Discours de S. E. Mgr Antonio Maria VEGLIO Nonce Apostolique au Liban
À l'ouverture de la 33ème Session de l'APECL
Bkerké le 15/11/1999
Eminence,
Béatitudes,
Excellences,
Révérends Pères Généraux et Mères Générales,

Chers Pères et Sœurs,

Quelle joie de me retrouver avec vous dans cette illustre Assemblée de pasteurs des Eglises Orientales Catholiques à la veille du grand jour de l'an 2000. Cette joie m'amène à penser que pour nous, pour l'Eglise Universelle et nos Eglises particulières comme pour tout chrétien, l'an 2000 ne saurait être qu'une page de calendrier tournée au vent du temps, mais bien plus: la célébration du message de Dieu, l'Incarnation de son Fils dans l'Histoire. Le Jubilé de l'an 2000 n'a toutefois de véritable sens que si, dépassant le seuil d'une simple mémoire du passé, il se fait engagement pour l'avenir.

C'est cet engagement dynamique qui a inspiré le thème général de votre Réunion et qui vous appelle à la solidarité et à l'unité pastorale dans votre pays afin d'y concrétiser «la civilisation de l'amour» que, dans l'Exhortation post-synodale «Une Espérance Nouvelle pour le Liban», Sa Sainteté le Pape Jean-Paul II a exprimé en ces termes: «Tout au long des séances synodales, j'ai été le témoin de la solidarité entre les Pères Synodaux, «selon la vérité et dans la charité (Ep 4, 15); je demande au Seigneur que cette expérience de communion, fruit du Synode, s'étende à tout le peuple, afin que l'Eglise catholique au Liban témoigne de l'Amour qui unit tous ses membres comme des frères, amour auquel tous les hommes aspirent. Témoigner que Dieu est Amour, c'est le prouver d'abord «en acte et en vérité» (I Jn 3, 18)» (N° 79).

Le témoignage de l'amour entre les catholiques, selon le Saint-Père, est une des premières exigences qui découlent de l'amour de Dieu, manifesté en son Fils; et un tel témoignage ne saurait avoir toute sa valeur et sa portée que dans la communion effective des différentes Eglises particulières entre elles (Ibidem).
Soucieux de l'urgence du témoignage de cette communion, Vous, Béatitudes, Patriarches Catholiques d'Orient avez bien noté dans votre cinquième lettre pastorale intitulée «Le mouvement œcuménique: Que tous soient un» (Jn 17/21), que «la collaboration entre chrétiens possède une double valeur: d'une part, elle exprime de façon vivante l'union qui existe déjà entre eux et leur communion fraternelle et, d'autre part, elle est une véritable école d'œcuménisme, c'est une voie dynamique dans le sens de l'unité... La collaboration entre chrétiens est en outre, aux yeux du monde, un témoignage commun et «une annonce qui révèle le vrai visage du Christ» (N° 70).

Et tout récemment, c'est-à-dire à l'issue de la IX Session Ordinaire de votre Assemblée, tenue du 3 au 6 courant à Bkerké, vous avez réitéré votre «volonté profonde de prendre les mesures nécessaires au développement de la collaboration entre l'ensemble des Eglises à tous les niveaux, en prenant des décisions et initiatives concrètes telles que l'inauguration du Jubilé de l'an 2000 par une prière commune que réciteront toutes les Eglises du Liban le 24 décembre prochain».

Nous sommes tous conscients que nous vivons des moments de mutations rapides et profondes. En regardant avec appréhension ce qui arrive, nous nous demandons où aller, avec qui aller. Ainsi chez nombre de jeunes, on sent s'instaurer la peur de l'inconnu et de l'avenir. Nombre d'entre eux sont tentés de flancher, de se reposer dans la coquille d'une condition qui s'oppose à l'épanouissement de leur humanité d'homme et de femme, conformément au projet divin. Nous sommes convaincus qu'il faut établir une pastorale d'ensemble pour réagir contre cette tentation de s'enfermer dans la logique de son petit intérêt personnel, celle qui nous éloigne toujours plus de notre véritable identité au point de faire que les gens se sentent désemparés face aux divisions des chrétiens et à leur tendance à s'isoler.

Notre identité est toutefois définie même par le nom que nous portons tous, celui d'enfants de Dieu. Ce nom est profondément imprimé dans nos cœurs. Il y est inscrit par Jésus tout au long de son Evangile, par sa présence parmi nous, par ses œuvres et ses paroles, et surtout par sa croix et sa résurrection. C'est le nom qui nous invite à la communion et à la solidarité, le nom d'Enfant de Dieu ! Fils et fille de Dieu.

Etre enfant de Dieu c'est être solidairement uni à nos frères dans le Christ. Cette «unité, comme vous l'avez dit, Béatitudes, dans votre Lettre Pastorale, pourra alors devenir un signe de l'amour éternel du Père qui veut rassembler tous ses enfants dispersés dans son Fils Jésus. Unis de pensée et de cœur, nous serons, dans la force de l'Esprit Saint, à même de renouveler notre présence dans cette partie du monde et de donner à nos fidèles et à nos pays une nouvelle vision et une nouvelle confiance pour l'avenir» (N° 79). Et vous ajoutez plus loin: «A l'approche du deuxième millénaire de la naissance de Jésus, les regards et les cœurs d'un grand nombre de Chrétiens à travers le monde se tourneront vers notre région du Moyen-orient, le berceau de l'Eglise. Si nous, les communautés chrétiennes vivant chaque jour près des lieux où les mystères du salut se sont déroulés, nous savons vivre unis, à l'image de la première communauté chrétienne du livre des Actes des Apôtres, les pèlerins, venant des quatre coins de l'horizon à la recherche des sources de leur foi pourront s'en retourner chez eux, confirmés et rajeunis dans leur engagement et leur fidélité à la foi» (n° 81).

Chers frères et sœurs, vous êtes les bergers de vos fidèles. Vous vous donnez la mission de les confirmer dans l'unité et l'amour. Vous suivez le chemin que Saint Paul a tracé pour chacun de nous «oubliant le chemin parcouru, je vais droit de l'avant, tendu de tout mon être, et je cours vers le but en vue du prix que Dieu nous appelle à recevoir...» (Ph 3,13-14).
Nous ferions tous bien à suivre le conseil de Saint Paul. Il est vrai qu'au Liban nous allons vers une plus grande révélation de l'amour de Dieu, plus grande encore que celle que nous avons déjà reçue tout au long de la riche histoire de nos Eglises. De nombreux défis attendent nos Eglises et nos Communautés pour mettre à l'épreuve notre foi, notre existence et notre unité; je n'ai pas de doute qu'elles s'en sortiront davantage fortifiées dans leur solidarité et leur confiance en Jésus.
Il y a eu et il y aura encore des moments où vos Eglises et vos Communautés se trouveront comblées de grâces, de bénédictions et de victoires par le Père de toutes miséricordes; par voie de conséquence, vous porterez plus de fruits, et vous refléterez davantage sa Sainteté et sa Gloire.

N'est-ce pas là, du reste, l'itinéraire du peuple de Dieu qui est au Liban ? Ce peuple qui, jour après jour, et dans la fidélité au dessein de Dieu, coopère avec Lui, et met tout en œuvre pour faire aboutir son plan de salut dans ce pays et dans cette région du monde ? Ce peuple dont l'Espérance, malgré tout, demeure vivante en lui ?
«Le goût de vivre qui caractérise (vos fidèles), dit Sa Sainteté le Pape Jean-Paul II dans l'Exhortation Apostolique, et cette fraternité entre tous qui se manifeste surtout dans les moments difficiles qu'ils doivent si souvent traverser ravivent sans cesse leur volonté de collaborer activement à l'édification de leur pays sur la base des valeurs humaines qui font la richesse de leur patrimoine national» (N° 17).

Je vous rassure tous, vénérables Béatitudes, Excellences, Révérends Pères et Mères, de mes prières pour vos personnes et pour le succès de cette Session qui s'ouvre aujourd'hui, en demandant au Père des miséricordes de vous inspirer et de vous soutenir afin que toutes vos pensées et vos action prennent leur source en Lui et de Lui reçoivent leur achèvement dans la recherche de l'unité dans le Christ, afin que tous «aient la vie et qu'ils l'aient en abondance» (Jn 10/10).