Communiqué Final de la 24ème Session Ordinaire de l’APECL pour l’Année 1990   


L'Assemblée des Patriarches et Evêques Catholiques au Liban (APECL) a tenu sa session annuelle du 26 novembre au ler décembre 1990, en la résidence patriarcale de Bkerké, avec la participation des Patriarches, des Evêques et des Supérieurs Généraux des Ordres  religieux. Après la séance d’ouverture au cours de  laquelle ont pris la parole Sa Béatitude le Président de l’Assemblée, le Patriarche Mar Nasrallah-Boutros SFEIR et Son Excellence le Nonce Apostolique, Mgr Pablo PUENTE, les Pères ont examiné ensemble les questions ecclésiales, nationales, éducatives et sociales inscrites à l’ordre du jour. Ils l’ont fait à la lumière du thème général de la session: "Le rôle des laïcs et leur mission dans l’Eglise et le monde".

Au terme de la session, les Pères ont rendu public le communiqué suivant:

I- Le sujet de la session.

1. La session s’est caractérisée par la participation d’un certain nombre de laïcs qui avaient préparé des études concernant leur vocation et leur mission dans la vie de l’Eglise et du monde, à partir des enseignements de l'Eglise dans ce domaine, notamment l’Exhortation Apostolique Christifideles laici, publiée en 1987.

2.  L'Assemblée avait créé dès sa fondation une Commission pour l’Apostolat des laïcs qui ne cesse de fournir des efforts dignes d’éloges avec le concours d’un grand nombre de fidèles laïcs.

3.  Il importe à cet égard de rappeler un certain nombre de vérités fondamentales:

4. L’action politique est un domaine ouvert à tous. L’Eglise encourage à s’y engager tous ceux de ses fils qui ont des aptitudes en ce domaine, pour servir la société et la patrie, et non pour rechercher l’autorité, le pouvoir et l’intérêt privé, ou pour imposer ses opinions par la violence, la force et les autres procédés de la ruse et de la tromperie.

5- S’il appartient à tout croyant ou à tout groupement de faire de la politique, il est inadmissible de voir qui conque monopoliser le discours au nom des chrétiens. Les Pères rappellent, quant à eux, qu’en tant qu’autorité ecclésiale, ils ne se sont pas occupés de politique à des fins intéressées et étroites, mais en raison de l’impact du politique sur le plan national, comme au plan des valeurs et des moeurs.

II- L’actualité.

 4.  Les Pères ont longuement pris en considération l’actualité sous ses deux aspects, officiel et populaire, avec les espoirs et les craintes qu’elle suscite. Il y a en effet, des tentatives qui se sont efforcées et qui continuent à le faire, pour arrêter les combats, étendre la sécurité et recouvrer une souveraineté pleine et entière. Nous espérons tous que l’Etat réussisse par l’entremise de ses institutions unifiées et ses propres forces armées à étendre son autorité à tout le Liban, dans le respect du droit et de l’équité, sans discrimination ni favoritisme. C’est ce qu’il faut pour rassurer le citoyen au sujet de son lendemain et lui permettre de vivre dans la dignité, à l’ombre d'une sécurité assurée par la légalité.

 5-  Cependant, les Pères s’inquiètent avec leurs fils pour les interrogations qui les assaillent et les craintes qui les tenaillent au sujet de l’avenir et du destin de leur pays reconnu comme souverain, libre et différencié. En faisant état de ces interrogations et de ces craintes, ils ne veulent pas apparaître dans une position défensive qui n’aurait que le souci de ce qui les touche. Ce faisant, ils prennent en compte, au contraire, le souci de tous les Libanais sans distinction. Car un Liban libre et libéré de toutes les armées étrangères appartient à tous ses fils.

6. Les Pères témoignent publiquement, aujourd’hui comme par le passé, de leur attachement aux droits de l’homme et du citoyen et de leur défense des libertés fondamentales: la liberté de la croyance, la liberté d’opinion et la liberté de l’enseignement. Qu’il soit clair pour tous et pour dissiper toute ambiguïté, qu’ils refusent toute espèce de repli sur soi, mais qu’ils veulent sauvegarder les spécificités religieuses et culturelles du Liban, ainsi que sa mission dans son environnement régional et dans le monde. Ils rappellent à cet égard que le Liban est un pays démocratique. C’est au peuple qu’appartient le dernier mot dans les questions qui touchent au destin du pays.

7. Les Pères sont pour rectifier ce qui doit l'être dans le domaine éducatif et pour en corriger les défauts, compte tenu de critères précis et de buts clairs, en vue d’une saine intégration nationale. Mais en même temps, ils veulent sauvegarder le caractère culturel spécifique du Liban dans son ouverture à l’Orient comme à l’Occident et cela au service de tous les Libanais et de  tous leurs frères arabes. Les solutions suspectes en ce domaine seront catégoriquement refusées. Il en va en effet, de l’oblitération de l’identité culturelle pluraliste du Liban. Ce serait un appauvrissement pour lui et une perte pour les Arabes.

8. Les Pères croient en la formule singulière du Liban qui est bâtie sur la fraternité islamo-chrétienne et ils ont un profond souci de voir la convivialité s’enraciner sur la base d’une reconnaissance pleinement consentie et d’un respect mutuel en profondeur. Ils en sont convaincus à cause de tout le développement que cela procure au Liban, sur la voie du bien et de la probité, un Liban confirmé dans les valeurs de la foi et de la morale auxquelles adhèrent loyalement tous les citoyens. A cet égard, il est nécessaire de rappeler l’importance du retour des personnes déplacées dans leurs villages, leurs foyers et leurs propriétés, afin de rendre l’esprit d'entente et d’entraide à toutes les catégories du peuple libanais.

III- Les questions urgentes:

9. Les Pères ont étudié ensemble quelques questions sociales urgentes, du fait qu’elles font peser un lourd fardeau sur la majorité de leurs concitoyens. C’est le cas des problèmes suscités par la santé, le logement, l’enseignement et même l’alimentation, sans parler des guerres ininterrompues depuis 16 ans et des résultats terribles qu'elles ont engendrés sur le plan psychologique et social, notamment l’émigration,

10. Ils font appel à l’Etat pour qu’il accorde toute l’attention qu’elles méritent à ces questions vitales. C’est son devoir premier. De son côté, l’autorité ecclésiale participe, et du mieux qu'elle peut, à ce domaine, mais ni elle ni quelqu’autre instance ne peut remplacer l’Etat. De ce fait, l'Eglise demande à tous les citoyens de remplir leurs devoirs à l'égard de l’Etat et lui permettre de raffermir sa présence, en recouvrant ses ports et ses services, de manière à pouvoir faire face progressivement aux charges qui lui incombent. De même, l’Eglise demande à l’Etat de confier les fonctions publiques à des gens compétents et de valeur, sur le plan moral et national.

11. Pour ce qui concerne les institutions hospitalières et éducatives catholiques, qui méritent reconnaissance et estime pour leurs services et leurs sacrifices, les Pères leur demandent de se contenter du nécessaire pour se maintenir, en appliquant une politique claire dans les scolarités, les salaires et les dépenses, en collaboration avec les intéressés, notamment pour les écoles, avec les comités de parents d’élèves et les maîtres.

l2. L’Assemblée estime que l’enseignement officiel et l’enseignement privé sont pareillement au service du citoyen et de son droit à la culture et à la science. Elle demande que les citoyens soient égaux à bénéficier des subventions financières que l’Etat doit leur fournir pour garantir ce droit. C’est ce qui ressort de la liberté de l’enseignement reconnue par la Constitution.

13. Les Pères demandent à l’Etat de créer un ministère de la Reconstruction pour pouvoir réédifier ce qui a été détruit et planifier des logements nouveaux dont nos jeunes ont besoin. L'Eglise est prête à y apporter sa contribution en offrant les terrains que nécessitent de- tels projets, selon une formule étudiée et claire.

14. Les Pères adressent leurs remerciements à Caritas-Liban qui est l’organisme d’aide humanitaire de l’Eglise au Liban. Ils remercient également toutes les institutions sociales, Libanaises et internationales, et toutes les personnes qui les aident. Ils font appel à tous leurs fils, notamment les plus fortunés pour qu’ils se montrent davantage solidaires de leurs frères dans le besoin et leur permettent de faire face à la crise qui sévit.

Appel final

Au nom du Christ, nous nous adressons à tous nos fils, en cette période de préparation à Noël, et nous les adjurons de renoncer aux accusations mutuelles de trahison. Qu’ils se retrouvent dans la sérénité que leur vaut l’esprit de foi et de réconciliation, lequel est à la base de toute édification spirituelle, sociale et nationale. Au lieu du dissentiment, de l’aversion et des rancœurs accumulées, puissent-ils tous se parer de l’esprit d’amour et de solidarité que le Christ nous apprend dans sa nativité, lui qui est devenu l’un de nous pour nous élever jusqu’à lui pardonons nous les uns aux autres, comme Dieu nous a pardonné, Efforçons-nous ensemble de sauver notre Eglise et notre patrie. L’une et l’autre ont besoin de chacun de nous.
Nous nous tournons spécialement dans la prière et la compassion vers tous ceux qui ont été atteints dans des êtres chers, morts, perdus, enlevés, détenus, ou atteints dans leur dignité. Nous faisons appel à tous les responsables pour qu’ils poursuivent leur action en faveur de la libération des détenus, notamment les membres de l’armée. Nous demandons que la vérité soit faite au sujet des Pères Albert CHERFANE et Soliman ABOU KHALIL dont le sort reste inconnu jusqu’à présent.
Nous demandons que les lieux de culte, les monastères et les autres institutions religieuses soient libérées de toute présence armée. Par la même occasion, nous réclamons la libération du curé Khalil Semaan qui est détenu depuis trois ans.
Nous élevons nos prières vers Dieu pour qu’il évite à la région du Golfe la guerre qui y menace, parce que ses résultats destructeurs atteindraient tous les peuples de la région et ses conséquences désastreuses le monde entier.
Nous remercions Sa sainteté Le Pape Jean Paul II pour l'attention généreuse qui l’a porté à nous adresser un message paternel au début de notre session et à nous exprimer sa solidarité avec nous et avec tout le peuple Libanais.
Nous demandons à nos fils de célébrer la fête de la Nativité de Notre Seigneur en la chair avec des sentiments de piété. Profonde et une vraie pénitence, comme préambule à une entraide sincère entre toutes les composantes du Liban. C’est ce dont nous avons besoin pour reconstruire le pays et le ramener à la sécurité, à la paix et à la prospérité.