Communiqué Final de la 26ème Session Ordinaire de l’APECL pour l’Année 1992  
INTRODUCTION
L’Assemblée des Patriarches et Evêques Catholiques au Liban a tenu sa session annuelle pour l’année 1992 au Couvent Notre Dame du Mont dans le village de Fatqua, durant la période allant du Lundi 30 Novembre au Lundi 7 Décembre 1992, sous la présidence de sa Béatitude Mar Nasrallah Boutros SFEIR et la participation de leurs Béatitudes le Patriarche Maximos V HAKIM et le Patriarche Antoun II HAYEK, ainsi que leurs Excellences les évêques des Eglises Orientales Catholiques au Liban, les Supérieurs Généraux des Congrégations Libanaises et deux représentantes du Conseil des Supérieures Majeures des Congrégations féminines.

L’Assemblée a écouté le discours d’ouverture de Son Président, Sa Béatitude le Patriarche, ainsi que le discours du Nonce Apostolique au Liban, Son Excellence Mgr Pablo PUENTE qui a été invité à la séance d’ouverture.
L’Assemblée a traité du thème prévu pour cette rencontre à savoir: "Le rôle des Eglises Catholiques au Liban dans le témoignage chrétien et la promotion de la convivialité". Elle a écouté Son Excellence Mgr Georges KHODR, Evêque Grec-Orthodoxe du Diocèse du Mont-Liban, dans une conférence sur le thème, et a clôturé sa session par le communiqué

I- RENDRE LE TEMOIGNAGE CHRETIEN

1- Les Eglises Orientales Catholiques se considèrent être un témoin vivant par l’esprit qui habite en elles jusqu’à la fin des temps, patientes par la force de la Croix Rédemptrice, et riches de leur patrimoine oriental qu’elles portent et qui constitue une source de richesse pour l’Eglise Universelle. Les voilà ces églises, aujourd’hui, à la suite d’une guerre destructrice qui ne les concernait pas, reprendre leur force et s’adonner à un renouveau intérieur dans un Synode Pastoral pour le Liban en voie de préparation, auquel Sa Sainteté le Pape Jean Paul II a convoqué l’Eglise Universelle. Ces Eglises contribuent efficacement à la reconstruction du Liban, qui se relève après a chute, en collaboration avec les bonnes volontés, et rend témoignage à la vérité qui est en elles, afin qu’elles demeurent levain dans la pâte, lumière sur la montagne, sel de la nourriture, comme le Seigneur Jésus les a voulues.

2 – Le témoignage de l'Eglise trouve sa source dans le message du Christ Seigneur son fondateur et son maître, le fidèle témoin de l’amour de Dieu pour le monde. Elles demeureront authentiquement fidèles à cet amour dans la mesure où elles seront un signe de l'amour du Père pour le salut des hommes; leurs fils et leurs communautés seront des chrétiens authentiques dans la mesure où ils s'intégreront à la vie de leur peuple et témoigneront des valeurs évangéliques dans leur entourage.

 3 – C’est pour cela, et parce que l’Eglise prend conscience du fait, que ce qui rassemble les chrétiens est plus grand et plus important que ce qui les sépare, et que l’essence du christianisme est Un et Indivisible, et qu’il y a une seule mission et un seul témoignage, une seule destinée, elle déclare à ses frères des autres églises qu’elle sent avoir besoin d’eux, qu’elle refuse l’esprit de sectarisme et de fanatisme, et qu’elle adopte la voie du dialogue avec eux tels qu’ils sont. Elle les reconnaît dans toute leur personnalité, et dans la complémentarité qu’elle a avec eux dans la mission et le témoignage. Et ce qui a poussé la famille catholique à s’engager dans le Conseil des Eglises du Moyen Orient, c’est son désir de promouvoir la coopération, de faire revivre le Patrimoine Chrétien et de préparer le jour de la rencontre dans l’unité totale, quand Dieu le voudra et comme il le voudra.

 4- C’est sur cette base que les Eglises catholiques du Liban mettent toutes leurs possibilités à coopérer avec les autres Eglises au service de la pastorale.
 

II- PROMOUVOIR LA CONVIVIALITE

1- L’Assemblée des Patriarches et Evêques Catholiques au Liban aspire à prendre à la reconstruction d’une nouvelle société digne du Liban, terre de convivialité et de complémentarité, et cela à travers la démocratie des communautés et non celle du nombre uniquement, où le peuple se gouverne selon des valeurs nationales authentiques inspiré aux familles libanaises par leur solidarité et leur cohésion de sorte qu’aucune de ces familles ne se trouve dissoute si son effectif diminue, mais demeure capable de s’exprimer et à participer à l’édification politique et administrative de la nation. Cette démocratie ne peut pas s’instaurer que si elle assure à tous une liberté complète, sur les plans individuels et sociauxl, une justice sociale effective et une égalité des droits et  devoirs, loin de la discrimination sectaire et de l’inimitié camouflée.

2 - Cette démocratie unique se fonde sur le dialogue et la rencontre d’autrui, existant depuis des siècles, dans une expérience de vie réussie rassemblant le chrétien et musulman dans un même village et un même quartier. Il serait nécessaire qu’elle soit ordonnée selon un pacte établi par les bonnes volontés dans cette patrie, et que les musulmans et les chrétiens se permettront de respecter, en sauvegarde du trésor de la convivialité. Il serait à souhaiter que les hommes au pouvoir dans le pays trouvent une formule politique convenable capable de garantir la pérennité de ce dialogue et d’imposer l’entente totale dans les questions nationales graves.

3 – Afin que la démocratie libanaise sauvegarde la convivialité comme le stipule le Document de l’Entente Nationale, il importe de traiter la question du confessionnalisme politique avec sagesse et pondération et d’y préparer les esprits pour que son abolition ne soit pas précipitée et qu’on ne vienne pas ainsi à détruire la démocratie, à supprimer la liberté et à rompre l’égalité et la justice sociale au lieu de promouvoir la vraie réforme constructive.

4 - L’Assemblée demande à ce que les préparatifs de l’accomplissement de cette étape grave se réalisent en éclairant les esprits et en leur pourvoyant des éléments nécessaires qui leur permettent d’assumer cette grande responsabilité; le passage graduel vers des partis groupant des adhérants de toutes appartenances et la promotion des rassemblements et des syndicats mixtes, constituent deux méthodes efficaces en ce domaine; de même l’éducation civique unifiée fondée sur des principes solides issus du coeur de la convivialité fraternelle.

5 - L’Assemblée considère que le retour chez eux des déplacés sans distinction de régions ou de situations, est un indice encourageant qui prouve l’existence d’une volonté de convivialité et le refus de toute partition ou de toute implantation. Il convient que tous les libanais se solidarisent avec les responsables en vue de réaliser rapidement ce retour avec tout ce dont il sera accompagné de restauration de la confiance réciproque, de libération des âmes de toute rancune ou d’esprit de vengeance, semant les graines du dialogue et de la fraternité, permettant ainsi aux déplacés de construire leurs demeures, reprendre possession de leurs biens et de retrouver leur entière dignité.

6 – Il n’y a point de doute que la volonté nationale libre qui refuse les pressions extérieures est seule capable de faire parvenir les fils de la même Patrie à une formule de digne convivialité, comme en témoigne l’histoire de cette patrie singulière. La liberté d’opinions et de prise de position chez toutes les communautés et dans toutes les régions libanaises sont d’une nécessité absolue pour un dialogue constructif.

7 – L’Assemblée affirme que la paix, la sécurité, l’ordre et la liberté sont les voies les plus sûres pour freiner l’émigration des cerveaux et des capitaux, permettre le retour de ceux qui ont conservé leur foi en la vie au Liban, et éliminer le désir de l’émigration chez ceux qui ont perdu confiance dans le Liban et dans sa civilisation.

Dans ce domaine, l’Assemblée dénonce les atteintes aux libertés personnelles, telles les arrestations arbitraires, le mauvais traitement des détenus et les transgressions des lois qui s’y rapportent; les gens sont libres et maîtres dans leur patrie, à moins que leurs arrestations provisoires ne procèdent des tribunaux légaux, tout en veillant à garantir leurs droits et leurs devoirs.

8 – L’Assemblée fait appel aux chrétiens dans le cadre du dialogue et de la rencontre, de s’inspirer des enseignements évangéliques et d’entreprendre tout dialogue et toute rencontre, libérés des préjugés et du complexe de la peur, ouverts à tous les frères dans la Patrie, et prendre volontiers l’initiative du rapprochement, malgré les difficultés rencontrées le plus souvent.
Ils ont à reconnaître et respecter la dignité de tout homme et à voir en lui un rayon de la beauté divine qui se dessine sur le visage de l’homme et un reflet de la providence divine agissant en lui. Ainsi toute démarche vers la vérité et toute lutte en vue de faire prévaloir les droits fondamentaux chez les démunis, tout aveu de faute devant les frères et toute disposition au pardon contribuent à faire avancer l’heure où les volontés s’uniront dans leur orientation droite vers Dieu.

9 – L’Assemblée aspire à voir les libanais dépasser le niveau du dialogue et de la convivialité vers une opération d’interaction et de co-existence fructueuses dans les deux sens chrétien et musulman, de telle sorte que le libanais musulman comprenne les valeurs chrétiennes et le libanais chrétien comprenne les valeurs musulmanes, sans autant dénier chacun sa propre croyance.

10 - A partir du moment où les voies de coopération pour le bien commun, s’ouvrent devant les deux parties, elles pourront se rencontrer dans le témoignage de la foi en Dieu moteur et organisateur de l’univers, de la dignité de l’homme, de sa valeur et de son espérance; elles pourront alors approfondir la propagation des valeurs spirituelles dans le monde de l’athéisme, préserver et promouvoir ensemble les valeurs familiales, accorder à l’éducation et à la culture, toute leur préoccupation, faciliter son acquisition à tous les enfants de la patrie, s’entraider à garantir la liberté religieuse dans tout l’Orient, oeuvrer ensemble à établir la paix, à assurer la santé, à promouvoir la condition de la femme, confirmant par là l’ensemble des valeurs que prêchent leurs religions monothéistes.
 
11 – s’inspirant de ces valeurs:
 

12 – L’Assemblée regarde les négociations pour la paix au Moyen Orient avec grand espoir et les accompagne de ses prières ferventes pour que toutes les parties parviennent à une paix juste. C’est ainsi, que, tout ayant droit, jouira de son droit et chaque peuple de la région obtiendra ce à quoi il aspire, de sécurité, d’autonomie, d’indépendance et de paix.

III - QUESTIONS D’ORGANISATION ET D’ADMINISTRATION

L’Assemblée a pris connaissance des rapports des présidents de commissions et les a discutés. Elle a étudié des questions ecclésiales, d’ordre organisationnel, administratif et pastoral.

Elle a élu, en remplacement du Rév. Père Youakim MOBARAK, démissionnaire, le Rév. Père Khalil ALWAN de la Congrégation des Missionnaires Libanais, au poste de Secrétaire Général de l’Assemblée, pour une période de deux ans renouvelable.
Sur proposition du Conseil de présidence, l’Assemblée a élu des membres d’honneur pour Caritas-Liban, parmi ceux qui ont fourni un appui constant à cette association, ce sont:

Son Excellence le Président Charles HELOU; Messieurs les ministres: Assaad RIZK, Michel EDDE, Georges EPHREM, Jacques JO KHADARIAN; et MM: Antoine MASSOUD, Henri TYAN, Bernard FATTAL, Joseph AMATOURY, Charles BAISSARI, Michel JREISSATI ; Et parmi ceux qui ont consacré une partie de leur vie au service de Caritas-Liban, ce sont: Mgr Samir MAZLOUM, MM: Pierre MICHAKA, Raymond SFEIR, Louis NASR, Emile JEAJEA, Elie KHOURY, et Mademoiselle Thérèse BOU MAROUN.
L’Assemblée a élu comme membres du Conseil à Caritas-Liban les personnes ci-mentionnées: Sr Ramza SADAKA, Mademoiselle Pauline KHOURY, MM: Joseph HOURANI et Emile SAADE en remplacement des membres dont le mandat a expiré; elle a approuvé la nomination du Colonel retraité Michel NASSIF au poste de Directeur Administratif de Caritas-Liban.

L’Assemblée a étudié le nouveau projet d’organisation, de coopération et de coordination de l’action culturelle, administrative et économique aux Universités et Ecoles Catholiques, dans le but de sauvegarder le niveau culturel et de promouvoir la mission pour laquelle ces institutions ont été érigées. Elle a approuvé ce projet et l’a adopté pour une période de deux ans, puis elle a élu les membres de la commission épiscopale pour les questions éducatives: Son Excellence Mgr Joseph BECHARA, Président et responsable des Ecoles Catholiques, Son Excellence Mgr Guy NOUJAIM membre et responsable des questions universitaires, la Rév. Mère Dominique HALABI membre et le Rév. Père Camille ZEIDAN Secrétaire Général de la Commission.

L’Assemblée a institué une commission "Justice et Paix" pour aider l’autorité ecclésiale à mieux remplir sa mission en faveur de la justice, des droits de l’homme, du développement et de la paix. Elle a élu Son Excellence Mgr Maroun SADER Président de cette commission.

Elle a institué la Commission Pastorale des Services Sanitaires en vue de coordonner les activités pastorales relatives à l’hospitalisation et à la médication, puis a élu Son Excellence Mgr Emile SAADE Président de cette commission.
Elle a institué la Commission des Affaires Familiales en vue de répandre l’enseignement de l’Eglise au sujet de la famille et de la préparation au mariage et pour faire face aux dangers qui la menacent, puis a élu Son Excellence Mgr Georges KOUEITER Président de cette commission.

L’Assemblée a également formé la Commission du dialogue Islamo-Chrétien et a élu Son Excellence Mgr Cyrille BUSTROS Président, Son Excellence Mgr Khalil ABI NADER et le T.R.P. Abbé Emmanuel KHOURY membres de la commission.
L’Assemblée a aussi remanié la Commission Oecuménique en élisant Son Excellence Mgr Paul MATAR, Président, Son Excellence Mgr Cyrille BUSTROS et la Rév. Mère Antoinette BASSIL, membres de la commission.
Après avoir pris connaissance du rapport de l'aumônerie générale au sujet de la situation des prisons, l’Assemblée a exprimé ses remerciements aux autorités religieuses, civiles, militaires et judiciaires, qui ont facilité le service pastoral auprès des 2000 prisonniers, et aux associations humanitaires qui ont porté secours à certains démunis d’entre eux.
Elle lance un appel aux responsables, leur demandant de prendre soin de ce secteur, en améliorant ses conditions sanitaires et en reconsidérant certaines lois en vigueur, portant atteinte aux adolescents. Elle rappelle aux coeurs généreux la parole du Christ: "J’étais prisonnier et vous m’avez visité".

Les Pères de l’Assemblée invitent leurs fils à suivre et à accompagner de leurs prières les actes du Synode Pastoral pour le Liban, pour que le sujet de ce Synode: "Le Christ est notre Espérance, nous sommes renouvelés par son Esprit et ensemble nous témoignons de la Charité", nous incite tous à rendre témoignage et à promouvoir la convivialité.

Ils souhaitent à leurs fils et à tous les libanais, un Joyeux Noël et une année bénie, durant laquelle le rapprochement des coeurs augmente et la paix se consolide, souhaitant que tous ceux qui le peuvent, tendent aux nécessiteux une main secourable et que se confirme l’espoir dans un demain meilleur.