Discours Inaugural de Sa Béatitude le Patriarche Cardinal Mar Nasrallah Boutros SFEIR,
Président de l'Assemblée des Patriarches et Evêques Catholiques au Liban
A l'ouverture de la 35ème Session de l'APECL 

Béatitudes,
Excellence représentant du Saint Père,
Excellences,
Révérends Pères Généraux et Mères Générales,
Chers Frères,

Nous déplorons la disparition de feu le Patriarche Maximos V Hakim, rappelé au Père au cours de cette année et demandons à Dieu de le combler et de le récompenser au ciel.

1. Nouveaux membres de l'Assemblée au niveau des patriarches et évêques
Nous commençons par les changements survenus concernant la participation à cette Assemblée et accueillons les nouveaux membres qui sont:

1. Sa Béatitude le Patriarche Grégoire III Laham, patriarche d'Antioche et de tout l'Orient, d'Alexandrie et de Jérusalem qui succède à feu le patriarche Maximos V Hakim.
2. Sa Béatitude Ignace Pierre VIII Abdelahad, patriarche d'Antioche des Syriens Catholiques, qui succède au patriarche - cardinal Moussa Daoud Ier, ce dernier s'étant excusé de ne pouvoir assister aux séances car contraint de prendre part à une réunion tenue à Rome sur la question de Jérusalem.
3. Son Excellence, Mgr Luigi Gatti, nouveau Nonce apostolique qui remplace Son Excellence, Mgr Antonio Maria Veglio, nommé Secrétaire de la Congrégation pour les Eglises Orientales.
4. Son Excellence Mgr Joseph Absi, vicaire patriarcal des Grecs Melkites Catholiques.
5. Son Excellence Mgr Sélim Ghazal, vicaire patriarcal des Grecs Melkites Catholiques.
6. Son Excellence Mgr Michel Kassarji, évêque de Beyrouth des Chaldéens.
7. Son Excellence Jean Teyrouz, évêque auxiliaire du diocèse patriarcal des Arméniens Catholiques.
8. Son Excellence Mgr Michel Hakim, ancien évêque du Canada.
2. Au niveau des Ordres et Congrégations
1. Père Khalil Alwan, Supérieur Général de la Congrégation des Missionnaires Libanais, qui remplace le Père Georges Harb.
2. L'archimandrite Paul Nazha, Supérieur Général de l'Ordre des Basiliens Chouérites, qui remplace l'archimandrite Nicolas Hakim.
3. L'archimandrite Sleiman Abou-Zeid, Supérieur Général de l'Ordre des Basiliens Salvatoriens qui remplace Son Excellence Mgr Sélim Ghazal.
4. Père Elias Aghia, Supérieur des Pères Paulistes, qui remplace Son Excellence Mgr Joseph Absi.
5. Mère Angèle Saliba, Supérieure Générale de la Congrégation des Sœurs des Saints Cœurs qui remplace Mère Antoinette Bassil.
6. Mère Samira Alwan, Conseillère Générale de la Congrégation des Sœurs de Nazareth, qui remplace la regrettée Mère Antoinette Chalhoub.
Il existe également des fonctions vacantes dues à la fin de tel ou tel mandat et d'autres, nouvelles, dont il sera question au cours des séances consacrées à cet effet.

La session quant à elle, sera consacrée au thème de la convivialité traité sous de multiples aspects (quotidien, social, informationnel, pédagogique) à travers une série de conférences suivies de débats.

3. La convivialité dans les textes
Dans l'Introduction au Document d'entente nationale, il est dit que nulle autorité ne peut bénéficier d'une quelconque légalité lorsqu'elle s'oppose au pacte de convivialité ou l'entrave.

Dans L'Exhortation Apostolique "Une Espérance nouvelle pour le Liban" nous lisons ce qui suit: «Il est particulièrement intéressant d'intensifier la collaboration entre les chrétiens et les musulmans, dans les domaines où cela est possible, avec un esprit désintéressé, c'est-à-dire pour le bien commun et non pour le bien des personnes privées ou d'une communauté particulière, ou encore dans l'espoir d'obtenir davantage de crédit ou de pouvoir dans la société. Leur considération commune à l'égard de la vie morale et leur aspiration en vue d'un avenir meilleur les rendront tous ensemble responsables de l'édification de la société présente et du monde de demain, en protégeant et promouvant les valeurs morales, la justice sociale, la paix et la liberté, la défense de la vie et de la famille. Cette œuvre commune ne manquera pas de redonner à tous les Libanais confiance en leurs frères et en l'avenir, en les ouvrant sur le meilleur de la modernité.

Le dialogue islamo-chrétien n'est pas seulement un dialogue d'intellectuels. Il vise en premier lieu à promouvoir le vivre-ensemble entre chrétiens et musulmans, dans un esprit d'ouverture et de collaboration, indispensable pour que chacun puisse s'épanouir en se déterminant librement sur les choix dictés par sa conscience droite. En apprenant à mieux se connaître et à consentir pleinement au pluralisme, les Libanais se doteront des conditions indispensables au véritable dialogue et au respect des personnes, des familles et des communautés spirituelles. Les écoles et les différents instituts de formation ont un rôle essentiel en ce domaine, car, dès le plus jeune âge, l'apprentissage de la vie commune rend les enfants attentifs les uns aux autres et les invite à gérer pacifiquement les conflits qui peuvent se présenter".

A partir de ces deux textes, il est possible de déduire que la convivialité au Liban est bien pour ce pays, accordons-nous l'expression, sa "raison d'être". Toute atteinte qui lui est portée, tout échec qui lui est imputé entraîne inéluctablement la négation de la légalité. C'est ce que nous lisons d'ailleurs dans le texte de la Constitution libanaise où il est écrit en effet que "tout ce qui entrave la convivialité et s'y oppose n'a nulle légalité. Qu'il s'agisse, dans ce cas, d'une autorité ou d'un pouvoir, il n'en a aucune non plus.

L'Exhortation Apostolique est riche en explications et détails -que nous éviterons soigneusement d'appeler "conditions"- afin que se développe sainement la convivialité au Liban.

1. L'Exhortation affirme qu'"il est urgent et impératif d'intensifier la coopération entre chrétiens et musulmans dans tous les domaines où cela est possible, cette coopération devait se faire dans un esprit de désintéressement", le sens de ce dernier concept étant ainsi explicité: c'est-à-dire "pour le bien commun et non dans l'intérêt d'individus particuliers ou de confessions particulières".
Est-ce bien cela que nous voyons se réaliser dans le secteur public au niveau de l'emploi, de l'administration et des institutions? D'où vient-il que tel ou tel groupe se sente profondément lésé dans ses droits à l'embauche et trouve depuis longtemps déjà à s'en plaindre?
Pourquoi tant de lenteur à combler les vides dans une administration publique désormais paralysée? N'est-ce pas à cause de la concurrence interconfessionnelle qui conduit à évincer les uns, malgré leurs compétences, pour les remplacer par d'autres qui, bien qu'incompétences, satisfont cependant telle ou telle confession ou telle personnalité de ses fils à fort pouvoir décisionnel?
Entretemps, la situation continue de se dégrader et les rapports se tendent entre ceux auxquels appartient le pouvoir de décision à cause précisément de la paralysie qui frappe l'administration dans l'attente interminable de qui serait nommé pour la relancer si ce n'est d'un éventuel arbitrage de qui aurait la force et le courage d'arbitrer ces conflits.
N'est-ce pas ce qui arrive régulièrement dans les ministères et les institutions publiques que nous n'avons plus ici nul besoin de nommer tant ces tristes incidents sont connus pour avoir souvent fait la une de la presse et été maintes fois relatés par les employés concernés et les victimes de cette injustice criante.
Est-ce là un comportement qui conforte et consolide cette convivialité supposée être désintéressée au service de l'intérêt commun et non d'intérêts particuliers, d'individus ou de confessions déterminés?
2. Et le texte de l'Exhortation de poursuivre: "L'esprit de désintéressement signifie également, non l'espoir d'obtenir davantage de crédit ou de pouvoir dans la société…" Nous nous demandons où peuvent bien être ces "désintéressés" qui n'ambitionneraient aucun pouvoir, aucune autorité personnelle en société? Nous les voyons soumettre à leurs désirs les lois et les institutions qu'ils modifient où amendent au gré de leurs intérêts, parfois pour quelques jours seulement, avant de les ramener à leur forme initiale, afin de tirer, en exclusivité, profit de ces modifications.
Concernant la loi sur les élections, sur laquelle il nous est possible de dire long, nous soulignerons à titre d'exemple que chaque session électorale devient une occasion pour un nouveau texte de loi et un nouveau découpage neutralisant les opposants et ouvrant la voie à ceux plus "désirables", pour toujours plus de "pouvoir et de crédit en société", ceci sans parler des responsables qui attendent la période pré-électorale pour promulguer des lois qui leur sont favorables, en prenant bien soin de fermer la porte à toute tentative d'objection ou de correction. Est-ce par ces moyens que se développe la convivialité et disparaît tout motif de malaise et de crainte?
3. Le texte de l'Exhortation ajoute que "leur conception commune de la vie morale et leur aspiration à un avenir meilleur, les rendent responsables de construire ensemble la société d'aujourd'hui et le monde de demain".
Nous apprécions certes tous la vie morale et aspirons à un avenir meilleur dont nous sommes aujourd'hui responsables. Mais respectons - nous bien toutes les normes éthiques et œuvrons - nous vraiment tous à l'édification de cet avenir? Sans vouloir juger quiconque, le Christ ayant dit: "Ne jugez pas pour n'être pas jugés" (Mat 7/1), nous relevons quand même ici les récits qui circulent dans l'opinion publique sur l'origine et la provenance de la fortune de certains citoyens s'étant immensément enrichis par des moyens défiant toute éthique et toute justice du temps où, occupant un poste de responsabilité, ils usèrent du pouvoir qui leur était alors octroyé, afin d'accumuler les gains illégaux aux dépens de l'intérêt national. Et, au lieu d'œuvrer pour la construction du pays et l'édification de son avenir, ils ne travaillèrent qu'à grossir leur fortune personnelle, oubliant que l'effondrement du pays entraînerait inéluctablement celui de tous ses fils sans exception aucune. Dans une situation pareille où chacun agit pour soi, au service de son intérêt personnel et non à celui de la société, comment demeure-t-il possible de parler de convivialité et d'en affermir les bases?
4. Le texte de l'Exhortation ajoute encore: "… Par leur respect des valeurs morales et de la justice sociale…". Un pays se doit d'être édifié sur la justice sociale. Cette dernière implique une distribution juste des fortunes permettant à tout citoyen de mener une vie digne d'une créature faite à l'image de Dieu et à Sa ressemblance. Chez nous et dans le monde, la justice sociale est inexistante. Nous dirions même que les causes des conflits de notre temps se ramènent probablement en grande partie à l'existence d'une masse considérable de pauvres et une infime minorité de riches que sépare un abîme insondable les situant d'emblée dans un rapport d'opposition dont nul n'imagine encore les conséquences.
Nous notons également dans ce contexte la crise économique qui ravage notre société, réduisant dangereusement la classe moyenne en faveur d'une élite très riche et d'une masse très pauvre. Nous n'en chercherons pas les causes qui sont bien connues.
5. L'Exhortation précise également: "par leur vigilance à sauvegarder… la paix et la liberté". La paix et la liberté sont des valeurs inséparables. Pas de paix possible sans liberté. Pas de liberté sans paix. Or la paix n'a jamais consisté en l'absence de conflits et de guerres. Elle est bien plus. C'est la tranquillité intérieure de l'homme qui, dans le cadre de l'ordre et de la loi, n'éprouve nulle crainte au sujet de sa position sociale, du présent, de l'avenir.
C'est la paix du Christ qui a dit: "Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix, pas comme le monde la donne. Que votre cœur cesse de se troubler et de craindre" (Jn 14/27). Cette paix aplanit les chemins de la liberté et en dépend également. La liberté rend l'homme responsable de ses faits et paroles devant Dieu et les hommes. S'il n'est pas responsable, il se transforme en instrument aveugle et sourd, manipulé par d'autres et par conséquent irresponsable de ses actes et paroles. D'où l'importance de la liberté dans toutes ses dimensions: liberté de parole, d'expression, d'association, d'action, de déplacement, dans le cadre, bien entendu des lois en vigueur.
Toute mainmise sur la liberté, d'où qu'elle vienne, si elle est sans justificatif légal, demeure une atteinte à l'homme. Maintenir en garde à vue par exemple, un prévenu, sans qu'aucune enquête ne soit menée à son sujet, revient sans aucun doute à passer outre la loi et à enfreindre les principes les plus élémentaires de la justice, chose qui, dans les pays où la loi est respectée, en rend les auteurs passibles de jugement.
6. Il est également dit dans l'Exhortation: "Par leur défense de la vie et de la famille qu'ils œuvreront à promouvoir…". La famille est la cellule sociale de base. Sa dislocation signifie celle de la société. Sa cohésion permet celle du tissu social et le salut de la patrie. Quant à la vie, elle est bien ce que l'homme a de plus précieux ici-bas. La conserver reste le plus prioritaire de tous les devoirs.
Nous pensons que la manipulation de la vie ne sera pas sans lourdes conséquences tant il semble que certains savants considèrent d'ores et déjà la vie comme un ensemble de noyaux et de molécules sans plus, dont ils pourraient disposer comme bon leur semble. La vie acquiert une valeur supérieure lorsque nous la considérons comme un don de Dieu qui n'a aucune limite terrestre mais qui s'élève jusqu'au ciel parce que Dieu l'a voulue ouverte sur l'éternité. Nous lisons dans la Bible: "Qu'est donc le mortel pour que tu en gardes mémoire? le fils d'Adam que tu en prennes souci? A peine le fis-tu moins qu'un dieu, le couronnant de gloire et de splendeur, tu l'établis sur l'œuvre de tes mains, Tout fut mis par Toi sous ses pieds" (Ps 8/5-7)
Cet homme réduit à n'être plus qu'un outil est bien celui pour lequel est venu le Fils de l'Homme du ciel pour le sauver et le tenir à Ses côtés à la droite du Père. "Je vais vous préparer une place, et quand Je serai allé vous préparer une place, je viendrai vous prendre avec moi, afin que là où Je suis, vous soyez aussi" (Jn 14/2-4).
7. L'Exhortation souligne que "le dialogue islamo-chrétien n'est pas un dialogue entre intellectuels. Il vise en premier lieu à promouvoir le vivre - ensemble entre chrétiens et musulmans, dans un esprit d'ouverture et de collaboration, indispensable pour que chacun puisse s'épanouir en se déterminant librement sur les choix dictés par sa conscience droite."
Le dialogue islamo-chrétien ne se limite donc pas au cercle des intellectuels mais s'étend aux gens qui vivent côte à côte dans les quartiers, districts et villages, sur le littoral ou en montagne. C'est le dialogue au quotidien, de ceux qui partagent les joies et les peines de la vie, qui s'unissent, comme cela se doit, pour dompter les difficultés qui font obstacle à tous sans distinction aucune.
La satisfaction qui s'en suit est la condition et l'expression d'une convivialité saine et réussie qui trouve sa consécration dans l'acceptation réciproque de la différence.
Il ne fait aucun doute que les écoles et les institutions pédagogiques jouent à ce niveau un rôle fondamental ainsi que le souligne le texte de l'Exhortation.


4. Situation actuelle
Nous ne doutons nullement et sommes pleinement convaincus que la caractéristique du Liban et son charisme résident en cette convivialité entre musulmans et chrétiens, sur le même pied d'égalité, dans un climat de liberté totale, de coopération honnête et de respect mutuel. Cette formule est familière de cette terre depuis l'apparition de l'islam et l'avènement du christianisme. Le souci de vérité impose ici de reconnaître que musulmans et chrétiens connurent des jours heureux certes, mais aussi des temps de malheur et que ces derniers furent, hélas, infiniment plus nombreux que les premiers. Si le Liban éclatait et que sa formule venait à disparaître, les chrétiens ne pourraient pas fonder un Etat chrétien pas plus que les musulmans une République islamique. Nul besoin de dire pourquoi. Ils se trouvent donc condamnés à vivre ensemble. Cette formule est, d'ailleurs, celle qui régira l'avenir du monde, devenu désormais "village planétaire".

Le dialogue nécessite un témoignage de foi clair. C'est cela que le Saint Père, le pape Jean-Paul II, évoque dans sa Lettre Pontificale pour l'année 2002 à l'occasion de la Journée mondiale du Migrant et de Réfugié intitulée: "Migrations et dialogue interreligieux" dans laquelle il affirme: "Au cours des dernières décennies l'humanité a pris l'aspect d'un grand village, dans lequel les distances se sont réduites et dans lequel les réseaux de communications se sont multipliés. Le développement des moyens de transports modernes facilite toujours davantage les déplacements des personnes d'un pays à l'autre, d'un continent à l'autre. Parmi les conséquences de cet important phénomène social, il faut compter environ la présence de cinquante millions d'immigrés répartis dans diverses régions de la terre. Il s'agit d'une donnée qui oblige la société et la communauté chrétienne à réfléchir pour répondre d'une façon appropriée, en ce début du nouveau millénaire, aux défis qui apparaissent dans un monde au sein duquel sont appelés à coexister, les uns aux côtés des autres, des hommes et des femmes de cultures et de religions différentes.

Afin que cette coexistence se développe de façon pacifique, il est indispensable que disparaissent entre les fidèles de diverses religions, les barrières de la méfiance, des préjugés et des peurs, qui malheureusement subsistent encore. Le dialogue et la tolérance réciproque sont nécessaires à l'intérieur de chaque pays, entre ceux qui professent la religion du plus grand nombre et ceux qui appartiennent aux minorités, fréquemment constituées par des immigrés, qui pratiquent des religions différentes. C'est le dialogue qui est la voie maîtresse à parcourir, et l'Eglise nous invite à emprunter cette route pour passer de la méfiance au respect, du refus à l'accueil."

Et le Saint Père d'ajouter: "Le dialogue n'est pas toujours facile. Pour les chrétiens cependant, la recherche patiente et confiante de celui-ci constitue un engagement qui doit toujours être poursuivi. Comptant sur la grâce du Seigneur qui illumine les esprits et les cœurs, ils restent ouverts et accueillants à l'égard de ceux qui professent d'autres religions. Sans cesser de pratiquer leur propre foi avec conviction, ils recherchent le dialogue également avec ceux qui ne sont pas chrétiens, Toutefois ils savent bien que pour dialoguer de façon authentique avec les autres, il est indispensable de rendre un témoignage clair de sa propre foi.

Cet effort sincère de dialogue suppose, d'une part, l'acceptation réciproque des différences, et parfois même des contradictions, ainsi que le respect des décisions libres que les personnes prennent selon leur conscience. Il est donc indispensable que chacun, quelle que soit la religion à laquelle il appartient, tienne compte des exigences incontournables de la liberté religieuse et de conscience, comme l'a souligné le Concile œcuménique Vatican II (CF. Dignitatis humanae n.2).
Il est bien connu que l'objectif du dialogue ne consiste pas à faire adopter son point de vue, mais bien plutôt à atteindre cette acceptation de l'autre qui permet la coopération en vue de la paix pour tous et du bien commun. Quant à ceux qui clament à cor et à cris le choc des religions et des cultures, et la victoire des adeptes d'une religion sur tout le reste, ceux-la entraînent l'humanité à sa perte, chose que Dieu ne permet pas et à laquelle les hommes se refusent aussi.

Il reste que la convivialité ne prendra réellement le cours qui est le sien et le malaise ne disparaîtra que si nous suivons les recommandations du Saint Père telles qu'exprimées dans l'Exhortation Apostolique et ce, à travers l'intensification de la coopération entre chrétiens et musulmans dans un esprit de désintéressement en faveur du bien commun non des intérêts particuliers, qu'ils relèvent d'individus ou de confessions déterminées, ni dans le but d'augmentation du pouvoir et du crédit dans la société. Ajoutons-y l'engagement moral pour les valeurs, la justice sociale, la sauvegarde de la paix et de la liberté, la défense de la vie et de la famille, la confiance en l'autre, le frère, et l'option pour un dialogue vrai et franc dans le respect mutuel, qui commencerait sur les bancs de l'école, et dans lequel nul ne souhaiterait pour lui-même ce qu'il ne souhaite déjà pour son frère citoyen.

C'est alors seulement que s'évanouira dans tel ou tel groupe, telle ou telle communauté, le sentiment d'être marginalisé qui pousse au retrait, celui d'être pris pour quantité négligeable qui conduit au repli ou d'exclusion qui encourage à émigrer, vidant ainsi le pays de ses élites qualifiées, aussitôt remplacées par de nouveaux venus dont les racines et l'histoire ne sont pas d'ici.

Seigneur, guide-nous sur la bonne voie, afin qu'ensemble, chrétiens et musulmans, nous reconstruisions le Liban, notre pays, sur des bases solides de convivialité, afin qu'il demeure un foyer d'amour, de liberté et de paix.