Discours de Son Exc. Mgr ANTONIO MARIA VEGLIÒ Nonce Apostolique au Liban
A l’Assemblée des Patriarches et Evêques Catholiques au Liban
Bkerké - Lundi, 13 novembre 2000

Eminence,
Béatitudes,
Excellences,
Révérends Pères Généraux et Mères Générales,
Chers Pères et Sœurs,

"Donne-nous, Ô Dieu, la sagesse du cœur" (Psaume responsorial). C’est avec ce verset des psaumes que le Saint-Père a commencé son homélie pour le jubilé des évêques. "Dans cette "sapientia cordis" qui est don de Dieu, dit le Saint-Père, nous pouvons résumer le fruit de notre convocation  jubilaire. Elle consiste à se conformer intérieurement au Christ, Sagesse du Père, à travers l'action de l'Esprit Saint. Pour obtenir ce don, indispensable au bon gouvernement de l'Eglise, nous, Pasteurs, nous devons être les premiers à passer à travers Lui, "porte des brebis" (Jn 10, 7). Nous devons l'imiter, Lui le "bon Pasteur" (Jn 10, 11.14), pour qu'en nous écoutant, les fidèles l'écoutent, et qu'en nous suivant, ils le suivent, Lui, l'unique Sauveur, hier, aujourd'hui et à jamais".

Je m’unis à chacun de vous, vénérables frères dans le Christ, dans la pensée, la réflexion et la prière. Vous êtes réunis, dans cette auguste assemblée, la première du troisième millénaire, pour évaluer le travail des différentes commissions épiscopales durant cette année jubilaire, et pour tracer la ligne directive de votre action de demain. Vous vous êtes donnés le souci de vos fidèles, de votre pays, de vos Eglises, c’est-à-dire de l’Eglise universelle.

Je suis témoin de vos efforts et de votre présence active et nombreuse dans vos Eglises au Liban, bien qu’insuffisants par rapports aux énormes nécessités pastorales de l’heure. En réalité, il serait quasi impossible d’imaginer la vitalité de vos Eglises sans ce réseau de communication ecclésiale qui rend l’Evangile présent et visible grâce à l’action et au témoignage de vos commissions épiscopales, ainsi que des différentes institutions religieuses. Non seulement la tradition du passé, mais aussi l’urgence du présent et la perspective du futur nous y incitent...

Qu’il me soit permis, vénérables frères et sœurs, de partager avec vous quelques réflexions sur le thème de votre Assemblée pour approfondir ensemble les dimensions de votre œuvre pastorale, et la collaboration spécifique que lui apporte le dynamisme de chacune de vos commissions.

Avant tout, je suis impressionné par votre volonté de retourner aux sources, c’est-à-dire retourner à ce jaillissement de vie où s’alimente «la ferveur des saints» qui caractérise vos Eglises dans ce pays. Je suis illuminé par votre volonté de créer et renforcer la communion ecclésiale et de votre conviction que vous auriez œuvré en vain pour toute action pastorale si le fruit de vos efforts n’était pas d’accroître la communion au sein de l’unique Eglise du Christ.

La force de votre mission réside, en même temps, dans la vérité que vous tenez à crier très haut, et dans la conviction du témoignage par lequel vous la proposez. Vous vous êtes donnés le souci d’accorder la primauté à la fidélité à la vérité et au zèle pour votre mission, à la transparence du témoignage et à la généreuse créativité de paroles et d’œuvres, aptes à donner vie à l’Evangile que vous acclamez, dans les temps et les circonstances divers. Vous vous êtes donnés comme principe directif de votre mission la parole incéssement répétée par le Saint-Père : "il ne peut y avoir d’authentique évangélisation si l’on ne propose pas toute la vérité sur le Christ, sur l’Eglise et sur l’homme". Il n’existe pas de salut et de liberté authentiques sans la logique de l’Evangile, proclamé et vécu dans toute son intégrité. C’est pourquoi Jésus affirme : " Si vous demeurez dans ma parole, vous serez vraiment mes disciples ; vous connaîtrez alors la vérité et la vérité vous rendra libres"(Jn 8, 31b-32).

Au cours de cette année jubilaire, vous vous êtes donnés la volonté d’entrer et de faire entrer vos fidèles dans les démarches de pardon et de réconciliation auxquelles le Saint-Père nous appelle. « Nous, pasteurs, en vertu du munus docendi, nous sommes appelés à être des annonciateurs qualifiés de cette Parole:  "Qui vous écoute m'écoute" (Lc 10, 16). Il s'agit d'une tâche exaltante, mais également d'une grande responsabilité! Une parole vivante nous a été confiée:  nous  devons donc  l'annoncer à travers la vie, avant de le faire par la bouche. C'est une parole qui coïncide avec la personne même du Christ, le "Verbe  fait chair" (Jn 1,  14):  c'est donc le visage du Christ que nous devons montrer aux hommes; sa croix que nous devons annoncer, en le faisant avec la vigueur de Paul: "Je n'ai rien  voulu  savoir  parmi  vous,  sinon Jésus-Christ, et Jésus-Christ  crucifié" (1 Co 2, 2).

Votre Assemblée est marquée, sans aucun doute, par les signes qui garantissent la réussite de votre mission : Foi, espérance et amour, plate-forme de votre potentiel de sainteté, de votre enthousiasme pastoral, de votre manifestation féconde de la collégialité et de la communion ainsi que de votre engagement évangélique pour la dignité de l’homme, afin d’aboutir à concrétiser dans ce Liban béni un grand futur d’espérance.

Le défis ne sont pas faciles. Mais avec votre détermination loyale et salvifique, avec vos immenses énergies personnelles, communautaires, institutionnelles et charismatiques, vous aboutirez à surmonter les problèmes qui surgissent d’un jour à l’autre: la mondialisation, les difficultés économiques, la totale indépendance, les libertés, les droits fondamentaux, le monde des jeunes et leurs soucis de l’avenir,  le chômage,  l’émigration, la crise des mœurs… Une tâche pastorale d’une telle ampleur nécessite bien sûr de la lucidité dans l’analyse des situations afin que l’annonce du Christ Sauveur imprègne les personnes et les structures, dans une nouvelle civilisation qui rétablisse l’équilibre, grâce à un amour créatif et social, entre tous ces déséquilibres flagrants, fruit d’une civilisation de l’égoïsme.

Vénérables frères et sœurs,
A l’exemple de la réponse donnée par Jésus à la requête qui lui avait été adressée par ses disciples afin de savoir comment interpréter les signes des temps (cf. Luc 21, 5-28), nous devons collaborer ensemble, et être attentifs aux souffrances des hommes, à la nécessité de les combattre sans nous réfugier dans des tentatives de justification nationaliste ou idéologique.
Votre Assemblée aujourd’hui est une réponse concrète à l’appel du Saint-Père dans son Exhortation post-synodale "Une Espérance Nouvelle pour le Liban": "Il est urgent que l’APECL élabore une pastorale d’ensemble dans les domaines où les différentes Eglises patriarcales catholiques peuvent exercer conjointement leurs responsabilités et leur action pastorale. Une telle concertation, dûment réfléchie et soigneusement préparée amènera à prendre des décisions d’intérêt commun, qui conduiront les membres de l’APECL à s’engager ensemble dans l’action pastorale.. Il importe que les Commissions soient réorganisées pour devenir plus opérationnelles et pour être véritablement au service de la mission de l"Eglise..." (n° 81).

Vénérables frères et sœurs
Je suis sûr que "l’Eglise catholique au Liban, si privilégiée malgré ses souffrances, est profondément consciente de sa mission et de la nécessité de s’ouvrir à ses frères et à répondre joyeusement à la vocation propre à toute Eglise particulière de créer des liens fraternels, selon l’exemple de la première communauté chrétienne de Jérusalem" (n° 82).

Pour terminer, je voudrais qu’on médite ensemble ces paroles de Sa Sainteté le Pape Jean-Paul II, pour la Journée Mondiale Missionnaire, le Dimanche 22 octobre dernier : "Sur les traces du Christ, le don de soi à chaque homme constitue un impératif fondamental pour l’Eglise mais aussi une indication de méthode pour sa mission. Se donner signifie avant tout reconnaître la valeur de l"autre et ses besoins..  Les paroles de Jésus sur le service, a ajouté le Saint-Père, sont également une prophétie d’un nouveau style de rapports à promouvoir, non seulement au sein de la communauté chrétienne, mais aussi dans la société … Une compétition sans règle, le désir de dominer les autres à tout prix, la discrimination opérée par ceux qui croient supérieurs aux autres, la recherche effrénée de la richesse, sont à l’origine d’injustice, de violence et de guerres. Les paroles de Jésus deviennent alors une invocation à la paix".

En recevant le nouvel Ambassadeur du Liban auprès le Saint-Siège, le Saint-Père a dit dans son discours: "En poursuivant avec détermination leurs efforts pour affermir des relations toujours plus fraternelles avec les fidèles des autres Eglises et Communautés ecclésiales ainsi qu'avec les membres des religions monothéistes, en particulier avec les musulmans, (les Patriarches, les Evêques et les fidèles des communautés catholiques du Liban) contribuent à édifier un Liban nouveau, capable de dépasser les incompréhensions et de rechercher d'abord le bonheur et la prospérité pour tous ses enfants. Qu'en demeurant fermement attachés à leur terre, ils continuent à travailler sans relâche, avec tous leurs compatriotes, à servir le bien commun, en tirant de leur foi leur inspiration et leurs principes de vie, pour être témoins des valeurs évangéliques dans la société !".

En me confiant à vos prières fraternelles, et en souhaitant une grande réussite aux travaux de votre Assemblée, je prie la Sainte Vierge Marie, et tous les saints du Liban,  pour que "le Grand Jubilé de l’an 2000, que vous fêtez avec beaucoup de joies et d’enthousiasme, soit pour chacun de vous comme pour l’ensemble de vos Communautés, une occasion pour être renouvelés par le Christ et pour renouveler la face de la terre, afin "que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité" (1 Tm 2, 4). Ainsi, la Bonne Nouvelle du Salut sera pour tous les hommes, source de force, de joie et d’espérance; alors le peuple "poussera comme un palmier, il grandira comme un cèdre du Liban" (Ps 92, 13) (n° 125).

Merci.