilisation de notre Eglise et cet écroulement de
leur passé communautaire provoquent parfois des tensions passionnelles
et des réactions ethniques, qui ne sont pas sans conséquence
sur la vigueur de notre communion ecclésiale et de notre témoignage...
5. Enfin, on imagine
sans difficulté les conséquences de ce déracinement
pour ceux qui, partis vers l'Occident, se trouvent confrontés à
un monde auquel ils n'étaient guère préparés.
L'équilibre de la vie familiale et la transmission de la foi s'en
ressentent durement.
6. Il semble malheureusement
tout à fait utopique de penser qu'à l'image de ce qui s'est
passé en France par exemple à l'occasion de la forte migration
russe à la fin de la première guerre mondiale, nos fidèles
pourront non seulement garder les traditions de notre Eglise mais les adapter
à leur nouveau milieu de vie, provoquant ainsi une saine diversification
au sein des Eglises d'Occident et un plus profond œcuménisme chez
ceux qu'elles envoient vers l'extérieur. Il faudrait pour cela que
notre Hiérarchie puisse accompagner ces fidèles et favoriser
ce renouveau...
Parmi les causes de cette migration, nous sommes bien conscients des causes humaines, culturelles, socio-économiques ou historiques, causes qui, pour une bonne part, ne dépendent pas de nous. Mais il en est peut-être d'autres, plus liées directement à l'Evangile et à notre responsabilité pastorale:
1. Avons-nous fait tout ce qui nous est possible pour que cette situation assez récurrente de "dhimmis" puisse être comprise comme un appel à mieux vivre la pauvreté selon l'Evangile: "Pour aller à Jésus Christ, sortons du camp en portant son opprobre" (Héb.13/13)?Que restera-t-il de nos communautés dans quelques années, à ce rythme? Un tout petit reliquat sans doute, composé de ceux qui ne peuvent partir parce que trop âgés, pauvres ou souffrant d'un handicap. Et peut-être aussi quelques "persans chrétiens" qui n'ont aucune famille à l'étranger ou bien ont été obligés de rompre leurs liens familiaux. Je me défends bien sûr de tout pessimisme. Mais un de nos hiérarques bien informé ne me disait-il pas dernièrement qu'en Turquie, il ne restait guère aujourd'hui que 50 Chaldéens en tout et pour tout? "Si cette vague n'est pas endiguée, la présence chrétienne autochtone en Orient se limitera un jour aux reliques et aux monuments".
Autrefois, cette "dhimmitude" inclinait de nombreux chrétiens à changer de religion pour éviter de payer de lourds impôts et de subir des humiliations lassantes. Aujourd'hui, des situations similaires les poussent à abandonner leur Eglise et sa mission... Je n'ai pas charge d'enfant et ne veut juger personne. Mais au plan mondial, je crains qu'en fuyant ainsi, nos chrétiens ne prennent la place d'autres personnes qui, en danger, auraient véritablement besoin de trouver asile et sécurité ailleurs.
2. Autre motif probable d'émigration: un manque d'Espérance en l'avenir de nos Eglises, réduites à survivre dans une apparente stérilité spirituelle et apostolique, puisque la liberté de conscience n'est guère respectée et que toute conversion est réputée impossible. N'est-ce pas là un appel à un profond renouveau, en particulier monastique, puisque l'histoire nous apprend comment ces nombreux monastères ont été dans nos pays des centres de rayonnement et de résistance à toute assimilation ou dissolution?
3. Enfin, n'avons-nous pas nous-mêmes induit nos chrétiens en tentation d'émigration quand nous leur avons appris dans nos écoles non seulement des langues étrangères mais un style de vie et une culture occidentale?
Ce sombre présage, cité par Elie Austa6 n'est pas de moi mais de tous les chefs d'Eglises en Orient réunis à Chypre. C'était en 1990. Depuis, nous nous sommes nettement rapprochés de cette prédiction, du moins en Iran. Or je ne m'intéresse guère aux vestiges archéologiques, fussent-ils le rappel d'un glorieux passé ! Mais je me soucie fort de ceux qui restent envers et contre tout, ainsi que du pays dans lequel ils continuent à vivre.
Bien évidement, nous traversons, peut-être plus que d'autres, une période d'exil. Sommes-nous entrain de devenir un "Petit Reste Fidèle" dont naîtra la Vie pour notre monde? Il ne m'appartient pas de l'affirmer mais de l'espérer et d'œuvrer pour que l'épreuve porte du fruit grâce à l'Esprit Saint et à la fidélité de tous. Car si nous ne devenons pas ce Germe sanctifié par l'épreuve, nous ne sommes, selon les sociologues, qu'une petite minorité en train sans doute de disparaître. Pourtant nous sommes envoyés au service d'une civilisation très ancienne, très riche de valeurs humaines et religieuses et en pleine évolution.
D'ailleurs, je ne vois pas
que ce pays, comme d'autres, puissent espérer un quelconque avantage
de la disparition de toute présence chrétienne.