Discours
inaugural de Sa Béatitude le Patriarche Card. Mar Nasrallah Boutros
SFEIR
À l'ouverture
de la 33ème Session de l'APECL
Bkerké
le 15/11/1999
Béatitudes,
Excellence,
Mgr le Représentant de S.S. le Souverain Pontife,
Excellences,
Messeigneurs les Evêques,
Révérendissimes
Supérieurs Généraux,
Révérendes
Mères Générales,
Chers
frères,
Pour
commencer, nous accueillons parmi nous, dans notre 33ème session,
sa Béatitude Nersès Bédros XIX, Patriarche des Arméniens
Catholiques et nous lui exprimons, en notre nom à tous, nos félicitations
pour l'appel que l'Esprit Saint lui a adressé pour la haute mission
patriarcale, et nous prions bien qu'il l'aide à l'accomplir avec
le zèle et l'abrégation qu'on lui connaît pour le salut
des âmes, à la tête de l'Eglise arménienne catholique
très vénérable Eglise sœur.
Nous
rendons hômage à son prédécesseur sa Béatitude
Jean Pierre XVIII Kasparian qui, dix-sept ans durant, a participé
à cette assemblée, ses interventions y ont été
enrichissantes. Nous supplions Dieu qu'il le comble de grâces et
le garde longtemps au service de l'Eglises et des fidèles.
Nous
accueillons aussi Son Excellence Mgr Boulos Dahdah qui a remplacé
Mgr Boulos Bassim à la tête de l'Eglise latine au Liban. Nous
demandons à Dieu pour lui, le meilleur succès dans sa nouvelle
mission et souhaitons à son prédécesseur la récompense
promise par le Prêtre suprême pour les activités qu'il
a accomplies au sein de cette Assemblée; qu'il lui accorde encore
de longs jours à vivre, avec de la santé.
On
remarque qu'il se trouve certains Evêques, membres de cette assemblée
qui ont été appelés à exercer un nouvel apostolat,
hors du Liban, comme Mgr Grégoire Elias Tabbi, Vicaire patriarcal
pour les Syriens catholiques, et Mgr Manuel Batakian, Vicaire patriarcal
pour les Arméniens catholiques; nous supplions Dieu qu'il rende
fécond leur apostolat pour sa gloire et le bien des âmes.
Quant
aux Ordres religieux, ils ont connu un changement évident sur le
plan des Supérieurs Majeurs: L'Abbé Athanatios Jalekh a remplacé
l'Abbé Jean Tabet à la tête de l'Ordre Libanais Maronite,
l'Abbé François Eid a pris la place de l'Abbé Saad
Nemer à la tête de l'Ordre Mariamite Maronite et l'Abbé
Simon Atallah, celle de l'Abbé Jean Slim à la tête
de l'Ordre Antonin Maronite, Père Joseph Issa a remplacé
le Père Joseph Kallas à la tête de la Congrégation
des Pères Paulistes.
On
peut en dire la même chose de l'Assemblée des Congrégations
religieuses féminines: elles ont vu un changement de conséquence
sur le plan des personnes:
Mère
Vérona Ziadé, Supérieure Générale de
la Congrégations des Sœurs Maronites de la Sainte Famille, a remplacé,
dans cette Assemblée, Mère Antoinette Bassil, supérieure
générale des Sœurs des Saintes Cœurs; Mère Rita Rouhanna,
Supérieure Générale des Sœurs Libanaises a remplacé
Mère Pauline Farés, Supérieure Générale
des Sœurs de Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus, et
Melle Marie Claude Roukos, Supérieure Générale des
Sœurs de la Société de Jésus-Christ, a remplacé
Mère Jeanne Saïdé, Supérieure Générale
des Sœurs Salvatoriennes.
Nous
souhaitons pour les Supérieurs Généraux et les Mères
Générales la générosité dans le don
dans le cadre de cette assemblée, pour le service de l'Eglise et
des âmes au Liban.
Sujet de cette
Session
Le Sujet
de cette session de notre Assemblée est, cette année, inspiré
par l'Exhortation apostolique qui, dans son paragraphe 81, conseille à
l'Assemblée des Patriarches et Evêques Catholiques.
-
1. Que
les Pasteurs collaborent de façon totale et généreuse
entre eux et avec le Successeur de Saint Pierre. Elle les appelle:
-
2. A consolider
les consultations entre eux et à les intensifier dans tous les domaines
possibles, comme le prescrit la législation ecclésiastique.
-
3. A ce
que l'Assemblée s'assure de l'efficacité de la méthode
suivie jusqu'à présent, dans sa tâche.
-
4. A ce
que l'Assemblée épiscopale, dans chaque Eglise, fasse de
l'Exhortation apostolique, le sujet d'études spéciales et
qu'on la mette en application dans chacune de ces Eglises et dans toutes
leurs structures générales.
-
5. A fixer
un plan pastoral qui embrasse tous les domaines de la pastorale.
-
6. A prendre
des décisions qui intéressent tous les membres de l'Assemblée
et qui soient obligatoires pour eux, dans leur tâche pastorale, en
respectant les traditions et les particularités de chaque Eglise
patriarcale.
-
7. A faire
participer à l'Assemblée, des prêtres, des diacres,
des religieux, des religieuses et des civiles engagés.
-
8. A fonder
un Conseil pastoral au niveau de l'Assemblée des Patriarches et
Evêques, afin de faire participer tout le peuple de Dieu à
l'apostolat.
-
9. A mieux
réorganiser les Commissions épiscopales afin qu'elles soient
plus pratiques et réellement au service de l'apostolat de l'Eglise.
-
10. A
mieux réorganiser constamment l'Assemblée elle-même
pour qu'elle œuvre pour le bien commun de tous les membres des Eglises
particulières.
Notre
Assemblée-ci touchera aussi le Jubilé de l'an 2000 et les
solennités religieuses qu'on y célébrera. Nous avons
à y participer avec le monde chrétien, et en particulier
avec le monde catholique.
Ce qui a été
appliqué de l'Exhortation
Sans doute,
de nombreuses recommandations ont été faites dans l'Exhortation
apostolique. Cette Assemblée les a appliquées; comme: la
coopération et les consultations dans le domaine pastoral entre
les curés de paroisses; la création d'un conseil pastoral
au niveau de tel ou tel diocèse, comprenant des fidèles de
toutes les Eglises catholiques. La mise en application de cette recommandation
a été inaugurée dans la région de Sarba du
Diocèse patriarcal maronite; toutefois ce qui est demandé
c'est un Conseil pastoral au niveau de l'Assemblée des Patriarches
et Evêques. On a déjà fait la distribution de l'Exhortation
apostolique; elle fut le sujet de nombreuses études; on a fait participer
à l'œuvre paroissiale des prêtres, des religieux, des religieuses
et des civiles: On a repassé en revue les Conseils issus de cette
Assemblée. Toutefois ce qui a été accompli n'est pas
suffisant, il faut le parfaire pour qu'il réalise un profit plus
général.
Le Jubilé
de l'an 2000
Nous avons
créé un Comité pour préparer le Jubilé
de l'an 2000. Ce Comité va inviter à inaugurer cette année
jubilaire pour une prière commune entre tous les chrétiens,
à la veille de Noël, en la Basilique Notre-Dame du Liban à
Harissa. Cependant ce qui est le plus important c'est d'entrer dans la
spiritualité de cette année, selon ce qu'écrit Sa
Sainteté le Souveraine Pontife Jean-Paul II dans son Encyclique:
«Au seuil du troisième millénaire». C'est une
année jubilaire, c'est-à-dire de pénitence, de pardon,
de repentir et de libération de l'esclavage du péché,
ainsi que la libération des prisonniers de guerre et des détenus
dans les prisons; de remise de dettes, de rapprochement à Dieu et
aux gens, de réconciliation et d'extension de la paix. Nous espérons
pouvoir sensibiliser les fils de nos diocèses et paroisses, à
cette spiritualité pour qu'ils en tirent plus d'attachement à
la croyance en Dieu et d'engagement dans les principes de la religion,
de la morale et de la patrie; et à plus de solidarité entre
eux, pour leur bien commun.
Ceci
sur le plan du sujet de la Session. Les différentes commissions
épiscopales vont présenter un rapport sur leurs activités
respectives. Nous espérons que les membres de cette Assemblée
se feront une idée exacte de l'activité déjà
déployée et sur les réalisations faites au plan de
cette Assemblée. Quelles que soient ces réalisations, il
reste urgent d'en faire encore plus pour alléger le poids qui présent
sur les des fidèles. Ceux-ci ne cachent pas les peines qu'ils souffrent
sur tous les plans en ce moment. Les difficultés les plus saillantes
dont souffrent les citoyens ont, la plupart des fois, un rapport avec des
institutions ecclésiales: l'écoles, l'hôpital et le
logement.
Nous n'avons
pas besoin de nous arrêter longtemps sur le problème de l'école.
Il n'est pas d'aujourd'hui et avec le temps il semble prendre de plus en
plus un aspect aigu, c'est ce qui a paru clairement, en particulier cette
année. Nombreux sont les citoyens qui à cause de la crise
économique, sont incapables d'assurer à leurs enfants, les
frais scolaires exigés. On sait que l'Eglise tient à l'école
catholique parce qu'elle est un moyen de faire croître la foi dans
les âmes, de polir les caractères et de consolider la vertu.
L'école catholique est aussi un service à rendre à
la société, et elle ne pourrait en aucun cas devenir un moyen
de faire fortune.
C'est
cela que précisément lui reprochent beaucoup de parents d'élèves
qui ne comprennent pas comment l'école, en plus des scolarités,
réalisent, comme ils le prétendent, de bénéfices
substantiels sur la vente des livres, des cahiers, du costume sur, des
séances théâtrales, des promenades et d'autres semblables
activités, et ce, malgré le contrôle des comités
de parents. Ces bénéfices apparaissent, de temps à
autre, dans de superbes constructions, sans parler d'un train de vie de
plus en plus éloigné de l'enseignement évangélique,
dont la caractéristique est la pauvreté, l'ascèse
et l'éloignement de l'esprit mondain lequel affectionne les dépenses
inconsidérées et la recherche du bien-être et du luxe.
Il en résulte que les élèves et leurs parents, au
lieu d'être reconnaissants à l'écoles, ils la critiquent
amèrement, ce qui, souvent, retombe sur la communauté ecclésiale
qui dirige ces écoles, et sur toute l'Eglise.
Un
début de solution à ce problème a été
appliqué par certaines écoles, c'est la création de
mutuelles scolaires dans chaque établissement. L'enseignement n'est
pas de la seule responsabilité des parents, mais de la communauté,
de la société et de l'Etat aussi. La solution radicale se
trouve dans la «Carte Scolaire» qui permet à l'Etat
d'aider matériellement les parents et à envoyer leurs enfants
à l'école qu'ils choisiront en toute conscience; c'est pour
eux, l'un des droits naturels de l'homme, et ça leur évite
de payer deux fois les impôts pour l'enseignement. Une première
fois pour l'école officielle, à propos de laquelle ils pourraient
avoir des excuses pour ne pas y envoyer leurs enfants; et un seconde fois,
pour l'école privée qu'ils refusent de ne pas les y envoyer.
Il se trouve de nombreux pays qui ont résolu le problème
de l'enseignement par voie de contrats entre l'école privée
et l'Etat.
Aux
termes de ce contact, de ce contrat, l'Etat assure les appointements des
professeurs de ces écoles... Chez nous, tout le monde sait que,
dans les écoles officielles, l'élève coûte à
l'Etat trois fois plus qu'il ne lui aurait coûté s'il avait
aidé l'élève à fréquenter l'école
privée.
Les reproches
faits à l'hôpital sont les mêmes que ceux qu'on fait
à l'école. En principe, l'hôpital est une œuvre de
miséricorde à l'égard des gens, et l'Eglise fut la
première à l'instituer, à l'imitation de Jésus-Christ
qui a guéri les malades, chassé les esprits impurs des ceux
qu'ils habitaient... Vient la guerre, chez-nous; les hôpitaux en
ont atrocement souffert. Et l'Etat, voulant alléger aux citoyens
les charges de l'hospitalisation a exigé de ces hôpitaux qu'ils
soignent des malades à ses propres frais, mais l'Etat n'a pas réglé
aux hôpitaux ce qu'il leur doit, sous prétexte que les propriétaires
de ces hôpitaux gonflent les factures. Les plaintes s'élèvent
bien haut depuis longtemps. Il y a quelques jours, sont venus chez nous
les membres du syndicat des hôpitaux privés et ils nous ont
mis au couvant des difficultés qu'ils éprouvent à
continuer à rendre les services qu'on leur demande.
Cet
état de chose se répercute négativement sur les Congrégations
religieuses qui dirigent ces hôpitaux, surtout quand on recourt à
des méthodes coercitives, si l'on peut dire, comme: retenir la dépouille
d'un mort jusqu'à ce que ses parents aient payé ce qui est
dû à l'hôpital; ou refus d'accueillir un blessé
dans un accident de voiture, si ceux qui l'emmènent ne sont pas
responsables de lui et ni disposés à payer pour lui les taxes
d'entrée. Et s'il se trouve des soupçons de faire du commerce
dans les médicaments, les traitements et autres semblables moyens
que ne connaissent que ceux qui s'en plaignent.
Certes,
personnes ne peut obliger un hôpital à recevoir un malade
sans contrepartie, sinon l'hôpital se trouve dans l'obligation de
fermer définitivement ses portes. La solution serait certainement
dans la confiance qui doit exister entre les propriétaires des hôpitaux,
l'Etat et les citoyens. Alors l'Etat n'accuser plus l'hôpital de
gonfler les factures des sommes demandées; Et si l'Etat donnait
à temps l'argent dû à l'hôpital, il aurait fait
éviter à celui-ci de contracter des dettes écrasantes
et de payer des intérêts considérables qui auraient
pu être employés à l'entretient et au développement
de l'hôpital et lui permettre de mieux s'équiper, et tirer
profit des nouvelles inventions dans le domaine des soins hospitaliers.
Dans
ce domaine, l'Eglise veille à exercer les œuvres de miséricorde
et à traiter les malades comme les a traités Jésus-Christ
avec un esprit d'humanité et grande pitié; elle fait son
possible pour leur fournir au moins la Communion eucharistique, surtout
qu'il y en a parmi eux qui se préparent à rencontrer la face
de Dieu, et sont sur le seuil de l'éternité; à cet
instant ils ont le plus pressant besoin d'aide spirituelle.
-
3. Les
projets de logements
Les projets
de logement ont vu le jour à cause de la situations des déplacés
par suite de la guerre. C'est l'une des œuvres de miséricorde à
laquelle Jésus a appelé disant: «J'étais étranger
et vous m'avez logé». Nous ne saurions que féliciter
les institutions ecclésiales: évêchés, ordres
et institutions religieux pour cela. Toutefois il faut veiller à
ce que ces sortes de projets, s'il se mêle à eux tant soit
peu d'esprit de lucre ils perdent leur cachet chrétien et humain
et attirent sur ceux qui les entreprennent, la colère de ceux dont
ils cherchent à aider à résoudre leur problème
de logement. Dans ce domaine il faut veiller attentivement sur la façon
d'exécuter le projet, afin que celui-ci ne devienne pas un moyen
de gains illicites pour ceux qui ont la charge de l'exécuter. Cela
se répercutera sur l'institution ecclésiale et encore sur
l'Eglise à laquelle on fait du tort, tout en travaillant en son
nom à aider les gens.
Il
se trouve un aspect national qu'on doit signaler, à savoir, l'aide
à apporter aux déplacés afin qu'ils retournent aux
endroits d'où ils ont été expulsés et où
ils vivaient à côté de gens d'une religion différente
de la leur; ceci contribue à consolider la convivialité qui
est la caractéristique fondamentale du Liban, et à mettre
fin au triage de la population qui se fit pendant les guerres libanaises.
Un tel triage a des conséquences très graves que nul n'ignore.
Vous avons appris qu'il se trouve une réelle contradiction entre
l'orientation de l'Institution de l'habitat laquelle prête de l'argent
aux personnes déplacées pour qu'ils se construisent des logements
là où ils ont trouvé refuge, et la «Caisse pour
les déplacées» laquelle leur donne ce qui leur permet
de reconstruire leurs maisons dans les villages qu'ils ont dû quitter.
Ce qui est demandé c'est que ces déplacés retournent
sur leurs précédents villages, afin d'éviter le triage
des habitants, et de maintenir la convivialité, caractéristique
du Liban
Congrès
des Evêques du Moyen-Orient
Si nous
mentionnons ce que l'Eglise a déployé d'activités
chez-nous, nous ne saurions oublier le Congrès tenu en mai dernier;
il avait réuni un grand nombre d'Evêques venus de la plupart
des pays limitrophes: du Maghreb, des représentants de la Curie
romaine, et des Assemblée épiscopales des Etats-Unis d'Amérique
et de France. Nous espérons que ce Congrès portera les fruits
escomptés dans l'œuvre ecclésiale commune sur le plan de
la région.
Les Affaires sociales
et légales
L'Eglise
a accompagné de son attention vigilante la situation sociale et
légale; et elle a exprimé son opinion relative à beaucoup
de leurs aspects. Elle a attiré l'attention sur ce que souffre le
peuple par suite de la crise économique qui se sévit et elle
est consciente de son incapacité à lui apporter une solution;
cela est du ressort des spécialistes. Cependant, elle ne peut qu'attirer
l'attention sur ce que supporte les citoyens à cause de cette crise
surtout que parmi eux il y en a qui n'arrivent pas à trouver un
emploi qui les mettrait à l'abri de l'humiliation et du besoin;
ils sont alors obligés d'émigrer. Et l'émigration
a des conséquences très néfastes pour le destin du
pays.
Il
y a la question des droits de l'homme qu'on ne peut pas ignorer dans un
pays qui prétend être démocratique, qui respecte les
lois et les institutions constitutionnelles, et sauvegarde les exigences
des libertés de toutes sortes. Comment justifier l'éloignement
de ceux parmi les hommes politiques qui ont été marginalisés
depuis des années, sans jugement ni condamnation? Comment accepter
des jugements dans des affaires politiques et persuader les gens que ces
jugements ne sont pas politiques; Comment accepter qu'on laisse les condamnés
en prison pour des périodes connues ou inconnues, comme c'est le
cas pour les jeunes de la région de Jézzine et bien d'autres
semblables avant eux? On arrête pour des mois des hommes d'administration
sous l'inculpation de corruption sans les juger ou les condamner ou les
innocenter: comme cela est arrivé à certains qui ont été
innocentés après cinq ans de prison et de tortures?
On
ne saurait garder le silence sur le fait que certains citoyens kidnappés
depuis des années et personne ne sait s'ils sont morts ou s'ils
sont encore dans le monde des vivants. Que dire des crimes commis en plein
jour et dont les victimes étaient des juges en plein tribunal sans
qu'on ait aucune idée des auteurs, de ces crimes; des assassinats
commis pour vol et comme si de rien n'était? Ces choses ne sont
pas de nature à consolider la confiance dans la situation qui prévaut.
Nous ne voulons pas en faire porter la responsabilité aux gens du
gouvernement autant que nous les faisons porter par les circonstances dans
lesquelles ces gens exercent l'autorité. Ces circonstances, personne
ne les ignore. La souveraineté n'admet pas d'association, cela est
bien connu aussi.
Les affaires nationales
De temps
à autre, des voix s'élèvent chez-nous, pour dire qu'on
doit interdire aux hommes de religion de parler d'affaires politiques.
Certes, les hommes de religion ne sont pas des politiciens de métier,
et ils n'aspirent pas à l'être, dans leur conviction qu'il
est vrai que Jésus-Christ à déclaré le jour
où il a dit: «Donnez à Dieu ce qui est à Dieu
et à César ce qui est à César? Ils savent encore
que leur mission n'est pas de dresser des plans politiques. Toutefois,
ce sont des citoyens, avant d'être des hommes de religion; et par
conséquent, ils ont le droit d'exprimer leur opinion dans les affaires
politiques et nationales, comme les autres citoyens, et peut-être
plus que les autres à cause des responsabilités qu'ils assument
vis-à-vis des fidèles dont ils ont la charge et qui attendent
d'eux conseils et saines orientations. Pour appliquer ce principe, il nous
est nécessaire d'exprimer simplement une opinion à propos
des affaires nationales de l'heure, comme la Loi électorale, le
dixième anniversaire de l'accord du Taëf: ce qui en a été
appliqué et ce qui ne l'a pas été, en particulier
la suppression du confessionnalisme politique.
Il est
indispensable qu'il y ait une loi électorale permettant aux électeurs
de choisir leurs représentants toute volonté, liberté,
conscience et décision. S'il y avait au Liban des partis politiques
organisés et efficaces, les électeurs auraient pu voter pour
une idée, en déposant dans l'urne un papier d'une certaine
couleur signe distinctif du parti; et à celui-ci aurait de désigner
la personne qu'il aura jugée apte à occuper le siège
de député; et la chose serait réglée. Malheureusement
il n'existe pas au Liban de semblables partis. Les gens sont devenus des
catégories souvent opposées, sans points communs entre elles;
et ces catégories se trouvent incapables de mettre au clair un projet
politique applicable. Aussi est-il nécessaire que le candidat connaisse
les électeurs et réciproquement que les électeurs
connaissent le candidat aux élections. Les relations seront personnelles
entre ce dernier et les électeurs; pas d'autre moyen d'établir
une pareille relation que dans la petite circonscription. S'il en est autrement,
on aura impose aux électeurs des représentants avec lesquels
ils n'auront aucune relation. D'ici est née l'insouciance des citoyens
pour la vie nationale et politique, ce qui conduit à une rupture
entre les députés et leurs électeurs, puisque ceux-là
ont été pratiquement écartés de la participation
à l'opération électorale, même si on les y fait
participer pour la forme. Cette façon de faire est la négation
de la vie démocratique. Il est évident que les dispositions
qui accompagnent l'opération électorale ont parfois plus
d'importance pour le sain déroulement des électrons que la
loi électorale elle-même.
Nous avons
accepté cet accord en dépit de toutes les difficultés,
comme moyen de mettre fin à la guerre et de faire taire les canons
et à condition qu'on l'applique sainement; à commencer pat
former un gouvernement d'union nationale, dans l'espoir que la pratique
révélera ce que cet accord contient de défectueux
et y porter remède plus tard. Mais ce qui est arrivé était
totalement inattendu. Dès le début les parrains arabes de
cet accord l'ont abandonné; un quatrième parrain et une équipe
comprenant deux libanais ont pris la relève pour l'appliquer. Le
parti évincé ne cesse de se sentir absent sur un autre plan.
A la lumière de cet accord, aucune réconciliation nationale
n'a été réalisée bien que l'accord l'exige
expressément. Même jusqu'aujourd'hui les gens partagent les
libanais entre vainqueurs et vaincus et on les traite sur cette base. De
plus, le pouvoir exécutif est désormais confié au
Conseil des Ministres et pas au Président de la République
comme auparavant. Il est à craindre aussi que la loi sur la décentralisation
administrative ne donne le contraire de ce qu'on en attend. Toutefois ce
qui porte à espérer en un avenir meilleur, c'est qu'à
la tête de l'Etat se trouve un homme dont les bonnes qualités
et la totale abnégation inspirent confiance et on nourrit l'espoir
que tous ses collaborateurs sans exception soient semblables à lui.
-
3. Suppression
du Confessionnalisme Politique
Nous avons
déjà souvent dit, qu'il n'y aucune réticence de notre
part à supprimer le confessionnalisme politique, à condition
qu'il sorte d'abord supprimé des cœurs avant que des textes. Cela
exige une éducation profonde qui peut s'étendre sur des siècles.
C'est que le libanais a pris l'habitude, quand il rencontre des gens dont
il ignore la confession, de faire tout son possible pour savoir de quelle
région il est, et aussitôt qu'il l'aura sue, il tient un langage
déterminé selon la confession de son interlocuteur. Quand
le libanais devient semblable à l'européen ou à l'américain,
indifférent à la confession religieuse des autres, alors
seulement la confession tombe d'elle-même. Mais quant à la
supprimer des textes avant que des âmes, cela comporte beaucoup de
danger.
Tant
que le libanais jouit, pour ainsi dire, de deux identités: l'une
est libanaise et l'autre confessionnelle, la solution, même temporaire,
serait d'adopter un régime conventionnel – confessionnel – démocratique
qui donne à chaque confession ce qui est à elle et à
chaque personne les droits qui sont les siens, avec les devoirs imposés
également à tous les citoyens sans distinction ni privilège.
Ce
sont des réflexions qu'il était nécessaire de faire,
au seuil du 3ème millénaire. Nous espérons qu'il nous
apportera ce que nous sollicitons de Dieu, par l'intercession de Notre
Dame du Liban. Puisse ce nouveau millénaire nous apporter la tranquillité,
la stabilité et la paix.