Communiqué Final de l'Assemblée  des Patriarches et Evêques Catholiques au Liban en Conclusion de leur Session Annuelle 1991 

Du 25 Novembre au 4 Décembre courant, l'Assemblée des Patriarches et Evêques Catholiques au Liban, a tenu sa session annuelle 1991, dans la Maison d'Accueil de N.D. du Mont (Fatqa), des Soeurs Maronites de la Ste. Famille, sous la Présidence de S.B. Mar Nasrallah-Pierre Sfeir, avec la participation de Leurs Béatitudes les Patriarches: Maximos V Hakim, Ignace Antoine II Hayek, Jean-Pierre XVIII Kasparian, de LLEE les Evêques et des Très Révérends Pères Généraux des différentes congrégations religieuses. Un nombre important d'experts religieux et de laïcs, ont pris part aux réunions concernant l'éducation, la culture et la science.
S.B. le Patriarche Sfeir, Président de l'APECL, a ouvert la session par un discours sur l'éducation, sa signification, ses principes et son but, à la lumière de l'enseignement de l'Eglise. Puis il a relevé les problèmes auxquels elle est affrontée au Liban. S.E. Le Nonce Apostolique Mgr Pablo Puente a pris ensuite la parole, exhortant les Pères de l'APECL à être à l'avant-garde de ceux qui veulent dépasser les frontières communautaires trop étroites, et rejoindre les fils de ce pays qui sont les plus éloignés pour les sauver tous. Il a incité les Pères à prendre tous les moyens concrets et audacieux qui sont à même de garantir le redressement de la situation et de redonner l'espérance en une vie meilleure.
Le travail des Pères de l'APECL s'est centré sur trois sujets: Les questions d'intérêt général, l'éducation et le Synode Spécial pour le Liban. Ils ont discuté et approfondi chacune de ces questions pour en arriver à des convictions, des orientations et des décisions, confiant à la Commission Exécutive de l'APECL la responsabilité de les mettre en application. Ils ont ensuite rendu public le communiqué suivant relatif aux divers sujets traités.
I - LES QUESTIONS D'INTERET GENERAL
1. Les Pères ont réfléchi sur toutes les questions dont souffrent leurs fils et frères au Liban, dont les expulsions forcées, le coût exhorbitant de la vie, la majoration des scolarités et les injustices en cours. Ils feront tout leur possible pour alléger ces souffrances par tous les moyens dont ils disposent, tout en sachant que l'APECL ne peut prendre la place de l'Etat pour résoudre ces questions, mais compte sur la prise de position, la parole, l'orientation et la mise en service de ses possibilités.
2. L'APECL exhorte les fidèles chrétiens à vivre dans la confiance en Dieu et en soi-même, témoignant de courage dans les circonstances qu'ils traversent et comptant sur le Seigneur qui a dit: "Je suis avec vous, n'ayez pas peur". Elle leur recommande d'agir selon les valeurs morales qui sont la réponse la plus noble à toutes les injustices, craintes et épreuves. Il faut croire que le Liban retrouvera sa souveraineté, sa paix et son authenticité, son rôle et sa mission, grâce au concours de ses fils déterminés à rester ensemble, leur survie étant garantie, car tous veulent la vie.
3. Les participants ont demandé au Conseil de Présidence de chercher à résoudre le problème des réfugiés par les moyens les plus appropriés en amenant l'Etat à prendre des initiatives concrètes et définies, pour que les réfugiés regagnent leurs foyers dans la dignité, en toute paix et sécurité. Ils rappellent à qui de droit leur précédente requête en vue de constituer un Ministère de la Reconstruction qui se préoccupe du retour des réfugiés et s'emploie à reconstruire ce qui a été détruit et à planifier aussi de nouvelles habitations dont les jeunes ont besoin. Dans ce domaine, l'Eglise déclare à nouveau qu'elle est prête à participer à ce projet, en offrant les terrains nécessaires, dans le cadre d'une formule étudiée et claire.
4. Les participants attirent l'attention des responsables sur les graves conséquences qui résultent du fait de vider certaines régions de la présence chrétienne, selon un plan qui comprend l'achat des habitations et des terres, et utilise la séduction et la menace, consacrant ainsi une sorte de division et d'accaparement du pays. Une pareille erreur ferait perdre au Liban sa richesse, laquelle résulte d'une interaction fructueuse entre ses différentes communautés. Elle le condamnerait à une sorte de ségrégation et d'isolationnisme, toutes les deux nuisibles à sa nature et à sa mission.
5. Après avoir passé en revue les problèmes urgents dont souffrent les citoyens à cause de la hausse du coût de la vie en comparaison du salaire individuel, ainsi qu'en raison des ravages et des destructions, de l'inflation et de la fuite des capitaux, l'Assemblée conjure ceux que Dieu a comblé de biens et de bénédiction d'aider les nécessiteux par les moyens dont ils disposent.
6. En félicitant Caritas-Liban pour la compétence administrative et la crédibilité dont elle a fait preuve, l'Assemblée demande à tous ceux qui le peuvent de soutenir par leurs dons cette oeuvre caritative d'Eglise, afin qu'elle puisse, à son tour, soutenir les faibles et les nécessiteux. Caritas a subvenu précédemment à bien des besoins et elle a contribué à pourvoir à des milliers de cas: le logement, les soins et les scolarités, en s'appuyant principalement sur l'aide venant de l'extérieur. Mais cette source s'est tarie et des situations plus urgentes que celle du Liban à travers le monde ont apparu. Cela oblige les Libanais, pour des raisons de noblesse et de dignité, à compter sur eux-mêmes pour se sauver mutuellement.
7. Conformément aux statuts, l'Assemblée a comblé des postes vacants dans ses Commissions et a élu de nouveaux membres. Elle a élu un Président à Caritas Liban en la personne de M.L'Abbé Fouad El-Hajj, en remplacement de S.E. Mgr. Paul Matar. Elle a également élu un Aumônier Général, en la personne du P. Georges Balliki, Pauliste, en remplacement du P. Farès Maakaroun, Pauliste.
8. Les Pères ont abordé sérieusement la question de l'unification de la célébration de Pâques et ont exprimé le désir de la voir adoptée pour tous les chrétiens. Ils se sont mis d'accord sur le principe de l'unification, en décidant d'en référer au peuple chrétien dans le cadre des Eglises du Moyen Orient, de préparer les esprits et de prendre les dispositions canoniques requises.
II - LES QUESTIONS EDUCATIVES
A la lumière des études et propositions qui ont été présentées à l'APECL par la Commission compétente au sujet de l'enseignement au Liban et des conditions d'amendement des programmes et l'inflation du coût des scolarités, l'Assemblée présente à qui de droit les recommandations suivantes:
a. Elle incite les responsables du secteur de l'éducation à aligner la science et la culture sur l'éducation, de manière à engager la volonté sur la voie du bien, à éclairer les esprits en vue d'une vie heureuse et de doter la personne de convictions et de croyances en rapport avec sa dignité, lui assurant la compétence et renforçant sa foi en Dieu et dans le monde à venir.
b. Les Pères expriment leur considération et leur reconnaissance à tous ceux, clercs et laïcs, qui oeuvrent dans les Ecoles Catholiques et qui se sont consacrés à la tâche difficile de l'éducation. Ils ont travaillé avec dévouement et abnégation dans les jours les plus sombres, privés des conditions les plus élémentaires pour un rendement efficace, notamment la sécurité. Ils ont encouru un martyre quotidien, en vue de sauvegarder ce qui était possible comme valeurs éthiques. Ils ont élevé le niveau scientifique et culturel, dans la mesure où les circonstances le permettaient, allégeant ainsi le poids de la guerre destructrice, et sauvant des milliers de victimes de la tare de l'ignorance et des déviances.
c. L'Assemblée condamne certaines campagnes qui s'en prennent injustement aux écoles catholiques. Elles profitent de manière démagogique de la situation pour se décharger de la responsabilité d'avoir privé des milliers de Libanais d'un enseignement valable et d'un niveau digne, dans un monde qui est à l'aube de son 3ème millénaire. L'Assemblée rappelle que la responsabilité d'assurer la science, la culture et l'éducation incombe à l'Etat en tout premier lieu. Le destin des citoyens de ce pays, tout le pays, est un dépôt qui lui est confié. Leur droit à la science, à la culture et à l'éducation est un droit garanti par la Constitution et l'Eglise lutte en faveur de ce droit. Il est donc du devoir de ceux qui portent la responsabilité des affaires publiques de faire justice à toutes les communautés, quelles que soient leurs options en matière d'éducation, pour que chacune puisse exercer son droit en accord avec ses propres convictions et en conformité avec la liberté de l'enseignement consacrée par la Constitution.
d. L'Eglise se tient prête, à travers toutes ses institutions, son expérience et ses possibilités intellectuelles et matérielles, à aider l'Etat à assumer cette responsabilité. Témoignage lui a été rendu pour avoir toujours été à l'avant garde du meilleur niveau d'enseignement et d'une éducation de premier choix.
e. L'Etat est certainement engagé en tout premier lieu en faveur du pauvre, du faible et du nécessiteux, surtout dans la crise actuelle. Mais il est engagé aussi à reconnaître sans cesse ce droit, et à s'efforcer de pouvoir à sa concrétisation, selon ses possibilités. Il faut obtenir l'égalité entre les citoyens de ce pays et ne pas commettre une injustice, par rapport à d'autres, pauvres, faibles et nécessiteux, qui ont préféré se priver du nécessaire pour assurer à leurs fils la bonne éducation que l'Etat n'a pas su leur assurer et qu'ils veulent demander à une école privée qui leur inspire confiance.
f. Ce n'est un secret pour personne que le gaspillage du trésor public a rendu l'Etat incapable de remplir son rôle dans le domaine de l'enseignement. Certaines écoles sont sans professeurs et des professeurs sans élèves. Par dessus tout, il appert des budgets officiels que le coût de la scolarité dans les écoles officielles dépasse celui des écoles privées.
g. En affirmant son attachement à la liberté de l'enseignement, l'Assemblée donne mandat à la Commission épiscopale pour l'Education de discuter des problèmes éducatifs avec les responsables, en vue du bien commun, et cela à la lumière des études qui existent et de celles qu'il faudrait mener.
III - LE SYNODE PASTORAL SPECIAL POUR LE LIBAN
A  partir du Lundi 2 décembre, l'Assemblée s'est consacrée à la préparation du Synode Pastoral Spécial pour le Liban, après avoir écouté une introduction au sujet par le Nonce Apostolique.
L'Assemblée convie tous les Libanais à la conversion et à la réconciliation, car leur éloignement les uns des autres a été l'une des causes de la guerre. Il est certain que c'est dans cette réconciliation que se construira la Patrie. Les mains du Mauvais qui se sont infiltrées parmi les citoyens de ce pays ont été responsables de leurs malheurs. Mais ils ne peuvent se sauver que par le retour aux espaces du bien et du consensus.
IV -  Avec le lancement des travaux du Synode pastoral, l'Assemblée convie les fils de l'Eglise, prêtres, religieux, religieuses et laïcs à commencer à s'y préparer par la prière, la réflexion et la pénitence. Nombre d'évêques, de prêtres de paroisses, de congrégations religieuses et de mouvements apostoliques ont commencé à prendre différentes initiatives pour être à même d'assurer cette responsabilité. Ils l'ont fait à travers des publications, des carrefours, des conférences et des prières qui visent à sensibiliser le peuple à l'importance de ce Synode, et la nécessité d'une participation générale pour sa préparation. Ils devraient répondre pour commencer aux deux questions proposées par le secrétariat général du Synode:
- Qu'attendez-vous du Synode Spécial auquel nous a convié le Pape Jean-Paul II?
- Quelles sont les questions dont le Synode doit traiter?
Les travaux de l'Assemblée se sont achevés le Mercredi 4 décembre 1991 à midi par une messe concélébrée par  S.B. Le Patriarche Ignace-Antoine II Hayek avec tous les Pères présents.
En remerciant Dieu pour cette rencontre fraternelle, ils le prient d'accorder à leurs fils et frères libanais une abondance de grâces et de bénédictions.